‹ Portraits & paysagesChapitre 82 sur 114 · AU PAYS D EUGENIE DE GUERIN · texte numérisé non relu

AU PAYS D EUGENIE DE GUERIN

jour des griffes de sa chatte, et une perdrix blessée, leste encore, « qui se coulait comme un rat dans tous les coins ».

Pas une fois, l'ennui ne l'a visitée. D'ailleurs, les événements ne manquent pas au Gayla : coup de marteau du mendiant, à qui on va servir une assiettée de soupe; visite de l'ancien métayer, qui aura « place au plat et à la bouteille » ; du pâtre, qui annonce la première bergeronnette, parce qu'il sait bien faire plaisir à Mademoiselle. . . Des visites de daines^ on en attend peu et c'est bien comme des « événements » qu'Eugénie les note. Mais on attend celle du facteur. « Oh ! sait-on ce que c'est que des lettres, à la campagne?... » Y en aura-t-il une aujourd'hui de Maurice ?

Hélas ! le temps vint où Eugénie ne guetta plus l'arrivée du courrier. L'absent était revenu pour mourir; il reposait là-bas, de l'autre côté du vallon, sur cette colline, à l'ombre de la petite église où, enfant, il « balança Tencensoir » et dont on voit pointer le clocher '. Maintenant, c'est au cimetière du village que va la pensée de celle qui dès longtemps, à vrai dire, s'est déclarée « amante des tombeaux ». Son cœur habite entre ce lilas et ce cy[)rès, sous la pierre qui porte gravé le nom du disparu. Bien modeste, cette pierre, sans ornement ni ins-

1. Disons, pour être exact, que l'église J'Andillac a été reconstruite depuis et un peu déplacée.

cription pompeuse. Fut-ce sa forme de pyramide qui offensa les démocrates d'Andillac, — ceux d'il y a soixante ans ? Ils voulurent la renverser au nom de « l'égalité de la mort ». Une nuitv il fallut la faire garder.

2" septembre 1902.

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