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Lettre à Bayle, 20 décembre

Jean Goujon, un Ary Scheffer, afin de ne pas être un réaliste. » Peut-on avoir la vocation de « fouiller la fange » ? Quand on la remue, « il reste toujours quelque souillure aux mains».

Ambitieux de noblesse dans sa vie comme dans son art, il aspire à l'amour « pur » et il essaie de s'appuyer sur un christianisme d'où il élimine, à vrai dire, toute foi positive, toute pratique et « tout clergé ». Ses rêves, certain soir, au Jardin des Plantes, à la rencontre de « blanches jeunes filles », sont ceux d'un bon jeune homme. Non, pourtant, qu'il mène à Paris une existence de toute chasteté. Sa parenté avec RoUa nous dissuaderait, au besoin, de le croire. Ses Lettres de jeunesse, d'ailleurs, contiennent à ce sujet des confidences, voilées ou non voilées.

Nul épanchement de cet ordre ne se trouve dans le volume de Correspondance qui a pour sous-titre « Les Lettres et les Arts ». Nous y lisons rhistoire de son œuvre, depuis ses essais aux Jeux Floraux, jusqu'à Fécondité et Vérité, Il raconte ses espoirs de débutant, les premiers gains de sa plume, sa « volupté » de se sentir peu à peu sortir de la foule, ses ambitions grandissantes d'auteur à succès; il dit ses procédés d'ouvrier; il définit sa philosophie d'artiste. Philosophie quelque peu grossière, si « savante » soit-elle. Elle appuie une esthétique dont le nom reste désormais associé à celui de Zola.

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Le naturalisme^ nous le voyons là, formulé ex professa par le tout jeune auteur des Contes à Ninon. Lisez sa théorie des « écrans ». Non, pourtant, que le romantique des premières lettres ne reparaisse quelquefois. Bien mieux, on le retrouve au fond du réalisme qui sert d'enseigne au romancier, et ce réalisme en est, dans son essence, vicié. Faux réalisme. C'est à V Assommoir que songeait Emile Zola, quand il écrivait à Georges Charpentier : « Ce roman sur le peuple que je rêve extraordinaire... » — Remarquons ces deux derniers mots, singuliers sous la plume d'un apôtre de vérité. — Il <( rêvera » aussi « une Nana extraordinaire ». Ne parle-t-il pas à Henry Céard du « sublime que sa s... caboche ne peut s'empêcher de rêver » ?

La fréquence de ce verbe est, décidément, significative. Quant au « sublime », Zola se flatte s'il en croit sa « caboche » habitée. Ce qui fait parfois son tourment, c'est le « désir de l'énorme » ; lui-même s'en rend compte à certaines iieures. Il parle aussi de son « besoin impérieux d'universalité et de totalité ». Il a l'œil grossissant. Sur sa rétine, les images grandissent jusqu'à des proportions géantes, et sa vision semble au service d'une imagination amplifiante. Aussi pourrait-il se définir un oréat(uip de monstres. « Un jai'din dans la Faute de Vabbé Mouret^ une halle (hnis le Ventre de Paris y

ilO PORTRAITS ET PAYSAGES

un cabaret dans V Assommoir, une mine dans Germinal... », autant de « monstres synthétiques », produit d'un travail d'idéalisation proprement romantique. C'est le vicomte E.-M.de Vogué qui caractérise ainsi l'œuvre d'Emile Zola^. Bref, le théoricien du naturalisme, celui qui, le premier, en a formulé la poétique. s'y montra audacieusement infidèle.

Il ne niait pas qu'un « vieux fond de romantisme » ne subsistât en lui, indestructible : « Jerêve des rochers avec des escaliers dans le roc, des récifs battus par la tempête, des arbres foudroyés, trempant leurs cheveux dans la mer. » Il concédait que, sur « l'écran du réaliste », « si clair, si mince, si verre à vitre qu'il soit»,, les lignes « deviennent plus plantureuses, s'exagèrent, pour ainsi dire, dans le sens de leur largeur ». Il n'eût cependant pas accepté, j'imagine, d'être pris pour un déformateur « épique » du vrai, lui qui, avec tant d'affectation, se réclamait de la science positive.

Cette prétention n'avait pas toujours été la sienne. Un jour, à Antony Valabrègue, il déclarait tout net: « Moi, je suis un gros ignorant. » C'était, à vrai dire, dans sa- jeunesse : il avait vingt-six ans. Mais il y a loin de cette humilité à l'audace du mot qui devait, plustard, lui échapper : « Nous autres... hommes

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