LA RÉVEILLÈRE-LEPEAUX EN SOLOGNE
gerie. Ducis, rintime delà maison, y avait reçu des mains de « Mlle Clémentine», fille du châtelain, un chapeau de Némorin, qu'il a décrit dans une lettre : « Garni, au fond, d'un joli taffetas brun, et orné d'un bourdaloue de velours noir. » La Réveillère, lui aussi, versifiait. Il composait des chansons, des romances. Ses Mémoires y font allusion, et son Journal en témoignerait, ces Loisirs à la Rousselière^ dont nous regrettons la perte. Il devait tenir un rôle dans les moutonneries où triomphait sa femme. Gérard, qui était aussi de ses amis, et a peint son portrait, ne lui a cependant pas mis à la main une houlette, mais, écrivait Ducis, « cette fleur petite et charmante », qui « a un nom allemand » et « qui signifie : ne m'oubliez pas... » Touchant emblème, expressif de la suavité d'âme d'un régicide ei fructidoriseur.
Il avait toujours au cœur une sensibilité un peu niaise. Il a laissé l'aveu de son « penchant à la mélancolie », qui allait souvent jusqu'à lui faire « répandre des larmes ». Ne s'attendrit-il I)as sur le premier légume — une carotte — que produisit sa propriété de l'Anjou, et qui fut arrachée, dit-il, « chère Clémentine, en ta présence et colle de ta mère... » Son Journal, malheureusement introuvable, nousle montrerait, j'imagine, pleurant sur le premier chou récolté à la Rousselièrc, devant son fils, le jeune Ossian.
Faute de ce précieux carnet, nous savons seulement qu'on y gaulait des châtaignes, qu'on y faisait du fromage et que le maître de céans buvait, le matin, du petit lait avec Ducis. Après quoi il l'emmenait herboriser.
Innocente vie d'un bourgeois probe et doux, aux mains seulement un peu ensanglantées...
On ne dit pas qu'il accompagnât à la messe son hôte, le poète, qui ne la manquait guère. Du moins, recevait-ilàdinerson curé, et jouait-il de bonne grâce avec lui un cent de piquet.
Le régicide se retraita dans la pastorale. Pour peu, le théophilanthrope eût fini marguillier.
29 septembre 190 i.