M. DEMOGEOT
et distiii|;ue le mui. — Ou encore : Tèlre est une étoffe infinie dans laquelle la création dccoupe les êtres» L'homnne est donc une parcelle de la divinité : c'est Dieu limité.
Si telle est notre origine, noire destinée est évidente : après celte vie nous serons réunis à Dieu; nous rentre* rons au sein de l'Être ; la parcelle se rattachera au tout dont elle fut un moment disjointe, et la goutte d'eau retombera pour s'y confondre dans cet océan sans rivages. Voilà l'œuvre de la mort : elle enlève les bornes éphémères que la création sème dans le champ de rinfini. Et M. Demogcot décrit par une explication singulière ce mystérieux travail de la mort sur notre organisme qu'elle dissout. L'organisation, dit-il, ne consiste pas dans la seule juxtaposition des atomes, ouvriers de pas* sage> embauchés et congéiliés tour à tour; l'organisation, c'est la sympathie d'une partie qui se sent dans toutes : la mort abolit cette sympathie. Le corps vivant était comme une contédération d'une multitude de vies ; la mort rompt le faisceau; chacun des éléments qui composaient Tassociation est rendu à lui-même : c'est une troupe licenciée. Dans les sécrétions, ajoute Tauleur, le moi rejette hors de lui des particules où il se sentait naguère : c'est une mort partielle^ La mort n'est qu'une grande sécrétion où le principe pensant rejette l'ensemble de cet organisme qui le limitait»» >
Cependant est-ce là tout? Ou l'au're vie offrira-t-elle la série des châtiments et des récompenses, sanction d^
î:» PORTnAITS LITTÉRAIRES.
la loi morale? Un môme S3rt coufondrait bons el mechants, les âmes les plus pures, qui, dorant la vie, s'cr levèrent le plus près de la perfection divine, et les irii-. sérables âmes qui languissaient asservies au corps,
,.,CMrvœ i» terras ûnimxiet cœle$llum inancêf
Ici nous louchons au plus grand problème qui^ seloiî la solution qu*il reçoit, puiisc consoler ou épouvanter le cœur de Hioinrae; c'est un des points les plus curieux du système de M. Dcino;^eot. Je lisais dernièrement dans le livre sur le SjnrituaUsme et la Religion, de M. C'.iarles Lambert, ijt théorie étrange de f immortalité facultative^. Sebi M. Charles La:nbexl, nous tenons notre sort futur en nos mains. Il dépend de n oiis qu'après le trépas l'immortalité s'ouvre, comme un f anctuiirc, à l'àms qui s'en sera rendue digne. Hais si l'homme, au lieu dj Irava'ilerâ distinguer de la matière
1. S ^olumos in-8\ Gulinatm Lévy. 1877. (Deuxième édition). Al. Caro a ctudii en dôtail le système do M. Charles Lambert dans un des chapitres de son livre, Vidée de IHeuel ses nouveaux e''itiques.
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le principe spirituel, divinœ particulam aurœ^ s*eât laissé choir au niveau de la brute, oh! alors cette . ftme qui n*a point su nourrir la divine étincelle, et qui n'est plus vraiment une âme, elle rentre dans le néant. — La théorie de M. Demogeot est diOerente en un point. Comme M^ Charles Lambert, il établit un par-: tage; les belles âmes, il les rend à Dieu et leur promet rimmortalité, nous avons vu comment; quant aux âmes viles, encore humides de la boue terrestre, elles ne sont pas anéanties, car ce qui existait ne saurait rentrer dans le néant ; il ne peut ; avoir que transformation ; mais de quelle manière? Ici la pensée de Fingénîeu!^ métaphysicien me paraît fléchir singulièrement. Ces âmes grossières, dit-il, ne sont plus que des forces physiques et chimiques. Et ailleurs : elles restent après leur mort ce qu'elles ont élé durant leur vie, unies â leurs organes tombés en dissolution; forces inconscientes jointes àla matière, elles se transforment en mouven^ent, chaleur, électricité; elles restent choses immatérielles, virtuellement, mais non actuellement pensantes; elles subissent un long purgatoire, traversant les êtres organisée, à Tétat de particules dépendantes, jusqu'au jour où le circuitus normal les ren^ à la pensée et à la liberté morale, Les unissant à une organisation, les engageant dans une épreuve nouvelle. Reconnaissez-vous l'antique croyance que Virgile a chantée dans le sixième livre de l'Enéide? Théorie ingénieuse, mais qui, dans le système de M. Demogeotjt
offre une contradiction surprenante .chez tin esprit
scientiGque. Eh quoij'^vovs distinguez Tàme nctiement
de la matière, et rependant vous voulez qu'elle puisse
se transformer après lu mort en chaleur, en électricité,
en force physiquey sauf à redevenir ensuite principe
pensant? Comment ce qui est immatériel peut-il. de-
ven r matériel, puis redevenir immatériel, et cela tour
à tour? Yoi'à une transformation (rcs hardie, et une
confusion bien propre à nous ramener à Tidce primitive
que se faisaient de Tàme ces anciens qui, ne concevant
pas que rien |*ûl exister qui no fut matière, supposaient
seulement que Tâme était une subslanccplus One et
plus déliJ^e que fps autrc^s, pareille au vent léger, ou à
kl flamme subtile. Faut-il er) revenir là'?
tl. Demogeot s'e.^^t défendu d'être tombé dans le pantliéismo. S'en sépare-t-il en eiïet?ll le côtoie en tout cas, et par instants le rappelle étrangement. En lisant ces réflexions qu'il présente avec flnesse et non sans grandeur, je répétais en moi-même ces beaux vers où le poète latin déHnit la doctrine du panthéisme :
,..Deum namque ire per omnes Terrasqus Irdclus'im maris, cœlumque profundum,
1. Il semble, d'après cela, que M.{Dçniogcot duil ôtre aniintstc, c'est à dire de cnux qui no séparent pasTâme du principe vital, et qui, selon la définition que Bl. Francisque Bouillicr a donnée de ranimisme, dans son beau livre du Principe vitalf^ la tiennent pour « la cause unique qui préside à touleé les opérations de la pensée comme à toutes celles de la vie. » En réalité, M. Demogeot s*e8t abstenu de prendre parti dans la question.
U. DEMOGEOT. nt
^,.Nec morli esse locumt sed viva volare Sideris in numerum alque alto succedere cœlo ^
Trisîe doctrine au demeurant et désespérante! Car exister ainsi après la mort, euvcrité, c'est ne vivre pas. Oh ! combien plus douce et plus ronifiaute est la pensée que nous conserverions par delà la tombe ces limites de la personnalité que vous rejetez dédaigneusement, comme un vêtement inulile ! S'il est malaisé à notre intelligence imparfaite de s'élever, au-dessus des images sensibles, vers les conceptions pures de la raison, vers cette idée de la béatitude infinie d'une âme qui se repose inactive dans la contemplation des choses éternelles, pareille à ces dieux qu'Epicure vouait à une lélicité impuissante et immobile, comment, d'autre part, comprendre le bonheur d'une vie où nous ne serions plus nous-mêmes, ne retenant plus rien de ce qui est le principe et la condition de nos juies morales ici-bas : la personnalité? L'âme, dites-vous, contemplera le bien, le beau, le vrai, qu'elle contemplait jadis avant dC' descendre sur la terre. C'est la théorie de Platon touchant la vie première des âmes. Mais Platon les dépouillait-il de la personnalité et de la con< science, lorsqu'il les montrait, dans ses fictions grandioses, cheminant à la lumière des Idées pures, autour
du char de Jupiter?
1» Yir|ile, Géorgiques, Liv. IV.
M: PAUL ALBEirr