Vues de Sologne, par Ernest Gaugiran
rogez les agronomes ^ Je ne suis que promeneur, volontiers le fusil à la main.
Ce goût prêterait du charme à ce pays de gibier, fût-il, d'ailleurs, « ennuyeux » comme la Beauce. Tressaillir à l'essor lourd du faisan qui émerge du taillis dans la gloire de son plumage, au débouler du lièvre gîté dans les drageons, à la fuite zigzagante du lapin, qui passe comme l'éclair de cépée en cépée, à la brusque envolée des perdrix picorant dans les blés noirs ou des halbrans, hôtes des grandes herbes qui bordent les étangs, joie de chasseur, fréquente ici. Un plaisir d'un autre ordre, et supérieur, peut s'y mêler.
Si la Sologne n'est plus une terre de désolation, elle est une terre de poétique tristesse. Ses sapinières lui font une ligne sombre d'horizon; ses étangs, qui luisent çà et là, l'éclairent d'un reflet pâle, et les étendues de bruyères et d'ajoncs qui restent parmi ses cultures lui donnent, par endroits, un air de lande bretonne. Même en allongeant le pas pour relever une compagnie de perdreaux, on peut goûter cette mélancolie. Je sais des gens qui, la carnassière au dos, s'oublient à rêver, par ces chemins à travers bois, où les scabieuses foisonnent, qui regardent onduler au vent les joncs dans les eaux mortes, qui s'attardent à la flore de ces