‹ Portraits & paysagesChapitre 72 sur 114 · Paris, Pion et Nourrit · texte numérisé non relu

Paris, Pion et Nourrit

leur accent de nature. Ainsi écrivaient-ils, sans affectation ni recherche « littéraire »,|, laissant, comme on l'a dit de l'un d'eux, tomber les mots de haut, ne s'embarrassant pas de choisir, « sûrs de ne donner jamais que de l'or au bon titre ».

M. de Vogué avait publié, pour la Société de l'Histoire de France, le texte authentique des Mémoires de Villars. En préparant cette édition, la curiosité le prit de contrôler par la correspondance du maréchal une autobiographie dont l'intention trop sensible d'apologie suffit à mettre en défiance, encore qu'il soit peutêtre excessif de dire avec Saint-Simon qu'elle (( pue la fausseté ». De cette confrontation naquit un livre documenté, intéressant, vivant, avec, en manière de frontispice, un portrait du héros, un dessin de touche nette, de concision énergique, à francs coups de plume.

L'an dernier, c'étaient les lettres du duc de Bourgogne et du duc de Beauvilliers ' qu'il mettait au jour, précédées d'une étude où se remarque la même sobriété d'une langue instrument d'une pensée ferme. Et cette étude s'illustre aussi d'un portrait, mais d'autre facture, bien que s'y sente la même main de peintre. Il fallait, pour exprimer la bonté humble, la pitié

1. Le duc de Bourgogne et le duc de Deauvilliers, même li- !' brairie.

endre, la vertu timorée de l'élève de Fénelon, les traits moins brusques et de vigueur moins în relief que pour rendre « l'effronterie » du .vainqueur de Denain et sa vivacité « sortante ». - Ainsi la caractérisait Saint-Simon. — Non jue toute énergie native manquât au petit-fils ie Louis XIV. Il était venu au monde, « avec an naturel à faire trembler i ». Hautain, colère, avec une inquiétante propension à la cruauté, il avait eu une enfance difficile, une adolescence orageuse. Mais la souple adresse de son précepteur avait eu raison de ces dispositions alarmantes. Avec un tact sûr, il avait atteint en lui des fibres profondes. La conscience était délicate ; il l'avait affinée encore et, par le sentiment chrétien du devoir, son charme personnel aidant, il avait maîtrisé, réformé ce naturel impétueux. Au témoignage des contemporains, cela « tenait du prodige ». L'éducateur dépassa môme son but : le tempérament qu'il réfréna fut trop bien dompté. M. de Vogué décrit excellemment l'infirmité d'un vouloir énervé chez ce prince en qui « la crainte du mal avait tourné au scrupule, la résignation à l'inaction, et dont les qualités passives s'étaient développéesau détriment des qualités actives». Il corrige, par une intéressante comparaison avec la V'^ture de Rigault et la gravure de

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