EXÉCUTION EN EFFIGIE DU MARQUIS
DE MONTEMÔB. ^ Plus le rang du fugitif était élevé, plus on mit de pompe barbare dans cette étrange solennité, à laquelle, du reste, certaines cérémonies chevaleresques avaient accoutumé les peuples de la péninsule. Tantôt c'était un chef d'ordre que l'on brûlait en effigie, tantôt c'était un souverain imbécile dont on précipitait la statue du haut d'un échafaud, après l'avoir dépouillée des insignes de la royauté ; cette fois , ce fut un grand vassal que l'on décapita, sans qu'un seul détail manquât à la vérité effrayante de cette atroce comédie.
Il y a dans Garcia de Resende un cha-
pitre qui commence ainsi : Delà justiee qve le roi fit faire à Jbrantês, sur la statue du marquis de Moniemàr, Les historiens omettent trop souvent ce récit; nous allons reproduire en entier le passage du chroniqueur-, voici ce que nous raconte le secrétaire de Joam II :
« Le roi se trouvant à Abrantès eut certitude que le marquis de Moatennôr , quoiqu'il fut retiré en Castille , ne laissait pas de suivre les instigations de sa mauvaise volonté contre lui. Les lettrés et ceux de son conseil ayant été entendus, il prit une résolution j et voulut qu^en dépit de l'absence du marquis , la justice eût son cours ; il fît donc exécuter son effigie de cette façon. Sur la place de ladite ville, on dressa un échafaud de madriers , élevé et de grande dimension , tout tendu de draperies noires. Là furent disposés des sièges pour les corregidors, les desembargadors et les juges, tandis que se tenaient debout les huissiers, les alcades et les officiers de justice; et on amena là publiquement une statue du marquis laite au naturel , comme si c'était sa propre personne vivante. On l'avait faite complétementà sa ressemblance , et elle était armée de toutes pièces , portant au-dessus de Tarmure sa cotte d'armes, tenant dans sa main droite une épée qu'elle élevait, et dans la gauche une bannière carrée blasonnée de ses armoiries , et il lui fut lu à haute voix de la part des juges ce don ton l'accusait; puis tous réunis, juges et desembargadors , le condamnèrent à mourir de mort naturelle et à être décollé publiquement.
« Or la sentence une fois lue, on vit paraître un héraut d'armes qui disait à haute voix : « Connétable , d'autant que par la grandeur de votre office, vous étiez plus obligé à montrer de loyauté envers votre roi , à le servir et à défendre son royaume, comme ne l'avez fait et l'avez plutôt offensé , en vous montrant déloyal , vous ne méritez point de porter telle épée ; » et à l'instant l'épée lui fut retirée ; puis le héraut reprit encore : « Marquis , cela a été en raison de la grandeur de votre dignité, que cette bannière carrée vous aété remise comme à un prince; or vous étiez plus obligé par cette même dignité à garder l'honneur et l'État du roi votre maître et à le
servir comme votre prince naturel et vrai souverain : ayant fait tout le contraire , telle bannière ne saurait vous appartenir, vous ne le méritez pas ! » Et la bannière lui fut enlevée , comme il avait été fait du glaive, et on en agit de même à l'égard des autres pièces de Parmurc, jusqu'à ce que la statue fut en simples chausses et en pourpoint.
Alors vint le crieur de la justice accompagné d'un bourreau, et la sentence où l'on rappelait le crime fut proclamée, et l'on coupa la tête à la statue, et de cette tête il sortit du sang artificiel , et il semblait que ce fût celui d'un homme vivant; et cette grande cérémonie de justice qui dura fort longtemps étant une fois achevée, tout le monde descendit de réchafaud , et à Tinstant on y mit le feu : statue , échafaud , tout fut brûlé ; si bien que ce fut chose effrayante ; et le marquis, apprenant cela, en reçut un grand ennui , et devint fort triste , et de là à peu de temps mourut en Castille, où il était. »
MORT DU DUC DE VISEU. — D. Joam II
ne s'en remettait pas toujours au bourreau du soin de frapper ceux que sa politique trouvait coupables, il devenait lui-même le juge et Texécuteur ; et cette justice secrète , comme on disait alors , imprimait plus de terreur peut-être que les pompes de l'échafaud. Il paraît certain gu en cette circonstance la main du roi n'atteignit pas un innocent. Ce fut, selon Resende, à Santarem qu'on commença à ourdir la seconde déloyauté
Jui se trama contre le roi (*). Le projet es conjurés était d'assassiner Joam II et de faire monter sur le trône à sa place, D. Diogo, duc de Viseu,' le propre frère de la reine. On a à peu près la certitude néanmoins que ce jeune prince ne se décida à tremper dans la conspiration
Îiue lorsqu'on lui eut persuadé que sa îberté était en péril ; et il est d'autant plus étrange qu'il se fût abandonné aux suggestions des mécontents, que D. Joam l'avait traité jusqu'alors d'une façon toute paternelle , et qu'il n'y avait guère d'apparence que la nation l'acceptât pour roi. D. Joam fut averti de la conspiration qui menaçait son existence,
(*) Garcia de Resende, Vida «feUos del Rey, donne les noms des sept on huit seignears compromis dans cette affaire. Yoy. p. 34.
8* Uvraison. (Pobtugal.)
par deux voies bien diverses : le premier avis lui vint d'un certain Diogo Tinoco , frère de la maîtresse de Tévéque d'Évora, dans laquelle Liano ne veut voir qu'une amie imprudente, mais que Resende caractérise tout autrement. Le second avertissement procéda de plus haut, il fut donné par D. Vasco Coutinho, le frère d'un des coniurés et l'un des plus grands seigneurs de ce temps.
Dès qu'il eut acquis la certitude des faits, Joam II ne balança jpas sur le mode de répression qu'il fallait choisir. Il n'assembla pas même cette fois le tribunal , il fit venir seulement un juge et son secrétaire avec quelques seigneurs affidés ; puis un vendredi , le 22 août de l'année 1484, comme il se trouvait à Setuval en une maison qui avait appartenu à Nuno da Cunha, il manda de Palmella le jeune duc « et sans qu'il y eût beaucoup de paroles entre eux , nous dit Resende, le tua lui-même à coups depoi' gnard. » Nous ne savons ce que devient dans ce récit fort circonstancié, mais fort simple , rinterrogatoire dramatique que D. Joam fit subir au duc, et qui est rapporté par tous les historiens; ce qu'il y a de positif, c'est que Resende n'en dit pas un mot. D. Joam, après cette terrible exécution, fit dresser procès-verbal de ce qui venait d'avoir lieu ; ce fut un docteur qu'on chargea de le rédiger, et Gil Fernandez, l'écrivain de la chambre, en donna sur-le-champ copie. Quant au corps du jeune duc, on le porta dans réglise , et il y resta exposé sur un lit de parade jusqu'au soir, moment oii on Tenterra. Pour ceux qui avaient ourdi lecomplot, leur fin fut plusdéplorable encore que celle du duc de Viseu : l'évêque d'Évora fut enfermé dans une espèce de masmora ou de prison souterraine du château de Palmella, et il y périt , dit-on, par le poison ; Fernando de Menezes irrita le roi par sa défense, sa tête tomba sur réchafaud ; Pedro d'Ataïde eut le même sort (*); enfin D. Gotterez, malgré les prières de son frère, alla mourir dans une prison : un seul des conjurés s'était échappé , et la France l'avait reçu ; la main de D. Joam sut l'atteindre , et le
(*) Alvaro d'Ataïde» qui parait avoir été dans la conjuration , mais qui était resté à Santarem, parvint à gagner la Castille, et il y resta tant que vécut Joam I(.
L'unmiRS.
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UN TtTRB IfOUTBA.!} AJOUTÉ À U COUBONNB — DÉlfÂllGHlS AUPttks DIT PAt»B* -^ BXPLOBATIOlfS IfOCVBbbBS.
"^ IlBuflit d«lire«tleBthciiientla belle dironfque de Joam H, pour voir ootii« bien pc^^es événements détournaient k pensée activa de ce prince dti grand bot qu'il §e proposait.
Malgré ces sungkiates catastrophes « qui livraient l'esprit de Joam II à des troubles étranges ^ dont son chroniqueur ne prétend pas voHer un moment Tamer* lume> le système d'explorations lointain nés adopté si énergtquement par les grands hommes du siècle ^ n'en marchait pas moins à la réalisation de ies vastes espérances. Des établissements comnoer* ciaux commençaient à se former sur la côte d* Afrique. En 1481 > après la ftmdation du fort de Mina par ÀBambuja et ?edro de€intra, Joam II avait pu ajoii^ ter à ses titres celui de Seigneur de G^" née (*) , et il envoyait vers Innocent VIll, nouvellement éiu, des ambassadeurs chargés de demander au nouveau pontife cette bulle de te minte croisade au moyen de laquelle il espérait réaliser les projets de son père contre les États mu«sulmnns des côtes de la Barbarie. Sur le seul bniit d*une invasion possible, la ville d'A2amor se détachait de Tempire de Maroc , et se soumettait aux chrétiens; des privilèges étaient habilement concédés aux peuples qui reconnaissaient ainsi la suzeraineté du Portugal , et des préparatifs^ non moins habilement poursuivis dansTintérteur du royaume pour parer aux IVais d'une conquête, prouvaient d^ tout ce que pourrait réaliser le génie de Joam tl. Diogo Gam et Joam Affonso d'Aveyre avaient meure aeeompti leurs étonnantes découvertes le loag du fleuve Kaïre et au royaume de Bénin; rambassadear d'un prince d'Afrique était venu trouver le roi loi^que, dans les années 148d et 1487, eurent lieu les 4ettx mémorables expéditions qui don-
(*) H prenait la qnattté de seigneur au lieu 4leQene de roi^ dit«n vieil écrivain» « parce qu'il n'avait aucune juridiction sur les peuples de ces quartiers-là , mais la seule seigneurie du pays , 'oomoie rayant œMfé du (cotifleMoBMnt des hal)fYanlB frtatM qaè fMr M8«roea. » V. Yasoe*iMlot^ HiêMm 4* -fil vit «< 4n mobimm ^e D. Jtan IL
feènBBl «u Poriufal um «î rMIe préémiflence«t daot lesquelles I^Euro(»e s'^st •eooutumée à fahier uq« nouvelle ère pour l'histoire.