AUX BORDS DE LA MORGE
lui-môme, aux jours de la détresse extrême, c'est le sujet de ses vers. 11 chante l'Auvergne, son coin d'Auvergne ; régionaliste avant la renaissance du régionalisme. Les bords de la mince rivière qui, tout près de ses domaines, glisse dans un lit de rochers, il les a explorés en paysagiste; notant, sur une pente dénudée, la tache grise d'un genévrier; sur le talus d'un chemin creux, la silhouette d'un vieux saule; dessinant le désert d'un plateau où, parmi le genêt, un seigle rare ondule, à moins que la bruyère envahissante n'y étende la monotonie de son violet
Manteau jeté sur tout ce qu'on sent misérable,
Teinte compatissante au terne demi-deuil
Que portent les cailloux, les rochers et le sable...
Psychologue en même temps que peintre de cette nature dont il interprète, à chaque saison, comme à chaque âge d'une vie, les aspects changeants, il transpose dans l'ordre humain les sentiments qu'il lui prête : inquiétude adolescente du printemps, douceur tranquille de l'automne qui, pourtant, sur la menace du premier frisson, « est pressé d'achever les choses »...
Plus encore que cette terre aimée, ceux qui la travaillent et la fécondent invitent l'inspiration de ce fils de l'Auvergne. Il décrit l'àpreté de leur labeur, la vaillance de leur misère, assez rare, il est vrai, la rudesse primitive de
leurs joies; il célèbre, sans s'interdire touiour& le sourire de l'observateur amusé, leurs fiançailles et leurs noces. Réaliste, par instants, d'un réalisme savoureux, d'où jamais la sympathie n'est absente et qui ne ravale ni n'abaisse.
Ce n'est pas tout. Des souvenirs habitent ce pays; de l'histoire et des légendes s'y lèvent au pas du promeneur. Tout en chevauchant sur « son bidet de montagne », M. Guillaume de Chabrol s'est laissé maintes fois hanter par ce passé de poésie forte ou suave. Il a mis en vers le message de saint Myon et la réponse de saiat Genès : Penvoi de cet essaim d'abeilles qu'on voit encore tourbillonner en blond nuage, à Combronde, quand on porte en procession les reliques.
Qui n'y croit pas, n'a qu'à venir y voir.
Il a dit la solitude priante de sainte Agathe- <le Yalmont :
Dans un ravin sauvage et doux...
le martyre de saint Hilaire et de ses chrétiens; massacrés par les Germains. 11 a narré la réclusion volontaire de la princesse à la bague et le mystère de son destin dans un donjon voisin de la Morge.
Mais il est, tout près de ces mêmes bords, un château, le sien et depuis longtemps celui des siens, qu'il chante d'un autre accent que ce donjon fabuleux : Jozerand, les ondulations des