‹ Portraits politiques et révolutionnaires (volume 2)Chapitre 9 sur 21 · LE CONTRAT SOCIAL · texte numérisé non relu

LE CONTRAT SOCIAL

adoucie par la bienveillance, relevée par la dignilô du professorat, la passion traduite en enseignement ; mais c'est la passion.

C'est par là que les séances du cours de M. Saint-Marc Girardin sont, s'il est permis de le dire, dramatiques. On sent qu'il s'y passe quelque chose, entre l'auditoire et le professeur, qui n'est pas de l'enseignement pur; et pourtant l'érudition du maître est profonde, la méthode excellente, le langage plein de généralité, de modération et de réserve ; — mais il se passe quelque chose qui est , selon moi, le comble de Tart ou du bonheur dans le professeur, et le voici : M. Girardin, tout en s'adressant aux intelligences et en prodiguant l'instruction à qui veut être instruit, M. Girardin touche au cœur. Le cœur humain, ainsi convié à une leçon de littérature, y joue son rôle dans cette espèce de dialogue entre la parole du professeur et Témolion de l'auditoire. Le professeur l'interroge, le provoque, s'en fait tour à tour un antagoniste ou un confident; en un mot, au lieu de laisser toute la place à la curiosité littéraire, il appelle le cœur humain au partage et à la jouissance de rérudition ; il le met de la partie en toute rencontre, sûr^de pénétrer ainsi plus avant dans l'intelligence par cette voie ouverte et facile. Telle est la méthode do M. Saint-Marc Girardin, si c'est une méthode. J'aime mieux croire, pour ma part, qu'il n'y a là aucun parti pris, aucun système, et que M. Girardin ne fait qu'obéir à la nature et à l'élan de son esprit. Il est avare d'allusions, il vise au passé; mais sans cesse le trait rejaillit, par la fbrce se« crête et involontaire de l'impulsion, sur le présent. Gomme le professeur a fait sa méthode, il fait son auditoire. M. Girardin transforme le sien. Il le fait non-seulement attentif et curieux, mais bienveillant. Il le concilie par l'émotion ;

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il le domine, dans les moments difficiles, par Tépigramme. Depuis vingt ans qu'il professe à la Sorhonne» et parmi des vicissitudes bien contraires , M. Girardin n'a jamais manqué d*avoir un auditoire fait en quelque sorte à son image, assidu, fidèle et sympathique, qu'il n'a jamais ni flatté, ni rebuté, et que toutes les révolutions lui rame* nent:les auditeurs changent, l'auditoire est le môme. M. Girardin disait, ily a quelques jours, dans un journal (1) : « Il n'y a rien de changé en France depuis 4848; il y a seulement quelques illustres Français de moins. » — Gela est parfaitement vrai... & la Sorbonne.

Le sujet que M. Saint-Marc Girardin a entrepris de traiter depuis un an, et celui qui est l'objet de son cours cette année, se prêtaient tout particulièrement, il faut Tavouer, au succès de saméthode. L'année dernière, M. Saint-Marc Girardin a fait ranalyse des principaux ouvrages de J.-J. Rousseau. Aujourd'hui, il a parlé du Contrat $ocial.\isev kl. -J. Rousseau par-dessus la tète de madame Sand , de M. Louis Blanc et de M. Proudhon ; s'attaquer au CorUrat social sans toucher au Phalanstère, l'entreprise était délicate. M. Saint- Marc Girardin s'en est tiré avec la dextérité et la finesse qui s'accommodent volontiers chez lui à la véhémence et à la franchise ; il a dit tout ce qu'il voulait dire, et il n'est pas sorti de son sujet. Il a mis le doigt sur toutes nos misères présentes, et il n'est pas tombé dans la polémique quotidienne ; il est resté professeur. Aujourd'hui, J.-J. Rousseau est partout. Toutes les écoles socialistes l'invoquent, tous les faiseurs de systèmes le parodient ; il est au fond de toutes ces ivresses de la pensée, du style et de la parole, qui sont la maladie de notre époque. De tous les écri-

(1) Le Journal des Débat*,

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