‹ PortugalChapitre 14 sur 42 · CONTINUATION OU BÈGNE DE JO AM II · texte numérisé non relu

CONTINUATION OU BÈGNE DE JO AM II

— GUSRBEEN BABB ARIE.— ABRIYÉB A LISBONNE D*UN PBINCE YOLOF ; SON BAPTEME. — MENACES DE GUEBBE. —

DÉVOUEMENT DU PEUPLE. — Pendant que ces expéditions avaient lieu, D. Joam, qui avait au plus haut degré le talent de choisir les hommes, se mettait en mesure de conserver sa prééminence sur les côtes de Barbarie. C'était D. Joam de

(*) A cette époque D. Rodrigo de Lima, qui avait été dépêché en qualité d'ambassadeur vers le Negous par U. Manoel , insista pour que sou compatriote fut renvoyé dans son pays. David lui refusa cette faveur, en {Coûtant que le clievalier portugais devait manser paisiblement dans le pays, avec sa femme et ses enfants, les revenus que lui avaient concédés ses pères. Parmi les Portugais qui accompagnèrent en 15 15 D. Rodrigo, il y avait un prêtre portugais « Francisco Alvarez . dont la relation est devenue célèbre; il eut de fréquents rapports avec Pero de Covilham, et ce fut par lui qu*on sut ce que Barros nous raconte. La première édition de Fran- Cisco Alvarez ne parut qu*eD 1540,

Menezes qui dommaiidait à Tanger, ^ l'histoire a conservé le souvenir de ses nobles actions. Arzila était défendu nar le comte de Borba, D. Vasco Coutinno, et le fils du comte de Villareal , D. Antonio de Noronha , gardait cette précieuse cité de Ceuta , qui avait coûté si cher aux Portugais. Ce fut grâce à la sécurité qu'inspiraient de tels hommes, que D. Diego Fernandez d'Almeïda put opérer une descente en Barbarie, à Anafe non loin d'Az'amor. P^on-seulement il y tua nenf cents Maures, mais il- en ramena quatre cents prisonniers , sans qu'il en eût coûté la vie, dit-on, à un seul homme de la flotte. Il serait trop long sans doute de parler des guerres partielles que les Portugais avaient à soutenir en ce temps sur les côtes de la Barbarie , et que D. Joam encourageait avec d'autant plus de persévérance que J' Afrique était devenue au quinzième siècle pour le Portugal, comme l'Algérie est aujourd'hui pour nous, une école ffuerriere, où allaient se former des soldats qu'on pouvait en toute occasion opposer à l'étranger. — Cette guerre se faisait toutefois avec des chances bien diverses : ainsi, tandis que le brave D. Joam de Menezes s'emparait, dans la personne d'Ali Barraie, d'un chef maure renommé par son courage et dont l'absence faisait fléchir le courage des musulmans, D. Antonio de Noronha, qui commandait dans Ceuta, avait , comme disent les relations contemporaines, une fortune tout opposée.

Il était fait prisonnier à l'issue d'une sortie, et pour tenter d'obtenir la liberté de ce hardi capitaine, D. Joam se voyait sur le point de passer en Afrique. La victoire obtenue par le comte de Borba devant Arzila, celle qui fut remportée presque immédiatement sur les frontières de la même contrée, les avantages éclatants dont put se glorifier Fernand Martinez Mascarenhas étaient autant d'événements qui compensaient un échec momentané.

L'année 1488 ne se passa point sans des améliorations manifestes dans l'administration intérieure , et ce fut également à cette époque que furent jetées les bases d'une alliance aussi vivement désirée par la Castille que par le Portugal : il fut décidé que l'mfant p. Affonso épou-

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serait 1» tille des rail «Iholiqiies etqtie cette union, retardée pari'âgeda prinee, «maît lieu dans le cours de l'année suivante.

Pïous passerons rajpideraeot sur les différends qui eurent lieu vers cette époque entre la France et le Portugal; nous serons également bref sur le mission du célèbre Duarte Gai vâo, chargé de déclarer la guerre à Charles VIILTout cela, aussi bien que les négociations établies avec l'Angleterre, n'est aujourd'hui que d'un fbible intérêt au point de vue qui nous occupe et n'eut d'ailleurs qu'un résultat fort secondaire; il n'en est pas de même de l'arrivée d'un prince yolof à la cour de Joam II. La relation circonstanciée de Resende l'atteste. Ce fut en eiïet un événement mémorable que le débarquement de ce prince nègre, qui venait d'Arguin à Setuval et qui bientôt se ôt chrétien (*). Environné de toutes les pompes ecclésiastiques, de toutes les magnificences de la cour , BenM)hi prit au baptême le nom deD. Joam, et^uand cet esprit intelligent se fut peu à peu familiarisé avec ses hôtes, quand il eut compris leurs besoins et leurs projets, il denna sur les régions inconnues de l'Afrique des renseignements qui im« primèrent une nouvelle ardeur aux vastes espérances de Joam II. Mats Bemohi ignorait alors ce qu'il en coûte aux peuples sauvages pour recevoir ie$ bien»

faits de hcivilisa^an^ et plus tard, lorsque , grâce à ses nouveaux alliés , il put rentrer dans ses droits et commander aux Yolofs, en propageant le christianisme,ce fut le chef de l'expédition, Pedro Vas-d'Acunha, surnommé J^^^a^u^e», auquel on Pavait confié, qui l'assassina lâchement sans que Joam. II osât le venger (**).

(*) La coavenioa du roi Bemohi est eétébrée ainsi avec ({aekiae emphase par un poâte contemporain :

« Le plus grand roi de ITthiopie, celui qu^d appelle te Souverain de ManicongOt est deTeno chrétien sous nos yeux, et avec lui un grand nombre des peuples de son royaume; il a demandé des religieux et des frères pleins de vertu , que le roi de Portugal devait lui eA> voyer, et lui-même précliait notre foi à ceui^ qui restaient dans le doute. »

Garcia de Resende, Miscellanea variedade de hùtoriaSf p. 141.

{**) Lorsque Joam II examina sérieusement Oeite affaire f il trouva tant de hauts personne géà oontpromis daA ce meurtre abominable,

On ynmlx ê'ëeimt mr Iê$ BarbarîekeÂnrt de Gvmmom, et Matej^^cj^

Octaci, roi de Fes^ en ^opposant à cette construction Y avait renoof été diez Joam II le désir de passer ett AMqme , lorsque ce prinee eut peur la pfemière fols peut-être fa preuve du dévoaefnent profond que le pcufde lui portait* Sa résolution ne fut pas plutôt oonaiie que de toutes parts lui vinrent des ofÏFes d'hommes, de chevaux et d'armes. Le roi de Fez comprit sa position ; il demanchi une trêve, Fobtînt, et le fcnrt de Crraeiosa fut rasé.

MAHIÀ&K BS L'ilfFAim IW POBT0- 0AL. — PÉTBS MBMOBABLBS*-— UN RB- FAS DS NOCES ▲ Là GOUB DB JOAM II,

r- D. Joam mit plus tard à profit ces offres pleines d'effusion, car il avait besoin d'argent : il allait marier son fils avec l'infante de Castille, et il voulait donner à la solennité des épousailles une pompe qui frappât l'esprit des autres États chrétiens. C'est dans Garcia de Resende , le page favori de Joam II , l'homme aux raille ressources , comme disait ce prinee (*) , (^u'il faut lire le détai 1 des fêtes célébrées » Évora lors du mariage de D. Affonso : c'est là qu'on voit le récit de ces solennités merveilleuses qui firent Tentretien de l'Europe entière, et dont la cour de Bourgogne offrait , elle seule , un second exemple. Resende dépeint soigneusement les morisques qui furent dansées^ les costumes des seigneurs, copiés sur celui du roi ^ qui s'était vôtu à la française, Tordre du féstÎD, les intemïèdes, dans lesquels figura un grand navire pavoisé , les tournois , oîk se distinguèrent tant de chevaliers étrangers et même un seigneur franijais. Gil Vicente, le poète dramatique aimé d*É-

cpi'iî crut devoir garder te siTcnce, et ne put se décider à sévir. Voy. Vasoonceilos, Histoire ée Jftan IL

(*) Resende était sans lettres , comme f t le âSik lui-même, mais poète gracieux , habile Joueur de viole, peintre comme on l'était au temps da grand Yasoo; il raconte avec un naïf amour-propre les paroles flatteuses du grand roi , paroles que lui valait son adresse. Si Ton s*en rapporte à sa chronique , ce serait lui qui aurait fourot le premier plan de la tour de Belem. Gil Vioente. dans sa verve railleuse, rit un peu du vieillard devenu causeur. Garcia de Resende avait beaucoup vu et beaucoup retenu , comme le prouve sa MisceUaneUy et, en 1514, il avait même accompagné Tristam d'Âcunha lors de son and^assade a Rome.

MKraGâK.

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mai» «tt ooinprdad fn'iin natioa ofaoi toqtielle éê Mllantes pantomiiiMt sMit ffirëeoftées aree «téelaft aura bientôt mi théâtn eà poVBrrottt figsrar les rois.

Tous «es plaisirs , totia cses pompeux JDtemèdes ne fiire&t pas uniquement pour les grands teîffneiirt aeoourasd' An* sleteit», de Gaatille et do pays de Flan* m; lepMipteeaeotsapart^etoesera te naïf Résedde qui se chargera de nous le prouver.

« Et au méiiie}iistant,eommeon venait de se mettre k table^ nous dit le vieil au* tear, qui prend tm soin minutieux de ne rien omettre , on vit arriver une grande charrette doiîte , et elle était traînée par deux grands bœuls rdtis , en entier , aveo leurs cornes et ayant tes quatre pieds dorés. Et le char lui-même était rempli d'une multitude de moutons rôtis avee les eornes également dorées. Bt le tout était posé sur une plate-forme très-basse , avec des roues ajustées par le fond, d^ telle manière qu on ne les voyait point , et que les bœufs paraissaient vivants et capables de traîner le char; et au devant venait uti moço hidcUao ( gentilhomme servant), avec un aiçuillon à la main, piquant les boeufs , si bien qu'ils paraissaient niarcher en traînant la voiture; et il allait vêtu comme un charretier, d'une blouse , et il portait également un gaban (ou gros manteau) de velours blane doublé de brocart ; le capuchon était de même étoffe, si bien que de loin il ressemblait proprement à un charretier , et il s'en alla ainsi offrir les bœufs et les moutons à la princesse, et l'offrande faite, il parut les contraindre à retourner en les touchant de Taiguillon , et il lit ainsi le tour de la salle , jusqu'à ce qu'il s'en fdt dehors. Et il abandonna le tout au peuple , et avec de grands cris et une grande joie ; on mit les bœufs en pièces , et chacun en emportait le plus ju'il pouvait. Et outre cela on apporta a toutes les tables nombre del paons rôtis , conservant leurs queues entières ,

(*) Lei premières pièces de GU Ticente datent de [503; œ soBl de simples pastorales, qui nVxi«eaient point de mise en scène ; mais plus tard, certains autos auxquels pritpart^ dit-on, Jii.iHi 111, et surtout rinfant D. Lafz, son frère, aécessltèirenl un luxe de représentation dont oa comprend mieui Téclat par le récU des fétet de Joûïfi 11.

ainsi qoh lewT béatt pditfail et l'aigtette; «I le tout fiûaliit on fart bel efkt^ parce Qu'ils étaient nombreoi, et il y avait «ne multitude d'autres oiseaux t<ln gibier, des eoowstibles sans fin aides fruits, le tout en graiMle abondance et ea grands perfection. »

LA PESTS SUCCBDB àVX WitlBA. ^ MA* LAMB SUBITS DU BOI. ^ ON QBOR A UN BlSlk>l80NNB]iBlf7. -* MOBT DB |»'llf-

VAm: ]>. AFFOiffSO. — Ces fétea dont nous venons d'offrir un épisode avaient eu une triste fin. La peste qui régnait à Lisbonne avait fini par sévir à Évmra, bien qu'on eât fait, parquer des vaehes nourrieieres dans les rues , afin d'arrêter la contagion , ainsi que cela se pratiquait quelquefois au moyen âge.

La ville, naguère si animée, s'était vue dépeuplée en partie , après avoir été té* moin des réjouissances les plus magnifi* ques dont le Portugal eût gardé le souvenir. D'autres inquiétudes vinrent bientôt se joindre à cette calamité ; D. Joam, en allant se désaltérer à une fontaine voisine d'Evora (*) avec deux de ses gentilshommes, s'était senti saisi d'horribles douleurs et avait vu succomber ses compagnons avecde tels symptômes, ou'il étaitdifO^ile de ne point rsconnaîtredansicet accident un attentat contre la vie du souverain. Unede ces femmes connues dans la Péninsule sous le nom de béates, avait averti , dit-on , le roi de se défier des trames ourdies contre sa personne ; on fit de nombreuses perquisitions à ce sujet , elles furent toutes inutiles , et ce fut en vain qu'on essaya de découvrir les auteurs d'un complot qui n'a jamais pu être prouvé.

Joam 11^ dont la santé avait été vivement atteinte, s'était retiré dans son palais de Sontarem , lorsqu'il y reçut un bref du pape ; le saint-père lui expédiaitles bulles ae confirmation, grâces auxquelles l'infant D. Affonso se voyait investi de la haute administration des ordres d'Aviz et de Santiago. Tout souriait donc à la politique de ce roi prévoyant, dont aucun acte n'était sans portée, lorsqu'un événement déplorable vint changer tous ses projets et porter le deuil au milieu

(,*) Elle était à une demi-Ueue de la ville ; on la désignait sous le nom de Fonte coberta. Gomme Joam II ne fit usage du vin que dans les dernières années de sa fie, et que les eaux de cette source étaient siDsuUèrement lirapidoi, il s*y rendait à rissue de ta ehasseb

LUNIVËRS.

de la cour; écoutons la chronique; il y a là une analogie trop frappante avec une cruelle catastrophe présente à tous les souvenirs , Tesprit est frappé d'une trop fatale ressemblance entre ces douleurs , que séparent quatre siè* clés et qui furent si amères, pour que nous ne laissions pas parler un témoin du triste événement. Afin de comprendre le récit de Resende , il est bon seulement de se rappeler que les joies d'une union récente se mêlaient encore, en dépit d'un fléau cruel , à des projets de conquêtes (*). « Ces fêtes et bien d'autres eurent lieu jusqu'au lundi 11 juillet, temps auguel le roi et leprince se rendirent à Almeirim pourcounr la chasse, avec rintention de revenir au palais le même jour. Or l'infant, après être retourné auprès de la princesse le jour suivant, qui était un mardi , s'habilla dans ses appartements et vint entendre la messe avec l'infante ; il dîna ensuite et fit la sieste ; et le même mardi 12 juillet de l'année 1491 , au soir , le roi voulut aller nager dans le Tage, comme il avait coutume de le faire nombre de fois durant l'été, se retirant avec quelques personnes choisies par lui dans cette circonstance...

tout exercice propre à l'homme lui donnant plaisir ; et il fit demander au prince s'il voulait venir avec lui , comme toujours il le faisait afin de nager ensemble , et celui-ci lui fit répondre qu'il se trouvait las de la chasse du jour précédent. Or lorsque le roi descendfit , il lui sembla que le prince avait pu être mai averti, et il demanda après sa personne à la porte delà princesse, et le prince lui vint parler là même , à l'entrée de l'huis ; comme il se trouvait préjparé pour faire la sieste, le roi s'éloigna. Or, de la cour extérieure il porta ses regards vers les fenêtres de la princesse, et il la vit elleet leprince; ils étaient assis tous deux à une croisée. Il leur tira sa barrette ; et eux se levèrent en luifaisant grandes révérences. Le roi partit alors pour se rendre au Tage. Considérant toutefois que le roi l'était venu voir à la porte, et ensuite lui avait parlé à la fenêtre, le prince regretta de lui avoir fait direct cle lui avoir dit en propre personne qu'il était las ; lors i 1 lui parut conve-

(*) Chronica dos vaUrwos e insignes fcitos del rey D. Joam II de Gloriosa memoria, por Garcia de Reseode, IMboa^ 1622 , lo-f*.

Dabie de raccompagner; il se ▼édk doae en hâte, et ordonna qu'on lui préparât une mule. Il était déjà habillé , que la mule n'était pas encore venue; or il trouva là un de ses genêts {*) fort beau et baiclair, sur lequel chevauchait son grand écuyer, et pour atteindre le roi il nrioatn dessus et s'en fut bien vite le joindre lui et le peu de gens qui raceompagoaient.

Il y a ici uno chose à noter, une chose vraiment mystérieuse , c'est qu'étant à une époque de si grandes fêtes, au milieu de tant de gens habillés de brocart et de soie, le prince venait vêtu d'un paletot et d'un ^a6arfl{ ouvert, de drap noir ras, avec pourpoint de satin noir, le cheval ayant en outre des guides, une têtière et un filet de poitrail de soie noire; tels que je ne lui en avais jamais vu , et de plus un caparaçon de velours noir. Véritablement cette différence dans le vêtement qu'il avait alors, et dans celui qu'il portait naguère, aussi bien que le harnachement dont il trouva le cheval couvert, furent des signes fort clairs du grand malheur qui lui était réservé. Il atteignit le roi et se rendit avec lui jusqu'au Tage : or, quoique ayant toujours l'habitude de nager quand le roi nageait , il ne le voulut pas faire alors, et il commença à se promener par la campagne et à lancer le genêt comme étant de singulière ardeur et fort léger ; et il déûa don Joam de Menezes, celui qui mourut à Azamor, premier capitaine de ce pays, homme de beaucoup de mérite «^c.

de très-bonnes qualités ; il l'engagea à fournir aveclui une bonnecarrière , mais dont Joam' s'excusa de le faire , parce qu'il était déjà nuit. Le prince descendit alors pour chevaucher la mule qu'il avait fait amener; et en la montant, la sangle de l'étrier manqua, et l'infant se prit de nouveau à chevaucher lecheval qu il avait quitté, et il fit consentir alors don Joam à courir, et don Joam, voyant le grande volonté qu'il en avait, fit comme il souhaitait, et le prit par la main , fournissant avec lui de cette façon une carrière . Au fort de la course le cheval du prince s'abattit et fit tomber son cavalier sous lui , et subitement , à

{*) On désignait dans la piéninsale sous le nom de gineiies les chevaax entiers dont on usait dans les toarnois ; c'est là d*où nous vient le mot genêt appliqué à certains chevaux.

Theure niéiiid , il resta comme mort , privé de la parole, et sans donner preave de sentiment (*), et don Joam (de Menezes), à la vue d'un tel désastre et d'un malheur si immense* disparut eomme arrivaient vers le prince plusieurs seigneurs et gentilshommes. Il s'éloigna rempli de tristesse et demeura des années sans revenir à la cour, jusqu'à ce qu'il y reparut par ordre du roi.

« lis prirent aussitôt le prince dans leurs bras et le mirent dans la première habitation qu'ils trouvèrent : c'était celle

d'un pauvre pécheur £t dès que la

triste et désastreuse nouvelle fut parvenue au roi, il vint tout de suite en grande hâte, et quand il trouva ce seul fils qu'il eût , et qu'il avait élevé avec tant d'amour, avec tant d'inquiétude, avec tant de contentement, pour être le plus charmant prince que l on connût au monde, quand il aperçut, dis-je, celui auquel il voulait si grand bien , qu'il ne pouvait pas être un seul jour sans le voir, n'ayant d'autre délassement que la joie de sa présence et sa conversation , il tomba dans une tristesse si extrême , il devint si inconsolable qu'on ne pourrait le dire ni le croire. Il était là , proférant sur son fils tant de plaintes , des paroles de si grande tristesse , que personne ne le pouvait entendre sans verser des larmes douloureuses !

« La déplorable, ladésastreuse'nouvelle fut port& sur-le-champ à lancine sa mère et à la princesse. Et aussitôt qu'elles l'eurent reçue , elles sortirent comme des insensées, à pied ; alors elles prirent des mules appartenant à autrui , qu'elles trouvèrent la, et le seigneur don Jorge , fils du roi, étant avec elles, suivies qu'elles étaient aussi d'une bien faible suite, elles partirent comme hors de sens, et marchèrent jusqu'à ce qu'elles fussent arrivées dans la triste et pauvre maison où gisait le prince.

ft Elles le trouvèrent comme mort; quelles que fussent les paroles d'amour, d'amertume et de désespoir qu'elles pussent lui dire toutes deux , à aucune il ne répondit et ne donna preuve de sentiment. Or il en advint que cette triste

(*) Dans la longue épitaphe latine cfaUl lai a consacrée, Cataido Stcalo prétend qu'an enfant Yraant à coarir inopinément devant ie chevaL , eOraya l'animal et fut cause de Taccident

mère et celte triste épouse se sentirent transpercées d'une si poignante tristesse que pour elles il y avait une douleur, qu'il n'éprouvait déjà plus.

« Le roi, au milieu d^cette désolation, fit assembler sur-le-champ tous les médecins, et avec beaucoup de sang-froid demeura près d'eux, faisant prendre au prince tous les remèdes au ils imaginaient ; mais avec ces remèdes il chercha également ceux qui viennent de la Divinité, et il ordonna sur-le-champ que dans tous les monastères, dans toutes les maisons vertueuses , on fît des processions pieuses et aussi de dévotes et continuelles oraisons. On vit prononcer alors des vœux solennels qui s'exécutèrent immédiatement et dans lesquels entra don Pedro de Svlva, grand commandeur de l'ordre di'Aviz , qui promit de s'en aller à Jérusalem et qui le fit sur-lechamp ; d'autres accomplirent de nombreux pèlerinages. Et comme tous ils étaient là , espérant dans la miséricorde de Dieu qu'après cette simple chute il reprendrait ses sens, ils passèrent cette nuit entière en tristes larmes et en gémissements, disant oraisons continuelles.

« Tous les membres de la noblesse et aussi tous les autres vassaux étaient là mêlés, poussant de si douloureuses lamentations, qu'on ne peut en imaginer de plus grandes, le prince étant devenu alors comme le fils de chacun d'eux , et tout le monde demandant sa vie et sa santé, comme sa propre vie. Et d'un commun accord , on fit sur-le*champ une très- grande et très-dévote procession avec le clergé, les reliques, les croix. Tous marchant nu-pieas et quelquesuns nus de corps, ils allaient vessies monastères et dans les églises, puis se jetant à genoux , en larmes et poussant de grands cris, ils clamaient: « Seigneur Dieu! miséricorde! » C'était chose terrifiante et de grandissime tristesse.

« Le roi, la reine et la princesse furent toujours avec le prince jusqu'au jour suivant mercredi , à une heure dans la nuit. Alors le roi ayant été informé et dûment averti par tous les médecins que le prince se mourait et achevait de s^éteindre, cette nouvelle fut donnée par lui à là reine et à la princesse, qui étaient attachées au corps de l'infant, lui

L*U!iIV«ltS.

tmvmt et lui bkvsmt les mtâm. Et fAlm tt(pnïmt ces puroles atee «i.j^ndtenme douleur, qae je ne le puis éerife.

« Le roi s'approcha du prince et ie i^aisa ^ fa hm et lui d^nna pour jamais isa bénédiction, puis il prit la reine et la princesse par la main, quoi<fu*eil«5 ne voulussent pas lâcher le mourant, et il sortit de la maison , laisaant aon fils m pouvoir du confesseur et des autres médecins de l'âme, et à la porte ilrevintsur ses pas et dit à ceux qui étaient dans la maison : * Le prince mon fila veus reste ! » M^îis il ne put ajouter uneeeale p 5 rôle, et parmi tous il i^éleva une dameur, perçante, douloureuse, lamentable ; tout leNnonde se frappa le visage. Tl y eut alors d'honorables bariies qui furent arrachées , et les femmes détruisaient avec leurs ongles la b^HJté de leur visage , feisant courir le sang le long de leurs Joues : chose si effroyable et sï triste , qu'elle ne s'était jamais vue, ftî imaginée.

« En ce moment arri va led«c son onde, qui, à la triste nouvel le, accourut deltiomar. D. Manuel aimait singulièrement le prince , parce qu'ils avaient été élevés tous deux ensemble, partageant la même table et le même lit; et il menait un si grand deuil , il donnait si grande preuve de tristesse, que l'on voyait de façon cettaine que, quoiqu'il demeurét héritier de ces royaumes, il eât laissé à cette heure toute succession, fôt-elle plus grande , pour obl«nir la vie et la sânté du prince.

« Etle roi s'éloigna delà à pied,emme* nanl la reine et la princesse conmye . mortes ;, elles étaient portées ou , pour mieux dire , couchées sur des mules :

elles furent menées à la maison de Vasco Palha , située sur les bords du fleuve.

« Et comme ils achevaient d'y entrer, un message vint au roi ; il apportait la très -mortelle nouvelle qu'il attendait : te prince son fils, après la dernière onction,, avait rendu l'âme. Il était mort à Tâge de seize ans et vingt jours, et il paraissait avoir vingt-cinq ans par Taspeet de son corps, par la barbe , par son savoir, par son jugement, par sa ret<»ue. Il avait été marié sept mois et vingt-deux jours.

« Et ccteî uni avait été élevé avec ta«t d'amour et de filaisir, au miliett de tant

de |[;raiidcitn etâe tant dteime, mtoi qui avait ym de tant de gloire mondaine, et devant qui toits courbaient U tête ^ ee1tti*ià«'é(»tvu fouler aux piede d*ane bêtM% celui mii dans ee jour même et durant tous les autres joiws dn êa vie, c'était vu tndescaiiaaroynka, tendues de brocart et entourées de eophas, celui-là n'avait pu avoir d'aulïe asile que la triste ma»on d'ua pauvra pédieuri Et l'infant qui , parmi les princes du monde et les haèitanta de toute rSspagne, était regardé eomme Vh<uome le puis agréable qu'il y eût , à cette haure grùât dtBligupé : sa grande beauCé se changeant en poussière! et ses yeux si gracieux, si allègres, dont tout le monde recevait joie et contentement, une àeure avait sufd pour les fermer et pour dérober leur regard à un père ^ h un roi , à la triste reine aa mère , à la princesse sa femme privée de reennfort . . . Oui, ce frinee excellent pour qui de si

grandes frètes avaient eu lieu. ce

prinee pour qui tout le «onds marchait dans la joie , vêtu de inpoeartet de riches soieries, en un instant couvrait cette pompe de hnre et changeait en dnap de deuil ces vêtements d'allégresse. Par lui, les filaisirs, ie bonheur, étaient mués en longs et tristes sangiote, non-seulement en Portugal , mais dans l'&pagoe tout entière.

« O Seigneur, Dieu éternel, combien tes seerets sont incompnébensibles ! qui peut pén^rer tes jugements? Mais quels pèches pouvait avoir eommis une si angélique créature!... Toi, Seigneur, qui i'as fait, tu sais la cause de ce trépas »<*).

X:HJLlf«BMB]!rTSPOLItIQUES PSOiHïITS »Aft CEI: BVBITBMSff T. — LA. IHBUrB DB B. AFFOUrSO BST BÀMBNBB EN CAS-

Ti{.LB. -^ A partir de l'époque où eut lieu cet événement si désastreux pour D. foam, unvbangement visible se manifesta dans les rapports que ce prinee eut avec la reine, dont il appréciait si bien les nobles qualités et la haute pru-

(*) Le prince D. Affonso , tié à Li^boime le I8 mai 1476, mourut le I8 jaiUet t4»i; H est entorréan ooHventde ftatawa. D. Jomi H , «près ceUe. fin déplorable, fit tous «es «fforts pour légitimer D. Jorge , qu'il àvaU eu à Abrantès, eu 1481 , de doua Anna de Mendoça* dame de la. reine doua loanna ;lt ne mnitifmÙB f parvenir. MsIsD. lorge^flaariéàdoBateiteMeVâbRBa, 4e la maison de Bragaaee, devint 4a aoacbe de la faflitUe4f6 A^enenrtre.

PQETUGÀL.

deoce, JBaîsdfia^il^emUe avoir lidouté, dans les derai«nes années de sa vie, la volonté perséférante. Préoccupé qu'il était de faire monter sur le trône un fils ill^itime, auquel avait passé toute sa tendresse, Ù ne YOjrâitpassaasdouleiir les tentatives de dona Leonor pour assurer le trône à son frère. Bientôt Isabelle de GastiJle voulut revoir près d'elle la jeune épouse désolée, que rien ne pouvait plus retenir en Portugal ; la veuve d'Affonso partit pour TEspagne environnée de deuil et conduite par quelaues ecclésîasti€|ues. D. Joam n eut plus d'autre distraction, dans son isolement, que ces luttes incessantes de Tamour uaternel, qui ne surent même triompher : les soins du royaume Durent le préoccuper, la politique ne le aomina plus.

AR&IVÉE SE GHAISTOPHS COLOMB

A LISBONNE. — Avant quccc prince, fatigué du métier de roi, allât mourir dans une petite ville isolée de son royaume, son règne fut marqué par un événement mémorable, auquel on ût assez peu d'attention alors, inaisqui allait changer la face du monde et dont Joam devina la portée. Un pauvre Italien qui était venu Jadis eu Portugal, un faiseur de projets qu'on avait vu en 1486, débarqua à Lisbonne revenant de Guanahani, avec de Tor, avec des Indiens, avec des palmes encore verdoyantes qui disaient soù merveilleux pèlerinage. Il se montra quelque peu causeur, vaniteux même, on pouvait l'être a moins; et Barros, au bout de cent ans (*), ne le lui pardonnait pas encore. L'habile historien raconte à peu près en ces termes comment eut lieu cette célèbre entrevue sur laquelle ont couru tant de versions différentes : « Le 6 mars 1493, le roi étant à Valparaiso aux environs de Santarem, en raison de la peste qui sévissait alors, il lui fut dit comment était arrivé dans le port de Lisbonne un certain Christoval Colomb, qui, disait-il, arrivait de rîle Cypango et rapportait de l'or et d^autres richesses provenant du pays. Comme le roi connaissait c^ Colomb et savait qu'il avait été envoyé parle roi

(*) M. A. de Hofliboldt a ftiit Teraafqoer avec i M aagadté tiabttuelle cette antipathie de Bar- I ro6 pour ColonU). L'habile et savant Prescott peint à merveille Tarrivée du Génois, mais ea fsénéral il «e «ontente trop fadtemeot ae f antoftté de niiia e flmua, loraqv'il s'agit de «ertadiM RMMMA<nlci le J^rMijai et Tfii^gne.

de CastiUe pour accomplir ces découvertes, il le fit prier de venir vers lui afin de savoir de sa propre bouche ce qu'il avait rencontré dans ce voyage. Celui-ci le fit de bonne vok)nlé, non point tant pour le plaisir du roi, que pour le chagriner par sa présence, d'autant qu'avant de Ae rendre en Castille, il était allé vers le roi D. Joam afin de le décider à armer des bâtiments pour cette entreprise, ce qu'il n'avait point voulu faire pour des raisons qu'on déduira plus bas. Colomb arriva devant le roi, qui l'accueiUît avec empressement ; mais le monarque devint tort triste quand il vit que les gens du pays qu'il ramenait n'appartenaient point à la race noire, n'ayant ni les cheveux crépus, ni le visage semblable aux peuples du pays de Guinée, et se montrant, au contraire, sembiables'par Taspect, la couleur et la disposition des cheveux, à ce qu'on rapportait des peuples de Ilnde, au sujet desquels il travaillait avec tant d'efforts. Or, comme Colomb rapportait de plus grandes choses touchant le pays qu il n'^ en avait, et cela avec une certaine liberté de paroles, accusant et reprenant le roi de ne pas avoir accepté ses offres, il y eut plusieurs gentilshommes que cette façon de parler indigna tellement, que cela, joint à la haine dont on se sentait animé à cause de la liberté de ses discours, fit qu'on offrit au roi de le tuer. »

On le doit croire en lisant les historiens contemporains et on en a la certitude dans Joâo de Barros lui-même, il y eut plus d'un courtisan officieux qui, iniméaiatement après que Colomb se fut retiré, renouvela cette odieuse proposition et tenta d'aigrir encore l'esprit du monarque (*) ^ si irritable du reste depuis l'époque ou il avait perdu son fils. On alla plus loin , on prétendit qu^ii était d'une saine politique d'arrêter ce Génois bavard (**), avant qu'il eût fait connaître

(*) Barros, qu'il faut peut-être cr(rfre de préférence, aflirine que le roi n'éprouva pas .un raomei^ la tentation de déEérer à ces perlides conseils- CetlHstorien dit posiUveraent que nonseulement D. Joam n*accepta pas ces offres Je meurtre, mais qyCà fit des réfiriman'des à ce «n^i comme prmce catholique : « àa lieu de tout cela, il lit courtoisie à Colomb, ogoute-t-il, et iJ ordonna qu'on vétlt d*écarlate les ttommes qu'il ramenait du pays des nouvelles déoower- «Bft. » -Pn/neèra 4ecada, iwre temeàro, laL M«

LUNiVËftS.

à ses maîtres le résultat de son entreprise. Joam II eut la grandeur d'âme de résister à de tels avis, et s'il hésita comme on le prétend, il faut le louer d'avoir emporte sur lui-même une telle victoire. Colomb quitta paisiblement Lisbonne, et alla jouii: de son triomphe.

Mais à partir du jour où il eut annoncé la grande nouvelle, une question politique et religieuse à la fois, d'une immense portée, vint agiter les deux pays; il fallut diviser entre deux peuples ces mondes inconnus qui ne suifisaient plus déjà à l'ambition de deux insatiables rivaux.

.INTKEVENTION DU SAINT -SIEGE DANS LES DÉCOUVERTES DES ESPA- GNOLS ET DES PORTUGAIS. — Ce fut

le pape ISicolas Y, qui, par une bulle donnée en l'an 1454, concéda d'abord à rinfant D. Henrique le droit de découverte et la conquête de toutes les mers , terres et mines , ce sont les propres expressions du saint-siége, qui pourraient être acquises le long des côtes de Guinée. Par le même acte on accordait à Tinfant toutes les îles de l'orient et du midi. Calixte III, en l'année 1456, confirma tout ce qu'avait fait son prédécesseur. Mais en outre, voulant favoriser le prince gui était grand mattre de l'ordre du Christ, il lui accorda l'administration de tous les bénéfices ecclésiastiques qui seraient établis sur les terres conquises. Sixte IV confirma bien ces privilèges, mais il en excepta toutefois les îles Canaries en faveur du roi d'Espagne, concédant néanmoins À Alphonse y le droit de navigation et la conquête des autres contrées que ce souverain pourrait soumettre à son empire. LMmmense découverte de Christophe Colomb, pour le compte de la Castille, devait nécessairement modifier le svstème suivi jusqu'alors par la cour de Rome. On comprend parfaitement en lisant Garcia de Resende tout ce qu'un mot du Génois allait jeter de discordes entre les deux cours voisines. Le différend qui se déclara fut porté au tribunal suprême d^Alexandre VI^ et le traité de Tordesillas fut signé. Tout le monde sait comment en 1493, eut lieu cette fameuse division qui inspira à François l^ un mot si juste et si spirituel; la bulle d'Alexandre VI ordonnait de former une ligne imaginaire tracée mathématique-

ment du nord au sud partant d*iui p6l6 à l'autre, et divisant 1 univers en deux parties égales. Les terres situées à Test devaient appartenir à la monarchie portugaise, celles de l'ouest à l'Espagne.

Ce parallèle qui devait avoir un point certain, un principe déterminé, fut disposé de telle façon, qu'on le plaça dans une des îles Açoreset au cap Vert, et que, traçant la ligne à l'est du même point, tout ce qui se trouverait à l'occident deviendrait le domaine de la Castiile, tandis que le Portugal entrerait en possession des terres de l'orient. Dès la même année, Joam II crut devoir s'opposer à Faccomplissement de cette bulle relativement au cours que devait suivre la ligne, et les deux puissances nommèrent des ambassadeurs qui se réunirent à Tordesillas, avec plein pouvoir de décider sur la question en litige. Ce fut alors qu'il fut convenu d'un commun consentement que la ligne de démarcation serait établie d'un çole à l'autre, trois cent soixante-dix tègoas au couchant des îles du cap Vert , et que la partie orientale appartiendrait au Portugal. Il fut en même temps spécifié que dans un délai de deux mois, on enverrait deux ou même quatre embarcations espagnoles et portugaises, dont le commandement serait remis à des hommes intelligents, auxquels on pourrait confier le tracé de la démarcation, et qui se réuniraient dans la grande Canarie. Là des Castillans et Ses Portugais devaient s'embarquer alternativement sur les navires des deux pays, et ' il leur était enjoint d'aller conjointe- ' ment chercher les îles du cap Vert , con- ! tinuant de là vers l'occident à fixer la ' limite où s'arrêteraient les trois cent soixante- dix légoasy formant le point d'arrêt définitif, dans cette partie où la ligne de démarcation couperait l'espace du nord au sud. On devait aussi exécuter plusieurs clauses de moindre importance, mais tenant à la solidité du traité. Ces conventions furent ratifiées et signées par les deux souverains, en l'année 1494, mais ce qu'il y a d'étrange, c'est que cette affaire demeura assoupie durant trente ans, jusqu'à ce que s'élevât la discussion relative aux Moluques, si célèbres dans l'I^istoire du seizième siècle. Ce qu'il y a de bien certain, c'est

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que si le traité de partage futsigné, jamais les embarcations espagnoles et portagaises ne se réunirent durant le quinzième siècle pour établir la détermination définitive du point à partir duquel on devait compter les trois cent soixante-dix lieues. Le savant mémoire qui nous a fourni ces détails ajoute : « Il faut dire aussi que cette opération n'était pas praticable alors, puisqu'à répoque où eut lieu le traité de Tordestlias on n'avait découvert aucun promontoire ou aucune terre dans l'Amériqae méridionale. Il fallut attendre jusqu au règne de Joam III C*). »

D. JOAM II TOllBB GBl^VEMENT Uk-

L\DB. — Unan environ après quecetacte important eut été signé , la santé du roi s'altéra visiblement , il n'en (pisait pas moins solliciter auprès d'Alexandre VI ia légitimation de son fils D. Jorge ; mais les scrupules du pape se trouvant par- Êiitement d'accord avec ses intérêts, et le parti de la reine conservant à Rome une influence qui ne se démentit pas un moment, Joam II comprit que ce n'était pas sur le bord de la tombe qu'on luttait avecBorgia; il se résigna, mais avec douleur, et il est probable que le chagrin qu'il ressentit d'une telle déception contribua à miner le reste de ses forces ; bientôt les médecins ne virent plus d'autre remède à ses maux que les bains de Monchique au pavs d'Algarve ; puis il eut recours plus tarci aux eaux d'Alvor, petit village situé non loin d'Alcaçar-do-sal : sa faiblesse augmenta bientôt à un tel degré qu'il perdit toute espérance et qu'il songea à ses dernières dispositions.

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