‹ Portraits littérairesChapitre 51 sur 55 · A cet égard, je signale U profession de foi par laquelle · texte numérisé non relu

A cet égard, je signale U profession de foi par laquelle

M. ^ isard terminait, en 1834, la préface des Poètes latins. Il

expliquait pourquoi la critique devait procoder « par exclusion >,

non « par admission, prendre parti pour les principes contre les

admirations faciles et accommodantes de récleclisrne »,etil traçait

ainsi le rôle de défense qu'il lui assignait : a Elle doit tout con-

nallrc, mais non pas tout approuver; elle doit surtout ne pas mettre

en danger l'unité d'une belle langue pour y donner droit do cité

à quelques beauté.^ suspectes. » — Il ajoutait : « G*est, dit-on, le

supplice de tous les écrivains qui fontlours livres avec leur cœur,

cl qui respectent leur art à l'égal de leur conscience, qu'ils crai-

gQCiit toujours de ne pas assez honorer cet art, et d'ôtre meilleurs

que ce qu'ils font : ce supplice a toujours été et sera toujours le

mien».» » N'est-ce pas que M. Msard est déjà tout entier dans

cette préface écrite il y a cinquan'e-deux ans?

On y lit do môme: «Je suis bien plus frappé, dans Pépoque de la décadence lutine, de^ pertes que des aequiaitiçns ; et celles-ci ue me paraissent '•-' ' -'-^ser cell^'s-là. w Voilà en germe U

Ces Poètes latinSy les voici revus, mais non mo* difiés quant au fond S et assurément H. Nisard aurait eu grand tort de vouloir retoucher ces tableaux et ces jugemenls : ils n'ont 'point vieilli, et pourquoi? Est-ce seulement pa;cce que le sujet était de ceux qui ne . peuvent vieillir, et où d'ailleurs Térudilion de notre temps n'avait rien à transrormer? Ou n'est-ce pas plutôt qu'ils ont été préservés pjar la qualité du style, et plus encore par tout ce qu'ils renferment de vérités générale^ et constantes, lesquelles ne s'usent. ni ne périssent? Et néanmoins comme ils portent la marque de leur temps! Comme on y sent vibrer l'écho des polémiques littéraires qui passionnaient la génération de 1830! Comme on y retrouve cette ardeur de dispute et cette foi spéculative que notre jeunesse, venue tard dans la lassitude d'un siècle vieillissant, ne ressent plus et comprend à peine! Oui, plus nous avançons, moins le culte délicat et sévère des lettres anciennes tient de place dans nos sociétés. Oui, c'était là jadis un des plus cliors objets, je ne dis pas des savants de profession, mais des hommes bien nés, et même des hommes mêlés aux plus grandes affaires. Mais aujourd'hui le présent nous .occupe et nous envahit de tous c6tés; il accapare les écrivains de talent, les précipite

théorie fameuse des f gains « et des c pertes » et cette sorte' de balance de comptes que nous retrouverons dans VHistoire de ta liUérature française.

1. Quatrième édition. Deux volumes in-12. Paris, Hachette, 1877.

dans la mêlée de lapolttiqne; et ceux-là même qui tiennent bon et entendent demeurer, simplement des t littérateurs >, quelle *part rantii|uité grecque ou

latine a-t-elle dans leurs travaux? En réalité, M. Nisard est un des derniers représentants de ces grands lettrés dont l'àme avait été touchée dès Tenrance et pour la vie par Tamour des humanités classiques. Il appartient à la famille de ces austères esprits qui, ayant conçu, dans les lettres ou dans Tart, un certain idéal de per* fection, n*en croient découvrir autour d'eux que des apparitions décevantes ou des formes imparfiites, et en cherchent les types éternels dans les monuments consacrés d*un passé lointain, non dans les œuvres nouvelles et encore contestées du présent.

Les Souvenirs de voyages forment deux parties

distinctes et presque deux livres différents ^ Dans le premier, M. Nisard a ra<^semblé des récits et des tableaux

qu'il traçait autrefois d*une plume rapide, en visitant la Provence, les Pyrénées, les Vosges. Il est très vrai que le nombre est presque infini des touristes, obscurs ou illustres, qui ont décrit avant M. Nisard et après lui les antiquités d'Arles et de Nimes, le pont du Gard, la ville tie' Marseille, le panorama que déroule la large vallée de Pau, et les mille aspects chan<(eants de ces montagnes. Mais il en est des beaux paysages comme des chefs-d'œuvre littéraires; on ne se lasse point à les ad-

Page 1