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UN RELAIS DE MADAME DE SEVIGNE

lardé. De la marquise qui écrivit chez lui un petit chef-d'œuvre, il ne dit mot; mais c'est à elle que nous pensons.

Autre chose qu'un logis d'occasion la rappelle en ce pays. « Notre belle Loire », «notre Loire

sage et majestueuse » elle ne nomme guère

sans une épithète admirative ou affectueuse ce fleuve qu'elle aime vraiment d'amitié et dont elle parle comme d'une personne, remerciant Mme de Grignan de ses « civilités » pour lui. Elle se plaît à sa douceur, à sa grâce imposante, à l'agrément des paysages qu'il traverse, à « cette belle vue qui fait l'occupation des peintres ». Combien n'en jouit-elle pas, durant une navigation printanière, en compagnie du « bon abbé » , mangeant et buvant « sur un ais. . . , comme le roi et la reine », dans son carrosse embarqué, rêvant, lisant ou écoutant des « lectures saintes », maintes fois distraite ])ar les « tableaux merveilleux » que découpaient les portières de sa voiture.

Un jour, voulant aller de Briare à Autry voir la petite comtesse de Sauzei, elle traversa la Loire, en bac, à GhAtillon. Mais, tandis qu'elle était « abord », quelqu'un l'eiïraya du trajet (ju'elle avait à faire : « Deux mortelles lieues, des rochers, des bois, des précipices... » Elle repassa la rivière « en pâmant de rire de ce petit dérangement », et, « dans celte belle humeur », s'en fut coucher à Gien, d'où, le len-

demain, elle gagna Autry « par un grand chemin tout naturel ».

J'ai cherché vainement quels accidents de terrain l'avaient épouvantée. C'est par un pays doucement vallonné que l'on va de Briare au village coquet où se dresse encore, entouré de se» douves, flanqué de ses tours en poivrière, le château de la « petite comtesse ». Et les « deux mortelles lieues» m'ont paru courtes. Au pont de Ghâtillon j'ai admiré la jolie courbe de la Loire « belle » et « sage ». Elle mérite bien qu'on loue sa sagesse en comparaison de& emportemients du Rhône, auquel Mme de Sévigné ne pardonnait pas d'avoir failli noyer sa fille. Ce « furieux Rhône », écrivait-elle; « diable de Rhône... », le mot lui a échappé.

^5 septembre 1902.

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