‹ Portraits & paysagesChapitre 112 sur 114 · AUX BORDS DE LA MOROE · texte numérisé non relu

AUX BORDS DE LA MOROE

se tordant les mains ; fées mauvaises et taquines. •Qui veut mesurer la cruauté de leur malice n'a <ju'à écouter, dans les vers de M. le comte de Chabrol, leurs voix qui se mêlent au bruit du "vent. Semeuses d'alarme, annonciatrices de mort, elles découragent, la nuit, ceux qui courent chercher le prêtre pour les malades ; « Tu ne seras pas à temps ! » Au gars qui revient, joyeux du régiment, elles persuadent que sa promise l'a trahi.

M. de Chabrol est un riverain de la Morge montagnarde. De ses promenades, il a conservé, c'est son mot, des fleurs en un sachet très odorant, qu'il vient d'offrir à sa famille en quelques lignes de gracieuse dédicace. L'arôme ^n est fin et sauvage. D'autres que les enfants 4u poète se plairont à cette senteur.

Pour signaler le volume élégant qui porte en épigraphe un vers de Dante spirituellement adapté, ce serait assez du nom qui se lit sur sa couverture. Nom d'Auvergne et nom de France. Lorsque, sous le coup desesdésastres, notre pays délégua, pour l'œuvre de son salut, une élite d'intelligences et de volontés, le département du Puy-de-Dôme choisit les Chabrol ^t les Lacombe. Plus d'un titre avait désigné M. Ouillaume de Chabrol. Il continuait une tradition séculaire de haut et bienfaisant patrixîiat. Dans sa maison, de père en fils, la conception s'était transmise de l'office tutélaire

4es aristocraties : un patronage local très actifs au zèle toujours prêt à s'élargir en dévouement au bien général. Il avait accepté l'héritage de ce devoir, qu'il remplissait avec un charme exquis de grâce personnelle. Son élection ne le prit pas au dépourvu. Attentif aux affaires publiques, préparé à les comprendre et à les manier par une éducation politique faite d'études précises, d'observation directe, il apportait aux urgents problèmes posés par les événements une pensée nourrie de connaissances positives, enrichie par la vue comparée des institutions étrangères, libérale sans illusions ni griserie de formules. Il marqua d'emblée à l'Assemblée nationale. Il prit place au premier rang parmi les esprits dont la fermeté lucide mettait en interdit le chimérique, limitait le champ du rêve, envisageait avec méthode, non moins qu'avec hauteur et générosité de vues, les choses de la cité, de la famille et du travail.

Tout en acquérant à l'école de Le Play cette science de sociologue, il s'était donné la culture délicate. A la seule qualité de sa parole on devinait le lettré. Avait-il ébauché déjà quelques-uns des brefs poèmes qu'il vient de réunir ?

Poèmes de terroir. Le vieux sol où sa famille est depuis des siècles « racinée », le pays dont son ancêtre, Michel de Chabrol, commenta savamment la coutume et qui lui fît confiance à

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