‹ Portraits littérairesChapitre 9 sur 55 · En · texte numérisé non relu

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ÎO. FaUTUALTS LlTTKK.l F lî ES.

Hïoi-niôii>c, sachant qu'un ôlrc si parfait, qu'une- créai UiC accomplie s'inlcrcssc à mon cxfsîence; depuis un an, je »'a» de mémoire que pour elle, et voi!à deux semaines que je ne pense qu'aux moyens de la revoir, que je rd.i^e les miellfs «lu festin, quc^^>& n>'i»bsorbe dans le souvenir de nens qui devicnnentdes poèmes... Vous souvenez-vous d'une cerlair.e promenade faite à pleJ vers le bazar chinois, en arrière des enfants? Non, jamais deux ânes n'ont donné l'une dans l'autre avec plus de poésie et de charm&... Ces souvenirs, pour moi, sont autant* do soleils brillant au foiid &d Spilzberg; ils me font vivre, et je ne vis que de cela. Il y a de ce s ehoses du passé (de ce pass5 qui est le vôtre) qui m 3 font reflet d'une fleur gigantesque, que vous dirais-jc ? d'un magnolia qui marche, d'un de ces rcvcs du jeune âge Iro^p poétiii|^aes,.trop beaux pqur ôlrc janxais réalisés... »

Il le réalisa cependant à la fin. Il se voyait grandissant, enrichi, ramenant madame de Balzac à Parîs^ menant une vie bcfilante en cet hôtel qu'il meublait et ornait, depuis des années, en» vue du fortuaé séjour, avec la passion des objels d'art qui éclate dans ses ouvrages» Il y vint, en efl'el, mais pour y mourir: sa santé, usée par les veilles et depuis quelque temps chancelante^ avait été ruinée par le climat de la Russie. Atteint" aux poumons, au foie, au cœur, mais se fuisimt illusion jusqu'au bout, Diiîzac mourait, qna-vd il croyait toucher au poclî •

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Telle fui 1.1 vie, lal)oriense elt lourmenlce,de Tauleur de la Comédie humaine. Celle vie se délache, en ses lettres, aveo un relief singulier. C'esl le mérite et Tat- Irail cle CPlte longue corre^pomiahcc. Eut-il mieux valu la réduire et n'en pas loul pu1)lier sans choix? Assurément oui, au point do vue littéraire, car il y a une quantité de lettres fort vulgairrs en elles-mêmes, délails d« ménage, bilicls d'affaires, cl des rodiles à Tinfini. Mais comme ces pages rapides nous font connaîlre el

pénétrer Bfilzac tel qu'il fut! Comme elles font ressortir les qualités el les défauts, je ne dis pas seulement de son caractère, mais de son lalenl ! On saisit là sur le vif le tempérament naturel de récrivain, lempérament d'une puissance et d'une fécondité incroyables, tête volcanique où sentiments, idées, imagos s'allument, bouillonnent, fermentent, el de là jaillissent el se répandent à flots; nature exubérante et tumultueuse qui étoanc par ses muscles tendiiî d'athlète, plutôt qu'elle ne séduit par les grâces harmonieuses : les grâces de Tesprit et du style, Bilzac ne les eut jamais. Son e:ijo!î«-

menl csl sans finesse ; il rit, mais d'un gros rire, et son langage, animé, coloré, pittoresque par rencontres, est souvent lourd, incorrect, presque trivial en sa verve familiore, et Iraîne à terre alors que sa pensée monle et que son cœur s*atlendrit. Il écrit à madame Ilanska, dans ses effusions mystiques: «Je quitte liarseille, avecTespoir de revoir 1-e Rhône que nous avons vu jusqu'à Vienne. Combien de souvenirs, combien de doux entreliens j'y repêcherai f,,, » Et à chaque pas, Toreille est blessée de ces dissonances: la distinction, le goût sévère et la mesure lui manquaient. Avait-il, d'ailleurs, le loisir d'y songer? Il fallait marcher, marcher toujours, sans regarder en arrière. Ce n'est que rarement, quand il se compose et se surveille, écrivant à des étrangers, que son style prend un train plus égal avec plus de suite et de tenue. Il arrête sa course, comme en cette page où il explique un de ses livres en le justifiant.

« Li Physiologie du Mariage fut un livre, iMadame, entrepris dans le but de défendre les femmes ; je compris que si, pour commencer à répandre des idées favorables à votre émancipalion et à une éducation plus large, plus complète, je m'y prenais vulgaireraf^nt et en annonçant d'avance mon dessein, je passerais tout au plus pour l'auteur ingénieux d'une théorie plus ou moins estimable; qu'il me fallait donc envelopper mes idées et les rouler, pour ainsi dire, dans une forme nouvelle, acerbe et piquante, qui réveillât les esprits en leur laissant des réflexions à méditer. Donc, pour une femme qui a passé par les orages de la vie, le sens de mon livre est l'altribulioa exclusive de toutes les fautes

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5;0|nf)aii8es par les femmes' à leurs maris. C'est, en un mot, ihie gfaml« absolution . Puis je réclame les droits naturels «t impre$ett|iiliij4es de la femme. 11 n'y a pas de maring^e lieurcux possible si une connaissance parfaite dos deux époux, comme mœurs, habitudes, caractères, ne précède liiur union, et je n*ai reculé devant aucune des conséquences de ce principe. .Ceux qui méconnaissent savent que j'ai toujours été fi lèle tlepuis Tàge de raison à cette idée, et, pour ïïlQi, la jeune fille qui a fait une faute est plus digne d*inlérét que celle qui reste ignorante et prèle aux malheurs <)e l'avenir, par le fait môme de son ignorance. Aussi, célibataire pour le moment, si je me marie plus tard, ce ne sera jamais qu'avec une veuve.

> Comme vous voyez. Madame, voilà donc mon proi(>ker ' crime changé eu une courageuse entreprise, qui aurait iùk me valoir quelques encouragements; mais, soldat avancé d'un système à venir, j'ai eu le sort de toutes les sentinelles perdues : j*ai été mal jugé, mal compris ; les uns ont vu la formc^ les autres n'ont rien vu du tout. Je mourrai dans iQon ïôfée comme le soldat dans son manteau '...»

Mais ces lettres rénccbics et suivies sont rares ; il ne s'a!tardc pas à se regarder lui-même. 11 ne regarde pas les autres non plus, et, si j'excepte quelques remarques qu'il jette en courant, çà et là, vous ne trouvez dans celt3 correspondance de (rente années presque pas un écho, pasunreOetdumondequircntoure. Il voyage en Russie, en Allemagne, en Itali**, en Suisse; jTi^is nulle description ou à peine, de loin en loin, quelques traits sur les pays et les sites qu'il parcourt. De même, sur la société parisienne, sur la littérature du temps, sur les livres et

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