‹ Portraits politiques et révolutionnaires (volume 2)Chapitre 10 sur 21 · LB CONTRAT SOCIAL · texte numérisé non relu

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vains du dernier siècle, c'est Rousseau qui a le plus déteint sur le n6tfe. Nous avons ses visées chimériques, sa fiévreuse inconstance, sa jalousie sans but, son insociabilité maladive, sa manie de réformation. Rousseau est dans Fair. M. Saint-Marc Girardin Ta combattu comme un médecin courageux fait d'une épidémie, en allant droit au maL G*est ainsi que cette année encore, sans demander, comme il Ta dit spiriluellement, l'heure qu^il est, c'est-à-dire sans préliminaires, sans préambule, sans le discours d'ouverture d'usage, M. Girardin s'est jeté du premier coup, et du premier élan de sa vive parole, dans l'analyse du Contrat social. Le Contrat social de Rousseau (que Voltaire appelait a le contrat insocial ») eût été, & toute époque, un curieux sujet d'étude. Aujourd'hui, il avait de plus le mérite d'un incomparable à-propos.

Le Contrat social esl, parmi les ouvrages dé J.-J. Rousseau, celui qui, comparé à tous les autres, s'éloigne le plus de sa manière, bien que procédant, et sans bâtardise, de son génie propre. Rousseau , quand on le considère dans l'ensemble de ses œuvres, semble plus poêle que philosophe, plus orateur que penseur, plus porté à Texaltation qu'au raisonnement; mais ce qui le caractérise par-dessus tout, c'est l'ignorance ou le mépris de la vie réelle. J'écarte l'histoire de sa vie même, qui est présente à tous les souvenirs. Depuis l'âge le plus tendre jusqu'à son dernier soupir, depuis l'échoppe de l'horloger, son père, jusqu'au salon de M. de Girardin , son hôte , de Genève à Ermenonville , de 4712 à 1778, à travers toutes les vicissitudes de cette existence vagabonde, ce qui domine dans sa vie, c'est le défaut de raison et de conduite ; c'est la révolte contre l'expérience. Jamais plus grand esprit n'avait été mis au service d'un caractère plus pitoyable ; jamais histrion courant les foires

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n'ayait joué plus misérablement, avec des travestissementa plus burlesques, des rôles plus infimes, depuis le laquais insolent jusqu'à Tamoureux éconduit. Telle était la faiblesse de ce grand génie : la mollesse et la mobilité de rame avec une sensibilité d'esprit supérieur. Par ce don de son esprit, J.-J. Rousseau pouvait atteindre à tous les grands effets du style, et il est pour la vigueur, Fardeur et réclai, la logique mêlée de flamme^ comme dit M* Sainte- Beuve, un des plus grands maîtres de la langue française. Par cette faiblesse de son âme, impuissante à s'attacher fortement à la vie réelle, J.-J. Rousseau était incapable de s'appliquer avec succès à l'étude des phénomènes politiques. Écrivain incomparable, philosophe incomplet, pédagogue inconséquent, la nature lui avait refusé les qualités du législateur.

M. Saint-Marc Girardin a très-énergiquement caractérisé cette inaptitude du grand écrivain, quand il Ta représenté, dans la chaleur de la composition, emporté par l'élan irrésistible de son esprit, et <( enfantant des monstres qui, une foiscréés, l'épouvantent.» Rousseau lui-même raconte, dans ses Confessions, comment l'inspiration lui arrive : « Tout à n coup, dit-il, je me sens l'esprit ébloui de mille lumières D et ma tête prise par un étourdissement semblable à » l'ivresse ; une violente palpitation m'oppresse, soulève ma 9 poitrine. Ne pouvant plus respirer en marchant, je me » laisse tomber sous un des arbres de l'avenue... » C'est ainsi que l'auteur à'Émile conçoit ses œuvres. La fièvre cérébrale ne procède pas autrement, a Âh ! Monsieur, disait Rousseau à un honnête père de famille qui se vantait devant lui d'avoir élevé son fils suivant les préceptes de VÉmile; ah! Monsieur, tant pis pour vous et pour votre fib ! » M. Girardin a donc raison ; J.-J. Rousseau, une fois

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