f. Paul Albert est mort en
su PORTRAITS LU TÊRJilRKb.
prit, le gouvernait par ses ini'lhudfs^l exerçait sur lui reuij'ire de ses traditions dans le temps même où il Iraviiillait le plus résolaflient à les rajeunir et à les renouveler. JJais sa mort a été aussi une perte pour les lettres sérieuses et pour la critique : il* y avait décidéflMBt pris plaee^ et dans les premiers rangs.
U. Paul Albert s'était mis eu route assfz taid. A l'âge de quarante ans, il n'était encore qu'un savant pro- Tesseur, estimé de quelques bons juges*, mais parfaîlement ignoré du public, lorsque soudain, vers l'année 1867, une circonstance fortuite le révéla à lui-même et lui fit découvrir sa voie. H. Duruy avait conçu le projet d'un enseignement secondaire des jeunes filles et essayait, malgré bien des attaques, de réaliser celte idée libérale en instituant des cours spéciaux dans les Facultés de "province et à la Sorbonne. Il clioisit M. Paul Albert pour le cours de littérature à Paris. Ce nouveau cours réussit parfaitement : le maitre sut plaire par des leçons sérieuses. On en parla dans les fajnilles, dans certains salons, dans la prisse; enfin l'opinion était préparée et la curiosité publique en éveil, qut^nd parut, à la fin de 1868, le livre qui résumait et livrait à Texamsn des leclcurs celle première année d'cnscigaemenl*. Nous nous rappelons le succès qu'obtint ce volume de la Poésie : succès rapide, et qu'un
1. Las ouvçîigcs de M. Paul Ai: cri Tormcnt nruT Tolumet In- 12. Paris, naciit'lp, 1863-1885.
M. PAUL ÀLBEnr. 2â5
célèbre juge, prompt à deviner les vogues naissanles, salua et encouragea dès Takord. Dans un arlicle qui Tut une surprise, car Sainte-Beuve le donna au TempSy — il quittait le itonUeury — Sainte-Beuve disait :
t Le livre de M. Paul Albert est une date; c'est le premier d'une série, le premier iulon d'une route, d'une œuvre collective nouvelle que je définirai ainsi : la yulgarisalion éiégajote et él<evée des notions acquises par la critique littéraire la plus saine et la plus avancée; le renversement ou plutôt rannuialion des vidiles rbétori«{ues; une méthode vivante ei juiarelle substituée nxlMomlflididacliques... » -- En quoi précisément consistait cette métbode ? M. Paul Albert Texpliquait. dans cette page :
; c Les livres, traités, manuels, qu*on met entre les mains de la jeunesse, sont, pour la plupart, un répertoire de for'-qiulcs vagues et ennuyeuses ; c*est un vieux reste de la scolastique étroite et dure qui a pesé durant tant de siècles sur les intelligences. Ces traites ont pour procédé uniforme de remplacer le concret par l'abstrait, c'est-à-dire ce q^ii existe par ce qui n'existe pas. Ils abondent en théories, en règles, en préceptes de toute nature ;ils otTrenl à chaque page des délhiitions, des divi:$ions, des sub.livisions ; mais tout cola ii*est pas à proprement parler la littérature : ce n'en est que le squelette. Quand je saurai sur le bout du doigt ce que c'est que Texorde, la proposition, la narralion, la péroraison, etc., quand j'aurai chargé ma mémoire dos délhiitions de la litote, de Vhyperhole, de Vhypallage, de Vhyperbate, pourrai-je me Qatt^rde comprendre et de goûter une harangue de Démosthène, un plaidoyer de Cicéron, une oraison funèbre de Bossuet? Ce que j« cher .h', avant tout, c'ott à
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reeonslUaer la vie qai aaimait ces œavres éloquentes. Soas ces ceodres couve encore la flatnme ; il faut qu'elle jaillisse de nouveau... »
MaiSy difez-yous, voilà ui^e méthode qui, pour être la vraie, n'est pas neuve ! Nous la (mmùmàmm 4èM longtemps, et il nous semble que, bien avant M. Paul Albert, elle était découverte et pratiquée, non sans éclat. Cette méthode, au fait, n'est-elle pas la même qu*inaugura M. Villemain il y a plus de cinquante ans, que M. Saint-Murc Girardin suivit à sa manière, avec sa grâce exquise de moraliste et de causeur aimable, dans sa chaire de la Sorbonne? Et n'est-ce pas enfin cette méthode que Sainte-Beuve s'était appropriée dans ses Lundis, la faisant, à la vérité, toute personnelle, curieuse du détail intime et de l'inédit, biographique et anecdotique en ses allures, mais au fond toujours animée du même esprit de recherche historique qui a renouvelé la critique au xix« siècle? Où est dès lors la nouveauté, l'originalité de Tœuvre entreprise par M. Paul Albert ?
L'originalité, répondrais-je, elle n'est pas dans la méihode même, mais dans Tusage habile et heureux qu'il en a fuit un des premiers, rappliquant à Tinsiruclion des jeunes filles. Il faut sopger que les procédés de cette instruction, hier encore, étaient en retard de plusieurs sièples. Oui, il y a eu là Jusqu'à nos jours un resle de scolastique. Le mérite de H. Paul Albert