‹ Portraits littérairesChapitre 27 sur 36 · DOM GUÉRANGER · texte numérisé non relu

DOM GUÉRANGER

Nous venons d'esquisser le portrait de ce grand évêque de Perpignan que la mort a ravi trop tôt à notre admiration, à notre amour. Mais, hélas ! nous ne pouvons nous piquer d'avoir rendu la vie à cette figure qui fut si énergiquement vivante. Il est une légende qui fait peur, et qu'un romancier contemporain a prise pour le sujet d'un de ses contes les plus étranges. C'est l'histoire de ce peintre qui fait le portrait de sa femme ou celui de son ami, et qui transporte réellement la vie sur sa toile en l'enlevant à son modèle. Quand le portrait est achevé, il est vivant...., mais la femme est morte. Que ne pouvons-nous donner la vie à nos tahleaux, en la laissant à ceux que nous peignons ! Mais ce serait le chef-d'œuvre de l'art, et peu de peintres atteignent cette presque impossible perfection.

Néanmoins, il nous a paru qu'il ne serait peut-être pas inutile d'essayer encore quelques autres portraits, afin de remettre en la mémoire des catholiques de notre temps le grand rôle qu'ont joué, durant nos dernières luttes, nos pères spirituels, nos chefs, nos

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maîtres. En ce moment croît une nouvelle génération chrétienne, une jeunesse qui aimerait singulièrement à connaître ceux à qui elle doit une reconnaissance particulière. D'autres luttes peut-être sont imminentes, et il n'est pas sans intérêt, j'allais dire sans actualité, de décrire la physionomie des anciennes hatailles et les figures des vieux combattants. C'est ce qui attachera quelque intérêt à l'esquisse que nous allons tracer à grands traits, et par laquelle nous avons le dessein de faire connaître une des plus grandes figures de l'Église en France.

Monseigneur Gerbet, disions- nous, eut le triple mérite de faire triompher dans la théologie les doctrines des Pères : de donner à Térudition sacrée la parure d'un grand style ; de fournir enfin aux futurs apologistes le modèle d'une réponse qui n'est point un pamphlet, et qui cependant, par sa subtilité pénétrante, descend jusqu'aux plus intimes profondeurs de la critique

Le rôle de dom Guéranger n'a pas été moins utile ni moins noble. Et je trouve qu'il est triple aussi. Le savant abbé de Solesmes a fait triompher en théologie les doctrines romaines ; en histoire, le surnaturel ; en liturgie, l'unité. Nous demandons^ nos lecteurs la permission de l'examiner à ce triple point de vue.

On ne saurait témoigner trop de reconnaissance a ceux qui, les premiers, entrent dans une voie toute nouvelle. A ces téméraires il faut beaucoup pardonner. Ils n'ont pas toujours le temps d'achever leur

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œuvre ; les labeurs de leur initiative nuisent parfois à la perfection de leur travail. Quand parut, en 1840, le premier volume des Institutions liturgiques, combien de personnes, même ecclésiastiques, s'occupaient en France de science liturgique? Le Saint-Siège avait marqué aux nouveaux Bénédictins l'un de leurs priny cipaux devoirs par ces paroles que l'abbé de Solesmes prit pour épigraphe de son livre : a Sanas pontificii juris et sacrœ liturgiœ traditiones labescentes confovere. )) Ce terrible labescentes n'était que trop exact. La liturgie n'était plus connue dans cette France où les liturgies abondaient. Chaque diocèse avait son rit, et même il est tel diocèse que nous pourrions citer, où s'épanouissaient trois liturgies à la fois : végétation vraiment trop luxuriante ! Quelques églises étaient demeurées fidèles au Missel et au Bréviaire romains : elles passaient pour arriérées. Cette liturgie, qu'on ne connaissait pas, on l'aimait moins encore. Quelques esprits, d'ailleurs corrects, subissaient leur bréviaire plutôt qu'ils ne l'admiraient. On consentait à admirer certains rites touchants, poétiques : la Fête- Dieu , le chant du Stabat , le Bies irœ. Mais cette admiration à la Chateaubriand n'avait rien de profond ni de substantiel. Quant à trouver une vraie beauté aux collectes et aux post-communions du Missel, aux antiennes et aux répons du Bréviaire, on en était à mille lieues. On ne comprenait pas, on n'aimait pas la règle, l'expression du culte catholique. Et ce fut dans cet état de choses que dom Guéranger publia le premier tome de ces fameuses Institutions, dont le retentissement fut si grand.

La Préface de cet excellent livre en indiquait fort

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nettement toute l'utilité et en exposait tout le plan. Dès la seconde page, l'ardent apologiste des rites romains posait la question pratique : « Qu'est devenue, disait-il, cette unité de culte que Pépin et Charleaiagne, de concert avec les Pontifes romains, avaient établie dans nos églises; que nos évoques et nos conciles du seizième siècle promulguèrent de nouveau avec tant de zèle et de succès? Dix Bréviaires et dix Missels se partagent nos églises, et le plus antique de ces livres n'existait pas à l'ouverture du dix-huitième siècle. » Toilà ce qui s'appelle entrer dans le vif d'un problème et prendre généreusement la responsabilité d'une belle et téméraire entreprise. Je ne veux pas reprendre ici le récit de tous les orages que soulevèrent ces quelques lignes du célèbre bénédictin, que souleva tout sonlivre. Il est inutile, en plein soleil, en plein calme, en pleine joie, de raconter péniblement les antiques tempêtes; il est inutile, en temps de paix, de réveiller inutilement les vieilles dissensions endormies. Dom Guéranger a vaincu : il a trop de modestie pour triompher.

Mais il nous sera permis de parler plus longuement du plan de ces Institutions litui^giques , et de leur mérite littéraire. L'auteur suit l'ordre chronologique. D'un bond rapide il ne craint pas de s'élancer jusqu'à Jésus-Christ, et de Jésus-Christ jusqu'à Adam. 11 montre dans la liturgie originelle l'ébauche de la liturgie mosaïque, et dans celle-ci l'ébauche de la liturgie catholique. Ses doctrines rendent le même son que celles de l'abbé Rohrbacher, qui fut suscité vers le môme temps pour élever à tout jamais le ton de l'histoire. L'auteur de V Histoire de V Église avait fait voir

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dans Adam le premier catholique romain ; dom Guéranger fait voir dans l'homme originel le premier de tous les liturgistes : a Dieu daigna lui révéler les for- (( mes de la liturgie, comme il lui donna la pensée, (( comme d lui donna la parole (1). » Et l'ahbé deSolesmes nous fait assister à cet incomparable spectacle du premier homme, les mains tendues vers le ciel, les yeux pleins d'une beauté suppliante, et laissant échapper de ses lèvres le lyrisme impétueux de ses premières prières. La liturgie mosaïque est plus clairement encore indiquée et analysée dans les saints Livres ; dom Guéranger n'a donc eu qu'à commenter le Lévitique, et à le commenter rapidement. Il a hâte, d'ailleurs, d'en venir au centre vivant du culte universel, à Jésus- Christ, prêtre et victime, dont « la vie n'a été qu'un grand acte liturgique (2), » dont le sacrifice est le fondement ou plutôt l'essence même de la liturgie, et qui, avant de remonter au ciel, a investi officiellement ses apôtres du pouvoir liturgique. Ces admirables doctrines sont exprimées en un style clair, animé, brillant, solide. En Usant ces pages, l'âme et le corps luimême prennent une attitude plus digne. On sent dans ces premières pages le noble et délicieux parfum de la théologie romaine; on est fier d'être homme, et surtout d'être chrétien.

Ce n'est pas ici le lieu de résumer toutes les Institutions liturgiques. Une seule pensée, une maîtresse pensée rehe entre elles toutes les pages de ce livre, et cette pensée est celle de l'unité liturgique. Un grand désir de l'unité, une énergique aspiration se fait jour

(t) Indilulions liturr/iques, I, 19. — (2) IhifL, '.3.

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dans toutes les lignes, dans tous les mots de ces trois volumes, que l'on pourrait intituler : « Histoire des tendances à l'unité liturgique. » Durant les premiers siècles, il se forme dans l'Orient et dans l'Occident plusieurs centres liturgiques. Jérusalem et Antioche, Alexandrie, Gonstantinople d'une part ; et, de l'autre, Rome, qui tient le premier rang, puis la Gaule et l'Espagne. Mais personne mieux que dom Guéranger n'a démontré la profonde ressemblance de tous ces rites, où la forme seule est variable. D'ailleurs, les mystères sont partout les mêmes, et l'ordre dans lequel se succèdent les différentes parties du sacrifice est presque toujours identique. Partout, des lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament sont faites aux fidèles ; partout l'offrande du pain et du vin s'accomplit après ces utiles préliminaires; partout le diacre invite les cœurs à se tenir en haut, et le sacrifice mystique se réalise partout avec les mômes paroles de consécration, accompagné des mômes prières universelles pour tous les besoins des vivants et des morts, a Et l'Église ro- (( maine fut dès lors le centre de la liturgie, » et les autres prétendus centres s'évanouirent l'un après l'autre. Les Grecs, je le sais, ont gardé leurs rites propres, que les hérétiques de tous les siècles, et surtout les monophysites, ont de plus en plus corrompus. Mais, grâce au génie de Pépin et de Gharlemagne, la liturgie romaine fut énergiquement établie dans les Gaules, et, grâce au génie de saint Grégoire YII, les rites mozorabiques cédèrent la place aux rites romains sur tout le sol de l'Espagne chrétienne. Pendant plus de cinq cents ans, la liturgie romaine a donc retenti sous les voûtes de nos cathédrales françaises. Elle y subit d'im-

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portantes, de nombreuses additions ; on l'attifa, on la para de vêtements gracieux, de nouvelles hymnes, de tropes, de proses et d'offices nouveaux, et c'est avec une grande justesse que dom Guéranger a inventé, pour qualifier ce mélange de rites, le nom de liturgie ro- 7nano- fî^ançaise. ^Isi'is, somme toute, le fond du culte était toujours romain, et c'est ce qui me permet d'arriver,sans trop de colère contre tant d'innovations, jusqu'à la réformation du Bréviaire et du Missel romains par le pape saint Pie V. Toutefois, je salue avec bonheur cette belle tentative d'unification ; et, si je ne connaissais pas la triste histoire des deux siècles suivants, je me laisserais aller à croire que les brefs de Pie V, de Grégoire XIII et de Clément YIII ont mis fm à tout problème, à toute discussion liturgique. Hélas ! il n'en fut rien. Alors qu'on pouvait croire tout fini, tout recommença. Un amour étrange pour une liberté périlleuse, pour une élégance trop conforme aux règles delà rhétorique, détermina en France, au dix-septième et au dix-huitième siècle , un mouvement regrettable. De nouvelles liturgies furent partout fabriquées avec ardeur, paroles et musique, et les vieux rites romains furent abandonnés aux Églises rétrogrades. Je ne veux pas enveminer ce débat, et je saurai ne pas m'indigner contre ces nouveautés. Le livre de dom Guéranger est d'ailleurs fort complet sur ce très-important sujet; c'est même la partie la plus remarquable des Institutions liturgiqiœs. L'auteur est dans le véritable élément de son talent et de son érudition : il est vif, il est entraînant, il est spirituel sans cesser d'être savant ; il est savant sans cesser d'être aimable. Il déterre les vieux livres oubliés des docteurs de Sorbonne; il exhume

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les dissertations gallicanes et romaines ; il nous fait assister aux escarmouches et aux batailles des liturgistes de ces deux écoles. 11 ne dédaigne pas l'art, et réclame pour sa chère liturgie romaine le noble privilège de la beauté. Il compare le Bréviaire romain aux autres bréviaires ; il oppose les hymnes aux hymnes, les répons aux répons; il attaque, il combat, ilfrappe, il avance, il triomphe. Il est peu de lectures aussi vivantes. Joignez à cela une bibliographie complète de toutes les sciences qu'étudie notre auteur; une liste fort précieuse de tous les Hturgistes qui ont écrit depuis le premier jusqu'au dix-huitième siècle, et l'indication de tous leurs ouvrages ; une appréciation rapide et saine de toutes ces œuvres ; des résumés clairs ; une philosophie de l'histoire qui rappelle les doctrines de De Maistre, et ce style plein de sagesse et de fougue qui est l'un des caractères de cette vive intelligence. Je ne dis point que, dans une seconde édition, Dom Guérangerne débarrasserait pas son livre de quelques longueurs, de quelques digressions; je ne dis pas qu'iln'y corrigerait point quelques erreurs, qu'il n'y comblerait pas quelques lacunes, qu'il ne l'achèverait pas, enfin, et qu'il ne nous gratifierait point d'une de ces tables, d'un de ces Indices copiosissi'mi tels que les Bénédictins peuvent les faire. Mais, tel qu'il est, le livre est excellent, et son influence a été encore plus considérable que son mérite. Dressez plutôt la liste des églises de France qui suivaientla liturgie romaine en 1840, et calculez le nombre des diocèses qui la suivent en 1866; puis, tirez la conclusion.

Mais il ne s'agissait pas seulement de faire connaître la liturgie romaine : il fallait la faire aimer. Or, les Institutions liturgiques étaient surtout un livre de polé-

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miqiio, et la polémique n'engendre pas ramour. C'est pourquoi l'abljé de Solesmes, fatigué de ces luttes, et, en quelque sorte pour se reposer, se prit à écrire cette Année liturgique dont nous attendons l'achèvement avec une véritable fièvre, et dont neuf volumes seulement ont paru jusqu'à ce jour (1). L'œuvre complète en formera douze. Je crois que les catholiques peuvent et doivent prier pour l'achèvement de ce bel édifice.

Je voudrais exposer bien lucidement le plan de V Année liturgique. Le célèbre bénédictin nous offre pour chaque jour du cycle ecclésiastique l'office romain magnifiquement élucidé et commenté par lui. Dans les Institutions, on n'avait vu, pour ainsi parler, que l'entendement de dom Guéranger; dans V Année liturgique, on sent son cœur. Ce cœur se répand en belles et amoureuses effusions pour développer chacune des paroles de l'Église romaine. Mais comme aucune étroitesse n'est possible dans l'esprit vaste et généreux de l'abbé de Solesmes, il a ajouté aux prières de la mère Église celles de toutes les autres Églises de la catholicité. Il nous a fait entendre les voix de toutes les liturgies, voix qui sont d'accord et qui forment un beau concert. C'est ainsi qu'après avoir lu V Année liturgique, le plus humble chrétien connaîtra les plus beaux fragments des liturgies grecque, gallicane, mozarabique, ambrosienne ; les plus riches nouveautés que le zèle un peu excessif de nos pères avait jetées en France sur l'austère tissu de la liturgie romaine ; nos

(I) UAieid, 1 vol. — Le Temps de Noèl, 2 vol. — Le Temps de la Septuage'sime, 1 vol. — Le Carême^ 1 vol. — La Passion et la Semaine sainte, l.vol. — Le Temps pascal, 3 vol.

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plus belles proses nationales, les hymnes du moyen âge qui méritent d'être retenues et d'être aimées, tout ce que les liturgistes orthodoxes de tous les temps ont jusqu'ici produit de plus parfait. Notez que ces admirables fragments sont traduits, et que nos femmes et nos filles peuvent se donner la joie de cette lecture, puisqu'elles ont le malheur de n'être pas initiées aux beautés originales de la langue liturgique. Chaque volume, divisé en deux parties (Propre du temps, Propre des saints), est précédé d'une belle Introduction où l'on étudie tour à tour « l'historique, la mystique et la pratique » de toutes les périodes de l'année liturgique. A mesure qu'on lit ces pages simples et ardentes , la lumière se fait. Ceux qui se défient de la liturgie romaine seraient aisément convertis par un demi-volume. Les plus hostiles ne résisteraient point à la lecture du volume tout entier. Encore un coup, ce livre produit l'amour.

Ce n'est pas à dire que l'intelligence n'y soit pas éclairée des meilleures clartés. L'ignorance en matière de liturgie est plus grande au milieu de nous qu'on n'oserait le penser. On ne sait même point les noms de ces livres Hturgiques dont l'Église place les textes vénérés entre les mains de ses enfants. Le symbolisme (est-il besoin de le dire?) n'est plus saisi d'aucune inteUigence. Les esprits les mieux disposés n'ont souvent à l'égard des rites sacrés qu'une sorte d'admiration vague et presque honteuse. C'est cette ignorance qu'il importait de dissiper. Dom Guéranger a appelé à son aide l'histoire et l'archéologie. Il ressuscite avec puissance les cérémonies et les rites des vieux siècles, sans jamais perdre des yeux nos cérémonies et nos rites

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qu'il s'est proposé d'expliquer et de mettre en lumière. Il est tout à la fois archaïque et actuel. Je pense avoir déjà confessé plusieurs fois, je confesse encore aujourd'hui fort volontiers qu'avant de lire l'Année liturgique, je n'avais point l'intelligence de cet admirahle office du Samedi Saint, la plus longue et peutêtre la plus importante fonction Hturgique de toute l'année. Tout à coup une grande lumière s'est faite dans mon esprit, j'ai tout compris, j'ai tout vu. Je venais de lire les admirables pages que dom Guéranger a consacrées à cet office dans la Passion et la Semaine Sainte. C'est là qu'il établit avec une éloquence imagée et savante que l'office actuel se célébrait autrefois durant la nuit de Pâques, et qu'il a gardé fidèlement toute sa physionomie primitive et jusqu'à ses antiques rubriques. De là les cérémonies du cierge pascal qui éclairait jadis les ténèbres bénies de cette nuit incomparable ; de là les douze lectures qu'on faisait aux heureux catéchumènes, pour qu'ils attendissent avec patience jusqu'à l'instant désiré de leur baptême ; de là cette procession aux fonts qui avait lieu jadis de la basilique au baptistère, et qui conduisait tant de néophytes à l'innocence et à la béatitude sacramentelles ; de là ce retour des nouveaux baptisés à la basilique illuminée par les premières clartés du jour. Dom Guéranger a su ressusciter tout ce rituel merveilleux. Il lui a réellement donné la vie. Il nous prend par la main vivement et nous conduit en réalité dans une des basiliques des premiers siècles ; il se place auprès de nous, il nous explique à voix basse tout ce qui passe sous nos yeux ravis; et chacun de nous ne peut plus que s'écrier : « Je sais, je vois, je crois!»

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Et c'est ainsi, pour nous résumei' sur ce point, que l'abbé de Solesmes a rempli la double mission que Dieu lui avait donnée : « Faire comprendre la liturgie de (( l'Église romaine ; la faire aimer. » Si tous les esprits, si tous les cœurs ne se sont pas rendus, ils sont disposés à se rendre. Ils voient qu'aux seuls rites de Rome appartiennent ces trois caractères capitaux : l'antiquité, l'autorité, l'unité. Et quant à ce quatrième caractère essentiel qu'on a contesté à la liturgie des Souverains Pontifes, quant à la beauté, le savant bénédictin a d'une main forte écarté tous les voiles qui en cachaient le rayonnement. Sa démonstration est complète, il peut se reposer dans le triomphe de sa cause. J'aime à croire qu'une de ses récompenses dans le ciel consistera à voir et à entendre sur la terre cette belle unité de prière dont ses travaux auront assuré ici-bas la victoire duraljle et sans doute immortelle.

Dans le portrait de dom Guéranger, on court risque de se heurter souvent à des questions qui ont seulevé jadis de formidables orages. La vie de l'abbé de Solesmes n'a été qu'une bataille, et, en la racontant, il est nécessaire de parler de ses adversaires, qui sont les nôtres. Mais il n'est pas impossible d'en parler avec réserve, et nous venons de lire un opuscule admirable du P. Faber, la Bonté, qui nous dispose à la douceur et au respect.

Je veux nommer tout d'abord le livre de dom Guéranger qui a nécessité de ma part cet exorde sincèrement insinuant : ce sont les Essais sur le naturalisw.e

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