V. Achille Luciiaire, article cité
Pour les récuser en bloc, M. France développt des motifs divers. Il n'est pas jusqu'à leur ces- ; tume qui, à ses yeux, ne justifie toutes les défiances : « vêtement étriqué, déchiqueté, ridicule », qui « trahit la gracilité absurde du goût et la faiblesse de la raison». Confessons que nous n'aurions pas attaché tant de signification psychologique à l'étroitesse des hautsde-chausses, aux tuniques accourcies et serrées, aux souliers à la poulaine... Les modes avaient-elles donc, au reste, tant changé depuis 1431 ?
Nous avons écrit le nom de Renan, maître et modèle de M. France. Le biographe de Jeanne d'Arc procède, en efîet,dans maintes rencontres, comme le biographe de Jésus. Voyez comme il conteste la date attribuée au Mistère du siège d'Orléans: « Aux vers 12.093 et 12.094, la Pucelle annonce à Talbot qu'il mourra par la main « des gens du roi». Cette prophétie n'a pu être faite qu'après Pévénement... et ces vers sont sûrement postérieurs à l'année 1453. » Renan avait dit de même que l'Évangile de saint Luc, prédisant la ruine de Jérusalem, ne pouvait avoir été rédigé qu'après l'an 70^.
Ailleurs, pour soutenir une thèse qui occupe une grande place dans son livre, pour montrer la Pucelle inspirée par les clercs plus que par
1. On sait ce qu'il en faut penser depuis les travaux de M. Harnack.
« ses voix », il ose maintes assertions ou conjectures fragiles. Cette expression de Jeanne : « avoir le royaume en commendey) est, si nous l'en croyons, d'un style inconnu à une paysanne, et un prêtre a dû la lui souffler. Ce terme appartient pourtant à la langue courante du moyen âge. Dans la lettre aux capitaines anglais, « deux, ou trois passages » font « soupçonner » à M. France « une main ecclésiastique ». Reportez-vous-y 1, et rappelez-vous comment le linge plié dans le tombeau du Christ fît soupçonner à Renan « une main de femme ». Ici et là, même divination critique.
M. A. France énonce, vers la fin de sa préface, les principes de la méthode en histoire. Il fait au narrateur du passé une loi de « ne pas paraître dans les affaires qu'il raconte ». C'est bien dit. Pourquoi donc celui qui a formulé ce précepte le viole-t-il constamment? Atout instant, M. France intervient dans son récit; à tout instant, nous reconnaissons le timbre de sa voix, ou, — qu'il nous passe le mot, — nous apercevons le bout de son oreille. Quand, parexemple,^ au chapitre de la Pucelle à Cliinon, nous lisons des recommandations à qui veut distinguer « les vraies prophétesses des fausses » et ne point confondre les « messagères du ciel » avec les « fourrières du diable », l'accent du sceptique