‹ Portraits littérairesChapitre 7 sur 55 · BALZAC · texte numérisé non relu

BALZAC

d'après sa correspondance

La correspondance de Balzac achève ses Œuvreà complèleSy et les explique, les commente, les éclaire par le jour qu'elle répand sur la vie et sur le carac* t-ère du célèbre romancier ^

Celle longue correspondance s'étend de 1819 à 1850; c'est-à-dire qu'elle embrasse les trente années de sa carrière, depuis ses premiers débuis jusqu'à la période de maturité glorieuse que la mort clôt brusquement^

1» Un volume in-8. Calmunn Lcvy, 1876.

«0 ruftTiïAITS LlTTERArr.ES.

D'un bout à Taulre, l'IioiTimc cl son ceuvrc s'y rtflétciifr Nous suivons là Balzac pars à pas, nous assistons presque jour par jour à la.conslruclîon de ee monument uniijue et étrange où il travaillait, avec quelle ardeur fiévreuse, ces lettres Tiitleslent, mais (ju'il n'a pu terminer : la Comédie humaine! Là est surtout Tintércl de cette correspondance : c'est lui, toujours lui qui csl en scène; pas wn^, pngc et, pour ainsi dire, pas une ligne où il ne revive à nos yeux, avec ses rêves et ses mécomptes, avec ses angoisses toujours renaissantes et son labeur effrayant! Quelle prodigieuse vie! vie dévorante, où sa forle nalurc s'état consumce ayant l'âge! A vingt-deux ans, à Tlieure des commencements^ difficiles, Balzac écrivait à sa sœ ir * : « Je n'ai pas les fleurs de la vie et je suis pourtant dans la saison où elles s'épanouissent! A quoi bon la fortune et les jouissances qua:iil ma jeunesse sora passée? (Jti'impDrtcnt les habits d'acteur si l'on ne joue plus de rôîe^Lû^yieillard est un homme qui a dîné et qui regarde les autres manger; et moi, jeune, mon assiette est vide, et j'ai faim! Laure, Laure, mes deux seuls et immenses désirs, êire célèbre et élre aimé, seront-ils jamais satisfaite ?.*. »

Ces fleurs de la vie, comme îj; les appelait, Balzac voulut les cueillir, et vite et à tout prix! De là les

1. Madamo Laure Survillo, à qui une pa4tie de ceito corres-^ pandancc est adrcssôôr

travaux épuisauls où il se plonge avec une sorte de fureur, se surmenant comme à plaisfr, tendaat les ressorts de son génie aies rompre, multipliant les tours de force et Jouant sa sanlé à ce jeu terrible. Il faut lire ses lettres pour concevoir Tidée de ce que fut celle vie, et plus d'une fois on se prend à croire qu'il exagère ; il faut se rappeler et l'étendue de spi\ oeuvre et sa courte carrière pour croire à de tels eflforts, défis jet4s aux lois et aux bornes de noire nature : « Il y a, écrit-il à sa mère en 1834, que j'ai passé dix nuits sur quinze pour acbcver ma livraison... Mais, aussitôt ma livraison parue, il faut que j'achève Séraphita. » Car un ouvrage sueccLle à un aulre sans arrêt, ou pIutH il en entame plusieurs à la fois : plans, traités, articles et livres, tout s'entremêle et le presse de tous côtés; il s'impose engagements sur engagements, véritables gageures; il les tient, il les gagne, ces courses folles, touche au but pour l'beure fixée, mais à quel prix! « J'ai pris le. parti, écrit-il encore à sa mère, dans ces mômes années, de travailler vingt-quatre heures de suite et de me coucher cinq heures^ ce q^ui me fait trouver vingt et une heures et demie de travail par jour. » Et ailleurs : « Pour savoir jusqu'où va mon cQiirage, il faut vous dire que le Secret des Ruggieri a été écrit en une seule nuit; pensez à cela quand vous le lirez. La Vieille Fille a été écrite en trois nuits. La Perle bri»éey qui termine enfin VEnfanl maudit, a été faite en quelques heures d'angoisse; c'est mon Brienne,

C8 .rOUTRAlTS LLTTÈR AhIIIES.

inonÇlmmpauberf, mon Montmirail; c*esl ma campagne de Francel... » Plus tard, en 1837, alors qu*îl a entrc-^ pris César Birotteau : c II faut passer vingt-cinq nuitS| et j*ai commencé ce matin. Il faut faire trente^-cinq à trente-six feuilles, un volume et demi, en vingt-cinq jours... » Et c*est ainsi presque jusqu'à la fin. 11 vous conte comment) dans les périodes de travail acharné, il règle sa vie. Il dine à six heures, se jette au lit jus-« qu'à minuit, se relève, et, tout d'un trait jusqu'à midi, écrit et corrige; c'est en abusant du café qu'il se soutient. Mon Dieu! quelle existence! Et avec cela des dettes, toujours des dettes : il n'en peut sortir. Elles l'accablent, elles s'amoncellent autour de lui, elles l'envahissent de toutes parts. Il comble un gouffre et en ouvre un autre à côte. Balzac passa sa vie à gagner l'or avec rage, en se tuant, et à n'en avoir jamais. Croiriez-vousque, en 4838, alors que ses éditions s'enlèvent, que les Revues, selon ses paroles familières, liiilèchent les pieds, croiriez»vous qu'il en est au point d'écrire, durant son voyage de Sardaigne où il pensait trouver des trésors dans des scories de mines abandonnées :

( Le peu de bijoux que j'avais a été chez ma tante; ma mère s'est saignée, et une pauvre cousine aussi... J'ai voyagé cinq nuits et quatre jours sur une impériale, buvant pour dix sous de lait par jour, et je vaîis écris d'un hôtel, à Marseille, où la chambre coûte quinze sous et le diner trente. >

Voilà les misères de la vie de bohème! Et en même temps il écrit à madame Hanska, qui^ douze ans plus

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