DE H. LEDRU-R0LL1N
l'influence patricienne de M. Marrast; à M. Delvau, qui l'aurait compromis dans « cet enfer du Dante, » où il fallait chercher M. Blanqui. Avec un peu plus de raison, M. Ledru-Rollin n'eût pas trempé dans la conjuration du 1 6 avril; avec un peu moins de raison, il ne l'eût pas désertée. Le juste-milieu n'a pas été inventé seulement pour les gens sages. On voit qu'il peut servir, et très-utilement, à n'être fou qu'à moitié.
Je ne dis rien de pins des deux ouvrages dont jV essayé de donner une idée un peu précise, en les rapprochant sans les comparer. M. Delvau sembfe n'avoir cherché qu'une occasion de poser en pourfendeur démocratique et social; M. Elias Regnault a plus sérieusement visé à l'histoire, et son livre est remarquable, non-seulement par la part très-large et souvent involontaire qu'il fait à la vérité sur le compte de M. Ledru-Rollin, mais par tous les renseignements inédits qu'il fournit à la curiosité contemporaine, discours, anecdotes, rubriques de parti, vanités individuelles, ressorts secrets, stratagèmes patriotiques et chausses-trappes républicaines. Si vous voulez savoir, par exemple, à quel chiffre était monté le nombre total des convives dans les banquets qui ont renversé la monarchie constitutionnelle, l'auteur était secrétaire du comité central ; il vous le dira : ce nombre, dans tous ces banquets réunis, n'atteignait pas le chiffre de 1 47 ,000 , y compris Rouen et Paris! Si vous voulez savoir comment fut rédigé le fameux programme qui régla Tordre et la marche de la révolution de Février, et le rôle que joua M. Marrast dans les préliminaires de cette catastrophe, lisez l'Histoire do M. Elias Regnault. Si vous êtes curieux dé connaître avec quel accompagnement d'incidents burlesques fut composée la liste du gouvernement provisoire et formé son urinis-
tère ; s'il vous plaît de connaître le détail d'une visite que M. Bethmont fit à la préfecturede police etcomment il eutle bonheur d'échapper au grand sabre de M. Sobrier; si même il ne vous paraît pas indiscret de pénétrer dans le cabinet du ministre de l'intérieur, au moment où <t il se plaît à interroger une célèbre tragédienne sur les finesses d'un art qui est l'enveloppe extérieure de l'éloquence ; » enfin si vous désirez connaître Thistoirarauthentique de ce fameux bulletin du 15 avril, qui faillit mettre le feu aux poudres et dont madame George Sand était. Fauteur, lisez l'histoire de M. Regnault.
Parmi les*curiosités de ce livre, une des plus étranges, c'est le rôle qu'y joue M. de Lamartine, et je soupçonnerais volontiers M. Elias Regnault d'avoir été, à l'endroit de l'illustre poète, un peu plus secrétaire du ministre provisoire de l'intérieur qu'il ne fallait. « Jamais grand peuple, dit-il quelque part, n'eut un plus magnifique maître des cérémonies...» Ailleurs l'historien nous montre M. de Lamartine essayant « de dominer par des cajoleries (impuissantes) les principaux chefs des clubs, et combattant des influences de Forum par une politique de coin du feu.» Je ne dis rien d'un reproche adressé à sa clémence à propos de la duchesse d'Orléans. M. de Lamartine, dans le derniernuméro du Conseiller du Peuple, y a noblement répondu. Mais au 46 avril, l'historien du gouvernement provisoire nous représente le ministre des affaires étrangères « étendu sur un canapé, affaissé sur lui-même, fébrile et abattu; il s'apprêtait, dit-il, au sacrifice de sa vie, résigné plutôt qu'énergique. » Après le triomphe électoral de M. de Lamartine, en avril 1848, M. Marrast étant venu lui faire connaître le chiffre des suffrages qu'il avait obtenus, le poète, écrit M. Regnault, « s'élança de son siège, » et debout, les