Il emprunte la définition du professeur Ladd
écrire toute sa psychologie au laboratoire. Il a évité cette méprise. Il ne néglige certes pas ce que l'étude des processus nerveux peut fournir de renseignements sur les faits d'autre sorte dont ils sont les concomitants matériels, mais il n'a garde d'identifier ceux-ci et ceuxlà. Il déclare, à la première page de son Précis^ le dessein de « traiter la psychologie comme une science naturelle ». De fait, il consacre neuf chapitres à préciser, dans les données de la physiologie, ce qui intéresse la connaissance des événements psychiques. Mais ce n'est là, pour lui, qu'une introduction. Il ne donne pas dans ce préjugé de médecins, raillé par un médecin ^ : s'imaginer faire de la lumière en substituant la notion confuse de cellule nerveuse à la notion claire de représentation et d'idée. Il eût souscrit à cette profession de Dubois-Reymond, vieille déjà presque de vingt ans, mais que bien d'autres, aussi autorisées, ont suivie : « Aucun arrangement, aucun mouvement imaginable des particules matérielles ne suffit à nous faire comprendre le domaine de la conscience. » Il ne cherche pas dans le jeu des atomes du cerveau la raison des processus spirituels. Il s'en exj)li(|ue nettement. Prévemint les susceptibilités de (|uelques lecteurs, il proteste que la corréhition constatée
1. Le docteur Georges Dumas, introduction à la Théorie de Vémolion par William James.
des états cërëbraiix et des faits mentaux ne préjuge pas la question de la « nature » de la pensée : « Tel affirme le plus catégorique- 1 ment ce fait qui souvent en proclame à plus haute voix le mystère et professe plus que personne l'impossibilité d'expliquer jamais ration- ; nellement par une cause matérielle la nature intime de la conscience. » Il se donne seulement l'air de courir — c'est son mot — des bordées matérialistes.
Ambitieux d'entrer, dans l'étude de ce que nous appelons l'âme, plus avant que les psychophysiologistes, réduits à un regard extérieur, William James a usé de l'introspection. Méthode naguère encore décriée. On sait à quel point Auguste Comte la méprisait, la tenant même pour impraticable et contradictoire. Il y voyait un « empêchement anatomique ». Il disait : « On ne peut partager son esprit en deux parties, dont l'une agit, tandis que l'autre la regarde faire ^. » Ses disciples avaient maintenu, pour le procédé que Leibnitz définissait « la réflexion des esprits », une tradition de dédain. Ils estimaient trop fragile l'esprit de finesse qui en est l'instrument. Trop mince, d'ailleurs, et, pour tout dire, trop abstrait et trop irréel était à leurs yeux son objet. Une réaction marquée, notons-le, s'observe depuis