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Essais, liv. III, chap. x

saque d'écarlate. Suivaient, deux à deux, les jurais. Montaigne dut, maintes fois, maudire cet apparat, à moins qu'il n'en sourît. On l'entend murmurer : « La plupart de nos vacations sont farcesques. » Ce fut le cas, pour lui, de dis-* tinguer, comme il disait, la peau du vêtement, et, si jamais il ne se sentit maire jusqu'à la chemise, encore moins le fut-il jusqu'au velours et à la brocatelle.

« Je m'engage difficilement... Il y a tant de mauvais pas que, pour le plus sûr, il faut un peu légèrement et superficiellement couler ce monde. :») C'est son principe. Dès son arrivée, il « se deschiffra » à Messieurs de Bordeaux « tout tel qu'il était ». Il les avertit de son défaut de mémoire, de zèle, de vigueur, et leur fit savoir qu'il entendait s'épargner les soucis dont il avait vu son père « l'âme cruellement agitée » pour leurs affaires et leur ville. Il « s'embesogna » plus qu'il n'avait promis. Si sa première mairie le laissa léger de préoccupations, la seconde ne l'exempta point du devoir d'activité et même de courage. Certaine page de son chapitre sur la solitude s'illustre d'un dessin qui nous montre, sur le rempart d'une citadelle, un arquebusier en train de la défendre et <(. délibéré de crever » plutôt que de la rendre. Le philosophe a l'air de nous donner pour un peu folle la vaillance dépensée par ce soldat ignoré. Cette vaillance, pourtant, fut, qucl(|uos

jours durant, la sienne. Après trois semaines d'administration sans tracas, les ennuis et les périls s'accumulèrent en quelques mois pour le réélu des Bordelais. C'était en 1585. La Ligue se montrait, en Guyenne, entreprenante et audacieuse, et les plus ardents de ses chefs avaient choisi Bordeaux comme but de leurs efforts. La province et sa capitale avaient, par bonheur, dans le maréchal de Matignon, homme de guerre excellent et politique plein de tact, un ferme et habile garant de l'ordre. Le maire n'eut, en certaines rencontres difficiles, qu'à seconder l'initiative de ses précautions énergiques. Mais, pour le service même du roi, Matignon dut s'absenter de la ville, et tout le poids de la situation retomba sur Montaigne. Or, il opposa bon visage au danger. Si gauche que Brantôme nous le représente au port de l'épée, il eut presque figure de capitaine. Tel il nous apparaît quand, à certaine revue des milices bourgeoises, occasion redoutée, vu l'état des esprits, « montre » estimée imprudente par la plupart des jurats, il recommande de « n'épargner la poudre » et veut des salves « belles et gaillardes ^ ». Tel encore nous le voyons quand il surveille « postes et gardes », visitant chaque jour le château Trompette, faisant, à toute heure, des rondes, passant

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