‹ PortugalChapitre 15 sur 42 · TJBSTAHENT DB JO A.M II ; HOBT DE CE · texte numérisé non relu

TJBSTAHENT DB JO A.M II ; HOBT DE CE

sourEBAiiï. — Le dernier acte politique de ce grand roi fut un sacrifice, puisque , après avoir assiégé la cour de Rome de ses instances pour obtenir la légitimation de D. Jorge de Lancastre, d'un seul mot il mit à néant- toutes les prétentions qu'il avait conçues pour ce fils bien-aime , en donnant lui-même le titre de roi au duc de Béjà , dont le frère avait succombé sous ses propres coups. Mais ici , les chroniqueurs sont incertains; les récits contemporains , par cela même qu'ils diffèrent , nous prou-

(*)yoy. une ample discassion sur ce poinl intéressaDt dans les Memorias da Academia das mmeia* de Usboa, t. IX, p. 242.

9* Livraison, (Portugal.)

vent assez anelles luttes vinrent assaillir cette grande âme, lorsqu'il fallut immoler ses affections les plus chères à ce qu'exigeait le bien du royaume et peutêtre aussi la justice. Si l'on s'en rapporte à Garcia de Resende, bien informé du reste , mais s'en tenant un peu à la superficie des choses , Joam II aurait accompli ce dernier acte avec une certaine résignation chrétienne , et le testament enfin aurait été écrit de la main de son propre confesseur, par ce frère Jean, demeuré simple franciscain au milieu de la cour, et dédaignant toujours l'épiscopat. Selon d'autres auteurs , Antonio de Faria , remplissant alors l'office d'Escrivào da puri(iade,se serait vu chargé d'écrire les dernières volontés du monarque, qui se montra absolu jusqu'à la dernière heure. Le nom de D. Jorge aurait été prononcé, mais le fidèle serviteur se serait refusé à l'inscrire et aurait remontré avec énergie le péril où allait se trouver le royaume. Il aurait allégué même que lui Antonio de Faria trouvait son propre intérêt à ce que le fils de son maître régnât^ et que cependant il lui fallait, Qp descendant au fond de sa propre conscience, reconnaître les droits de ce duc de Béjà , que sa naissance appelait au trône ; et alors, selon cette tradition, Joam II se serait écrié avec douleur et avec colère. Laisse-moi, Antonio de Faria^ laisse-moi; un tel sacrifice ne peut m'être imposé. Mais la sagesse du conseiller et son énergique persistance auraient valu le sceptre a celui que les Portugais ont nommé le Roi fortuné. Ce

3u'il y a de certain , c'est que D. Manoel, uc de Béjà, fut nommé parle testament de Joam II héritier du trône et qu'un codicille, écrit quelques jours avant la mort du roi , confirma cette première décision.

Les derniers instants de Joam II furent ce qu'ils devaient être : Vhomme C) montra à l'heure suprême un mélange de résignation chrétienne , de noblesse et de fermeté, qui le peignent admirablement. Si quelques jours aupaliant il avait laissé voir l'orgueil du maître en rappelant avec hauteur , au prieur de Crato, qu'un roi mourant était toujours un roi; quand l'heure dernière fut arri-

C') On sait que c'était ainsi que le nommait sans périphrase la rciue Isabelle dç Castille.

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uumftMS.

vé« , !1 éônûA dês olrdves peur ^u^od ëé-

pouilfât ti chambre oà ii allait expirer de tout ee i^ui pourrait rappeler la pempt souveraine'; domine saint Ferdinand, il voulut (j[ae &a couche fût déposée a terre',' et ii répondit humblement à cmx qai lui donnaient le titre d'Altesse : , «Laissée, laissez... je ne suis plus que « cendre et pourriture. » Tout cela raconté minutieusement par deis témoins opu?

iâires , et avec dés détails que nous he pouvons reproduire ici , prouve jusqu'à révidertce qu^en dépit des assertions de Damian de Goes, cet esprit ferme ne faiblit pas au dernier instant. Non-seu* lement il ireçut avec sérénité de la main de révéque de Tanger le sacrement de TEucbaHstie et les huiles saintes , mais il médita jusqu'à la dernière heure sur la passion du Christ, et lorsque le prélat qui Tassistait , trompé par un symptôme sfhistre, voulut lui fermer les yeux, il l'arrêta d'un mot, et ce mot était plein de résignation : « Ëvéque, dit-il, ii n*est ^afs terpî^s... » Un moment auparavant il avait demandé à quel point en était la Ai^rée, et isiii* la réponse qui lui avait ^té faite il avait dit^ Je vivrai encore deux heures; ce pressentiment ne le trompa point ; il continua à prier, et cornue rO^éan achevait de retirer ses Q6ts mourants dé la plage , fi rendit le dernîpr soùmr.

Cet événement eut lien un dimanche , le 25 octobre 1495, au soleil cou'dhant(*).

La tradifion rapporte que, lorsque la npUvellé de ce trépas arriva en Espagne , Id reine Isa)!)elle 's'écria : L homme est 4iort; forsquè fa même «obveile parvint à Eome , le vieux ëardinàl d'Alpedrinha î le prélat audnel il fut donné de vivre au delà d'aii siècle, pour être témoin des gran(I.eurs de trois règnes , se reeueillik un moment, puis il dit : « Eh tien y la

(f) On enterra ee monarque an coaventdeBataiha: Bi quelque sacfriMge n'a pas porté naè mate lippie aor seç re^^, quelques ossemeots de Joam II çiont encorp dans son cercueil. Aq commenceroénf du siècle, 11 y était tout entier; en 1887, D. F. Prancisoo daS. tuiz disait en décrivant sa tombe revé^q^ de bronze : « C'est iâ qu'en 1809 , nous Tavons vu et touché de nos mains , sans remarquer en lui aucun dommage extérieur, si oe D'est qut le tomps avait un pou endommaoé Textrémité du visage, à la naissance de la ban)e. » LMnvasion française de ISio fut fatale à ces restes précieux.

mort mmtd'enhverkphuipr^ind r^ quiseitnédumeiUe^rcle^hQmmes (^). 1»

Joam II , selon toute apparence , périt d«8 suitet du poisQQ ; peux-là même qui se montrent le plus défavorables à sa cause, donnent a entendre que la vbugeànoe de quelque ennemi puissant sut l'atteindre au milieu des féies splendides ou' il donnaif pour le^mariage de soA dU. Ce qu'il y a de plus étrange sans doute , c'est quesesaim^ eux-méinèB supposaient qu'il emplo)rai( à son lotir ce 'lâche moyen lorsqu'il s'agissait de se défaire secrètement des seigneurs qui lui portaient ombrage. Aussitât après sa mort , ils se rendirent dans un oat>iiiet voisin de la chambre où il venait d'eiiptrer et ils s'emparèrent d'une cassette , qu'ils supposaient reniisriner ces terribles agents de destruction. La cassette fut ouverte par l'évêque de Tanger , et Von n'y trouva qu'une baire teinte de sang et une rude discipline. Ukomme pouvait bien aller oherdier lui-même ses ennemis pour les frapper du poignard, mais quoi qu'en aient pu dive'queiques historiens menteurs, il ne les empoisonnait point.

Si c'est dans Zurita, dans Huy de Pina ^ dans Paria y Souza^ dans Vasconcetfos même , que Ton peut étudier les ressorts politiques qui firentagir Joam II, si c'est dans ces historiens qu'on peut prendre une Idée nette de f'impulsion qu'il donna à la politique de sob temps ,' c'est , je le répète , dans le récit varie , vivant , plein de ^ts curieux , qui nous a été laissé par Garcia de Resende , que l'on doit vraiment étudier le oaractère de ee grand homme , de ee roi surnoiinmié à juste titre & prinoe par/aie et qui sut |nréparer tout ce qui amena plus taiHl t'éelatante •prespérilé du Portugal. C'est dans les confidences du ;pa^ dB i-édritoire , et grâce quelquefois à ses Révélations légères, que l'on apprend Part seeret i|es réussites, l' habileté des

i*)le vieux cardinal, qui d|^ ce fppt m^orable, devait survivre encore bien des années au fils de D. Âffonso. Je trouve dans un ras. de la Bi. ttlioUièque'dn FOi,a0as l0no 7 169, à la date de iMtf, qette ipqicalion : «Gipr^e de Portuaai, près- « tre cardinal de Lisbone, 0- d*AlDanjfe et pa- « ravant gouverneur de royaume de Portu^nl , <i homme de grand esprit, prudent et vertueulx, « mourcist cest an, aagé de cent danx'ansj et <t gist à Rome en réalise de Sainfe-Marie del po- « polo. » Voy. PféerûU>9ie au Ckr&t»ologiê/mm99te^

MUTtfG^ÀL.

in

prévisfMt oui caraetéris|ireQ|; te rival d7$abel!e et le mattro de Ferdinand.

Comme U çënîe prodigiea^ qui flt naguère les destinées de la Fraûce, Joamll eut Tart suprême de connaître les hommes et'd« 1^ choisir. Un titre , uûe grâce longtemps désirée, on emploi donnant une haute influence, allait tout à coup trouver le navigateur hardi qui avait fait guelfe merveilleuse découverte et qui se^reposait |oin de la cour; le chevalier qui s-était dignement conduit en Afrique , et qui supposait qu'qn Bravait trau nul compte de ses eipuoits ; rhomme d'État enffîi, qu^on semblait négliger d^ns quelque cbur étrangère.

C'est que Tien n'échappait à ce roi infatigable > et qpie nous savons, grâce à Garcia de Resende, comment sa p|révoyante balxleté récompensait les geias qui se erojraient méconnus. Bfalgré une rigidité sévère , ^u'il pnu3sa en qiaelqnes circonstaiTces jusqu'à la cruauté , $u)rtout à regard des grand4 vassaux, qe qui distingua encore Joam II , ce fift sa craints de grever les peuples de charges nouYeUes. Eut de Pina raconte que, lorsr qu'on Tenait m proposer quelque trib^t onéreux polir 1^ nation , il ayail^isputMnie de dire : 9^ ¥oyod9 d'abprd si c^a n^% nécessaire; ? son second mot lorsqu'on insistait et lorsqu'il s^t^i^ ^sspré dt? la néceseitéderimpot, o'étalt : « (Cherchons maiotenant quelles sgn^ les dép^njses superiues. » an esCrppin$$urprt3 , après ce répil eu vieil bistqrief» , d m& au^re anecdote qu£ Garcia 4^ Revende (joope comme authentique e^ que uoiis ne craindrons pas de fiiter. A f'époqije 4ps guerres qui eurent li^u m^^P l'Espagne et le toi^ugai , un eb^valier a^^^l^ dit à IsatoîlPtlu^ fofm II pourrait s'efpparer 4^ l*ft|sti)|e, l^ rpin^ den^^nda combien ^ tiwm il avaH ? foire passer «ur 9Rn i»|?r|tpire , bien q^'ell^ ne j ign^râl pa^; (^t «wr 1^ rpp/onse qu'jl y avail seiffe mW(^ jcbevaux daji^ ses £t§ts et toiH nu plus Jmt ff^^^P eb PpftM&^l, ellei^pqnd»!^ 2 « Que ppurronj^-i^ou^laire à c^ta^ m toq^ ce9 bpffîines soiia; ^es enfonts #( IjBS piÇtres ne «ppt qu^ 4^§ vqîssaw^? f |ji mot m^ Piu9 ju»^ f^s dou^, s^id fmàp Yi^e^ n'avait pas péri.

U* 4^ grWi^s ^^ites 4e ^p i?finçe,

sou plus mm mm mP^^^ » pp w

d'avoir admhrablement deviné ,1a g^p aventureui^ et chevaleresque die S9 nation , comme 41 savait deyinev le géuif des hommes: S'il était ^nimé epmff^p Tinfant D. Uenrique, comme D. Pedrp d'Alfarrobeira, cqmœe Alpbpp49 Y, àf l'espeit des découvertes, il isQpiprit parfaitement et dès les premières anr nées de son règne, ce qu'il àjlqjt faire pour rendre profitable au pays le génip ardent mais im()révoyai^t q^ son peuple. ]Kon-seuiement il eut toutes les copnaissanoes matliématiques que Ton pouvait avoir alors, mais il s'instruisit soigneusement des idées nouvelles qui avaieplt eours à son époque sur la cQsipograpliie, ^ il acquit des cpnqaissauçes pratiques dans l'art si important de }à eonstruotiou maritime , qui étoqnèreiù:

ses ç(^utemporain3. h^ Pprtqgal lui dut le plus gvmi navire qui ^ût encore paru dans aucun pi^rt de l'plprope; il fît desexpériiencessurla ujapièrie ^ontrartill^rie ppuv^it jêtra employée eii n|er, et (çes ^Kp^rieuP^ç, qui4tv#ntaKoir une ^ prptljgieu^e jftflueqQg ^fif^nt les guerres iqpessanltes ^ ^eiz^pifie âjècle, furent CQuroap^s euu$ ^s yêpcl'un plein au^^ès. Le cpipmerce rbccupa essentiellement ; c^mpreuspt bieq ^u^ 1^ Portugal jetait appelé a rf mpij^per sur les fu^^ehés de)'£urop^ les Vénitiens e{lesGéngiSH il se mit en quête de toutes les $ap(Briff||- |és , 4» toqtes las flwgnjfîpeo.çês* qui i^vaieqî; ^té ignorées ju§qu^3|prs d^s fjetî^ partie ideTa Péninsule. Ce gofifjpour le lu¥e n^i )mJ ^ été reproché était un gQpt pplitiqiie, tpift nous {e prouve du m^jf^s ; pgyt-éjLr/e eut-i| des résultats fâcheux, peutr|§t):e fut-il ppiisse à l'i^xçès , ppu^-|trè epcore irri^à-f-ij quelques na-

34re.fsjipplè§ et forte^, restes pu règpe e yf p^ffl p.% mais Jp sièpje pmssai|: et |e fffft^g^ entrait dans des ypies nouvelle^. Pi$pn^-ljê d'ail)£fjf?^j l'hpmqï^ japi

^tait èo pp^resppp^?'"^ ^^fii? ^^^' P^"

Ëtien , jet (jqi lifj fj^m^pdajt d^n^ le style \ pjps ^legant, up^ hj^ff^iré ae ce pays fmi I youli^ff illustrer qe |;oi^tps les façons , Fnomf^e qiJi fût preiçqqie donné sa courpoue ppur aessiner poipme Cimabué^ rbpmme enfln qu'on ^pus représejtte cpipm^ W ^^^^^ ^e ce^ hbbiljBS nîùsijweufi gqe. pomhîefjçajt a produire i^wlîe, cet homme avait résTlemeht le goût passionné de l'art, comme il avait Tar*

L'UNIVERS

dent amour de la gloire. Aussi, deTavis de ses rivaux, ne lui inanqua-t*il rien pour mériter le nom que lui avait imposé Isabelle , et au souvenir des grandes découvertes qu'il commença , il faut rappeler pour lui les paroles du poète :

« Il tenta plus qu'il n est donné à lliommede tenter sur la terre (*). »

Ajoutons un seul mot, D. Manoel devait vraiment s'appeler le roi fortuné, puisqu'il vint après un tel homme.

RÈGNE DE D. MANOEL.— Le lendemain du jour où Joam II avait fait lui-même justice de la trahison du duc de Viseu , qu'il eût été plus généreux sans doute de pardonner, .le jeune frère de ce prince s'était vu conduit solennellement devant le roi , et en l'investissant des privilèges de la victime dont le corps était encore exposé aux yeux du peuple, celui-ci lui avait annoncé qu'il le regardait comme son 61s et que rhéritier du trône venant à faillir, ce serait à lui de régner.

Il est permis de supposer qu'en parlant ainsi , D. Joam obéissait plus a la politique qu'à ses sympathies, et (]ue sans prévoir la fin déplorable de Tmfant , il réservait intérieurement la couronne, en cas de mort, à son fils naturel D. Jorge qu'il faisait élever avec une sollicitude si grande par Cataldo Siculo, l'un des hommes les plus instruits du siècle.

Avec les années, les paroles de D. Joam se réalisèrent, et le petit-fils de D. Duarte fut appelé au trône, le 27 octobre 1495. Il était alors à Alcaçar do Sal, et il se rendit immédiatement à Monte mer o Novo, où il convoqua sur-lechamp les cortès du royaume. On a fait remarquer avec raison que le premier acte politique du jeune souverain porta sur des rérormes essentiellement utiles à la magistrature et sur des dispositions favorables à la marche de l'administration. Il est certain néanmoins qu^il se mêla à toutes ces réformes des ressentiments particuliers, des répugnances dont on saisit facilement l'origine. Tout en sachant fort bien mettre à profit les vastes plans de son prédécesseur en politique, D. Manoel n'hérita d'aucune de ses sympathies , et l'on vit bientôt la haute noblesse reprendre une influence

O Lulz de Camoeos , Os Luticidas.

que le r^e précédent aviât siojtalièrement modifiée. Les fils du duc de Bra-

§ance rentrèrent en Portugal et l'aîné e tous, D. Jaimes, fut rétabli, dans les biens immenses formant l'apanage de sa maison; il se vit même investi de nouveaux privilèges.

Notre intention ne saurait être de rappeler ici, fut-ce sommairement, les changements administratifs qui eurent lieu en Portugal à la fin du quinzième siècle , ou de détailler, comme l'ont fait Quelques historiens, les magnificences du jeune roi , sa reconnaissance à l'égard du vieux cardinal Alpedrinha , ou bien encore la réception qu'il fit aux ambassadeurs vénitiens à Torres Velbas.

Nous nous arrêterions plus volontiers sans doute sur les rapports du Portugal avec la France au commencement de ce règne et sur le refus que fit d'abord D. Manoel d'entrer dans une confédération contre un pays dont ses prédécesseurs avaient apprécié l'alliance. Le passage des Maures fuyant l'Espagne, en 1496, offrirait sans doute de curieux épisodes , et les négociations entamées par D. Alvarez, frèredu duc de Bragance, pour conclure le mariage du jeune monarque avec une princesse dont il avait admiré la beauté, ne seraient pas sans intérêt; mais il y a un fait immense qui domine tous les autres dans l'histoire de ce règne, un fait dont les conséquences changèrent la face du monde, c'est la découverte des Indes orientales en i doublant le cap de Bonne-Espérance; , c'est la réalisation de la grande pensée de Joam II. Ce mémorable événement I longtemps médité , exécuté avec an rare honneur, a eu un retentissement qui le rend présent au souvenir de tous. Mais il faut bien le dire , les efforts qui le préparèrent, les circonstances curieuses dont il fut accompagné, sont moins connus , et c'est cette lacune que nous allons essayer de combler en écartant quelquefois les magnificences du poète pour écouter le chroniqueur. Disons-le, avant d'entrer dans des détails plus circonstanciés, l'idée de trouver une route pour atteindre les Indes, n'était pas nouvelle en Portugal, même à la fin du quinzième siècle, etdès 1468, un homme éminent, qui vivait dans l'intimité des rois, et qui avait succédé à Azurara,

dans la ehsm importante de premier historiograpoe du royaume, Vasoo Fernandez de Locena en^a^eait les souverains de l'Europe à imiter Alexandre , dont il leur présentait I^aritique histoire ; et chose étrange, il les conviait à nne croisade nouvelle pour imiter un héros païen; esprit investigateur, comme on en vit tant au commencement de la renaissance , il rêvait la gloire chrétienne jusque dans ses souvenirs de Tantiquité : nous allons voir bientôt que sa voix fut écoutée (*).

l'INDE. — IDÉES QO'ON AVAIT 8UB CBTf B GONTBBE A L'BPOQUB OU VIVAIT D. M ANOBL.— INFLUENCE DE D. PEDBO

d'alfabboiibib A.— Maintenant que Ton n'étudie plus Thistoire des nations ma seulement par un vain esprit de curiosité, maintenant que Ton demande à chaque peuple ce qu'il a fait dans le ^raiid mouvement intellectuel du seizième siècle, pour lui assigner sa part de gloire ou de blâme , on sera peu surpris que j*aie insisté dans cette notice, comme je vais le faire, sur les temps où Tlnde fut mise pour la première fois en rapport direct avec TF^urope ; car il ne faut pas se le dissimuler, la gloire éternelle du Portugal dans les siècles, ce sera d'avoir commencé cette grande initiation, ce sera d'avoir brisé avec le glaive Tobstade qui s*était si longtemps opposé aux conquêtes pacifiques de Tintelligence, ce

{*) Vasoo FernandeEde Laoena, qui a été appelé avec raison an très-babile écrivain, an bomme de sens profond et de Jagement exquis, est trop pea connu en Portugal, bien qu'il soit une des gloires de oe pays. Cela vient probablement de ce que les misdons diplomatiques dont il fut chargé au quinzième siècle l'élolgnèrent de Lisbonne. Bn 1497, précisément en l^nnée où Vasoo da Gama partil pour les Indes , il résigna son em* ploi de ehromêta mor , en faveur de Ruy de Pina. Le savant Barbosa n'a pas connu le pria* cipai ouvrage de Vasco de Luoena, qui cadrait si bien avec les idées guerrières de ces temps Iiérolgues : c'est une traduction de Quinte-Curce dans laguelte cet écrivain a supplée les lacunes

Sue présentait son auteur, par des fragments rés de Déraostbène, de Plutarque, de Joièphe, et d'autres auteurs authentiques, principalement de Justin , « qui tient le train et la voie dadit Quinte-Caroe. » vasco de Locena, qui s'excuse à tort de i'imperfecUon et rudesse de son langaige françois, attendu qu'il eai poriugaloù de nacion, a été imprimé dès le quinzième siècle. On compte quatre mss de son œuvre à la Blbliolbèque royale de Paris. Voyez les arUdes que M. Paris lai a consacrés dans son eatalogU9 des iqas. de la Bibllothèqae da rot.

sera en6n, pour nous servir des express sions d*un poète, d'avoir Hvré le premier les clefis de ce monde divin qui a étende sans limites les bornes de rhorizon in* tellectuel.

Lorsque dans les Yolumineux écrits des encyclopédistes du moyen âge, on s'arrête à rarticle succinct qu'ifs ont coutume de consacrer à l'Inde, on est vraiment surpris que des hommes émi* nents tels que Vincent de Beauvais, qui avait visité l'Orient, Brunetto Latini, qui s'était éclairé aux lumières des universités italiennes, Albertus Grotus , que l'on considérait comme l'esprit le plus étendu de l'Allemagne, on est vraiment surpris, dis-je, que ces hommes remarquables en soient encore, an treizième et au quatorzième siècle, à la doctrine qtie professait Isidore de Sévitle sur Vfnck Majeure et VInde Mineure (*). Les idées pratiques, celles qui venaient par les commerçants et qui guidaient les pèlerins ou les gens de négoce, étaient un peu plus variées, un peu |)lus étendues sans doute, mais on n'osait pas les introduire dans des traités dogmatiques.

La science immobile des universités n'osait point accueillir des traditionspopulaires, qui n'avaient rien du reste de plus fantastique que les récits officiels de certains voyageurs ou que les traités consacrés par la science traditionnelle.

Quant à nous , nous sommes intimement convaincu ^ue D. Pedro d'Alfarrobeira, que ce frère de l'infant D. Henrique, dont il est si rarement question lorsqu'il s'agit de géographie et des grandes découvertes maritimes, contribua prodigieusement par ses vastes connaissances et par ses récits au mouvement scientifique qui allait se déclarer. Jeté de bonne heure par son ardente curiosité au milieu des peuples de l'Orient, attiré à Venise par son insatiable amour d'instruction , il était aux yeux des peuples de la Péninsule le type du prince voyageur^ et l'on aimait a personnifier dans ce chevalier aventureux toutes les idées puisées sur les contrées étrangères dans les romans de

{*) Disons cependant en passant qu'Albert le Grand oonUent des détails fort exacts sur les brahmes, de même qu'on est tout surpris de trouver dans son vaste recueU des idées fort nettes sur les clefs chinoises,

t'UfîfTMIB.

que rèsprit ^cientifiqiie de cf^ homtTiQ xeinarquablé cuir içni^ittcbeh»^£aisaDtt s^n pays,dé$ cquo^^ances leà,ula&fxep suives. Quitte-t-il ConstantinqpijB pouf visiter ^Of^n ^^ première pè|)sée est ]^pur la seiei^^ , et je ne sais aaiîs quelle ^OQtréè de Tltaliê on m doçne deux globes stir lesquels la science tradition-r neilè avait marque .(vomme . par avance certains faits, non, avoués .des savant^i a*dbord et aiuourd hui médités par eux« AVenisefim [ui |aît présent des voyages de iVlarqd PqIo, enrjchis de tout le luxe de la caliigrj^hie çUi moyen âge; il ne îi^xda rjen. Tout cela, au retour, est re? mis entre, lés m^ihs de cps horpmeji frdents^ ei réflécliis,, qui, iqigneiii la tbéprje à la pra^que, pu oiep è^t déposa dans la bibliothèque de;quqlque savant monastère» eon^me celui d*Aleobaça pj^r exemple ) où l'esprit religieux de la scieiice saura loi)gtemps le conservera

Mais^^ce que les traites purejnent scien* iiQques ne peuvent nous dii^e aujourd'hui, ce sont les doctes récits que faisait a ses ti-ères bien-aimé^, à.sés neveui^ même,, ce I>. :Pçdro d'Altarrobeiraj qiii, .selon la tradition populaire conser? véejuscju'à nos jour^avçijt visité fc^ s^i parles d%jnoride (**), et s'était vu la propre conimensal de^ ce, J^incè^ imaginaire qui régnait Stttr l'Inde Mineur^ et l'Ificfe Mqjeure, roi pontife, cherche avec taçit de persévérance part). Jos^Il,

Ouvrez un livrçsplèndide^ ^ui yien^ d'être publié ^rnièremèni et qui est un des plue précieux monuments de Tantiq que littérature i)ortiigiàisé,. jetez un coup d'œil a là un du lec^l Conseleiro^ sur le catalogue des ouvrages que possédait le roi b. buarte, après le Ponttfical, le premier volume que vous voyez inscrit, c'est le voyage de Marco Pplp, en latin est-il dit et en langue vulgaire |

Ken doutons pas, dans les doctes conversations qui avaient lieu entre ces princes fils de Joam l^*", desquels on peut dire qu'ils n'étaient étrangers à aucune des connaissances scientifiques de )eur époque, la cbose qui revenait le plus

(•) Vdy. dans le Monde enchanté Tànalyse d*aa livre populaire intitulé t Forage» de ViiH* fant Z>. Pedro dans lei aeptpartiei du monde,

{**yiifarco Paulo, latim e linguagem, Voyet Leal Conselheiro, introduction, p. %x.

99livettt à la pensée^ et^tmnt eesvéeîti de^ .terres étrangères si mdl coniitts, si dédaignés.même dans Jes unlversitéa les piuaiBélèbres O. toutkkmorâdfe sàitd'^iîlr ieuis ate« quelle . somèitude ridfarit â>iHénrl(|Ue s'enqUét-ailde teik ceotli r^ isiftrdsit les.tégioos orientales, enégoe fois qmi le bsâard le mettait à même de le faire: Son bénitier direct dans le vaste flemaitteâe la science; Joâm JK eut, s'il se pent^^une curiosité plus ardei^ encore et sut mettre , à profit; tout autëi bien que ce grand homme, les connaissance^ pr^Ojni^^^ par ses ocAtepiporajtfis. L'expédition secrète confij^e à CQYilhanii et à fon infortuné coninagnQn^ to^^instruct^ons très-raisoudées qti^.reigureat.ete Yoyagêurs, tout nous preuve e^vea quelle sollicitude le prédépessei^rde B^ M^noel tournait ses regards vers l'Inde (**); le

t*). i>6ur se bien ttidvaindrë da fait que noua Mdicfuods icii il suffit de ëonàdltër ëë br^i^^ux volume i où le sivant Pierr« d'^Ht. rune des lumières du aer^, a déposé (^ que ^'université de Pans adoptâU aidrâ comme vérlié aeographifide blen^ëHë. Au chapitre idtittftë Be par- UbufAsie et^nrOno de Indûk, (e d(Jçt«ir s*eri rapnoirle po«itivemept pour, retendue de cette taste tontrëe â. Pline : Hèc Ihdta vâtde nutgna ë9ty nof^ secundiim Plihikm, «e*'|d hûiuralium, ifisa sola est tertm pars hatitdbitiM . et kabei lentes fentum et xvin, et ideo fiwnm^ dicat

!faevrâite

etia-i

jsuropam esse mmorein Asia^ non tù iMiam sub eà. Mftisitâte dbctêurs^ïjl mmt toute la latitude possible, cîéstii' pitre suivant in ' " ■•*

y8t([destîontî «» leii^è ooifabàl et des cynocéphales : alii qui cdnina capiia habeni. Pour rassurer . sans doute les voya- IfiVLf^ et Venir, qui eraindnaieni më disette abtelne dans ces régions iguoréefejoà efenains bommes vivent du parfum d^s fruits ; te grave dobteur afUrme q<^e lie Gdnge «enferme des abguilles de trois cents pieds, tn ^ngé qmoqm àunt anguille tréeentoruin pedùm ionise. Après dé. tels, récits donoéi sérieusement par iin saint

Itrélàt dans un but de recherche (jHHMre fl exciter 'imagination, il faut nâBessairemedf se rappeler le mot de Yico : < La curiosité fille de l'ignorance est mère, de la science. »

(***) Si Ton.en croU Barbosà Machedo, un certain Fr. Jord&a, né k Evora , serait parti pour les Indesorientales.en passant par TAfriqtie , vers Tannée 1320 ; cent quatre-vingts ans avant que les Portugais lissent leuri premiëreâ tentatives dabs cette direcUon; Selon le méitie Auteur, Jbrdfto aurait subi le martyre à Tada, dans l'île de Salsette; on va même Ju8(tu'â prétendre qu'en 1564, on trouva dans une pagode la statue de ce moine vêtue de Thahit de rordrt ded dominicains. Malgré le grand nombre d^autorités que réunit BartxMa podir^nner quel-* que crédit à soa.opifiion, cette tiiskoire a été certainement défigurée par des détails apocryphes , et P; Jordào n'a eu aucuue influenoa sur les décoti vertes ultérieures de ses oompa*

fait, comme le peuple aimait à rappeler, eljCut Ipprinceheurf^uxpàr excèl- H fut sous sori règr^e c|ue s'àc-

couvert^i^ çi^ifi si j^iyemeht. accru chéii! lui, que i§ jr^maç.M|)édiiipri ^ccoriiDJie par Va460 ^ Gamâ lut résolue soiis son règne. Mai»» Joara it éiail fe prince parfait, comme Iç D.Mânoef, leace,.ei^

eompÙi 10 navigation gu'on uiscrivit tout d'abprd aâ rang des grands événements dusiède. . ..,. . , ,,^

PABPA^iTIFS POtJB i kxPEDITldif

AOxiND^s»*— IlyaMrf\itaèrinjusticecepeodaqt ànepas reconnaître çliez le suo:

cesseur de .p, Jo^no» tout jeune cjull était lorsqulii se vit ^açlé à de si notables événeoieals, uo ôfprit fort rare de prudence, une singulière aptitude à prônièr des hauts, einsei^nements que ses prédécesseurs lui avaient dotinés. Répétons-iè bien ici^ parce que c'est un fait à peine connu et ^vie tous, les historiens ont passé sous silence, rien de ce qui pouvait contribuermatériellç^ment àla réussite au graa4 prpjét que ronipéditait né fut mis eo oubiU (outes les nrécautions furent prises, et l'oa. peut diife que tout ce qui derait être fait ei\ dehors de Texécution qui appartenait h rhon^mé de génie, fut aloir» mi^ ^ œuvre; un illustre capitaine, qui figurera bientôt dans Phistôiré de la conquête, nou^ le prouvera par son récita

PAEAIIÈJIB .B^PBDITION MA-BlilMB DBS PQRXPGAIS D4NS LES INDES. —

YASCO 0â. 6ÀMÂ,, — Un an s'était écoulé depuis que D. Wanoel était n^pnté sur le trône^ lorsque ce monarque t|rit 1^ résolutioA 4e réaliser les imiiienses projets f|ue sop prédécesseur avait coqçus. Dès ce début dans le métier de foi, il mérita réellement le surnom que lui déc^nait déjà le peuple. Il eut le bon esprit de iuËSs*êloigner eu aucune manière des dispositions Ëites avant lui. Un gen-r tiihomme du pays d'Alem , Tejo avait été choisi poujr commander l'expédition, Manoel ne le révoqua point. Vasco da Gama était l'homme de Joam II, cet éloge devait lui suffire, et le jeune prince le comprit.

Le marin que Joam II avait désigné pour être capftam-mor de la flotte des

trioteft, si tant est quUI ait existé. Les musul^ maos furent certainement plus beureuxt el nul D« peut aujourd'hui eontester les voyages dans rinde d*£bn BatuU.

poftW^AL. ' m

IfidéS, s*«thit dfla faîf Wrnàfqdferftîiif urf mérité peu cqfflhiûn f*), *t Fën mm

mértiëqù'il desèehddit d'urtèdè ëèsmiclëfr. nés. familles chèi lesquelles réhël-glëèëfhbidlt héréditaire. Sotis le f-èéne déi>. Afj fohso lit, on voit abpàrStIre âéjfi un Âlv^l^o Eànez da Oàmâ qui sert diihant la conquête des Algarve» d bliiiiëtiPâ géhgàlogistè^ pdHugdis^*^)àfQfrtlëiitfe[lie c^étàit le t)remiêr ascendèlht cOHfad ê^fM* tevam Aà daitia, né à Oliveiica et grand alcaîde de Sihe^, du'ori vît liguréi' à S0n tour dans les âffaifes §ëUâ AlbHohse V. Estevàm da Gahia. Sdif bëtit-nl§, âl0HTdè enchèfdeSiné^ et deâHves,colhmandeuiif dé ^élxal, s'était marié avec ddna Isabel Sbdt-é, tillë de Jë^h de llësendé, et ëh avait eu, entré autres enfants, Vàsèo dà Gàma(*^).

^tln précieux ntaniiscflt dé là Bibîid* tljèq'ie royale de Paris noU^ dit ^ufe dèk 1 496 il y avait eu de honlbrëux potirpâHérs dahs le conseil du roi tddcbant rèxpéditioh des Indes, fet (Jtjë ce fut même (j'après ces discussions ^iië lë roi se décida à cdnfîer l'eritreprise ào jeune ofËciëi- dont Ib hom devait gràndilr si rdpldenient.

Ce du'ily adecéHdiri, c'ès^^ué les fïrëpàratits de l'armement furent Cortinlencés dès cette époque (****) et due, cdhirilë nous l'avons dit d'aprS rillusti-e Pa-' checo, présent d ces prertiîères dispositiohs, on n'omit f-ien de ce ^tii pouvait la faire féUsslf, t)arcé qU'tin fai M^arddlt cprilrtië insurmontable. 11 éist bdh dé teniàrcfuer d'ailleijrs qu'à cette ëpbdue vivaient à la cou^ de D. Màrfoel détlx èelêbres astt-oriolnes (*****) mestré Jdzé et rtiësirô RddrlgO,qui faisaient dartlë d'dnôjunte de mathématiques instituée dès lë temps

ver^ 1469 à SjQ^, viUe sliuée sur

lan,

les côtes de 1

lu leunte l

JtaU rètre àc ^, , ___.^ ^ ^„

il les BBatbéma|iques. et lut les oosmo-

, daps rAlèm-TeJ

cation du jeune Vàsco fut ausst tibmrir idij

icipa-

grapbes.

mne heure il tut choisi pour tém-

Oet

pllr des misions imtraHanteii, et sfl féptitatioli était déjà brillame à répeque où Joam 11 la chargea d*un poste importànL

(^ Voy. afemorias historicas genéàlôgica» dos grandes dt Portugal , p. 176.

\***) Joam de Barres écrit touiours Vasoo da Gam^na , nous nous en sommes référé à Tortnpgraphe n^odernet qui a d^aitleurs t)our praintèrt> aUtorUé railleur des LdSiades.

j*^**) Voy. Barreto de Rescnde, Tratado dos Flzo reys da Indîa

Fr. B. de Garçfto StotfUef . Bnhio hUPo-

ua

L17NIVERS

de loam II, et qu'en outre de ees deux hommes remarquables on signalait encore Diogo Ortiz, évéque de Ceula, et le licencié de Caiçadilha, évalue de Vizeu, dont 1^ connaissances géographiques étaient appréciées bien qu^ils se fussent montrés peu favorables à Colomb sous le règne précédent.

Les préparatifs furent poussés avec une activité prodigieuse et dès le milieu de Tannée suivante ils étaient terminés complètement. Fidèle à notre habitude de peindre les événements par le témoignage des contemporains, nous reproduirons ici le récit naïf d*ua homme qui a connu les moindres détails de ce grand drame auquel plus tard il assista ; nous laisserons parler Pacheco.

« 11 ne convenait pas, dit-il, que pour ce voyage de découvertes il y eût excès ni dans le nombre, ni dans la grandeur des navires, et en raison de ceJa , il fut ordonné par le roi notre seigneur, que quatre petits bâtiments seraient mis en construction, et que le plus considérable ne dépasserait pas cent tonneaux , IMrce que dans une contrée ignorée et si peu connue qu'était alors celle-là , il n'était point nécessaire que les navires fussent de plus haut bord , et cela eut lieu ainsi, afin qu'ils pussent entrer et sortir facilement dans tous les lieux qu'ils aborderaient, ce qu'ils n'eussent pu faire étant plus grands : et ces navires furent construits par d'habiles maîtres et ouvriers, sans qu'on négligeât rien pour la solidité, du côté des bois et des ferrements. On affecta au service de chaque navire trois équipages complets de voilure. Les ancres, les cordages, tous les autres appareils furent trois ou quatre fois doublés, et en surérogation de ce que l'on a coutume de faire. Les douves des tonneaux, les pipes, les barils renfermant l'eau, le vin , le vinaigre et l'huile, furent garnis de nombreux cercles de fer, si bien que chaque pièce pût conserver ce qu'elle contenait. Les approvisionnements de pain , de vin, de farine ,,de viandes , de légumes et de choses appartenant à la pharmacie, tout cela fut donné en aussi grande abondance gu'il convenait à la circonstance , et même bien au delà. Il

rico sobre a origem e progressas dasmatliematicqs fut Portugal , p. 29.

en fut ainsi pour les bombardes et les autres munitions. Et nous dirons encore que ceux qui furent employés à ce voyage, étaient les principaux marins, les pilotes les plus savants en l'art de marine oue l'on pût trouver dans le pays ; on leur alloua même une paye si considérable et de tels privilèges , ils furent en un mot si bien rémunérés qu'ils l'emportèrent du côté du salaire sur ce qu'on a coutume de donner à tous les marins qu^ sont employés dans les autres provinces. Et il se fit au sujet de ce voyage de si nombreuses et de si grosses dépenses , le tout à propos d'un si petit nombre de navires, que la crainte d'exciter l'incrédulité m'empêche d'entrer dans les menus détails. Or de tout cela , notre prince ne recueillit alors d'autre bénéfice que d'avoir découvert et rappelé à la connaissance des hommes quelques portions de cette Ethiopie qui gît au delà de l'Egypte, et le commencement de rinde Inférieure, et ainsi partit Vasco da Guama {sic) pour cette sainte entreprise, comme capitam mor de ces quatre navires , par la volonté de la majesté sacrée de ce prince sérénissime, qui le fit quitter l'excellente cité de Lisbonne , un samedi , le 8 du mois de juin, en l'année de Notre-Seigneur Jésus- Christ, mil quatre cent quatre-vingtdix-sept (*).»

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