Voy. Montaigne, par F. Strowski, p
multicolore de pièces rapportées, mais une succession de couches géologiques. Il ne s'agit plus de juxtaposition, mais de stratification.
La couche la plus récente, c'est le dilettantisme, et un dilettantisme trop sujetà s'égayer. Il a manqué à Montaigne quasi sexagénaire le respect de son âge. Il voulut trop « se r'avoir de la vieillesse )>. 11 laissa trop complaisamment, pour lui emprunter son pittoresque, verdir et fleurir « sur Tarbre mort » je ne sais quelle vigne folle. Sous prétexte qu'il se sentait défendu par les années contre les passions, et sûr de ses actes, il s'accordait licence de « pensements ». Ainsi écrivait-il en 1588. Depuis, il est allé encore plus folâtrant. Sainte-Beuve regrette chez lui les mots sales^ et « certain rire avilissant ^ ». Au dernier temps de sa vie, surtout, il nous fait entendre ce rire-là.
Et voici qui va paraître contradictoire. En « même temps que son imagination » s'ébattait indécemment, il se faisait, semble-t-il, dans sa philosophie religieuse, un progrès qui l'acheminait vers la foi. Brunetière, aprèsM. Strowski, a souligné, dans le chapitre des Vaines subtilités y un passage d'autant plus significatif qu'il est une addition de 1588, c'est-à-dire qu'il exprime un état de pensée bien postérieur à V Apologie de- Raymond de Sebond. Or, après avoir reconnu