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Lettre à Panizzi, 10 janvier

QUELQUES EPISTOLIERS 105

au dix-neuvième siècle ? » Et voici encore une plaisanterie lourde : « Depuis le miracle de Mentana, j'ai reconnu qu'il ne fallait pas être esprit fort, et j'ai demandé aux sœurs de Tarascon des serviettes, probablement bénites, qu'elles ontpourlesasthmatiques. J'en porte sur mon estomac depuis quelques jours, et je m'en trouve notablement soulagé. Ilest vrai qu'il fait un soleil de juin : pas un nuage. Si l'effet continue avec le froid et la pluie, je vous prierai d'en faire part à Mgr Dupanloup. »

Le mauvais ton ! et comme son anticatholicisme joue à Mérimée de vilains tours!... x\ussi vilains que son penchant pour la gravelure, lorsqu'il s'y adonne. Pourtant, par bienséance et par respect pour une grande dame qui voulait le convertir, il s'est montré capable de réduire son irréligion à une défensive décente, même déférente ^ N'est-il pas allé jusqu'à se dire touché de la sollicitude accordée à « sa pauvre âme » ? Non qu'il laissât le moindre espoir à sa catéchiste, même lorsque, pour lui complaire, il s'engageait à lire, chaque jour, un chapitre de saint Luc, dans le texte grec. Parfois il le prenait en j)laisanterie, mais toujours sans irrévérence. Ainsi, quand il escomptait, « en déduction de ses péchés », toutes les tribulations ((u'il alIVontait « pour restaurer

1. Dans la Correspondance inédile, parue avec un nveili>semcnt de l'erdinand r.runetièrc.

les églises », ou quand il se défendait de haïr les gens à froc et se réclamait d'amitiés de moines, liées au cours de ces voyages d'Espagne où il ne visita pas que des moines. Quelle différence avec les ironies des lettres à Lebrun, il Panizzi, aux Lee Ghilde, ou même à Vinconnue, dont ne sont pas ménagées les « convictions absurdes ))...Ila fallu tout l'ascendant <l'une femme supérieure, et qui commandait le respect, pour imposer pareille retenue au lihertin.

Je ne sais où il la remercie d'un évangile qu'elle lui a promis et qu'il s'engage à faire « relier honorablement, en maroquin janséniste, »comme son Imitation y). Après quoi, il lui parle •<les Fleurs du mal et de Baudelaire, qu'il estime, « niais et honnête ». Peut-être Emile Zola, dans sa prime jeunesse, eût-il encouru, du railleur hautain, ces deux épithètes.

« Je suis triste, bien triste. C'est le vent du «iècle qui a passé surnos têtes... » De qui cette plainte? D'un romantique attardé, arrière-petitneveu d'Obermann ou de René ? C'est le futur biographe de Nana qui confie en ces termes :sa mélancolie à Paul Cézanne. Ces lignes se datent de 1860 ^ Il gémit sur le mode cher aux

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