G. GuizoT, Montaigne, Éludes el Fragments, p
3. Tandis que Montaigne «Mait, entre eux, plutôt le juge de l'esprit :« Montaigne, toi le juge le plus équitable de mon esprit. » C'est le commencenient (l'une piiNce de vers latins (traduction de Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, liv. IX) adressée par La Boëlie en 1500 i\ Montaigne et à Belol.
nommée et l'accent l'avaient attiré, Montaigne découvrit, dès qu'il Tapprocha, un caractère pourvu de tout ce dont il se sentait dénué : unité intérieure solide et discipline de soi. Et la fermeté de cet organisme moral ne fut pas seule à le frapper. 11 y admira « une âme à la vieille marque..., une âme pleine et qui montrait un beau visage à tous sens ». 11 admira; un sentiment dont on a dit avec vérité qu'il n'était pas prodigue. De son côté, La Boëtie se laissa charmer par l'esprit de Montaigne, et Scaliger, qui ambitionnait l'amitié de ce magistrat philologue et poète et sollicitait de lui des vers, Scaligerput se morfondre. La Boëtie était désormais tout à Montaigne. Ces vers latins, ce fut à ce frère d'adoption qu'il les adressa. 11 y célébrait, en une image poétique, leurs affinités : « Toutes greffes ne conviennent point à tous les arbres: le cerisier refuse la pomme et le poirier n'adopte point la prune; ni le tenips ni la culture ne peuvent l'obtenir d'eux tant les instincts répugnent. Mais, à d'autres arbres, la même greffe réussit aussitôt par secret accord de nature; en un rien de temps, les bourgeons se gonflent et s'unissent, et les deux ensemble s'entendent à produire à frais communs le même fruit... Il en est ainsi des âmes^ »
Pour produire « à frais communs » le fruit de