M. D. i%i<ard, quo M. Demogeot a suppléé de 1857 à
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seurs charrr.anls, comme notre Faculté des Lettres en compte aujourd'hui plus d'un, de qui la^science s'orne de toutes les grâces et de toutes les clartés de leur esprit? Le sujet du cours était la littérature française au XVII* siècle avant Louis XIV. De ces leçons sortit un livre, un des plus agréablement solides que Ton ait écrits sur cette période. C'étaient là de beaux titres qui méritaient d'èlrie appréciés. M. Demogeot avait son rang marqué dans notre enseignement supérieur; ce fut une faute de ne l'y point retenir. Mais quoi ! le spirituel professeur eut-il l'habileté patiente qui fraie sa voie, tournant les obstacles, bravant les mécomptes? El voilà comment il se renfermait bien avant l'heure, à Tàge de la pleine maturité, dans une retraite volonT taire. Il n'en sortit qu'une fois pour accepter, sous le ministère de son ami M. Duruy, la mission qu'il accomplit avec M. Montuçci à travers les universités de la Grande-Bretagne. Telle a été sa carrière, modeste carrière de professeur et de leltié. C'est sous les traits d'ua lettré qu'il paraissait dans ses ouvrages : le présen * livre nous découvre un |)hilosophe dont la pensée revenait sans cesse vers les problèmes métaphysiques alors que les questions littéraires semblaient seules le toucher.
iii l'OninAlTS LITTÉRAIRES.
a Sans avoir presque baugé de chez moi, je suis uif grand voyageur; il y a plus de soixante ans que je parcours la vie, et pendant quarante années au moins de cp long pèlerinage j*ai pris rbabi(ud<5 de jeter de temps en leinps, quelquefois chaque jour, une observation sur le papier... Que devais-je penser de Dieu, de la Providencoy de Thomme, de sa destinée, de ses œuvres, de Tarf, de la littérature, en un mot quelle serait ma Weltansicht ?» Ce sont les résultats dé cctle longue méditation que M. Demo^eot nous présente. Il avait ^spéré former de ces aperçus divers un tout lié en une doctrine; mais aujourd'hui, dil-îl, «je m'aperçois que ]fi jour baisse ; l'ouvrier sera bientôt contraint d'interrompre sa lâche éphémère... t S'il n'a pu construire le monument, voici du moins les matériaux, le plan, et les grandes lignes; nous avons les traits essentiels du fystème, car e:i vérité c'en est mi, très porsonnel, original par plus d*un point.
Dieu est-il ? et qu'est-il? C'est la double qtieslion que l'auteur se pose ^a cuiu:ncnça^:it. Que Dieu existe, M.pemogcollc croit profondément, cl, entre toutes le&.
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preuves que l*on a coutume d*a11éguer, Targument qu'il préfère est celui des causes finales, tiré du spec* tacle de la nature, [et surtout, — car H. Demogeol, en ces dernières années, a pénétré curieusement dans les sciences physiologiques, — de l'élude merveilleuse du corps humain. Hais, l'existence de Dieu admise, quelle est sa nature? Or, voici où l'auleur s'écarte des routes battues. «Je ne puis, dit-il, me faire à l'iQée d'un Dieu en partie double, être universel et individuel à la fois, ayant une vie publique et une vie privée, exerçant tour à tour ou simultanément le double rôle de Dieu et de simple particulier; d'une part, cause inHnie, toujours à l'œuvre et toujours créatrice, substance de toutes les vérités, premier moteur de tous les phénomènes ; de l'autre, puiss mt monarque, habitant un palais céleste •avec ses courtisans, ses fêtes et ses splenJeurs; jaloux, irritable, vindicatif, flexible à la prière et accessible aux recommandations, aimant fort les louanges, surtout en musique, passant son éternité à les entendre, et jouissant, en famille, de ses loisirs de magistrat diviii. > Comment alors le concevrons-nous? — Ce qui fait nier Dieu par les athées, nous répond l'auteur, c'est l'invraisemblance de la doctrine qui proche un Dieu individuel. Ne nous représentons pas Dieu comme un être particulier. C'est une intelligence infinie, partant, qui échappe aux bornes de la personnalité. Ne le considérez pas comme un être distinct des autres êtres, qui puisse dire moi] non! car le moi suppose le non moif Moi, c'est
fSd rORTRAITS LlTT£RâIR£S.
tne limite, d*où il suit que la personnalité serait en Dieu une imperfecHon qui répugne à l'idée que nous devons nous former de lui. Supposeï que Dieu soit une conscience; il aurait donc quelque chose au-dessus de lui : la justice, la raison, qui sont impersonnelles?
Prenez gardejl Nier ainsi la personpe divine, mais c'est le panthéisme ! — Non pas, réplique H; Demogeol, car en même temps je crois à l'intelligence de Bien, à sa Tolont(^, à sa puissance, disons davantage, à sa bonté, à son amour. Et voilà en quoi je ne suis pas spinoziste! Je crois seulement qu'il est non un itre^ mais Vilre^ l'être absolu. — Notez cette concep-^ tion d'un Dieu impersonnel, avec cela pensant, voulant, aimant. C'est une théorie peu répandue chez nous ; elle l'est davantage en Allemagne ; on la trouve chez un des philosophes de la génération nouvelle, M. Ad. Hartmann, dans son livre sur laf Religion de VArenir. Mais je ne pense pas que M. Demogeot Tait puisée là : il y est arrivé seul, par la pente naturelle de son esprit. T\ - -
Dieu étant tout l'être, on devine ce qu'est le monde. La multiplicité des créatures est la limitation^ à des degrés divers, de cet être infini : unité de substance, diversité de points d'arrêt, voilà la création. Gréer, c'est limiter. Et M. Demogeot figure cette conception par des images : l'être, dit'il, est comme un polype immense qui aurait son centre d'action dans toutes ses parties, et se subdiyiseraiitau moyen de la conscience, laquelle borne