Les pleurards, les rêveurs à nacelles
Les amants de la nuit, des lacs, des cascatelles... »
Sarcasmes, soit dit en passant, qui ont dû faire plus d'une blessure, et qui expliquent peut-être plus d'un dédain.
Le défaut qui a marqué dès l'origine notre poésie contemporaine, et qui s'est aggravé de jour en jour, c'est le vague de la pensée et l'abus des mots.
On peut dire d'elle tout entière ce que notre plus grand critique a dit d'un des chefs de l'école moderne : (( Elle a plus d'images que d'idées*. » Dans sa mesure discrète et sa forme adoucie, ce jugement caractérise parfaitement le côté faible de notre poésie contemporaine. Prenez-la même chez les maîtres, chez ceux qui l'ont portée si haut : l'un pareil a h un clairon suspendu et sonore » (c'est encore un beau mot de M. Yillemain), qui retentit à tous les bruits héroïques, à tous les accents généreux; l'autre semblable à un luth éolien qui vibre au moindre souffle, et abandonne à toutes les brises des soupirs mélodieux. Combien de fois, même chez ces princes de la poésie moderne, et si vous mettez à part un petit nombre de morceaux exquis, combien de fois ne vous est-il pas arrivé de chercher sous l'ampleur exubérante de la forme la pensée indécise et flottante ! Ne semble-t-il pas que souvent tous ces voiles de pourpre et d'or nous la cachent au lieu de l'orner ? Que de strophes éclatantes dont les ailes battent dans le vide ! Que de stances harmonieuses qui n'apportent à mon oreille qu'un insaisissable murmure ! C'est que le poëte n'avait à exprimer qu'une pensée inconsistante, une émotion vague, une impression fugitive : il a chanté
Comme l'oiseau gémit, comme le vent soupire, Comme l'eau murmure en coulant^.