Maximes
« Nous sommes susceptibles d'amitié, de justice, « d'humanité, de compassion et de raison. 0 mes (( amis, qu'est-ce donc que la vertu ^ ? »
Qu'importe qu'au point de vue philosophique le langage soit parfois inexact, ou les formules peu précises? La pensée n'en est pas moins ferme et moins nette. Nature, instinct, cœur, sentiment, — toutes ces expressions, synonymes sous sa plume, désignent pour Yauvenargues la même chose : c'est la raison, plus sûre que le raisonnement, c'est l'intuition, plus claire que la réflexion; c'est la vision spontanée du bien et l'élan naturel qui nous porte vers lui.
Que si l'on demande quels sont les caractères de la loi morale qui se manifeste ainsi à notre entendement, Yauvenargues n'hésite pas à répondre que son caractère essentiel, c'est d'être universelle, absolue, indépendante des temps et des lieux, supérieure aux individus et aux circonstances ^. Au point de vue social, il ajoute que son signe distinctif, c'est la subordination de l'intérêt particulier à l'intérêt générale
Yoilà le principe abstrait ; mais pour Yauvenargues la morale n'est point une science d'abstrac-
\ . Maximes, 298 .
2. « Le mot vertu emporte l'idée de quelque chose d'estimable à l'égard de toute la terre; le vice au contraire. » Introduction à Vétude de l'esprit humain, liv. III, Du bien et du mal moral.