LE CONTRAT SOCIAL
le monstre enfanté, recule, mais le monstre vH. Est-ce ainsi, et dans un accès de cette fécondité convulsive, que le Contrat social fut conçu ? Je l'ignore ; J.-J. Rousseau n'en dit rien. J'ai plutôt Fidée qu'il aimerait à laisser croire que le Contrat social est le produit d'une raison calme et d'une expérience maîtresse d'elle-même : « On me demandera, » dit-il avec une sublime impertinence, si je suis prince r> ou législateur, pour écrire sur la politique. Je réponds » que non, et que c'est pour cela que j'écris sur la politi- » que. Si j'étais prince ou législateur, je ne perdrais pas 9 mon temps à dire ce qu'il faut faire^ je le ferais.,. » Ainsi ce que J.-J. Rousseau écrit dans le Contrat social, c'est ce qu'il ferait. L'abstraction où il s'égare, Tutopie qu'il rêve, c'est la pratique que prince, sénateur ou tribun, il réaliserait sur l'heure. Et aussi bien, un jour, il se met à l'œuvre. Des envoyés de la nation polonaise viennent lui demander une Constitution. Lisez la réponse de J.-J. Rousseau, « ses Considérations sur le gouvernement de Pologne. » La République de Platon et le royaume de Salente sont des modèles d'organisation politique auprès du roman de J.-J. Rous« seau. Le Contrat social^ sans en excepter l'excellente leçon de M. Girardin lui-même^ n'a jamais eu ni un meilleur commentaire ni un préservatif plus efficace.
Considéré dans sa forme, le Contrat social est une exception dans la manière de J.-J. Rousseau. Le style y est d'une concision étudiée, d'une métaphysique laborieuse, et il affecte, sans y atteindre, ces grandes qualités de la méthode de Montesquieu dans YEsprit des loisy la sobriété dans la vigueur. Le Contrat social n'est qu'une abstraction Hitigante; mais, jugé dans la pensée qui l'a conçu, c'est bien encore là une de ces œuvres que Rousseau déchaîne sans les aimer^ par une sorte d insatiable instinct de ré*
forme confuse et de destruction. J.-J. Rousseau a passé ea vie à rêver la fin du monde. Le premier triomphe de sa plume, il le dut à une thèse contre la civilisation, et on sait que, renonçant alors à un obscur emploi qu^ii occupait diez le fermier général Dupin, il vendit sa montre en disant : « Grâce an ciel, je n'ai plus besoin de savoir Vheute qu'il est. » C'est ainsi qu'il s!empressait de rompre en visière avec le siècle, parce que quelques beaux esprits de province avaient couronné son paradoxe. Le Contrat soeial^ c'est la fin du monde tournée en maximes d'Etat et en apophthegmes politiques ; c'est le socialisme à l'état d'embryon, c'est-à-dire sous sa forme la moins attrayante, une phraséologie qui tient plus de la géométrie que de la démonstration ; mais, tel qu'il est, ce germe a été mortel à toutes les Constitutions où il est entré, même à faible dose. L'histoire de notre législation démagogique l'a bien prouvé. Hérault de Séchelles, rapporteur de la Constitution de 1793 à la Convention, invoquait Rousseau. Saint-Just, grand connaisseur en ce genre, le proclamait le modèle de l'homme révolutionnaire. On plaçait son buste dans la salle des délibérations législatives. On transportait son corps au Panthéon. Malgré tout, le venin du Contrat social^ mêlé aux lois politiques, suffisait à les frapper de langueur, d'impuissance, bientôt de mort. On sait qu'à peiao promulguée, la Constitution de 1793 fut suspendue. La souveraineté du nombre était un dogme sur lequel les ambitieux se hissaient à la dictature, un rempart derrière lequel se retranchait, au nom du salut public, la cruauté sanguinaire et cupide. En réalité, les principes du Contrat social n'ont jamais été qu'un mensonge dans la politique, de même qu'ils n'étaient qu'une fiction sous la plume île J.-J. Rousseau; la fiction (Tun esprit envieux et d'une ima-
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gination perverse, qui aime à chasser, avec les nuées rapides, sur les hauteurs du monde réel, les rêves de sa pensée inquiète et tourmentée, toute chargée de catastrophes et de tempêtes.
a Mon ami, disait madame d^Epinay à Rousseau, vos » torts ne sont qu'une erreur de votre esprit; votre cœur » n'y a point de part. — « Où diable avez-vous pris cela? » répliquait Jean-Jacques. Sachez une fois pour toutes que » je suis vicieux, que je suis né tel, et que vous ne sau- » riez croire la peine que j*ai à faire le bien, et combien
» peu le mal me coûte n Le Contrat social, quoiqu'il
porte la trace d'un travail pénible, était pourtant né, on peut le croire, de cette facilité de J.nJ. Rousseau à faire théoriquement le mal. Rousseau est le chef de cette école des théoriciens du malheur social. Il est le type de ces législateurs qui ne demandent qu'à leur fantaisie le droit de révolutionner le monde. Il est le père de ces esprits chagrins qui ont fait, de nos jours, contre la vieille et éternelle société le serment d'Annibal. Non que Rousseau, comme le disait Saint-Just, fût vraiment le modèle du révolutionnaire. Rousseau n'était pas factieux, et pour cause. Mais il a créé la faction des songe-creux réformateurs, de ceux dont la pensée conspire incessamment la rénovation du monde politique par voie de réforme radicale; pensée solitaire dans Rousseau, le plus indolent et le plus impuissant des hommes sur le terrain de l'action ; mais pensée terrible quand elle se fait tribun ou comité de salut public, pensée funeste quand, de cette passagère dictature, elle passe, comme nous le voyons de nos jours, dans les calculs de l'ambition démagogique, dans l'éducation des masses et dans les aspirations du peuple.
Pour moi, je l'avoue, je n'ai jamais lu, à aucune époque
de ma vie» le Contrat social de Rousseau sans que la colère, et c'est beaucoup dire, ne balançât Tcnnui. C'est un monument d'orgueil insensé, et on se rappelle involontairement, en lisant quelques-unes de ces pages d'une logique si impitoyable et d'une corruption si contagieuse dans leur fausseté, ce que disait un jour Diderot parlant de Jean- Jacques lui-môme, qui venait de le mettre à la porte : « Cet bomme est un forcené... » Imaginez, en effet, un philosophe, un penseur, écrivant à Paris, en plein dix-huitième siècle, au foyer des lumières du monde civilisé, au milieu d'une société élégante et hospitalière (il le savait de reste); imaginez ce philosophe prononçant du haut de sa mansarde la condamnation du vieux monde (c'était bien permis, direz-vous?) ; — mais de plus substituant à tous les gouvernements, que sa pensée détruit par la base, la souveraineté infaillible et irresponsable du nombre sous le nom d'Etat, à l'Etat sacrifiant l'individu, opposant partout un chiffre muet, une quantité, un théorème à une passion, à une affection, à un intérêt, à une liberté ; supprimant les lois, car les lois n'obligent pas le peuple; supprimant les garanties, car le peuple n'en doit à personne ; frappant le contrat social lui-même d'impuissance et de caducité, car le contrat social n'enchaine pas la volonté du souverain ; oui, imaginez ce suicide insensé qu'une société consomme sur elle-même, pour élever le droit qu'elle a de se gouverner à cette hauteur indisculabie d'une démonstration mathématique, et voyez cette société, aboutissant à quelque chose de monstrueusement subordonné, qui n'est < pas même le couvent, car, au couvent, c'est la vocalion qui fait le sacrifice de la volonté ; et madame de La Yullière, . quand elle entre aux CarméUtcs , peut dire à lix supérieure : M Ma mère, je viens déposer entre vos mains mji ^
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liberté dont je n*ai jamais su que faire! » — voyez, dis-je, cette société aboutissant, par une série de dégradations inévitables, à l'universalité du travail forcé, à la prestation en nature comme droit commun, à la corvée, finalement à Tesclavage... Lisez plutôt :
«... Sitôt que le service public cesse d*être la principale affaire des citoyens et qu'ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, FEtat est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat? ils paient des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au conseil? ils nomment des députés et restent chez eux. Â force de paresse et d'argent ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie et des représentants pour la vendre. Cest le tracas du commerce et des arts^ c'est Tavide intérêt du gain, c'est la mollesse et Tamour des commodités qui changent les services personnels en argent. On cède une pailie de son profit pour Taugmenter à son aise. Donnez de Vargent^ et hientât vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d'esclave. 11 est inconnu dans la cité. Dans un Etat vraiment libre, les citoyens font tout avec leurs bras et rien avec de Fargent. Loin de payer pour s'exempter de leurs devoirs, ils paieraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes. Je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes (1).
»... Quoi ! la liberté ne se maintient qu'à Tappui de la servitude ? Peut-être. Les deux excès se touchent. Tout ce qui n'est pas. dans la nature a ses inconvénients, et la société civile plus que tout le reste. Il y a telles positions malheureuses où Ton ne peut conserver sa liberté qu'aux dépens de celle d'autrui, et où le citoyen ne peut
(1) Du Chntrat social, p. 135 et m, édition I>a!ibbD^ 1824.
être parfaitement libre que Tesclave ne soit extrêmement esclave. Telle était la position de Sparte. Pour vous, peuples modernes^ vous rCavez point d'esclaves, mais vous Vêtes. Vous payez leur liberté de la vôtre. Vous avez \beau vanter cette préférence^ fy trouve plus de lâcheté que d'humanité,.. (1). » i' M. Saint-Marc Girardin a supérieurement marqué, àmon avis, dans la dernière partie de son analyse du Contrat social, ces conséquences monstrueuses de la doctrine de J.-J. Rousseau, Peut-être a-t-il trop cédé, dans le reste de son argumentation, au plaisir de relever les contradictions dont cette œuvre du grand philosophe est semée. Peut-être en a-t-il tiré trop d'avantage dans l'intérêt des idées saines et pratiques dont il est un si éloquent organe, .a Lisez le Contrat social, s*écriait-il ; lisez-le, instruisezvous ! » Je réponds à M. Girardin : Ne vous y fiez pas ! la chose a mal tourné plus d'une fois déjà ; et ce pays-ci n'est pas de tempérament à séparer Tivraie du bon grain, dans ce champ de la déclamation sophistique où ce sont toujours les mauvaises herbes qui se récoltent les premières. Et, par exemple, il est vrai que J.-J. Rousseau n'entend appliquer qu'aux petits Etats les principes de sa Constitution. « La monarchie, dit-il, ne convient qu'aux nations opu- » lentes, Faristocratie aux Etats médiocres en richesse » ainsi qu'en grandeur, la démocratie aux Etats petits et » pauvres. » Mais qu'est-ce à dire? n'avons-nous pas vu que l'auteur du Contrat social bannit la richesse comme synonyme d'esclavage? On peut voir ailleurs le rôle subordonné et impossible de l'aristocratie élective dans la cité, telle qu'il la conçoit. Mais aussi bien la vraie pensée de son livre, c'est précisément la suppression des grands Etats et
(t) Du Contrat social f p. 140.
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des médiocres, et la glorification des petits. « S'il y avait » «Il peuple de dieux^ dit-il, il se gouYernerait démocrati- 3 quement. Un gouTernement si parfait ne convient pas à • des hommes! v M. Saint-Marc Girardin triomphe contre la démocratie de celte pensée de Rousseau, et il a raison. Mais Rousseau, qu'il y prenne garde, ne l'entend pas comme lui. Dans Topinion de M. Saint-Marc Girardin, qui est un homme pratique, un gouvernement qui ne convient qu'à des anges est un gouvernement impossible sur la terre. Dans la pensée de J.-J. Rousseau, de vrais démocrates sont bien près d'être des dieux. Rousseau avait Thabilude de dire : « Je ne suis &it comme aucun de mes sem- » blables. » Quand ce retour sur sa personne n'était pas rimpudique confession de quelque vice secret de sa nature, c'était Toi^eilleux aveu d'une supériorité dont le sentiment, même sous la livrée du laquais de la comtesse de Vercellis, ne lui manqua jamais. Les hommes qui>e mettent en têle de réformer le monde, commencent toujours, c'est la condition du métier de réformateur, par se croire supérieurs à rhumanité. Dans les siècles de décadence, ceux qui commandent à la terre humiliée se croient tout près du ciel. En temps de révolution, on met les révolutionnaires au Panthéon. Rousseau, avant que sa dépouille y fût portée par Fimbécile ivresse de la multitude, Rousseau s'était élevé un de ces temples intérieurs où ceux qui se croient sages s'adorent eux-mêmes.
Edita doctrine sapientûm templa serenâ^
cl c'est de cette hauteur qu'il proclamait le Contrat social. C'est dans cette idolâtrie de lui-même qu'il s'écriait : « La démocratie est le gouvernement des dieux ! » Et dans sa pensée, un pareil gouvernement, aux conditions où il le
voulait, était si peu chimérique, qu'après Tavoir, au début de son livre , déclaré divin, il consacre les cent pages qui lui restent à le montrer possible, à rétablir sur le terrain, à lui donner le mouvement et la vie.
J'insiste sur cette erreur fondamentale du livre de J.-J. Rousseau; elle est celle de tous nos réformateurs contemporains. Tous, après s'être donné , par un retour orgueilleux sur eux-mêmes, des propoilions exceptionnelles, fabriquent l'homme à leur image , et la société sur le patron de l'homme. Tous conçoivent et voudraient exécuter Timpossible. Est-ce que la triade de M. Pierre Leroux ne procède pas de cette extase et n'aboutit pas à cette chimère? £$t-ce que le système de M. Louis Blanc n'est pas fondé sur l'absolue perfection? Est-ce que Fourier n'a pas rêvé un avenir où les organes de l'homme, transformés et multipliés, lui permettraient d'ajouter aux perfections de la nature, de centupler sa puissance de production, et où le ciel lui-même et les astres participeraient, par le bienfait de la démocratie, je le suppose, à ce miracle d'une palingénésie uqjverselle ?
«i Un jour l'homme dira : J'ai été trouver l'aigle dans
les hauteurs de l'atmosphère, /e Imà ai proposé le défi dans la rapidité de son vol, et le l'ai vaincu. Mes mains tiennent la foudre et la clef des cataractes du ciel. À mon gré, je peux faire tomber sur la contrée de mon choix des torrents de pluie incessants ; ou, si cela me convient, je lancerai sur elle les feux du ciel qui réduiront en cendres jusqu'à ses pierres.
» Ces terribles et si puissantes destinées qui attendent rhornme, et que maintenant on traite d'utopies, je les prévois. Elles sont en embryon dans le sein de la science moderne^ et ma main sent déjà les pulsations qui attestent leur prochaine naissance.
iOi UL CONTRÂT SOCIAL
» Vouloir limiter la marche du génie humain est aussi ridicule que vouloir arrêter les fleuves dans leur cours vers rOcéan. »
J*ai extrait ces lignes d'un pamphlet socialiste (1) qui est depuis un an dans les mains du peuple. S'il y avait un peuple de dieux! dit Jean-Jacques Rousseau. Laissez-le donc venir, et, croyez-en les prophètes de la science nouvelle, ce peuple viendra I
Je finis. Je n'avais pas la prétention de faire connaître J.-J. Rousseau, quoiqu'on ne le lise plus guère. Je n'ai fait que suivre de loin M. Saint-Marc Girardin. Rousseau n'a été législateur qu'en passant, et malgré Minerve. Son malheur est d'avoir été pris au mot par un siècle avide de réformes, de démolition et de bruit. Mais Rousseau orateur et écrivain, poêle et penseur, peintre de la nature et philosophe du sentiment, Rousseau reste une des plus grandes puissances littéraires de notre langue. Quant au Con" irai social, j'ai sans doute affaibli, en la dépassant, la vive et piquante analyse qu'en a donnée M. Saint-Marc Girardin à la Sorbonne. M. Girardin, en effet, a quelqu'un qui le comprend mieux qu'un critique quelconque, c'est son auditoire. Le véritable commentaire de son cours, c'est l'émotion partagée, c'est le sourire rapide et intelligent, c'est tout ce jeu plus ou moins muet qui se joue sur l'amphithéâtre, en regard de la chaire, et auquel il faudrait un chroniqueur spécial, les yeux fixés sur cet acteur multiple, indéfinissable, très-chatouiileux et très-susceptible, mais très-spontané et très-sympathique, qui n'a presque jamais moins de dix-huit ans ni plus de vingt-cinq. Cette chronique ne m'est pas permise ici. Je ne sais rien pourtant qui
(0 Déjà elle dans Mathieu Laensberg ^ûgoyue.
soit plus capable d'honorer Tesprit, le caractère et le talent de M.GirardiD,que cette espèce de reproduction passionnée qui s'en fait sur le visage de ses jeunes auditeurs, miroir où sa vive parole éclate et scintille en mille façons diverses, et où se reflète cette a chaleur communicative » de sa propre émotion.
J'aurais voulu terminer, par une citation un peu complète de la fugitive improvisation du professeur, cette analyse que j'en donne ail public, et dont cette citation aurait été le couronnement et l'excuse. J'y comptais, M. Saint- Marc Girardin me l'avait promise. « Fortifiez seulement votre conclusion, lui avais-je dit; votre fin est brillante, elle ne conclut pas assez. y> M. Girardin m'avait donc promis sa conclusion. Je l'attends encore. C'est donc à moi de la donner, et je n'y aurai pas grand mérite. Tout le monde la donne. Tout ce que nous voyons et tout ce que nous faisons, c'est la conclusion de M. Saint-Marc Girardin, celle qu'il ne m'envoie pas, mais qui est bien la sienne, celle qu'on ne peut pas dire au public, et on a raison, mais qu'on peut écrire pour ses lecteurs dans ce coin obscur et inviolable du journal. Oui, la conclusion contre le Contrat social de J.-J. Rousseau, elle est dans nos misères présentes, dans nos misères à venir. Étrange nation que nous sommes! Nous sommes une de ces grandes et opulentes sociétés auxquelles, de l'aveu même de J.-J. Rousseau, « le monarchique seul convient, p Nous avons donné à une moitié de l'Europe notre langue, notre littérature, nos Codes; nous avons rempli le monde de la renommée de nos grands hommes; nous l'avons vaincu, éclairé, policé, civilisé; et quand nous avons eu à régler nos propres affaires, nous les avons arrangées sur le patron de ces républiques infimes et microscopiques pour lesquelles
104 LB CONTRAT ÈOdÀL DB i.-J. R0D88BAU.
J.-J. Rousseau a rédigé le Contrat social. Nous avons pris pour règle la chimérique souveraineté du nombre. Nous avons dressé sur ce sable toujours mouvant, malgré le sang dont nous Favons baigné, Tédifice de notre droit public, et nous avons écrit sur le fronton du temple, quoi? Le paradoxe de Rousseau !...
Voltaire écrivait (en 1762, à M.. Damilaville) : a L'or- » gueilleux Jean-Jacques est à Amsterdam, où Ton fait plus » de cas d*une cargaison de poivre que de ses para- » doxes. Y>
Heureux peuple! et que nous lui ressemblons peu !
Bertrand Barère*