Dans les Grands avocats du siècle
rhétorique apprise qui vient tout droit du collège.
En M« Chenu, on a le plaisir de trouver un homme au lieu d'un Conciones. Ce n'est pas que toujours il évite la banalité d'un certain langage figuré. On se rappelle de lui une péroraison où, par allusion à l'état d'esprit d'un public passionné, il parla de « tempête », de « lame » se brisant au roc et « se dispersant en flocons d'écume ». Mais il n'illustre pas d'ordinaire ses plaidoyers d'une pareille imagerie. Sa métaphore éclate, vive et familière, comme lorsqu'il représente Dupas sur la piste d'Arton, <( tenant l'arrêt pendant trois jours, sans qu'on lui dise de piller )u Et il se garde de cette surabondance d'adjectifs qui fait à la phrase surcharge d'embonpoint. Son discours nerveux et agile ne s'alourdit pas de ces parties molles. C'était donc mal le caractériser que de le comparer à Jules Favre, mais, par ce qu'il voulait signifier, le rapprochement lui fut sans doute agréable. 11 a retenu le son de voix de Nicolet; il en a dit les « modulations », les « nuances »y les « inflexions exquises ». Une voix prometteuse de gloire est une caresse que l'oreille n'oublie point.
Peut-être, ce jour-là, jN^ Chenu se vit-il, dans l'avenir, à la tête de l'Ordre dont le président venait de le distinguer publiquement. Cette ambition, s'il la conçut, va se réaliser. Dans
quelques jours, il sera Télu de ses pairs. En lui les avocats de Paris se donneront pour chef un lettré, un orateur et un homme d'esprit; « ce qui ne gâte rien, quoi qu'en disent les imbéciles ». Cet aphorisme est de son patron, Gléry.
24 juin 1905.