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Ibid

MOÎ^TAIGNE A BORDEAUX 2^

de l'église primatiale et qualité d'écolâtre, c'està-dire mission d'enseigner la philosophie et les lettres à des écoliers pauvres et même à des clercs. Son passage à Bordeaux décida Tavenir de sa pensée, puisqu'il y connut Montaigne.

Il n'était plus tout jeune, il avait dépassé la quarantaine. Dut-il à ses fonctions ecclésiastiques l'occasion de son premier contact avec le philosophe, alors maire de la ville ? Il se peut. Mais nous ne savons rien de leurs relations avant un séjour de Charron au château de Montaigne, dont la preuve demeure sur le titre d'un Catéchisme de Bernardino Ochino. Ce volume porte, en effet, un ex dono qui le présente comme un cadeau du gentilhomme à son hôte. C'était en juillet 1586. Fixons à cette date le commencement de leur liaison, mais non celui de l'influence que l'auteur des Essais devait prendre sur le chanoine de Bordeaux. 11 allait, en effet, parler et agir tout autrement qu'un élève de Montaigne*.

Trois ans après, nous le trouvons ligueur, ou peu s'en faut. Il marchanda, selon son expression, « d'être de la ligue ». Il fit plus, de son propre aveu : « Et j'ai mis un pied dedans. »

l. Ce n'est pas une raison pour révoquer en doute, avec Sainte-Beuve, l'authenticité de Vex dono àoni Grùn s'est autorisé, dans la Vie publiijuc de Montaigne, pour affirmer la date que nous venons d'écrire. M. l^nul Bonnel'on ne met pas en question cette authenticité. iNous la tenons, avec lui, pour certaine.

Il s'en excusa peu après, sur «le fait de Blois^ ))^ qui l'avait fort affligé, bien qu'il n'y vit guère à reprendre que « la manière et procédure de l'exécution ». Il avait senti au fond de son cœur un « grand bouillon de colère- ». Cette émotion l'avait mis au point des plus échauffés militants de l'Anjou, où il avait prêché, après s'être démis, à Bordeaux, de ses fonctions d'enseignement. Si nous en croyons \eJour7ial de Louwet, sa parole ardente lui attira, en même temps qu'au moine Augustin Racineux, de la part du gouverneur Rochepot, la menace d'une punition corporelle. La crainte lui fut-elle un calmant? ou faut-il attribuer à un échange d'idées avec « des gens de toutes sortes »,et à ses réflexions personnelles 3, sa résipiscence? Il se rétracta. Il chanta môme la palinodie, solennellement, le jour de l'Ascension, dans un sermon qui indigna les « vrais catholiques^ ». Puis un besoin le prit de repos et de solitude, et il frappa à la porte des Chartreux, à celle desCélestins, qui, les uns et les autres, à son vif regret, refusèrent, vu son âge, de le recevoir. C'est donc bien refroidi que, vers la fin d'août 1587, il quitta Angers. Un mot écrit par lui quelque trois

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