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Un volume in-12. Paris, Calmann Lcvy

2. Lo présent, ou le passe d'hier, ou ce passé déjà loiataio, / mais qui nous touche encore de si près, le xvil.o siècle, qu'il a , é:uJié notamment daus 1ns œuvres de Diderot et de Cri mm. '^

M. SCHERER. toh

ans, flatté un théologien proleslanl à Strasbourg et à Genève. C'est là une circonstance qu'il importe de ne point perdre de vue si l'on veut bien comprendre cer*' taines qualités, et certains défauts mém^, qui forment Toriginalité de ses écrits.

H. Scherer est aujourd'hui un très libre penseur, parfaitement détaché de tout dogme, je ne veux pas dire de toute croyance, bien qu'il me semble être un de ces penseurs désabusés pour qui la science a été la source d'un profond et mélancolique «.scepticisme. J'imagine que, si l'on pouvait regarder dans ces âmes* là, on n'y verrait guère debout que des ruint's. Un vent' de mort a soufflé sur les illusions de' la jeunesse, et les a flé^ies et séchées. En réalité, le. cas de M. Scherer est le môme que le cas de M. Renan. De part etd*aùtre, des causes analogues ont produit des effets analogues aussi, mais dans deux hommes naturellement et absolument opposés. C'est la singularité de ces deux âmes, diversement mais également indépendnntes, d'avoir été formées et mûries par la discipline théolo;i:ique, et, tout en rompant avec elle, d'en avoir retenu l'empreinte indestructible. Ah ! l'on ne subit pas en vain le noviciat d'une prêtrise ! On n'entre pas impunément dans un tel moule. L'être moral en sort repétri et façonné pour une vie à part, marqué au front d'un signe que plusieurs existences ne suffiraient pas à effacer. Voyez H. Renan : dès son adolescence, il a perdu la foi, et dès lors son admirable sincérité l'a contraint à

fis fOlTlAITS LlTTtÉÂlRCâ.

^ïoMtiyzTitT le sacerdoce, oè toos les instincts de »>a cpor et trut^s les pentes de son esprit rachemi- ■lient: mais il a ^rJé. dins son être moral, la marque et comme le pli de Tédacation catholique.

H. Scîierer a subi de même, en entrant dans la vie, une inHuence rel pense, rinfluence de la théologie luthérien te. Elère et maître tour à tour, il l'a apprise à Strasbourg, enseig lée à Génère, puis répudiée ; flMis lora|ue, après dii ou quinxe ans de cette YÎe, il s*est séparé de cette église, il est demeuré tout pénétré de sa doctrine. Et aujourd'hui, comme alors, la critique de M. Scherer en a les allures et le ton même; elle en a les procédés de dialectique ; elle en a une certaine àpreté de controverse abstraite; elle en a la simplicité un peu froide et roide, qui fait penser à la sévérité d*du temple protestant. Elle a gardé enGn je ne sais quel accent et quel arrière-goût genevois.

Un de ses anciens coreligionnaires, M. T. Colani, dans une étude qu'il lui consacrait, à Toccasion d*un de ses précédents recueils, a bien saisi et bien décrit ce côté de sa physionomie liit%raire. H. Coliui a été lui aussi un théologien et un pasteur; il a vu autrefois à Genève BI. Scherer, et de très près; et il a finement rendu compte de celle influence d*une éducation demi- [Nrotestante et demi-allemande qui, en fortifiant la pensée de l'ëcrivain, lui fait perdre la grâce aimahie, la fraîcheur de rimagination et du sentiment, fleurs délicates qui se fanent et meurent au souffle aride de

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la scolaslique. M. Colani a exprimé cela en perfection dans u^e page que je tiens à citer, car elle a la valeur, d un témoignage :

f ... M. Sch^rer condamne en vain Tabstraclion; Tabslractijon s'qst emparée de lui et ne lo lâchera pas. Nous tous qui avons pâli pendant do longues années sur les livres de Kant et de Hegel et qui, poussés par le démon dont parle Paust, avons parcouru en tous sens la lande aride de la spéculation, nous y avons acquis peut-être une habileté dialectique dont il ne faut pas trop médire, mais nous y avons laissé un bien inestimable, car, une fois perdu, il ne se retrouve pas plus que la jeunesse envolée, je veux dire la fraîcheur et la vivacité des impressions, Tiinagination créatrice, la faculté plastique qui ne sépare jamais l'idée do l'image... Nous parvenons, je le crois, à dessiner nos idées assez neltemcnl; W. Scherer les burine, lui, avec une singulière vigueur,' mais l'abstraction en recouvre presque toujours les couleurs de son gris monotone. Nous pouvons être des graveurs, nous ne serons jamais des coloristes. A notre insu, nous faisons constamment de l'algèbre, et, quand nous croyons avoir décrit une personne ou un objet, il se trouve que nous en avons donné la formule. Lorsque nos souvenirs se reportent vers ces années desséchantes de notre apprentissage métaphysique, nous devons avouer, tous tant que nous sommes, petits et grandes qu'alors une force est sortie do nous, une force ou plutôt un grâce ^ >.

Ce caractère, j'allais dire cet aspect de \\ critique de M. Scherer, si frappant dans ses premiers écrits, nj Test pas moins dans les Études sur la litlératnrccon-

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