UNE STATUE AU LUXEMBOURG
Ce sera celle de la G rand^ maternité souriante. Car la comtesse de Ségur sut, avant tout, l'art d'être grand'mère. Le meilleur de son talent sortit de ce « grenier d'abondance » qu'était son cœur, empli, jour par jour, durant sa vie d'aïeule. Le charme de l'imagination, le naturel franc et vif de la verve, le mouvement aisé du style, elle avait tout cela de nature. Mais on ne fait comme elle agir et dialoguer Jacques et Camille, Paul et Sophie, Madeleine et Henri... que si, bien des années, et avec amour, on a suivi des yeux et entendu jaser leurs pareils.
Et, pour intéresser les enfants aux exploits de héros qui sont leurs pairs, il ne suffit pas de noter juste leurs gestes et l'accent de leur
babil; il faut croire soi-même — ou en avoir l'air — aux histoires qu'on raconte. Il faut, comme l'imprésario de marionnettes, dans le Wilhebn Meistei^ être en même temps « parmi les enchantés et parmi les enchanteurs ». Le nonagénaire de Quintigny à qui "^Charles Nodier dut ses premières leçons de « nouvellier » féerique, sous le manteau d'une haute cheminée, devant une flamme odorante de genévrier, ce paysan poète avait foi aux lutins dont il narrait les méchants tours. Quand le récit s'adresse aux tout jeunes, cette naïveté s'attendrit d'un .sentiment qui ne se trouve guère que chez les vieillards. Il se devine, ce sentiment, dans Pauvre Biaise, dans François le Bossu, à9.ns> les Malheurs de Sophie, les Deux Nigauds, les Mémoires d'un Ane... Il se lit, à chaque page, entre les lignes de la comtesse de Ségur.
« Maman Ségur », écrivait Louis Veuillot, son hôte fréquent des Nouettes. Il a dit, au courant d'une lettre, Texquise odeur de ce coin de Normandie, à l'automne : « Il y a le parfum de la feuille de chêne, le parfum du pin, le parfum du labour, le parfum des pommes, le parfum de l'herbe... » L'herbe des Nouettes, celle même que brouta Cadichon, aux meilleurs de ses jours. Car c'est aux Nouettes que cet âne fameux rédigea ses Mémoires; c'est aux Nouettes qu'il s'assagit avec l'âge et grâce aux leçons de la vie. Dès son arrivée au bout du chemin sablé