CORTE REAL ET SES DÉCOUVERTES
— A part ces importantes explorations, Texpédition de Joam da Nova n'avança point beaucoup les affaires de D. Manoel aux Indes orientales ; mais len ces temps d'ardeur infatigable , à cette épo-
3ue où ils se montrèrent si différents es Vénitiens et des Hollandais, les Portugais songeaient à la gloire avant de songer à l'argent. Quelquefois ils tournaient leurs regards vers des contrées où il n'y avait qu'une sombre nature à explorer et de grands périls à courir, uniquement avec l'espoir d'accroître la somme des connaissances géographiques dont on pressentait la valeur. Précisément en l'année où l'on découvrait le Brésil , Gaspar Corte Real demandait à D. Manoel la permission de se diriger vers le nord; il partait de ïercere avec deux navires armés à ses dépens et il arrrivait à la terre désolée qui porte son nom en s'avançant jusqu'au 50°.
Une seconde expédition vers ces parages devait lui être fatale , et ce fut en vain ^ue son frère Miguel Corte Real alla à sa recherche en armant trois navires à ses propres dépens; il y périt sans aucun doute, car deux des bâtiments dont se composait sa flottille se dégagèrent des glaces et vinrent en Portu-
{*) < Sancta ffelena cousa pequena , mas muito nomeada. t Yoy. Antonio G^lvâo, Tratado dos descobrimentos a ntigos e modernos , p. 36. Antonio Galvf^o avait, comme on sait, rerusé d'être roi. et il mourut à l'hôpital , après y avoir fait un séjour de dix-sept ans. Cet homme si remarquable comprenait la valeur de la nouvelle découverte comme point de relâche ; c*est ce gui lui a Inspiré dès le commencement du seizième siècle l'expression heureuse reproduite ici.
ts»
L'UNIVERS
^al , apràs avoir fait d(3S reeherehes inutiles pour rejoiodre la capitane. I^a terre des Corte Real rappelle à la fois un grand courage et un grand dévoue* ment.
INFtUBNGE DB liA. SECONDE ET DE hk TBOISIÈHE EXPBniTIQN DES POR- TUGAIS AUX INDES. — Le voyage de Pedralvarez Cabrai changea complètement certaines idées admises jusqu'alors , et que les notions imparfaites recueillies par Gama n'avaient pu modi- Ger. Le monarque chrétien qu'on décorait du nom de Preste Jean ou Prêtre Jean et qu'on se plaisait à revêtir d'un pouvoir imaginaire, disparut des Indes ; on sut enfin à quoi s'en tenir sur ces sectateurs de Saint-Thomas dont on peu-
f>lait les riches contrées orientales, et 'on se vit contraint à réduire ce peuple innombrable à vingt mille individus environ (*), tolérés plutôt que vivant dans l'indépendance derrière les montagnes de Cochin. On commença à deviner ce qu'il y avait d'immuable dans les institutions de Brahma , et le jedne sévère que s'imposèrent les otages laissés à bord de la flotte chrétienne, révéla des résistances religieuses qu'on était loin de soupçonner. Le régime des castes s'offrit aux £uropéansd0ns son essence réelle , avec ses lois inflexibles , ses principes rigoureux. On comprit mieux en môme temps l'influence nuisulmaqe sur ces populations timides ; et quand le râdjâ , forcé par les exigences des étrangers à s'expliquer d'une manière positive sur le parti qu'il allait prendre vis-à-vis de ses anciens hôtes , eut déclaré qu'il ne pouvait chasser ainsi cinq mille familles de son empire, d'un seul mot il fit comprendre aux Portugais la lutte terrible que les Maures allaient engager. Cabrai avait à bord de la flotte où il commandait plusieurs hommes habiles et doués d'un esprit réel d'observation; la lettre de Pedro Vaz de Caminha, écrite durant la relâche au Brésil, en fait foi. Ces officiers démêlèrent au milieu des magnificences indiennes, Tesprit particulier et profon-
{*) Plusieurs écrivains du seizième siècle réduisent même sipgulièrement ce chiffre , puis- SuHls ne le {ont monter qu'à trois mille individus, ce qui nous semble une exagéiration contraire.
dément original qui animait cette société. D'un seul coup d'oeil lis devinèrent la supériorité qu'allait leur donner leur artillerie sur ces naïres habiles cavaliers, qui ne possédaient que quelques bouches à feu d'un maniement difficile, et qui répondaient à leurs décharges de tremblons ou d'escopettes par des volées de flèches dont les filets d'abordage sufl!saient pour garantir les Européens. Dès lors la conquête ne fut plus douteuse à ceux-ci, et ils ne tardèrent pas à faire passer leur persuasion dans le cœur du souverain.
DEUXIÈME EXPÉDITION DE VASCO DAGAMA. — INCENDIE D'UN BATIMENT APPABTBNANT AU SOUDAN d'ÉGYPTE.
-- D. Vasco da Gama était revêtu du titre d'amiral des Indes ; il lui restait un grand labeur à accomplir, il fallait faire respecter le nom portugais dans les contrées lointaines au'il avait découvertes : D. Manoel lui en fournit bientôt les moyens. Dix-neuf à vingt caravelles bien armées furent mises à sa disposition, et 11 partit de Lisbonne, avec cette armada, le 10 février 1502.
Indépendamment de tout autre mobile , l'amiral paraît avoir été préoccupé dans cette circonstance du désir de faire payer cher aux musulmans la mort de Correa. Il y avait là à la fois une question de religion et un souvenir d'amitié; le hasard servit bientôt cette soif de vengeance qui s'était emparée des chefs de l'armada. Gama voguait déjà dans les mers de l'Inde , lorsqu'il rencontra un vaste bâtiment appartenant au Soudan d'Egypte, et chargé pour le compte d'un des principaux commerçants arabes 4e Calicut. Le Mèrii, tel était le nom de ce navire , donnait
Sassage à une innombrable quantité e musulmans de pays divers que les Portugais confondaient dans leur haine sous la dénomination générale et i nexacte de Maures : ces malheureux revenaient d'accomplir le pèlerinage de la Mecque; des femmes, des enfants étaient mêlés aux passagers. En comptant les navires dont se composait Tarmada portugaise, ils comprirent que toute résistance devenait inutile, mais ils espérèrent qu'un arrangement pécuniaire pourrait les sauver de l'esclavage, L*Arabe qui occupait le rang
POftTCGAL.
Ifi9
prîndpftî parmi cél padsâ^ers fit flaire des offres immensed à l^amiral chrétien ; elles furent rejetées ; il alla dnns son désespoir jusqu'à se livrer lui-même comme otage : tout fut inutile. Vasco da Gama laissa un moment d'espoir à ces malheureux , car il reçut For du rachat, mais il ordonna ensuite que Ton conduisît ce lourd bâtiment loin de la flotte et qu'on y mît le feu. Les misérables qui y étaient renfermés éteignirent une première fois l'incendie ;... l'amiral renouvela son ordre impitoyable, et ils comprirent qu'il fallait mourir. Ils se résignèrent à l'effroyable sacrifice, mais les pierres qui servaient de lest au navire prêtèrent un moment des armes à leur énergie. Un témoin oculaire qui nous a laissé ce récit , et qui l'a fait avec un sentiment de pitié profonde, raconte que l'intérieur du bâtiment offrait une représentation visible de l'enfer. Les femmes élevaient leurs enfants vers Gama au milieu de cette demiobscurité éclairée vaguement par la lueur des flammes , et les hommes faisaient.^iiene qu'il était temps encore de les arracher au trépas. Cet événement eut lieu un lundi , 3 octobre de Tannée 1502, et Thomé Lopes ajoute que ce cruel souvenir lui était resté toute sa vie. « Us résistèrent bien avant dans la soirée durant une des journées les plus longues de la saison , et leur impétuosité tenait du prodige. » De l'aveu du digne écrivain, leur courage fut sur le j)oint de triompher, le navire échappa a la flotte chrétienne. Vasco da Gama le poursuivit durant quatre jours et quatre nuits; mais un traître livra les siens , et le combat se renouvela avec un nouvel acharnement; il fut tel qu'on voyait ces malheureux arracher les flèches qui venaient de les frapper et les lancer à leurs ennemis : les flammes seules purent arrêter ce dernier effort du courage ; ils périrent presque tous.
Barros , qui raconte aussi cet événement effroyable , a soin de faire remar- 3uer que l'amiral sauva une vingtaine 'enfants , qui furent élevés en chrétiens et qui par la suite servirent avec courage sijr les navires de l'État. Thomé Lopes laissie entendre que les choses eurent Kèu ainsi, mais il ne le dit point
expressément (*). Croyons pout l'honneur da Gama que ce passage des Décades n'a pas été inspiré par une pitié tardive.
Ce terrible épisode du second voyage de Vasco da Gama fait assez comprendre dans quel esprit et avec quelles résolutions l'amiral se dirigeait vers la côte du Malabar. Il ne se rendit pas à Calicut comme il l'avait fait d'abord, ce fut devant la capitale d'un royaume voisin , àCananor, qu'il alla jeter l'ancre. Là, il eut une entrevue avec le vieux râdjâ de ces contrées. C'est dans la narration de Thomé Lopes, et surtout dans le récit habile qui nous a été laissé par Barros , qu'on peut saisir les traits originaux et saillants qui marauèrent cette entrevue. Cette fois, l'amiral voulait effacer, par sa magnificence toute guerrière, l'impression que son premier voyage pouvait avoir laissée. De son côté le vieux Brahme qui régnait à Cananor désirait sans doute , à défaut de puissance réelle, frapper ces étrangers par un faste dont ils n*avaient pas encore été témoins dans ces régions. L'entrevue solennelle eut lieu. Vasco da Gama prétendait faire un traité immédiat dont les difficultés lui semblaient devoir être aplanies par Payo Rodriguez, que Joào de Nova avait laissé dans cette ville. Les méticuleuses observatfons du vieux râdjâ, ses retards dus aux obsessions des musulmans , ne firent qu'irriter l'amiral. Il partit laissant devant Cananor Vicente Sodré, l'un des commandants de la flotte, pour attendre les résultats d'une lettre qu'il avait écrite au râdjâ , et qui laissait voir sous une apparente modération le sort réservé à qui oserait opposer de la résistance. Vasco da Gama n'était pas encore devant Calicut que le timide râdjâ s'était soumis.
Comme on se dirigeait vers cette cité et qu'on longeait la côte , un sambuco , sur lequel étaient montés plusieurs naïres, aborda le navire amiral : le Samori envoyait un message à l'hôte terrible
'(*) Navegacâo as Indias Orientaes escrita em Portuguez por Thomé Lopes. Ce précieux mémoire a été publié récemment car Tlngénîeux et savant Adolfo Varnhagen ; il y est dit par l*écrivain de la flotle de Gama, qui joua un rôle Irès-acUf dans toute celte affaire , que l'amiral répartit entre les divers navires de la flotte les Maures qu'on avait tirés du aawihucù. Voy. chstpitre XIII.
L'UNIVERS
qu'il avait offensé ; il préteDdaît avant tout que la représaille' exercée sur le bâtiment incendié devait faire oublier le meurtre de Correa, puis il se soumettait à divers arrangements, qui, sous des formes timides , laissaient voir un certain esprit de conciliation. La réponse fut altière , nous dit un témoin de Tenlrevue, et Gama signifia qu'il n'admettrait des dispositions nouvelles qu'après l'entière expulsion des musulmans. Aussitôtqu'ileutdonnécet ultimatum, il continua sa route; mais il n'avait pas jeté l'ancre devant la ville indienne , que la réponse du Samori lui était parvenue. Elle était après tout ce qu'elle devait être : on y offrait divers avantages aux chrétiens, mais le râdjâ disait positivement qu'il ne pouvait chasser de Calicut plus de quatre mille familles maures, qui y étaient établies depuis longues années et qui y amenaient la richesse(*). Gama regarda cette réponse comme étant l'équivalent d'une rupture, et dès lors il prépara tout pour le bombardement de cette cité malheureuse , qui l'avait accueilli, trois ans auparavant , plutôt encore avec une curiosité dédaigneuse qu'avec des sentiments d'hostilité ouverte.
Et avant de se mettre à l'œuvre, nous dit Barros, « il écrivit au Samori, par un des idolâtres qu'on avait pris dans une des barques, lui annonçant que s'il n'avait pas reçu à midi un message touchant ce qu'il lui avait fait dire à tant de reprises diverses, il livrerait sa ville au feu. Or, comme passé ce terme il n'eut pas de* réponse , il ordonna à tous les navires qui avaient reçu des ordres en conséquence , de faire pendre au haut de la vergue les Maures qu'il leur avait envoyés; et après une telle action qui pré*senta un spectacle de grande douleur pour tous ceux de la cité, ils commencèrent à voir et entendre quelque chose de plus accablant
(*) Les personnes qui voudraient prendre une Juste idée des antiques relations établies entre les musulmans et les Hindous de ces contrées devront avoir recours au beau travail publié récemment par M. Rbinaud dans la Revue asiatique. Il est curieux de voir un voyageur musulman du onzième siècle peindre ses impressions à la vue des cités indiennes en reproduisant même les grandes tradi lions historiques de ces peuples » dont il éclaire la chronologie.
pour eux, car toute rartillerie tira contre la ville durant ce jour^ c'était un tonnerre continu et une pluie de pierres et de boulets. Tout cela amena une grande destruction et causa la mort de bien du monde. Mais sur le soir, pour eik finir et pour imprimer plus de terreur, il ordonna de décapiter les gens que l'on avait pendus. Or. cela faisait trente-deux têtes , et l'on y joignit les mains et les pieds; tous ces restes furent mis dans une barque, avec une lettre où il était dit que ces hommes sans doute n'étaient pas ceux-là même qui avaient Irempédans la mort des Portugais , mais que , s'il suffisait cependant de leur parenté ave>c les habitants pour justifier leur supplice , on pouvait dès lors prévoir combien serait plus cruel encore le châtiment réservé aux auteurs de la trahison. Et cette barque fut conduite d'après ses ordres par un certain André Dias, qui depuis fut almoschérifdu magasin royal : puis, lorsque l'heure de la marée montante fut venue , Gama fit lancer à la mer ces troncs mutilés , afin qu'ils allassent échouer sur le rivage, aux yeux du peuple, et que tout le monde vît ce que pouvait coûter une trahison ourdiecontre les Portugais ; tout cela montrant la manière dont ils devaient venger quelque espèce de tort qu'on osât leur faire. Cet incident épouvanta tellement la cité, que le jour suivant, comme l'amiral se préparait à poursuivre l'œuvre de la veille, il n'apparut âme qui vive sur toute l'étendue de la plage ; parce que la population , comme une race des plus craintives , abandonnait les lieux voisins de la mer, et que les Maures, auxquels on avait conlié leur défense , n'osaient point paraître; s'enterrant au contraire dans ['enceinte des retranchements et à Tabri des ouvrages qu ils avaient élevés. Tout était si bien abandonné, qu'il eût été loisible à l'amiral d'enlever la cité sans beaucoup de résistance; mais comme ces exécutions avaient été ordonnées, plutôt pour imprimer de la terreur au roi et pour qu'il se désistât des conseils des Arabes , que par vengeance du passé, il ne voulut pas accomplir tout le mal qu'il aurait pu faire, afin de donner à ce souverain le loisir de se repentir. Il nesesouciaitpasde
POlftTUGAL.
le pousser à bout , parla perte énorme que lui eût causée la complète destruction de la ville. Et pour que ce souverain ne pât pas croire que Tavidîté avsiit phis de pouvoir sur les Portugais que l'honneur, durant les deux jours où toute l'armada fut occupée a foudroyer la ville Jamais Famiral ne voulut ordonner qu'on flfle plus léger tort au bâtiment qu'il avait fait tirer du port et amariner près de lui, pensant que, quelque bon rapport venant à s'établir avec le roi , il lui restituerait ce navire avec son chargement intact. Néanmoins , après que ces deux jours de fureur incendiaire furent passés , Gama par nécessité ordonna de débarraser le navire de ses nombreux approvisionnements; on les répartit entre toute la flotte , et ce lui fut un rafraîchissement de grand secours. A la fin le déchargement complet futj effectué.
Ganoa fit mettre le feu au navire, et il brûla ainsi devant la ville, du moins la portion qui s'élevait au-dessus des eaux. Après cette expédition l'amiral s'éloigna et prit le chemin de Cochin, où il arriva le 7 de novembre (*). »
Le lecteur, sans nul doute, a plus d'une fois frémi d'horreur en écoutant cet affreux récit. Nous éviterons de multiplier de semblables peintures, mais au début d'une histoire sanslante, nous nous sommes bien gardé d'adoucir aucun des traits qui la caractérisent, et nous avons voulu faire comprendre par celte page énergique , quels seront désormais les droits que s'arrogera le vainqueur dans ces contrées.
Hâtons-nous de le dire, néanmoins, ce qui aux yeux de la politique peut expliquer ces cruautés habiles^ pour nous servir des expressions d'un écrivain qu'on ne saurait accuser de transiger avec sa conscience (**) , ce sont les faits politiques qui se passaient en quelque sorte sous les yeux de Vascoda Gama, et dont certainement il avait connaissance.
Non-seuleraent le râdjâ de Cananor, uni au Samori , équipait une flotte innombrable qu'on supposait suffisante pour anéantir les cnrétiens dans ces régions , mais la mauvaise foi positive
[*) Jo&o de Barros, Primeira'decada . livio «ito, fol. 120.
(**) U&ïko portatifs Répertoire.de Vhistoireet »« w littérature dr Espagne et de Portugal.
iV Livraison. (Portugal.)
Sue mettaient les souverains hindous ans leurs rapports avec les Portugais, les insinuations perfides des Arabes, qui ne cessaient de conspirer contre eux, expliquent la conduite de l'amiral: l'esprit de son siècle peut seul l'excuser. Vasco daGama trouva dans le râdjâ qui commandait à Cochin, un allié sincère, et la conduite modérée que tint l'amiral avec lui prouve ce qu'il eût été avec les autres souverains hindous , si ceux-ci eussent osé mettre dans leurs transactions la loyauté confiante qui distingua ce prince. Disons-le cependant, soit qu'il eût été frappé des immenses avantages commerciaux que le séjour des étrangers pouvait procurer à son pays v soit que leur bravoure ardente eût fasciné ses yeux, Triumpara (c'était le nom du souverain de Cochin) semble s'être abandonné à une confiance qu'on ne pouvait guère sans injustice exiger des autres souverains hindous. Non-seulement il conclut avec les Européens des traités politiques et commerciaux , mais il se livra à la discrétion de Gama, avec lequel il eut plusieurs entrevues, durant lesquelles il éloigna les hommes de sa suite en mettant de côté d'ailleurs toute espèce de pompe royale.
Il est probable même que cet excès de contiance blessa au plus haut degré les principes religieux des autres râdjâs, car lorsqu'ils s'unirent au Samori, pour déclarer la guerre à cet ami des étrangers , ils invoquèrent contre lui les exigences de la religion brahmanique : c'est, du reste, ce qui ressort d'une lecture attentive des écrivains contemporains et notamment de Barros. Dans tous les cas, soit qu'il contracte un traité de commerce avec Triumpara, dont il sait mettre enjeu l'ambition^ soit qu'il feigne d'admettre les excuses du Samori , qui craint à la fois pour son commerce et pour sa puissance prêts à passer entre les mains du râdjâ de Cochin, nulle part Vasco da Gama ne déploie autant de prudence, d'habileté, de sang-froid, qu'il en montre dans cette occasion. Tout autre qup lui périrait peut-être devant Calicut, quand une trahison, habilement ourdie par un brahme, le. ramène devant cettecité. Grâce à son courage, il échappe aux milliers de barques ennemies qui l'environnent, et à l'incendie quivacon-
L'UHIVIfBS.
sumer son navire : çans doute il quitte la cité perfide, en accomplissant un acte déulorable de vengeance, mais il sait , au bout de quelques mois , rentrer encore une fois triomphant dans le port de Lisbonne , et cette fois , lorsqu'il se présente àD. Manuel, il peut lui donner rassurance que désormais la conquête de rtude n'est plus un rêve pour les Portugais. £n effet, à Texception d'un seul râdjâ, qu'on doit regarder comme un allié fidèle, les souverains hindous sont frappés de terreur et les marchands jarabes reconnaissent leur insuffisance ^dès qu'il s'agit de lutter avec les chrétiens. Les petits souverains du littoral comprennent ce gu'ils peuvent ravir de richesses à Tempire du Samori , en profitant des transactions commerciales qij^e leur offrent les étrangers. Chaque bahar de poivre a coûté jusqu'à présent le sang de plusieurs hommes, mais une expédition vigoureuse peut faire taire tout à coup ces attaques et ruiner enfin Venise, Voici pour les richesses de la terre et pour la puissance temporelle.
Nous pouvons rappeler aussi ce que Gama dut promettre de conquêtes spirituelles à Tesprit religieux du temps. Le prêtre Jean et sa messe miraculeuse ont fui décidément des Indes, on sait enfin à quoi s'en tenir sur les chrétiens de cette contrée , et pour la première fois dans Cochin même ils sont venus payer un tribut de respect à l'amiral portuguais ; Rome, après des siècles d oubli, va retrouver ces enfants égarés. Mais ce n'est pas tout, une troisième armée qui doit aller hiverner sur les côtes de l'Arabie, et qui sera toujours prête à secourir les Portugais laisses par Gama dans le Malabar, prouve que l'amiral n'a pas seulement 1 habileté des conquêtes, mais qn'il sait tes assurer. Tout cela était grand sans doute, et tout cela accompli en si peu de mois, tenait presque du prodige. Vasco da Gama ne fut cependant pas chargé de poursuivre ce ou il avait commence avec tant d'éclat. Qui amena cet oubli apparent? Quelles jurent les causes de cette espèce de disgrâce? C'est uu des mille problèmes que nnstoire nous laisse à deviner : ce qu'il Y a de certain^ c'est que pendant plus de vingt ans D. Vasco da Gama, Tamiral des mers de Vloie,, rentre dans roublj }
il faudra mi autre r^ne pour réparer
cette injustice.
EXPÉDITIONS QUI PÀRTBNT DS LIS- BONNE EN 1503 FBANCISCO BT A.F-
FONSO d'albdqqbbqub, DDABTB PA* GHEGO PBBEiBA. — Ce qui a fait sans contredit la gloire de D. Manoel , c'est d'avoir possédé ^^ presque à l'égal de Joam 11 , l'art sans lequel il n'y a pas dç grands rois , l'art de choisir, comme disait Napoléon. D. Manoel renonçait à Gama peut-être, mais il méditait trois expéditions vers les régions orientales, et parmi les hommes éminents auxquels il confiait les grands intérêts qui allaient s'agiter désormais dans l'Inde et sur les bords de la mer Eouge, on comptait les deux Albuquerque, Saldaaha et ce Duarte Pacheco dont le poëte a fait assez comprendre la glorieuse destinée en le surnommant l'Achille portugais.
Duarte Pacheco Pereira n avait pas de commandement en chef, il venait sous les ordres d'Affonso d'Albuquerque ; et s'il se fît un nom immortelt il eut en quelque sorte tout à conquérir, jusques au commandement qui prépara sa gloire.
En 1503, trois divisions sortirent du port de Lisbonne; elles se composaient chacune de trois voiles; deux d'entre elles devaient revenir chargées d'épices, l'autre avait reçu l'ordre d aller croiser à l'embouchure de la mer Rouge pour surprendre les navires musulmans : c'était à Antonio de Saldanha que ce commandement avait été dévolu. Ces divers bâtiments mirent à la voile au mois d'avril. Bien qu'Affonso d'Albuquerque fût parti huit jours avant son cousin, ce fut ce dernier qui atteignit d'abord les rives de l'Inde. Mais avant de raconter comment il contribua à y consolider la puissance portugaise, il devient indispensable de jeter un coup d'œil sur les événements de Tannée 1502.
EXPÉDITION DE VIGENTE SODJILB. -.
Après le déoart de Vasco da Gama, des faits d'une haute importance historique avaient eu lieu; Yicente Sodrô (*), que
C) Yicente Sodré, et non Sodre.% était le propre oncle de Vasco da Gama , et non , comme oo l*a dit dans oea deroiers temps, an aveoluriei avide , faisant de sa propre inspiration le métier de Dirate. Il allait où il supposait pouvoir servir ayee le plus d'efficacité les intérêts . de son pays; la preuve en est dans la missioD dooaét par Mafkoel à Ant. SaManlMU Barn»
POETOGAL.
ramlrai avait laissé dans ees paragas pour 7 protéger à la fois les Portugais et lear aiUé, avait jugé à propos a'é» tendre sa mission ou plutdt d*en changer l'objet, et au moment même où Tborizon deYeoait le pius menaçant pour Tinfortuné râdjâ de Gochin, en dej)it des vires otn^rrationsque lui adressait Gorrea, il avait qtritté les mers de Ilnde pour aller chercher non loin du détroit de fiab^l- Mandel, quelques-uns de ces riches bâtiments que les Arabes expédiaient chaque année pour Galieut. IiC résultat de cette décision avait été désastreux : quelques jours après Féloignement des chrétiens, Triumpara, attaqué par le Saraori, se voyait contraint d'abandonner sa capitale et de se réfugier sur un rocher, et , au lieu de faire une riche capture > Vicente Sodré allait se jeter sur des écueils où il périssait avec son frère Braz -Sodré et nombre de Portugais. Mais par un bonheur inouï, et dont les exemples ne sont point fréquents, Francisco d'Albuquerque , se dirigeant vers Cochin, recueillait les débris malheureux du naufrage. Quelques jours plus tard, il rejoignait Triumpara sur son rocher, le réintégrait dans sa capitale et obtenait la faculté de bâtir un fort dans Cochin : il préparait ainsi pour favenir la puissance des chrétiens et la gloire de son cousin, l'illustre Affonso d' Albuquerque , dont il ne devait point connaître les exploits, et qui n'était apparu cette fois dans l'Orient que pour mesurer de son regard d'aigle ce qu'il allait bientôt conquérir.
YICTOIBES DE BUAHTB PACHECO
PEBEIBA. — Comme nous l'avons déjà dit plus haut, sur la flotte qui conduisait aux Indes le grand Albuquerque venait un homme qui devait accomplir à lui seul les faits les (>lus extraordinaires qu'on eût encore signalés. Cet homme joue un rôle si extraordinaire dans l'histoire de ces conquêtes , il est à la fois si grand et si malheureux, qu'il faut nécessairement le faire connaître avant de raconter ce qu'il fît. Duarte Pacheco Pereira était né à Santarem de parents nobles. Les qualités aue les grands esprits acquièrent dans l'âge viril , se manifestèrent chez lui dès les premières
dit pofiiUvement d'aillears que la chose étidt semise à son libre arbitre.
années de sa jeunesse. Tout nous prouve qu'il n'était pas seulement propre aux armes, mais qu'il avait acquis des lorigine une solide instruction : nui doute que dans les circonstances exceptionnelles où il se trouva ces études sérieuses ne dussent lui servir et oue les connaissances positives dont il aonna la preuve ne lui eussent acquis le grade de capitam-mor parmi des hommes éminents.
Dès l'origine de la eonquéte , comme on l'a pu voir, le souverain de Calicut s'était laissé dominer par la politique musulmane, et avait persévéré dans ce système d'hostilité contre les Portugais, qui devait avoir de si fatals résultats pour lui. Le râdjâ de Cochin, en adoptant un principe opposé, devint nécessairement l'objet d'une haine ardente de la part du Samori : sa perte fut résolue , et elle eût suivi de près les menaces de son rival , si Duarte Pacheco n'eût pas accompli alors avec une poignée de Portugais un de ces prodigieux faits d'armes dont le souvenir domine l'histoire de la conquête , et dont les récits contemporains n'offrent pas un second exemple.
Après les derniers événements dont on a lu le sommaire, le Samori avait rassemblé une armée, qui allait au delà de cinquante mille hommes; il avait réuni d'innombrables embarcations , et son artillerie, sans être comparable à celle des Européens , se montrait encore redoutable. Les forces du roi de Cochin ne s'élevaient guère qu'à trente mille hommes, sur le courage desquels il eût été imprudent de compter. Duarte Pacheco n'avait sous ses ordres que huit à neuf cents Portugais au commencçment de la campagne; ce fut avec cette
Soignée de braves, auxquels il faut joinre seulement trois cents Hindous , que Pacheco alla attendre le Samori, avant qu'il fût sous les murs de Cochin. Les auxiliaires, sur lesquels on avait peu compté sans doute, s'enfuirent honteusement; les Portugais suffirent pour vaincre , et ce ne fut qu'après avoir fait un effroyable carnage quMls rentrèrent dans Cochin.
Lorsqu'on examine les plans de ces antiques forteresses dé l'Inde qui nous ont été conservés par Pedro Barreto de Resende, on peut se convaincre que
LUNIYERS.
le liea où les Portagais avaient cherehé un asile pour résister aux'râdjâs ennemis, était choisi avec une rare perspicacité ; la ville, en effet, est bâtie sur une presqu*île, et des baocs mobiles de sable, qui interrompent la barre, donnent une réelle sécurité à ceux qui se renferment dans Fenceinte d^Xpoliin. Grâce à cette disposition des^f^x et à une intrépidité dont il n'y a peut-être pas un second exemple, Duarte Pacheco remporta successivement plusieurs avantages, qui réduisirent peu à peu Tarmée ennemie , dont la puissance effective ne s'éleva bientôt plus qu'à trente mille hommes.
Duarte Pacheco résolut avec ses neuf cents Portugais d'anéantir ce reste d'une armée formidable ; en conséquence, il alla s'établir à une lieue de la ville, dans une petite île désignée sous le nom de Gambalara , où était bâti un fort de peu d'importance et qui commandait le gué par lequel le souverain hindou était contraint de faire défiler ses troupes s'il prétendait attaquer Gochin. Le Samori n'hésita pas longtemps en effet; mais Duarte Pacheco, réduit à ses propres forces , soutint l'attaque de l'armée entière. Par ses ordres , des pieux durcis au feu avaient été plantés dans les sables du
gué , et erâce à ce stratat^ème , dès le déut de l'attaque une foule de soldats hindous et musulmans s'étaient vus hors de combat. L'armée s'avançait toujours cependant, et les corps des hommes noyés facilitaient le passgge du fleuve : l'île allait être envahie sans que les Portugais pussent s'y opposer. Ce fut alors que Duarte Pacheco fut obligé de redoubler d'énergie; une partie des troupes indiennes qui lui restaient s'étaient enfuies vers Gochin , et il fallait que sa petite troupe, divisée sur tous les points , fit sans cesse face à l'ennemi , dont les efforts se renouvelaient avec une incroyable persévérance. En présence de ce danger le général portugais adopta un grand dessein , il alla s'établir avec tout son monde près de la forteresse, et il prit la résolution de concentrer sur ce point la résistance. Gomme il se maintenait dans cette position , avec les cara- Yelles et plusieurs petits bâtiments soutenant journellement les attaques partielles de l'armée ennemie, le Samori
se décida enfin à opérer une attaque
Générale contre cette poignée de braves , ont la mort était annoncée à l'avance dans lescomptoirs portugais C). Pour ea venir à son honneur, le râdjâ avait fait construire sur des embarcations d'une forme particulière, des espèces d'édifices en bois , affectant la forme d'un château , et il se préparait à une attaque générale, lorsque le souverain de Gochin revint avec quelques troupes à l'aide de ses alliés. Ge secours était bien faible toutefois, si l'on songe à la terreur qu'inspiraient aux Hindous les châteaux flottants du souverain de Galicut.
Duarte Pacheco opposa alors une autre invention à cette étrange construction navale ; il fit joindre deux à deux les caravelles, dont la poupe était tournée vers la terre , en les disposant de telle sorte cependant qu'elles pussent laisser un certain espace entre elles. Par ses ordres, elles furent armées d'une autre espèce détour en bois, afin, dit un vieil auteur portugais, qu'au moment de l'abordage il v eât au moins parité. Outre cela, comme la proue de ces embarcations était munie d'un beaupré beaucoup plus long qu'il n'était nécessaire pour la navigation, Pacheco fit placer entravers deux mâts , de telle sorte qu'au moment où la construction hindoue s'approcherait, elle fût tenue à distance, en permettant à l'artillerie portugaise de produire son effet. Lorsque ces constructions furent terminées, Duarte partagea les troupes qui se trouvaient sous ses ordres , en trois divisions; la première devait combattre dans le fort , la seconde alla défendre lel passage du gué, la troisième fut répar-i tie sur les caravelles. A la tête de cent' soixante Portugais seulement, dont ill avait gardé le commandement immé*!
diat, Duarte Pacheco se prépara à rece-' voir l'ennemi. L'armée du Samori cona^ mença alors à s'ébranler, elle envahit bientôt le terrain , et du côté de la mer on vit s'avancer deux cents paraos ar-| mes , parmi lesquels se trouvaient huit de ces forteresses flottantes , sur lesquel-^ les comptaient les Hindous : trop eon*l fiants dans ce moven en effet , ils néglN gèrent l'attaque Au. gué , et ils allèrent
(*) Pedro de Mariz , Dialogas de varia hh^ toria , p. 389. j
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droit wuÈ les earaveiles; mais oe fat alors qae les Portugais coinmeneèrent leur feu avec une régularité et une précision qui jetèrent le plus étrange désordre dans cette multitude d'embarcations. Parmi les châteaux flottants, il t'y en eut que deux qui purent arriver joÀqu'aux caravelles, et encore l'artill^ portugaise les eut-elle bientôt foudroj'és* Chaque coup portait au milieu dé ces bâtiments pressés sur un point, et manoeuvres sans doute avec mhabileté. La boucherie fut effroyable et la perte des Hindous assez grande , pour que le Samori tombât dans un profond désespoir; frappé d'une sorte d'inertie , il s'abstint pendant plusieurs jours de renouveler l'attaque et de tenter de franchir le gué, lorsqu'il eût été possible encore d'anéantir cette poignée de héros C). Ceci avait lieu au commencement de 1505, et à partir de cette époque, la renommée des Portugais s'accrut de telle sorte, que l'infortuné souverain de Calicut, désespérant de sa fortune, alla cacher sa honte dans une religieuse solitude. Dix-huit mille hommes avaient péri dans ces diverses attaques , et la guerre avait duré six mois. Les généraux du râdjâ ennemi se virent réduits à implorer la paix auprès de Duarte Pacheco, et s'obh'gèrent à payer le tribut qu'il exigeait. Quant à lui, après s'être rendu à Coalna, où il tira des profits immenses pour la couronne de certaines prises faites sur les Maures, il revint a Cochin , où commandait déjà en maître, à l'abri de Talliance du souverain hindou, un nouveau capitaine, parti Tannée précédente- de Lisbonne, avec douze gros bâtiments et un grand nombre de jeunes soldats portugais.
La destinée des deux hommes qui combattirent devant la petite iler de Cambalam avec des forces si différentes, eut une étrange similitude. Le Samori, forcé par les Brahmes à se démettre de l'autorité , termina sa vie dans les austérités auxquelles se livrent la plupart de ces pénitents hindous qu'on dési-
(♦) Pedro Barrelo de Resende raconte que de son temps on voyait encore le petit fort près duqael avait combattu Pacheco , et qu'on le conservait en mémoire de cette bataille miraculeuse. Voy. Tratado do» viznreyi da IndUi.^
gnesous le nom de i?ra»iaA;Aarl. Duarte « Pacheco Pereira , de retour en Portugal, se vit reçu par O. Manoel avec une pompe vraiment royale; mais envoyé plus tard en Afrique, il fut desservi dans l'esprit du roi, et, après avoir passé plusieurs années dans une dure capti*vité, il finiln pari aller mourir misérablement à l'hdfital de Valence. Le grand poëte qui devait s'éteindre comme lui soixante ans plus tard , a résumé tout ce
Su'il avait accompli en si peu de temps ans quelques vers admirables. « Ce fut frâce a lui, dit Luiz de Camoens, que les auts faits des Portugais surpassèrent en réalité ce qu'avait inventé lafdble.
Mais pendant que les victoires prodigieuses de Pacheco avaient lieu aux Indes , de grands événements se passaient en Europe. Comme dans les régions de l'Orient , les idées religieuses se heurtaient, de sourdes haines menaçaient de grandir, une catastrophe épouvantable atterrait enfin le pavs : pour en connaître les causes nous rétrograderons de quelques années.
CONTINUATION DU BÈGNE DB DON HÀNOEL, SES MAfllÀCTES. — IN- FLUENCE d'isabellb. -— Si le commencement du rc^ne de D. Manoel fut marqué par de sages résolutions, ou par d'utiles réformes, il le fut aussi par une mesure funeste , qu'on voudrait pouvoir effacer d'un règne glorieux. Deux ans après son acclamation, le jeune monarque demanda en mariage la fille atnée d'Isabelle et de. Ferdinand, cette infante de Castille veuve du fils de Joam II, et dont la courte existence devait être marquée par la plus terrible catastrophe et par les plus riches espérances. Contracter cette alliance, c'était encore suivre les plans de Jean II. Mais en outre il parait certain que cette fois Tinclioation du jeune roi était d'accord avec les lois de la politique. Soit qu'elle se rappelât avec douleur une première union et qu'elle craignît d'en former une seconde, spit qu elle obéît simplement à une haine fanatique dont son siècle offrait déjà d'affreux exemples , elle fit répondre qu'on ne la verrait jamais unir son sort a celui d'un prince chez lequel les musulmans fugitifs et surtout les Juifs étaient assures de trouver un asile. Ce fut alors que des ordonnances déplorables furent lancées
I/UNlVRltS.
contre cette popuUtioa oombreuM aisrâélites que tout le moyeu â^e avait tolérée. D. Manoel obtint la inam de rinfante Isabelle en 1497 , et il fut reconnu , du chef de sa femme, héritier du royaume deCastille. C'était à ce ma-
fuiûque héritage qu'avait tendu sans oute la politique prévoyante de Jean II, mais les vastes changements que devait opérer une telle alliance sur les destinées des deux royaumes ne se réalisèrent jamais. La reine Iss^elle, qui était d'une complexion délicate, et que les chagrins de sa première jeunesse avaient dû singulièrement éprouver, ne tarda pas à mourir; sa sœur Dona Maria lui succéda en 1500; le seul résultat bien réel d'une union avec T Espagne fut cette persécution mémorable des Juifs et des nouveaux chrétiens, qui n'a d'autre parallèle historique que nos sanglants massacres au seizième siècle.