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Journal des Débats, du 17 avril H>U

appelle, à vrai dire, une réserve. Rien chez lui ; de la subtilité dialectique où le maître d'Alcibiade, de Gritias et de Platon prenait ses disciples comme au piège. Mais, outre qu'il nous invite sans cesse, lui aussi, au yy^fii ceauxov, il a du maître athénien la simplicité causante, le ton de bonhomie fine et l'art d'orienter l'entretien. Dans la ville du cinquième siècle, disputeuse et perdue de sophistique, on l'imagine se promenant, comme le « bavard^ » sublime, par les places et les rues, sous les portiques, aux abords des gymnases, arrêtant au passage vieillards, jeunes gens, magistrats, politiciens, stratèges... en quête d'intelligences où faire de la clarté. Il a parlé ses livres avant de les écrire. Plusieurs sont faits de conférences colligées. Il y reste un accent de conversation. James ne donne jamais à son lecteur «. l'impression d'écouter un maître trônant dans une chaire, mais bien de se trouver au coin du feu avec un ami ». Son élégant et sagace préfacier, M. E. Baudin, ne nous trompe pas en nous promettant ce plaisir au seuil du Précis de psychologie. Il dit juste quand il ajoute : « Si l'on s'attend à trouver quelque part un auteur, c'est bien dans un traité scientifique ; la surprise n'est que plus grande et plus délicieuse de trouver en ce Précis un homme. »

1. On sait que le comique Eupolis appelle Socrate le « gueux bavard ».

James a maintes fois déclaré son dédain pour l'appareil d'école et les robes de pédants, domme Pascal, il imaginait Platon et Aristote sous les espèces de « gens honnêtes, riant avec leurs amis ». Il disait : « Le meilleur philosophe est l'homme qui pense on ne peut plus simplement... La philosophie n'est rien de plus qu'une pensée saine et méthodique... » Il la souhaitait dégagée de la terminologie de « boutique », trop souvent jetée sur elle comme (c un lourd rideau de laine ». Il raillait ceux qui, habitués à l'étouffement de cette pesante étoffe, ne savent plus respirer le grand air. Le grand air, le« plein air », il le voulait dans l'ordre de la pensée comme des peintres novateurs d'il y a vingt ans l'exigeaient dans le paysage. Comme eux, il dénonçait une atmosphère artificielle et un jour menteur d'atelier. On pourrait le nommer le pleinairiste de la philosophie.

D'abord anatomiste et physiologiste, il avait professé à ce titre à Harvard. Il enseigna ensuite la psychologie, qui devint son définitif champ d'études. Il s'est défendu de faire en môme temps de la métaphysique. Il ne devait pourtant pas s'en garder tout à fait dans une science qui, selon sa vive image, la « suinte par toutes les jointures ». Nous verrons, au surplus, qu'il n'a pas évité la métapliysi(|ue hors de la psychologie et, si l'on [)eul dire, à l'état pur. Ajoutons (jue sa psychologie encore

se teinte souvent de morale. Le Précis même où son cours s'est condensé laisse paraître le souci d'applications prochaines à la conduite de la vie. Et n'en a-t-on pas extrait des Causez-les pédagogiques ? Dans Pragmatism, qu'on pourrait définir « méthode de croyance », l'analyse de l'homme intime ne pouvait manquer de se réserver sa part. A plus forte raison, dans VExpérience religieuse, application du pragmatisme, qui porte, d'ailleurs, en sous-titre : <( Essai de psychologie descriptive ». Psychologue, c'est sa qualité. Dans cette science, « description et explication des états de conscience en tant qu'états de conscience ^ », quelque chose restera de lui, qui est une contribution neuve. Sans aucune « technicité » — il avait horreur de ce que signifie ce mot — et en évitant le vocabulaire dont il nettoyait si soigneusement son style, on voudrait caractériser ici l'originalité de cet apport.

Ses antécédents scientifiques auraient pu faire craindre, chez William James, descripteur et explicateur des faits de conscience, la hantise, si fréquente, du moins l'excessive préoccupation de la psycho-physiologie. Il aurait pu céder à la tentation d'assimiler ces phénomènes aux phénomènes nerveux qui les conditionnent et, selon l'expression de M. Baudin,

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