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C'était du moins la Terre qu'il préparait alors (19 déc

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court billet adressé par lui à Huysmans. On peut noter là un trait de son caractère. Notons-y en même temps une qualité de son style qui n'en fait pas un style plein de charme. Il y manque surtout ce qu'on aime dans une correspondance : l'aisance légère, la grâce fine. Zola maçonnait de sa prose massive ses lettres comme ses livres.

Il se réclamait de Taine. Taine jamais ne le goûta. Ceux qui l'ignoraient l'apprirent, quand, inopinément, le romancier naturaliste brigua un fauteuil à l'Académie. « Quelque chose nous séparait, que je n'ai jamais compris », disait, dans une interview, le candidat imprévu. Il ne pouvait suffire, en vérité, de professer avec ostentation le culte da fait, — dùt-on jeter, au travers d'une mince documentation, les rêves d'un romantisme intempérant, — pour invoquer à bon droit le patronage du philosophe de Vlnlelligence, non plus ([ue celui de Claude Bernard. Taine, donc, voyait sans fierté ni plaisir Emile Zola se rattacher à son école. Combien ils différaient par la qualité de l'esprit, par le sérieux de la culture, par la noblesse des visées, le simple rapprochement de leurs correspondances le prouverait surabondamment. Nous l'indiquons à qui serait curieux de cette comparaison.

On trouvera vite ce « quelque chose » qui les ^< séparait », et que Zola déclarait ne pas comprendre.

Au lecteur qu'intéressent le développement d'une belle vie et la genèse d'une grande œuvre les quatre volumes publiés par les soins pieux de la famille Taine offrent une matière de choix. L'éducation intellectuelle du philosophe, la conception et l'exécution de ses livres, y compris le dernier, — celui où il fit œuvre d'historien, — enfin, ses amitiés, autant de sujets qui invitent les curieux de biographie morale.

« Je veux être philosophe », avait-il dit dans sa prime jeunesse. Il poursuivit ce but à travers d'âpres difficultés ; car la vie lui fut très dure dans ce Paris, dans cette « Babylone » où Prévost-Paradol l'avait appelé au lendemain de sa disgrâce universitaire. Il se mit, selon son expression, « au couvent » ; on sait quel y fut son labeur.

Quelle méthode il s'y imposa, les lettres de ces « années d'apprentissage » le racontent, particulièrement celles à Edouard de Suckau. Il lui assignait la psychologie comme « rendezvous ». Psychologie, pour eux, c'était psychophysiologie. Déjà Taine aurait pu dire ce qu'il devait écrire, un jour, à Sainte-Beuve : « Les anatomistes et les physiologistes sont nos maîtres à tous. » Joignons les botanistes, les chimistes, les zoologistes..., sans omettre les alié-

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nistes, sous la conduite desquels il s'essayait à suivre, parmi les déformations maladives de l'intelligence, « le passage mystérieux de la sensation à l'image et de l'image à la perception ^ ». A l'école de ces savants, il collectionnait les (( cas précis », les faits, les « petits faits », « distincts », « significatifs », et, non content de la provision qu'il en faisait lui-même, il priait Edouard de Suckau de lui en expédier, des « chariots ». — A quel usage? De ces amas dûment ordonnés et classés, il se flattait de tirer les lois dont la hiérarchie, la superposition en « pyramide » allait figurer à ses yeux le monde. Ses maîtres de l'Ecole norinale, Saisset, Yacherot, avaient noté en lui un abstracteur excessif. Ce pli de son esprit se marquait de plus en plus, et, chaque jour davantage, on pouvait le sentir définitif. Hors de sa philosophie, l'empreinte s'en voyait dans sa critique d'art ou de littérature. De là procédera sa théorie de la « faculté maîtresse », qui s'indique dans cet aveu à M. Cornelis de Witt, au sujet' de V Essai sur Tile-Live : « La difficulté j)our moi, dans une recherche, est de trouver un trait caractéristique et dominant du(|uel tout peut se déduire géométriquement. »

Dégager ainsi de faits récollés et étiquetés assidûment, extraire, niore geomctrico, des

1. Albert Sobel, Discours de réception ù l'Académie française.

formules résumant la réalité, c'était, pour ce disciple de Spinoza ^ la philosophie et la science même.

Or, la science lui était objet de foi et de culte. Il croyait, dans toutes investigations bien conduites, la raison capable de saisir ses objets. Et il ne faisait, à cet égard, nulle distinction entre les relativités de la vie complexe, ondoyante, et l'absolu rigide et simple des mathématiques. Enfin, il tenait la science pour efficace dans l'ordre moral comme dans tout autre. Il était loin du découragement qui se lit dans ce mot à Gaston Paris : « Probablement, j'ai eu tort d'entreprendre cette série de recherches. Elles assombrissent ma vieillesse et je sens, de plus en plus, qu'au point de vue pratique, elles ne serviront à rien ; un courant énorme et rapide nous emporte; à quoi bon faire un mémoire sur la profondeur et la rapidité de ce courant ? » Il a écrit ces lignes mélancoliques vers la fin de sa vie. Le « courant )) dont il parle et dont il sent la force inéluctable est celui de notre démocratie. Le travail dont il regrette d'avoir attristé ses vieux jours, c'est la préparation des Origines de la France contemporaine.

Il s'était cependant promis un grand bien de cette « consultation de médecins » que de-

1. Qui devait, toute sa vie, s'enfermer dans le spinozisrae « comme dans une forteresse ».

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vait être son livre. Il en avait fait confidence à Ernest Havet : « ... Au préalable, il faut que les médecins, qui ne sont pas du même avis, se mettent d'accord. Mais je crois qu'ils finiront par s'y mettre, et les raisons de mon espérance sont celles-ci : on peut considérer la Révolution française comme la première application des sciences morales aux affaires humaines ; ces sciences, en 1789, étaient à peine ébauchées ; leur méthode était mauvaise, elles procédaient a priori^ leurs solutions étaient bornées, précipitées, fausses... Mais, après une longue interruption et un véritable avoi'temenl, voici que ces sciences recommencent à fleurir; elles ont changé complètement de méthode, leurs solutions seront toutes différentes, bien plus pratiques. La notion qu'elles donneront de l'Etat sera neuve... » Lente, sans doute, sera l'idée nouvelle et juste à se propager; il faudra patienter : « Peu à peu, de l'Académie des Sciences morales jointe à rx\cadémie des Inscriptions », elle descendra « dans le public pensant comme les notions de l'électricité, de la chaleur, descendent de l'Académie des Sciences^ ». Cette méthode, dont il attend la progressive conversion de res[)rit |)iiblic, est la méthode expérimentale. Son voyage d'outre- Manche l'a convaincu (jue la politique n'est pas

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