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Un volume in

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fiction milésienne» Mais c*esl surtout dans les écrits en prose de M. de Laprade que nous sentions celte préoccupation toute abstraite et spéculative de' sa pensée. Elle forme un des caractères dominants de son Histoire du sentiment de la nature avant lé christianisme et chez les modernes. Elle apparaît dans les derniers chapitres qui renferment la conclusion de ce beau livre, et plus encore dans l'introduction et dans les premiers chapitres, où Tauteur recherche les oflj^ines des différents arts, et détermine la part que le sentiment de la nature a eue dans la naissance et dans le progrès de chacun d'eux. Il y a là certes une ample série de généralités préliminaires; c'est proprement un cours d*eslhétique ; c'est en tout cas de la pure philosophie, et l'on ne saurait reprocher à l'écrivain d'être entré trop brusquement m médias reSy saiis souci des principes et des considérations primordiales. Eh bien ! ce n'était pas là pourtant la véritable introrduction. Il y en avait encore, une autre; il y avait les Prolégomènes j comme tl. de Laprade les appelle. Voilà la façade imposante qu'il destinait à son monu* ment.

Pourquoi ces Prolégomènes sont-ils restés inédits jusqu'à ce jour? Leâ^(!iliteurs ont leur point de vue qui n'est pas toujours celui des auteurs, et le fait est que l'éditeur de H. de Laprade avait eu peur de ces graves Prolégomènes. Il avait craint que cette introduction, toute de haute métaphysique, et qui aurait rempli un

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premier volame; eût poari^ffiet de tenir les lecteurs.à une distance respectueuse, et les empêchât d'aller jusqu'aux deux autres volumes. Voilà comment VHistoire du sentiment de la nature avait paru et vécu jusqu'à présent sans son majestueux et redoutable préambule. Qui a eu tort en ceci, l'éditeur ou l'auteur? Je crois que tous deux ont eu raison à leur heure, l'un en ne le publiant pas il y a dix-sept ans, et l'autre en le publiant aujourd'hui. Les Proléjfomines , précédant jadis Tapparition du livre, risquaient fort d'en cornpromedre le succès, et maintenant, au contraire, ils viennent s'ajouter utilement à l'ensemble de Tœuvre littéraire de M. de Laprade; ils la complètent; ils en seront une des parties sans doute les plus originales et même les plus intéressantes pour les personnes qui voudront connaître tous ses écrits, comprendre tous ses poèmes, et remonter ^nx sources de son inspiration. ^.

Tout se tient dans les phénomènes du>monde moral : c'est une chaîne aux cent anneaux divers, mais qui sont unis les uns aux autres si étroitement que l'on ne peut guère toucher à l'un d*eux sans les faire vibrer tous. De cause en cause on s'élève nécessairement à la cause première et suprême d'où tout le reste dérive et dépend. C'est dans ce sens que M. de Laprade a raison de dire que U philosophie est au fond de toutes les œuvres de l'esprit : c Le plus léger des poètes, qu'il le sache ou qu'il l'ignore, est inspiré d'un philosophe.

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Un vaudeville, une élégie, une caricature, si vous les suivez jusque dans leurs racines, vous conduisent à travers la conscience de l'artiste jusqu'au luf moral et religieux... » Assurément oui, et Tonne saurait prendre les questions liltérafres de trop haut. C'est le procédé habituel de M. de Laprade, et il serait élrange d'c:i faire un reproche à ce noble esprit, puisque c'est ià précisément, c'est dansVette habitude de se rendre compfe de ses pensées et de ses croyances qu'il a dû puiser en partie son originalité, sa force et sa sévère grandeur*. Convéhait-il cependant de dérouler de point en point un cours complet de métaphysique à propos d'une étude qui n'est en somme qu'une thèse ou une question littéraire : l'histoire du sentiment de la nature et de son influence sur la poésie dans l'untiquilé et chez les modernes? Faut-il, avant d'aborder cette histoire, avoir posé et résolu ces efl'rayants et insolubles . problèmes : Qu'est-ce que la nature? Quels sont ses rapports avec l'Être absolu? Quel est le mobile divin qui a poussé cet Être éternel à créer le monde? Et ce monde créé, est-il vrai qu'il l'ait abandonné à lui-même comme une machine merveilleuse qui continue d'accomr plir les mouvemeiits réglés par l'art sublime de son

1. Je Us, dans une notice que lui a consacrée M.-Ueinricli) doyen de la fucullé des lettres de I.yun : « Dans ses leçons, il élévail toujours au niveau d'une question d'eslliéti«|ue rexamen d*un auteur ou Tappréciation d'un texte... )» (ln-8. Lyon, 1884.) Voir aussi l'ouvrage si complet de M. Biré, Victor de Laprade, sa vie et ses œuvres. Un vol. in- 13, Paris, 1883.

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constructeur? Ou ne doit-oc^ pas penser plutôt qull veille sur elle et en ellei toujours agissant et présent ¥" Que si de la nature nous passons aux (très innom-* krables qui naissent, vivent et périssent dans sou sein,. et| parmi ces êtres, à celui de tous en qui se reflète le plus exactement l^ima^je de» attributs de Dieu, quelle est la condition, quels sout \e$ rapports matériels et moraux de Thomnie avec celle nature dont il subit l'action de toutes parts, et qu'à son tour il transforme et gouverne? Quels sont les caractères du sen* timeal que la vue de cette nituro éveiUe 9^ son ftme?.. I

Je ne puis qu'indi«{uer les litres ou les sujets des premiers chapitres de ces Prolégomènes^ et maliieureusemeut cette înilicatiou n*en donne qu'à peine une idée. 11 faut les lire pour goûter le plaisir austère de cette forte exposition d*u:ie métaphysique très reli* gieuse et orthodoxe, mais ou Tauteur s'abstient de chercher aucun secours dans les enseignements de Ja théologie et. dans les solutions positive» de la fui. On sait q.ue.iLde Laprade est un catholique convaincu et fervent. Mais il n'est pas de ces croyants qui, humiliant la raisoa iuunaiiie,. la déclarent incapable d*atleindre aux vérités ctârcelles. Il revendique hautement pour elle le droit et le pouvoir de sonder le mystère du monde invisible et de connaître Dieu. M. de Laprade invo>]ue les exemples de Bossuet, dé féneloTi^ de ces grandi théologiens qui étalent certes

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croyants et orthodoxes, maris qui n*ont pas craint de» faire œuvre de libres et bardis métaphysiciens.

Tel «est en substance le premier livre des Prolégo*' mènes. Dans les deux autres livres, nous descendons (le ces hauteurs; nous quittons le monde invisible, Qt^ saR« toucher encore la terre, neus nous en rappro^r chons. Nous y étudions les conditions des différents arts; Tauteur marque ce qu'ils doivent respectivement au sentiment ou au speclade delà nature et définit Tarr chitecture, la statuaire, la peinture et la musique. Il a pour la statuaire. Fart héroïque par excellence, celu»> qui fait le moins d'emprunt au monde étrangler ti rhomme, il a pour cet art de la Grèce une prédilection qu^il exprime en de belles pages :

L'eduvre de- l'architccle est adievée; le temple s'élève imagi^.dela créfition dans son intime structure, reproduction ^ bornée du plan de rarchilecte inûni. Sur les parois de Tédifice de même que dans la masse du globe, mille détaifs,. mille ornements vont surgir comme une immense végélatk>&r La vie va se manifester à la^surface di; la uKitière inerte encore en apparence; la sculpture s*estmise en travail. Tan t qu'elle ne fait que découper sur lés piliers et les chapitairx^ sur les frises et les architraves,, les innombrables moVifs qu'elle emprunte à la nalure^ végétale, les ligures méme^des êtres vivants encxHre enlacés dans le marbre et eoinme captifs de la matière, tant que la vie ne se détache pas de cette végétation sous sa forme la plus libre et la plus haute, tant que l'image du plus parfait des êtres vivants n apparaît pas^ au sein de l'édifice dans toute son indépendance... en un mot; x'isqu^au moment oit U. scul(tture se nonunera la-Ua^^

soi PORTRAITS LITTÉRAIRES.

luaire, on peut la considérer comme une simple descendance de l'œuvre archilcclurale.

c ... A Pavèiiemeiit de la statuaire, s'évanouit dans Tart l'exclusive préoccupation du] monde extérieur à i*homme. ... G*est ridée et la vie concentrées dans l'âme humaine et limitées par les contours du corps humain qui deviennent Tobjet de Tarliste. Son seul type, son seul idéal, c'est Thomme. L*an voit dans Thomme la forme la plus excellente du divin... Or, ce qu*it y a de plus divin dans Thomme, ce qui le rend lo plus semblable à TEtre, à la cause suprême, c'est d'être lui-même une cause intcllig<nitc et libre, c'est d'être une volonté qui se possède et qui domine ce qui l'entoure. Dans cette divine atiitudeoù la slatuiiire le place, riiommo a peu souci du monde extérieur; il obéit à sa raison... >

H. de Lapradc a, au contraîro, quelques préventions contre l'art séduisant de la peinture, et singulièrement contre Ja peinture des paysages, qui reproduit la nature» exelusivemeut, et, quant à la musique, oh! peu s*en faut qu'il la réprouve ! Ce sont les musiciens que ce poêle platonFcien bannirait de sa république. Pauvrrs musiciens ! Il vous refuse le pouvoir d'exprimer c rintelligcnce et la liberté de Tàme >{ Il tient votre art pour étranger au monde moral. La musique, dit-il,' aboutit au naturalisme pur, c'est-à-dire, en fin de compte, au roatérialisnie ^ — Voilà un jugement sévère,

1. Il a paru sur ce sujet, mais dans un sens tout autre, une fine et curieuse élude il*eslhéiique musicale de M. Gh. Lévéque, de rinstilut, qui a été lue, en 1883, à TAcadémie des Sciences morales et politiques. Cet art musical était, pour M. de Lapradc, un vieil ennemi. Témoin son livre intitulé : Contre la musique.

et, pour ma part, je n*y saurais sèuscrire. En vérité, est-ce que tous les arts ne sont pas sujets à dévier et à descendre la pente qui les conduit au matérialisme? La musique a-t-elle seule ce triste privilège? Est-ce que la poésie, qui est l'art dans son expression la plus parfaite, puisque c'est la pensée môme de Thomme qu'elle interprète directement, librement, avec une richesse infinie d'imiges, est-ce que la poésie n*est pas réduite au matérialisme par certaines écoles ? Ne la voit-on pas mise au service des sentiments les plus , grossiers ? En est-elle pourtant moins sublime, lorsqu'un pur et noble poète tient l'archet sacré dans sa main?

H. Désiré NisarJ, de l'Académie française, a entre* pris de revoir et de publier de nouveau les divers écrits de sa longue carrière. H. Nisard est parvenu en cet &ge où il est permis à ceux-là même qui gardent comme lui toute la vigueur et toute la verdeur de leur esprit de tenir leur œuvre pour achevée, de se repeser, non sans un juste orgueil, dans la contemplation du monument dont ils couronnent le faite, et qu'ils disposent en un bel ordre pour les regirds des1ecte:irs futurs. Depuis plusieurs années M. Nisard se consicre à ce soin; de là des publications qui ne sont pas des livres nouveaux, mais qui, reparaissant après un long temp$ sous leurs formes définitives, nous font goûter ce plaisir que Ton ressent à retrouver un ami d'élite ou plutôt «R maître, éloigné naguère, mais non pns oublié, et k

3,:s PORTRAITS LlTTÊR AlUSlS.

fisnoi^r av3C lut le gra?d cl d jut C3:n rurc3 d^s eulretietiset lies leç'>n3. Ces publications Toruient dix-sept Yoiotnes qui nous le montrent tout entier, sjus les as* pects divers de sa critique. C'est comme une vue d'ensemble de cette carrière de plus d*un demi-siècle; car il y a soixante ans que H. Niiard débutait au Journal des Débals.

Je viens de parler des aspects divers que nous oiïre sa critique. Cette assertion surprendra peut-être les personnes qui, n'ayant lu que son Histoire de la littérature françaisey n'ont vu dé cette critique qu'un aspect ety pour ainsi dire, qu'un versant âpre, escarpé, sévère. C'est le caractère singulier de cette magistrale histoire, si hautement mais si exclusivement doctrinale. L'illustre écrivain en a banni l'élément dramatique, pittoresque, romnnesque, que d'autres empruntaient curieusement aux mœurs sociales d'une époque O'i à la biographie d'un auteur célèbre. II ne recherche pas l'homme dans l'écrivain. Il sépare l'écrivain de rhom ne moins et, dans la complexité de so:i œuvre, s'attachn à démêler les traits et les idées caractérislitiqucs.II procède ainsi par voie d'abstraction, mesurant ton" à un type idéal qu'il a conçu pour chaque genre.

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Tel esl le rite éminent que H. Nisard s*cst assigné dans rôtude des lettres françaises. Mais il n*a pas toujours suivi cette méthode théorique, dogmatique et abstraite.

Nous en trouvons la preuve dans un livre qui a été son premier ouvrage, et où M. NisarJ avait mis beaucoup de sa vive jeunesse, comme il a inis plus tard dans YHistoire de la littérature française beaucoup de sa grave maturité. Je veux parler des Etudes de mœurs et de criligue sur les poètes latins de la déca--

dence. C'est là, non moins que dans ses Souvenirs de voyages, qui sont de la même époque, qu'il faut chercher sa primitive façon d'écrire, très différente du procédé qu'il adopta dans la suite. Autant l'historien de notre littérature est impassible et froid en sa robe de juge, rendant des arrêts, du haut de son tribunal, avec une autorité souveraine; autant, dans ses Poètes latins, il est anfent, militant, agressif en ses libres allures de polémiste, j'ajouterais presque de pamphlétaire ; car c*est le présent, on le devine, qu'il visait et frapp:iit dans cette antiquité lointaine, animé de la belle ardeur diss jeunes gens, lesquels sont peyotXôf j;^oe, comme dit Aristole, lorsqu'ils entrent, pleins d'illusions, dans la vie. Il n'avait guère plus de vingt-huit ans lorsqu'il fit paraître ces piquantes Études sur Phèdre, Soncquo le Tragique, Perse, Stace, Martial, Juvénal et Lucain. C'était le temps où il lançait le Manifeste contre la littérature facile, et où le jeune maître, — il avait déjà d'un

inallre la science, et le talent, et Taccent, — protestait, aa nom des règles et des traditions du godt. classique, contre les imprudences et les défaillances des écoles nouvelles. Il était alors dans sa période de combat, et il luttait, non sans vivacité, pour la défense des mômes doctrines qu'il devait plus tard faire régner de si haut, dans V Histoire de la littérature française. Et cti effet, si le ton et les allures du critique, en ces deux livres et en ces deux époques, diffèrent sensiblement, le point de vue et les principes sont les mêmes : il n'en a pas changé; il est demeuré fidèle, obstinément et invariablement fidèle aux convictions qu*ii s^était formées dès Tabord, sur les bancs du lycée; de là l'unité de sa vie et de son œuvre *.

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