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C'est le titre d'un de ses plus jeunes essnis poétiques

2. Introduction à un Choix de lettres du XVJl* siècle (Hachette).

qui ont multiplié, sur l'art de faire une lettre, les règles et les défenses : « Il faut... Il ne faut pas... » A ces promulgateurs de préceptes, la meilleure des réponses est la variété des chefsd'œuvre qui portent les signatures de Mme de Sévigné, ]\Ime du Deffand, Horace Walpole, Joubert, Paul-Louis Courier... C'en serait même assez de quelques-unes des pages parues ces temps derniers, pour infliger un démenti comique à Demetrius de Phalère, qui prétendait ranger ce genre littéraire en vingt compartiments. Proclus n'en proposait-il pas quarante et un ?...

Il n'est meilleure condition pour bien faire une lettre que de laisser parler son cœur. En louant, chez Musset, la sincérité du génie poétique, Taine a, du même coup, défini l'épistolier que fut le lyrique chantre des Nuits : « Y eut-il jamais accent plus vrai ? Celui-là au moins n'a jamais menti. Il n'a dit que ce qu'il sentait, et il l'a dit comme il le sentait. Il a pensé tout haut... »

Il a pensé tout haut avec Mme Jaubert, avec Ulric Guttinguer, avec Alfred Tattet... D'où la légèreté vive et la grâce naturelle de ces feuilles que M. Léon Séché a liées d'un fil pour en faire un volume, qu'on sent frémir cependant, toutes prêtes à redevenir feuilles volantes, comme au

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jour OÙ elles furent jetées à la poste. Il pensait encore tout haut, quand il adressait à George Sand et à Pagello de grandiloquentes et naïves épitres, et lorsque, dupe d'une comédie savante, il faisait figure de niais. Touchante dupe, la jour où il écrivait : « Vois-tu, George, la veine est ouverte, il faut que le sang ooule. » Qu'il compare son amie et lui-même à « deux aigles blessés » qui se sont « rencontrés dans le ciel » et qui « échangent un cri de douleur avant de se séparer pour Téternité », c'est emphase de poète, et nous gardons le droit de sourire. De nouveau nous sommes émus à, cette plainte, si romantique qu'en soit l'expression : « Ma fatale jeunesse m'a peint sur le visage un rire convulsif. » Mais laissons tout ce qui rappelle la triste aventure de Venise. Goûtons sans arrièrepensée renfantillage allègre du « fieux » qui confesse à sa « marraine » ses étourderies d'écolier : « Je viens de Montmorency, j'ai perdu mes gants dans le lac d'Enghien et mon mouchoir à Andilly. » Oublions le Musset esclave d'un passé qui lui est une geôle. Voyons-le dans ses échappées, tel que l'aperçut, un jour, Sainte- Beuve, « aimable et gentil de couleurs et de visage ». Les jolis jets de verve, et quelle spirituelle folie !...

Ge sont de « petites cancaneries ^ » ou plai-

1. Point toujours innocentes cl parfois d'une indécence osée.

santeries, lestement dites, comme l'histoire de sa brouille avec Rachel. C'est le tableau d'un quartier de Paris en une phrase où s'égrène un chapelet d'épithètes comme dans certain badinage fameux de Mme de Sévigné. Ou bien c'est la déraison joyeuse qui parle : « Dieu soit béni ! Vous m'écrivez une lettre absurde ! Vous avez donc aussi, Madame, vos bons moments comme nous autres ; oui, j'en atteste le ciel ! quand vous avez écrit, votre fenêtre était ouverte, vos rosiers se dandinaient au vent, — vous étiez décoiffée... ou mal coiffée... » A qui vont ces lignes, on le devine. Sa « marraine » a été, paraît-il, « absurde et, par conséquent, charmante » ; elle en est remerciée. A elle encore s'adressera cette apologie de la démence : « Déraisonner en conscience, voilà la grande affaire de la vie. Quand on n'ose plus déraisonner, il faut se brûler la cervelle ou se marier. »

C'est comme franc aveu de sa pensée, — qui souvent, il est vrai, s'exagère en boutade, — ou comme perpétuelle confession de son caractère, que sa correspondance nous intéresse. J'allais dire aussi comme confession de ses mœurs, mais on sait de reste ce qu'elles furent. Non seulement à xMme Jaubert, — avec qui il était « sur le chemin vicinal de Tamour et de l'amitié » et qui réclamait le récit de ses aventures, — mais à ses camarades de lettres, à ses compagnons

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de plaisir, à tout correspondant ou correspondante avec qui il pouvait s'ouvrir, le moindre de ses billets était une confidence. Il avait, un jour, esquissé, en quelques lignes à Guttinguer, sa vue du monde, « petite croûte de pâté parsemée d'étoiles ». Une philosophie s'en déduisait, assez courte, naturelle compagne d'une cosmogonie à la Lucrèce. Il aborde dans un autre esprit la question religieuse avec la duchesse de Castries. C'est (jue, depuis son badinage métaphysique, il faut noter un événement qui fait date dans sa vie. A trente ans, sa sanlé ^ subi une griève atteinte, et une garde-malade ■ui est venue qui a touché d'une main délicate ses plaies morales, Sœur Marceline, dont .'image, dix-sept ans après, apportera une douceur à son agonie. Il a dit à son frère et à d'au- ,res^ sa gratitude envers cette bienfaisante inirmière. Le nom de l'humble religieuse revient ious sa plume, quelques mois après, dans une ettre à la grande dame qui a entrepris de le convertir, en môme temps que de le marier. Et ^oici où il nous livre, sur l'article de la religion, e fond de ce a méchant sujet » qui est lui-même : [ Vous me dites que ce qui me manque, c'est la oi. — Non, Madame; j'ai eu, ou cru avt)ir,

1. « Je vions d'avoir une (luxion de poitrine... Vous conirenez que j'ai (mi mes reiii?ieuses. Ma bonne so'ur Maicline est revenue, plus une seconde avec elle, bonne, ouce, charmante comme elles le sont toutes, et, de plus, anime d'esprit... » Lettre à Alfred Tatlct, Il mai lî^tl.

g4 PORTRAITS ET PATSAGES

cette vilaine maladie cUi doute, qui n'est, au fond, qu'un enfantillage, quand ce n'est pas un parti pris et une parade... La croyance en Dieu est innée en moi ; le dogme et la pratique me sont impossibles, mais je ne veux me défendre de rien; certainement, je ne suis pas mûr sous ce rapport. » On aurait pu espérer qu'il mûrirait; et, vers la fin de sa vie, certains propos à des étudiants venus lui exprimer leur admiration avaient paru annoncer en lui un progrès intérieur: « Si ma plume, disait-il, n'est pas à tout jamais brisée dans ma main, ce n'est plus Suzette et Suzon que je chanterai. » Et l'un de ses jeunes visiteurs ayant rappelé l'Espoir en Dieu et d'autres morceaux de pareil sentiment, il ajouta: « Oui, j'ai puisé à cette source de la poésie, mais j'y veux puiser plus largement

encore ^ »

Dans la même lettre à Mme de Castries, Musset déclarait ses dispositions quant au mariage. Là-dessus il reprend le ton de la vivacité espiègle, jugeant d'un ton dégagé le monde et les femmes du monde, qui lui « font l'effet de jouer une comédie dont elles ne savent même pas les rôles ». Pourtant, après des aventures qui l'ont laissé (c à sec, comme un poisson au milieu d'un champ de blé », il ne repousse pas l'idée de fixer sa vie. Mais ses

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