I.a population active et nombreuse
{*) JoSo de Barros, on en a la certitude , avait puisé lérieaaeroeDt auiL sources orientales, et, comme oo en a la preuve, dans la biographie de Faria Severim. SMl n'était pas orientaliste, il avait à son service un lettre asiatique.
(**} ËUe glt sooB iQ u** «, de lat. N.
de c«t^ cité du Haiabar i^i\ wavfkm au régime des castes; et les «eiiliétrun-
Sers , qui y eussent alors qt^elque îqiience, étaient des Arabes , dont pous avons déjà vu l'envieuse jalousie et auxq^els appartenait tout \p commerce de U mer Rouge; il faut y joindre, sans doute, quelques musulmans des contrées occidentales de l'Afrique. Mais tous ces trafiquants, à quelque contrée qu'ils ap« partinssent, devaient se confondre aux yeux des Portugais, sous la déi^oniin^tion générale de Maures, in)|)qsép , k cette époque dans la Péninsule, à tous les Mahométans, sans qu'on fit nulle attension aux régions d'où ils sortaient. Quel* ques-uns de ces innocents sectaires, connus sous le npm de chrétiens de Saint- Thomas , et qui nous occuperont plus tard , apparaissaient de temps à autre çarmi les Hindous et les marchands étrangers dont nous avons signalé la puissance : il ne parait pas qu'ils eussent assez d'influence , ou que leurs coutumes fussent assez généralement adoptées, pour justifier^ en quoi que ce soit, ridée que nous avons déjà sii^nalée, et qui fit croire à certains Portugais, pendant toute la durée du voyage, qu'on avait débarqué au milieu de populations chrétiennes, différant seulement par quelques démonstrations extérieures, ou tout au plus par de légères modifications dans les croyances fondamentales. Ces hommes, si opposés aux chrétiens par les lois inflexibles de la C0ste, se réunirent bientôt aux musulmans dans leur haine instinctive contre les Portugais. L'association militaire des Naïres , qui paraît avoir jotii d'une haute puissance durant le seizième siècle, partagea plus que les autres classes de la société cette répugnance pour les noiiveaux venus ; et le râdjâ de Calicut se vit bientôt dans la nécessité ou de les exclure par un accueil peu favorable, ou de leur ôter l'espoir d'un comnaerce de quelque importance en frappant leurs bâtimentsou leurs marchandisesdedroits vraiment onéreux.
SÉJOUR A CALICUT. — MÉSINTELU- GENGE ENTBE LES PORTUGAIS ET L'AD-
TOBiTÉ. —Si l'on s'en rapporte à un récit fort curieux et rarement cité, qui a été transmis par Thomé de Souza , Vasco da Gama aurait dit en d'autres circonstances au samori de Calicut , qu'il suf-
L'UNIVERS
fisait de la volonté de D. Manoel pour faire d*un palmier un souverain aussi puissant que lui. Cette sourde irritation qui se manifesta au premier voyage , ce lier dédain par lequel le navigateur portugais se vit contraiut de répondre aux insultes mal déguisées du souverain hindou , prit sa source, selon toute probabilité , dans l'omission d'une pure formalité diplomatique à laquelle les Orientaux ont attaché de tout temps la plus haute signiûcation. Évidemment, les objets apportés par Gama n'étaient pas dignes d'être offerts à un puissant monarque ; et Joam II , qui connaissait l'esprit des peuples asiatiques, n'eût peut-être pas commis cette faute. Les riches commerçants venus d'Ormuz et d'Aden, et que d'antiques relations arabes nous représentent comme faisant un commerce si actif et si rapide avec la côte de Malabar ( * ) , surent mettre à profit cette circonstance pour détruire dans l'esprit du Samori l'impression qu'aurait pu produire sur lui l'attitude guerrière des Portugais.
Les anciens écrivains ne nous ont laissé malheureusement sur le souverain de Calicut ni détails bien circonstanciés , ni renseignements bien positifs. L'un d'eux prétend qu'il s'appelait Glafer ; mais il est difficile de reconnaître dans cette dénomination un nom hindou. 11 n'y a pas jusqu'au titre que les historiens ont conservé, et qui a prévalu , sur lequel certains doutes peuvent être émis. Selon l'opinion la plus plausible, il faudrait voir dans le titre du Zamorille ou mieux encore du Samori^ comme l'écrit Barros , une contraction des deux mots Samoudri Ràdjâ, Ce prince appartenait-il à la caste des brahmes, cela est infiniment probable, puisque plus tard on le voit, selon une des versions admises, se retirer parmi les
(*) Ibn Batuta nous proaveavec quelle facilité les musulmans de ces régions pouvaient se rendre aux Indes orientales, malgré l'imperfection de leurs embarcaUons. Ce voyageur du quatorzième siècle dit positivement: «J'ai déjàpassé une fois de Calicut , pays situé dans les Indes, à Dafar, et ayant un vent favorable qui ne cessa ni durant la journée ni pendant la nuit, je mis vin.a;t-huit jours à faire cette traversée. » Entre Dafar et Adenpar terre , jl y a an mois de marctie dans le désert
Voy. la traduction portugaise de Jozé de Santo Antonio Moara.
Brakmatchari ou les brahmes pénitents de son empire^ après qu'il a désespéré de l'emporter sur les Européens. Dans tous les cas , le royaume de KanarA , où il commandait, était un des territoires les plus riches de cette vaste côte , qui s'étend depuis Goa jusqu'au cap Comorin ( Djebel Kamaroun)^ et dont le littoral prend chez les Hindous le nom de Maliwdr , que nous avons conservé en lui faisant subir une légère altération.
Le Kanarâ n'a que soixante-dix lieues de long ; mais il était prodigieusennent peuplé , et on y trouvait des villes telles que Mangalore , Cananore , Calicut ( * ) , où le meilleur poivre de la côte formait une branche immense d'exportation.
Ces villes , disons-nous , devaient faire nécessairement affluer des richesses considérables dans l'intérieur du pays. Le Bidjâpoûr, dont Goa était la capitale, le royaume de Travancore , où l'on remarquait cette ville de Cochin (**) qui va bientôt jouer un rôle si important dans l'histoire des Indes portugaises, étaient nécessairement en rapport avec l'empire qu'abordaient les Portugais; mais ils formaient des États parfaitement indépendants, aussi bien que le Mysore ( Maîsoùr ) , le royaume deTravancorey le Kamâtik , la Côte de la pêcherie , le
f)ays de Madura, le Marawah, si céèbre dans la mythologie des Hindous , et enfin le Tanjaour, qui a toujours échappé au joug des musulmans.
Nous ne saurions rappeler ici minutieusement tous les dégoûts dont Vasoo da Gama se vit assailli à partir du jour où il quitta l'audience du Samori. Contraint de demeurer dans la bourgade de Pandarane , qui est à quelque distance de la cité , il y manqua des objets qn'on accorde à l'hospitalité la plus vulgaire, et il y souffrit même de la faim. Lorsqu'on lit le récit, plein de sincérité, que nous a laissé Fernand Lopez de Castanheda, il demeure évident que, sans la terreur inspirée par l'artillerie des navires portugais, jamais les chrétiens n'euss^t revu l'Europe : grâce à un esprit de loyauté dont il ne se départit ja-
(*) Nous reproduisons ici l'orthographe admise depuis des siècles. Pour être d'accord avec la prononciation des Hindous il faut écrire Mangaloùre, Cananoùre^ Kdli-Koùt.
(**; Prononcez Koùtchyn,
mais , le digne Bontaîbe parvînt à instruire Yasco da Gama de ces dispositions, malveillantes. Le catoual exigeait que les navires vinssent mouiller devant la terre et que leurs gouvernails fussent remis à l'autorité; Vasco da Gama refusa avec énergie de se soumettre à ces prétentions insolentes. Soit qu'une décision nouvelle eât été transmise par le râdjâ , soit que l'indépendante fierté du chef de rexpédition imposât au rusé ministre, les Portugais purent regagner leurs navires. Il fut convenu seulement que les chrétiens débarqueraient leurs marchandises à Pandarane, et que Diogo Dias ainsi qu'Alvaro de Braga demeureraient à terre pour soigner les intérêts de la factorerie naissante. En effet, certaines transactions commerciales eurent lieu dès ce moment, et le Samori fit même venir à ses frais jusqu'à Calicut quelques-unes des marchandises en échange desquelles les Portugais voulaient obtenir les précieuses épices que les Vénitiens seuls transmettaient alors aux places commerciales de l'Europe.
Cependant on venait d'entrer dans le mois d*aoât ; c'était l'époque de la mousson, et le pilote Ganaca insistait pour que l'on ne laissât pas écouler la saison où la navigation présentait le plus de chances favorables. Vasco da Gama signifia ses intentions définitives au souverain de Calicut, qui réclama alors une somme exorbitante de six cents xarafins pour le droit d'ancrage dans le port de Pandarane. Vasco da Gama refusa de se soumettre à cette nouvelle exigence ; ce fut à la suite de cette discussion, envenimée certainement par l'astuce des Arabes , que Diogo Dias et Avaro de Braga se virent réellement prisonniers. En effet, une foule de naïres commencèrent à environner la factorerie ; ils prétendaient s'opposer à ce que les deux chrétiens pussent rejoindre les navires portugais. Heureusement un noir qui les servait put s'échapper ; et, grâce à une rare persévérance dans ses efforts pour sauver les chrétiens , il parvint à s emparer d'une barque qui le conduisit vers Gama. Ce fut peut-être à ce pauvre esclave que les deux Portugais durent la vie et que le capitaine général put se soustraire aux embûches
qui le menaçaient. Averti à temps par ce fidèle serviteur , Gama feignit d'ignorer ce qui se passait à terre , permit de lier quelques relations avec divers Hindous que l'appât du gain avait conduits vers les navires et sut enfin tout disposer de telle sorte que bientôt douze personnages appartenant à une caste plus haute que ceux avec lesquels on s'était vu en rapport, tombèrent au pouvoir des chrétiens et furent retenus a bord du Gabriel. Alors seulement le capitaine général écrivit une lettre menaçante au râdjâ; et ordonnant de courir des bordées le long de la côte, il lui prouva que les douze otages lui répondaient de la vie des prisonniers. Cette action énergique eut les résultats qu'on en attendait. Le souverain de Calicut, rejetant sur le catoual ce qui avaj^ eu lieu , rendit la liberté aux deux Portugais : et ceux-ci furent même chargés d'une lettre officielle, adressée par le Samori au roi de Portugal. Diogo Dias et Alvaro de Braga revinrent à bord ; mais , il faut bien le dire , une conduite déloyale répondit à ces dispositions pacifiques : six des otages seulement- furent renvoyés à terre par Vasco da Gama ; et, au mépris des lois les plus saintes. Tordre du départ fut donné, lorsque les infortunés qu'on emmenait tournaient encore vers la terre des bras suppliants. Étrange leçon donnée à ces peuples ! triste souvenir légué par cette mémorable expédition! Les bâtiments voguaientdéjà vers l'Europe quele matin encore on voyait sept légères alniadias s'efforçant de rejoindre les Portugais ; ils montraient de loin les marchandises qui appartenaient à la factorerie et qu'ils rapportaient. Quelques coups de canon dissipèrent ces frêles embarcations; Vasco da Gama annonçait aux Indes que la conquête allait commencer.
C'était le 29 août 1498 que le capitammor avait définitivement quitté la côte; il alla d'abord faire de l'eau aux îles Angédives : là il faillit être victime d'une trahison ; sa prudence habituelle le servit , et il se dirigea ensuite vers la côte de Mélinde. Cette dernière partie de la navigation fut marquée par un sinistre; le navire le Raphaël, que montait Paul da Gama , se perdit sur les bas-fonds qui avaient failli' être funestes précédera-
LT|NIV«W1.
ipent à la flottille. Barreto dd Revende nous dit que cette ^erte ne causa pas un grand chagrina vasco da Garaa, en raison de la taiblesse des équipages. Il répartit , en effet , les hommes du Rapnaêl sur les deux autres navires. Après avoir gagné Mozambique , il alla doubler le cap de Bonne -Espérance.
A partir de ce point il continua son voyage sans éprouver d'incidents remarquables jusqu au moment où il atteignit les parages du Cap Vert. Le 20 mars 1499, en effet, une effroyable tempête vint Tassaillir, et il perdit de vue les deux bâtiments qui marchaient de conserve avec lui. La grande nouvelle qu*apportait Vasco da Gama ne devait pas être annoncée à D. IManoel par celui qui avait été Tâme de Texpédition et dont la prudence avait tout sauvé. Nicolas COçlho , qu'on voit plus tard figurer dans l'histoire du Brésil, croyant que le capitaine général marchait en tête , continua sa route vers Lisbonne et franchit la barre le 29 juillet.
Pendant qu on se réjouissait dans la capitale du Portugal du succès inespéré de cet audacieux voyage , de tristes soins retenaient Gama. Le loyal compagnon de ses travaux ^ le frère si tendrement aimé , qui l'assistait de ses conseils , allait mourir de la lente maladie dont il était dévoré , dans une des Açores. Prévoyant cette fin prochaine ,' Vasco da Gama remit le commandement de la capjtane à Joâo de Sa, et il passa de Saint- Miguel à Tercère, où il rendit les derniers devoirs au frère infortuné dont les historiens ont trop souvent oublié l'abnégation touchante. « Celte mort fut très-douloureuse au cœur de Vasco, » nous dit un vieil écrivain; il quitta bientôt Tercère et s'en vint, pour ainsi dire, furtivement à Lisbonne, dans une simple caravelle , tandis que Joâo de Sa ramenait son navire. Ce fut le 29 août 1409 qu'il entra dans le port: il y avait trois ans qu'il en était parti , sans savoir s'il reverrait jamais le petit ermitage de l'Ordre du Christ , où il avait si religieusement prié.
Quelque temps après , D. Manuel le salua du titre d'amiral des mers de l'Inde et le créa comte da Vidigueira. Il lui accorda, ce qui était alors un honueur [nsigne, la faculté de se faire appe-
ler dom Vasco : une longue dis^ce
Rêvait suivre ces première^ faveurs.
SEGONDB EXPÉDITION AUX IUDES
gbientàles. — « En l'année 1500 , nous dit Kesende,le très-sérénissime roi de Portugal, D. Manoel ,| expédia pour les régions de l'Inde une flotte de douze navires. Pedro Alvarez Cabrai, gentilhomme de sa maison, en fut nommé capitaine général... Dix de ces bâtiments avaient ordre de se rendre à Calicut , les deux autres devaient se diriger vers Sofala pour y établir des relations commerciales... Or, un dimanche, 8 mars de cette année, étant tous préparés au voyage, nous nous rencjtmes à deux milles de distance en un lieu nommé le Rastello , où s'élève le couvent de Belem , et là le roi alla remettre en personne l'étendard royal au capitam-mor. »
Ainsi commence, dans un chroniqueur bien connu, le récit de la mémorable expédition qui suivit celle de Gama. Notre mtention ne saurait être de suivre cette fois pas à pas les hardis marias, la route étaitlracée, et l'espace nous manque pour rappeler, même sommairement, les inciaents inattendus qui donnaient un caractère si pittoresque à ces premières navigations. Toutefois un événement trop mémorable vint marquer celle-ci , pour que nous le passions complètement sous silence : le 25 mars, on avait doublé le Cap-Vert, lorsau'au bout de quelques jours de navigation une tempête s'éleva et jeta la flotte hors de sa route; le 24 avril, elle voyait de nouveau la terre. Au bout de deux jours, Pedralvarez Cabrai entendait la messe sur les rives fleuries d'une terre inconnue , au milieu des chœurs formés par des tribus sauvages, qui s'inclinaient devant la croix : la terre de Sancta Cruz était découverte, l'immense empire du Brésil appartenait au Portugal , et pour livrer à 1 Europe cette paisible conquête il avait suffi d'un jour; la Providence , comme dit l'Écriture , s'était contentée d'appeler les vents (*).
(*) La découverte du Brésil se rattache esseutieUement à Thisloire da t*ortugal , mais nous avons traité ce sujet fort au long , dans on des volumes de l'Univers. Nous renvoyons te lecteur au récit de Pedro Vaz de Caminlia, le seul document vraiment digne de foi qui raconte d*une manière détaillée ce grand évraernent. La lettre de Fécrivain de Varmada oommaodéa
POSLTUQAL.
ConslrMfi étrange sans doate« si l'on compâl^ cette irerjehé paisible avec ce que dei^alt coûter de sans et d'efforts la conquête des Indes ( * }. Le 2 mai , Pedralvarez Cabrai mit de nouveau a la voile pour se diriger vers le cap de Bonne-Eispérance, et apirès avoir fait tête à ut^e horrible touriliente qui dispersa la flotte, il arriva à Calicut le 13 septembre 1500, après avoir relâché à Mozanabiaue, à Melinde et à la petite île d^Ancnedlva. Tels avaient été les incidents de la route et les efforts de la tempête , que Pedralvarez Cabrai n'avait plus avec lui aue six bâtiments lorsqu'il alla mouiller à une lieue de la cité indienne.
Soit qu'il fût mieux informé cette fois de la force réelle des Portugais, soit qu'il crût devoir dissimuler pour préparer sa défense, le Samori sembla accueillir avec une sorte d'empressement les étrangers. Après quelques difficultés écartées facilement, des otages furent échangés, et le râdjâ reçut le nouvel ambassadeur. Le souverain hindou s'était cette fois environné d'une pompe qu'il n'avait pas déployée lorsque Gama s'était présenté clevant lui. Beaucoup plus au fait du cérémonial c|ui devait exister désormais entre la nation portugaise et les peuples de l'Orient, Cabrai apportait des présents dont la magnificence égalait sans doute, si elle ne le surpassait, le faste déployé par les Maures , lorsqu'ils renouvelaient leurs ambassades (**). Ce-
par Cabrai, a été donnée par nous in extento oans les Cnroniquea chevaleresques de l'Espagne et du Portugal , t. II. Nous aimons à rappeler à ce sujet un fait que les derniers travaux de M. Ternaux-Gompans rendent d*une évidence iDCODteslable : des navigateurs normanda parurent dans ces barages immédiatement après la découverte de Cabrai.
{') Nous ne voulons pas dire que l'établissement des Portugais se soit opéré sur une étendue de douze cents lieues de côtes sans effusion de sang, mais il est certain que les premiers rapports des Américains de la race tunique furent marqués par des danses solennelles et par ce respect religieux qui accueillit les Européens sur presque tous les points inexplorés du nouveau monde. La guerre avec les tribus indiennes ne commença qu'à l'époque où les donataires des capitaineries prétendirent porter atteinte à la liberté de cette race indépendante.
(♦♦) Il y a dans Ramusio un long récit de toute cette splendeur orientale qui fut égalée du reste eu cette occasion par les Portugais. Pour donner une légère idée de luxe dont le Samori &*eQviroaaa» nous dirons qu'il était
pendant, en dépit de ces démonstrations
amicales, on vit, des rorigine, combien il fallait peu compter sur des conven* tiens nécessitant toujours Tinterventioa.
des musulmans; un traité fut fait à la fin par l'entremise d'Ayres Correa , et 11 fut ^ravé, nous dit une relation contemporaine, sur une lame d'airain. Mais on eut la preuve qu'il y a quelque chose de plus durable que les conventions burinées sur le bronze , et (jue les haines de race et de religion, qui sont écrites au fbnd des coeurs , vivent plus encore que de pareils traités. Après que le Samori se fut servi d'une caravelle portugaise pour s'emparer d'un grand navire ennemi, qui transportait, entre autres choses , des éléphants de euerre, après qu'il eut vu par lui-même la puissance prodigieuse que pouvait donner l'artillerie européenne , il temporisa pcndant plusieurs jours > puis il balan<^a les avantages des deux positions ; il obéit, en un mot, à la politique habituelle des Hindous. Un événement inattendu vint lui prouver qu'il ne pourrait pas conserver longtemps sa neutralité apparente entre les chrétiens et les mahométans.
Pedralvarez tabral s'étant emparé d'un bâtiment chargé d'épices qui appartenait aux Maures, cette action violente et que n'ont pas nettement expliquée les historiei\s contemporains, souleva l'indignation des commerçants arabes, tolérés depuis longtemps à. Calicut. On les vit bi^tôt se réunir, et ils allaient par la cité poussant de vives clameurs contre les chrétiens. Le Samori ne fît nulle démonstration en faveur des nouveaux venus; aussitôt les Maures se ruèrent contre les Portugais , qu'ils attaquèrent à rimproviste ; car ceux-ci étaient dans une complète ignorance sur l'événement qui venait d'avoir lieu. Un premier combat commença sur la plage , les Arabes tuèrent trois hommes et en perdirent
tellement couvert de pierreries que, selon les
Î propres expressions du compagnon de Cabrai . t n*y avait pas de sommé au monde qui pût Sayer cette profusion de Joyaux. Son siège était ^argent massif; les quinze à vingt trompettes qui renlissaient autour de son palanquin étalent du même métal ; il y en avait , âjoutet-on, trois en or, et Tune d'elles se trouvait être d'une telle grandeur et d'un tel poids, qu'il fallait deux hommes pour la porter. L'embouchure de ces instruments magnitiques laissait briller un cercle de rubis.
L'UNIVERS
huit. Dès une première échauffourée on put remarquer cette inégalité de force entre les combattants , ({ui semble être un des caractères distinctifs des guerres de l'Inde. Après avoir résisté longtemps à la multitude armée qui se précipitait sur eux, soixante Portugais,
3ui s'étaient réunis, se virent contraints e chercher un refuge dans les bâtiments de la factorerie oii commandait Ayres Correa. Les Maures commencèrent alors l'attaque de cette simple habitation , où les Portugais n'avaient pu réunir des forces bien imposantes. Les assaillants étaient environ trois mille, et ils n'eurent pas de peine à renverser les murs d'une maison qui n'avait pas été destinée à soutenir un siège. Ayrès Correa demanda du secours à la flotte, et continua une résistance généreuse; mais, voyant qu'il ne pouvait plus longtemps tenir contre cette multitude , il prit la résolution de gagner à main armée le rivage, où il était certain d'être recueilli par les embarcations portugaises , qui jusqu'alors n'avaient lait qu'un feu inutile. Durant cette sortie, entreprise avec une résolution, digne d'un meilleur sort , Correa perdit la vie avec plus de cinquante Portugais : vingt hommes environ échappèrent (*) au massacre et purent rejoindre la flotte. Pedralvarez Cabrai regarda alors le traité récent qu'il venait de conclure avec le Samori comme étant rompu. 11 s'empara immédiatement de dix navires appartenant aux commerçants arabes et qui étaient mouillés en ce moment dans le port; les hommes pris sur ces bâtiments furent impitoyablement massacrés. Tant de violence effrayait la population hindoue, et après cet exploit les Européens se virent menacés par la famine ; mais heureusement trois éléphants qu'on allait transporter sans doute dans quelque ville de la côte se trouvèrent à bord des navires arabes et servirent à la nourriture des Portugais. Après cette rupture éclatante, Pedralvarez Cabrai abandonna Calicut, et s'en fut demander asile au râdjâ de Cochin.
Chemin faisant il prit deux petites embarcations qui se rendaient dans le
(♦) Le fils d' Ayrès Ctorrea fut de ce nombre , et on le verra figurer plus tard avec gloire dans les guerres de riode.
port qu'on venait d'abandonner. La ville de Cochin, comme on sait , est à trente lieues portugaises de Calicut ; le râdjâ qui y commandait avait déclaré la guerre au Samori. Il accueillit avec empressement les étrangers; la difficulté était de s'entendre pour poser les bases d'un traité : dans cette circonstance, un Guzarate, qui se rendait de son plein gré'en Portugal, servit d'intermédiaire entre Cabrai et le monarque hindou. On échangea des otages. On stipula certaines conventions commerciales. Mais le roi de Calicut ayant envoyé dans les eaux de Cochin une flotte d'environ quatre-vingt-cinq voiles, Cabrai jugea à propos d'éviter le combat pour se diriger vers le royaume de Cananor.
Quoique ce capitaine général fût à coup sûr un homme éminent, il est impossible de pallier ici sa conduite, car il s'éloigna en enlevant les otages et en abandonnant les Portugais qui se trouvaient alors à terre. Il est bon de rappeler en passant qu'à Carangolor , à quelques lieues de Cochin, il trouva une femme maure de Séville , et que deux chrétiens de Saint-Thomas lui demandèrent passage pourse rendre à Rome. Les connaissances positives que l'on acquérait sur le pays allaient donc toujours croissant. A Cananor, Pedralvarez établit des relations d'amitié et compléta son chargement au moyen de cent bahares (*) de cannelle qui lui furent livrés sur sa première réquisition : il obtint également, dit-on, du souverain hindou , qu'un de ses sujets s'embarquât à son bord pour le Portugal : c'était un aentilhomme, dit naïvement le vieux chroniqueur qui nous sert de guide; cela signifie sans doute que ce noessager appartenait à une haute caste (**) : un facteur
(*) Équivalant à 400 quintaux .
(♦♦) Ce qui pourrait faire douter de ce fait, cVst qu'il n'est pas probable qu'un brahme, ou qu'un sclialrya, perdit volontairement sa caste
rir le contact avec les étrangers. On s'aperçoit chaque instant, en liganl altenUvement les relations primiUves, du sombre désespoir qui s'empare des otages, lorsqu'ils se voient forcés à enfreindre la loi du brahmanisme. Les uns se jetlenl à la nage, et risquent de se noyer plutôt que se de souiller par des alimnnU défendus, les autres restent trois jours sans manger et semblent préférer la mort la plus cruelle à une existence
Erofanée. Le temps, du reste, n'a modifié que ieii faiblement ce respect pour la loi religieuse.
portugais, ^ui avait joué un rôle dans cette expédition et qui s*appe1ait Pedro Alvarez , resta à Cananor. On mit à la voile et, le dernier jour de janvier, on se trouvait déjà au milieu du golfe de Mélinde ^ où Ton capturait un riche navire. Pedralvarez Cabrai, sachant que ce bâtiment venait de Cambaya, le laissa aller librement après lui avoir pris seulement un pilote. Ce redoublement de précaution n'empêcha pas que le vaisseau commandé par Sancho de Tovar n'allât donner sur un bas-fond et ne sombrât , avec sa riche cargaison d'épices; réquipage fut sauvé. Après avoir heureusement doublé le cap de Bonue- Ëspérance, où il parvint à la Pâque fleurie , Cabrai arriva à Bezenègue non loin du Cap Vert, ià il rencontra une flottille, qui se dirigeait (*) probablement vers cette terre de Sancta Cruz, dont la fameuse lettre de Pedro Vaz de Caminha avait signalé les merveilles à D. Manoel. Cabrai recueillit plusieurs renseignements sur le bâtiment qui s'était séparé de la flotte au commencement du voyage, et il continua sa route vers le Portugal ; il arriva à Lisbonne à la fin de juillet. Sur douze navires dont se composait l'expédition, il n'en ramenait que six : la sublime imprécation que Luiz de Ca.moens met dans la bouche de son vieillard s'était déjà réalisée.
EXPÉDITION DE JOAM Dk NOVA. — DÉCOUVERTE DE l'ÎLE DE LA CONCEP- TION ET DE SAINTE-HÉLÈNE. — AvaUt
{*) Noos sommes obligé d'employer ici la forme dubitative. Ni Joâo de fiarros ni Castanheda ne font mention de cette expédition ; on ne peut rejeter cependant le témoignage de l'écrivain qui accompagnait Cabrai, il dit positivement : Nous rencontrâmes trois navires que le rai de Portugal envoyait pour découvrir ta terre nouvelle que nous avions trouvée quand nous noUs rendions à Calicut. Amerlgo vespuci était-il à bord de cette Qotte? y était-il surtout en qualité de capitOo-mar? Convenons
3ue quelques mots de plus ajoutés par Tauteur e la relation , insérés dans Ramusio , eussent mis. fin à bien des discussions. Un mémoire, publié en I8i2 par M. de Santarem, établit les preuves qui peuvent faire nier cette expédilion. 11 faut bien le dire , l'examen attentif de plusieurs sources précieuses ne nous a rien fait découvrir qu'on pût sérieusement alléguer en faveur de Yespuce dans ce grand procès. Nous basant jadis sur Topinion de savants tels qne Gazai et Pizarro, nous avions considéré comme réelle l'expédition d'Amerigo Vespuci en I60I; nous sommes cx>ntraint aujourd'imi de rejeter les sources dont ils ont fait usage.
que la flotte commandée par Cabrai fût de retour, D. Manoel avait déjà expédié pour les Indes orientales une armada nouvelle composée de quatre voiles. Cette escadre partit au mois de mars 1601 , et se signala par plusieurs découvertes. Ce fut Joam da Nova qui vit le premier rîle de la Conception , et qui lui imposa le nom sous lequel elle a été connue depuis; ce fut encore lui qui vit le premier le rocher de Sainte-Hélène. Comme si rinfortune donnait quelquefois le don de prophétie , lorsque le iiom de cette île vient à la mémoire d'Antonio Galvâo, il s*écrie : « C'est une terre de peu d'étendue, mais bien célèbre (*) ».