AU PAYS DE LABICHE
« Ce Solognot de Labiche... », comme l'appelait M. Jules Lemaître. J'étais à cinq lieues du pays que, chaque automne, il avait tant de peine à quitter pour Paris. La curiosité m'a pris d'y aller voir. J'ai visité son domaine de l'Aulnaie, près de Souvigny.
De Nouan-le-Fuzelier à Souvigny, le trajet ne manque pas de variété ni d'aimables accidents. La terre plane et morne qu'est restée, en partie, la Sologne, se mouvementé ici ets'égaye. Partout, des cultures ou des bois bien aménagés. Ce pays porte la marque du maître défricheur que fut Eugène Labiche.
Son ami Augier l'a peint guêtre, le biUon ferré à la main, parcourant les étendues qu'il avait « conquises sur le sable et la bruyère », qu'il avait « couvertes de blés et de pins, de bœufs et de moulons ». Ce « grand paysan »
n'a pas seulement agi dans les limites de sa « principauté », desséchant les étangs, défonçant le sol, plantant ou semant. Tout autour, ses exemples ont rayonné. Les expériences qu'il faisait à ses risques, essais de culture ou de machines, le paysan son voisin les suivait d'un œil attentif, prêt à l'imitation en cas de succès, n a fait école. Si le froment, ici, pousse dru, comme dans une petite Beauce, on sait bien qu'on le lui doit. Les comices agricoles lui gardent un souvenir plein de gratitude, et l'on vénère sa mémoire au « Comité central de la Sologne » presque autant qu'au théâtre du Palais- Royal.
Il y a encore, paraît-il, des Coladan à Souvigny. Ce n'est pas une raison pour qu'on y connaisse la Cagnotte ; mais tout le monde y sourit au nom de Labiche. Il fut longtemps mairede l'endroit; ce qu'iltrouvaittrès comique, s'étant vu choisi, disait-il, comme le seul homme de la commune qui se mouchât dans un mouchoir. Quand je demandai le chemin de l'Aulnaie, les bonnes volontés ne manquèrent pas pour me l'indiquer: « Passez devant l'église... et allez tout droit, à 500 mètres... »
Je passai du chaud soleil à l'ombre fraîche d'une maison où m'attendait, si inconnu que j'y fusse, un accueil tout de bienveillance et de grâce hospitalière. Je m'assis dans le salon où, tant de fois, s'épandit la jovialité copieuse du