‹ PortugalChapitre 19 sur 42 · MA.SS4GBS DES JUIFS À LISBONNE · texte numérisé non relu

MA.SS4GBS DES JUIFS À LISBONNE

— GONSIDÉBÀTIONS SUB L^ POSITION DES ISBABLITES EN POBTUGAL. —

Comme le disait Voltaire , en parlant de la Saint-Barthélémy , il y a dans l'histoire de tous les peuples un de ces terribles anniversaires , qui doivent donner la fièvre à tout ami de I humanité : le Portugal a le sien. Mais la déplorable catastrophe que nous allons raconter ne fut pas le résultat d'une trame secrètement ourdie, ce fut l'explosion sanglante d'une haine fanatique; et sous ce rapport peut-être, le peuple de Lisbonne se montra-t-il moins coupable que les autres populations de cette époque.

Les Juifs, tolérés depuis longtemps à Lisbonne, et ayant sans doute comme ceux de Tolède laprétention de descendre d'une tribu <]ui, établie depuis des siècles dans la Péninsule, n'avait point participé au crime que l'on reprochait à leur race, les Juifs, disons-nous, vivaient dans une sorte de sécurité en dépit des ordonnances qui auraient dû éveiller leurs soupçons et leur faire comprendre la haine' dont ils étaient l'objet.

Depuis les dernières années du quinzième siècle leur nombre s'était singulièrement accru , et l'édit du mois de mars 1492, qui chassait leurs coreligÎQnnarres des contrées soumises au pouvoir d'Isabelle et de Ferdinand, avait fait refluer à Lisbonne une multitude de fa-

milles donlioaro II arntMimiii^

tanémant l'entrée en Portufil, «n tear assignant toutefois certains poris, où elles devaient être l'ofajet d'unt surveillance particulière jusqu'à ce qo'eilat pussent retourner dans Its oontréss de rOrient (*). Tolérées d'abord, sous D. Ma* noel, puis contraintes par ce r«ri à a^éloigner définitivement ou à embrasser le christianisme, beaucoup d'entre elles avaient embrassé en apparence les marques d'un culte qu'elles détestaient et avaient cru pouvoir échapper ainsi à la dure nécessité qui leur éteit imposée. En réalité, nul n'était la dupe de ces prétendues conversions et le nom de ehrisitam navo excitait en général une baine profonde, parce que, sous ce titre, qui ne ie pouvait tromper, le vieux chrétien de race devinait des croyances pour lesquelles il avait conçu une plus vive horreur peut-être, depuis que les persécutions d'un peuple voisin avaient commencé.

Une loi émanée du pouvoirroyal, au mois de décembre 1496, avait bien satisfait en partie à cet esprit de haine , mais elle n'atteignait pas les nouveaux chrétiens, puisqu'elle cbassaitles Juifs irrévo* cablement et qu'elle punissait de mort ceux qui ne quitteraient pas immédiatement le royaume. On alla plus loin, et un zèle fatal ordonna qu'au jour de Pâques de la même année, un baptême général acquit à la religion chrétienne les enfants au-dessous de quatorze ans appartenant à des familles juives ; il exigea 3ue ces infortunés, séparés violemment e la religion de leurs pères , le fussent aussi des embrassements de leur famille, puisqu'une sorte de captivité les soumettait à un enseignement lointain et qu'ils devaient être distribués dans diverses villes du royaume pour être instruits dans la doctrine nouvelle. La plume énergique d'un saint prélat nous a conservé le récit lamentable des événemente qui suivirent cette fatale ordonnance; le noble évêque de Sylves nous a peint avec une douloureuse mdignation le sacrifice que quelques israélites firent alors à leurs croyances. D'eues) Cette admission n*était point gratuite, et Ton peut voir dans le savant mémoire de Joaqaim Jozé Gordo comment fût répartie cette sorte de droit de transit. Voy. Memonajs da Acadetnia real dos icieneia$ e arUs , t. VIU.

MJHYOOAL.

tiw BMM iiMit ailtti oommettt rhy^eriSM naquit da cas aeènas de ? iolancé el «comment ane sécurité déplorable soeeéda à la désolation. Il n'y avait doue plus de Juifs eu apparence, il n*y avait plus que de nouveaux chrétiens (*)à Lisbonne. Un mot, un seul mot, prononcé par Fun de ces malheureux dans la aimplicitéd^un esprit convaincu, allait . prouver que l'édit ae 1496 , qui parlait de mort, n'était pas un édit chimérique. C'était le dimanche de Pâques 1606 3 cette fête solennelle tombait le 19 avril. La cour était à Abrantès, en raison de la peste qui sévissait alors , lorsqu'un de ces vieux chrétiens au'on désignait sous le nom de Lindos s avisa de j*emarquer que la verrine d*un reliquaire où était exposé le saint sacrement , à côté d'un cruciflx, lançait une lumièiQB qu'il jugeait produite par une cause surnaturelle; il ifaiaait cette observation dans l'église des religieux de San-Domingos. Le dévot personnage dont nous venons de parler se prit à crier à plusieurs reprises, Miracfe! mireicle! Par malheur , un nouveau chrétien se trouvait dans l'église , et il s'avisa de dire que cette clarté n'était autre chose que le reflet de la flamme d'un cierge , qui brûlait à quelques pas de là. Cette explication toute simple , et que d'ailleurs chacun pouvait vériGer, n'eut pas été plutôt donnée au vieux chrétien , qu'elle excita un tumulte extraordinaire contre les nouveaux convertis; on ne s'en tint pas aux menaces, le vol à main armée commença et fut suivi du massacre. Il faut dire aussi avec Ruy de Pina , le vieil historien contemporain , que la cupidité des équipages de certains navires étrangers alors mouillés dans le port de Lisbonne ne contribua pas peu a rendre ce tumulte plus terrible. Hollandais , Zélandais, Allemands, Français , tous ces hommes grossiers et avides, unis à la populace de Lisbonne, l'excitèrent au pillage et pillèrent eux-

(*) On peut voir dans le ms. de la Blb. du roi , sotu le n* 1583, Saiot-Germain , les détails %les ûlus curieux touchant cette cruelle période de Phistoire des Juifs. Il y est surtout question de l*cxpuis!on des Israélites hors de TEs- [)agne ^n 1492; mais Tauteur a eu à sa disposi- Jon pour le Portugal des documents fournis par le curé de Paiacios. et, grâce à cet bistorleû contemporain , il confirme certains faits rapportés par Osorio et Damlfto de Goes.

itr

omits penonnea Micê^mbèrent, dit-ôa, dans cette première journée.

Ce n'était néanmoins que le commencement de cette horrible boucherie. Le lendemain, deux moines se mirent à la tété du peuple , et le massacre continua avec une effrayante rapidité. Nouâ nous contenterons de rappeler que plus de deux mille individus suecombèrent durant les iournées épouvaiitables qui succédèrent a la première émeute. Beaucoup de ces malheureux périrent brûlés vifii, comme cela est attesté par des documents officiels : femmes, enfants, vieillards, disent les historiens , nul n'échappait à la fureur populaire. Des fournaises étaient allumées , et on j jetait ceux qu'épar* gnait le fer. Nombre de vieux chrétiens, victimes de lairengeance, trouvaient également la mort dans les rues ou dans leurs habitations. La peste tenait alors le roi éloigné de Lisbonne. U donna de villa d'Avis des ordres répressifs, lorsqu'il fut instruit de l'horrible mouve-' ment qu'avait excité le fanatisme. Le troisième jour dans la soirée , Ayres da Sylva, le regedor, et le gouverneur Alvaro de Castro, entrèrent dans la ville , accompagnés de la force armée.

Mais le fanatisme était las et les étrangers, chargés de butin, s'étaient retirés dans leurs navires. Ce furent le prieur do Crato et le baron d'Alvito qui reçurent plein pouvoir pour châtier les cou^ pables :ils en usèrent avec énergie, et les deux moines^ auteurs principaux de la révolte , furent pendus impitoyablement avec la plupart de ceux qui avaient marqué durant ces journées sanglantes. Les magistrats qui s'étaient montrés indifférents au massacre virent leurs biens confisqués et le corps des vingt-quatre fut aboli. Une ordonnance , émanée de Setubal en date du 19 avril 1506, contlenttoutes ces dispositions. Lisbonne ne put recouvrer son titre de Cité toujours hrale qu'au bout de plusieurs mois.

D.wManoel avait su punir, malgré les pleurs de sa seconde remme peut-être; il fallut l'implorer pour qu'il pardonnât.

Ainsi finit cette épouvantable tragédie.

Elle eut cela de favorable à la cause des malheureux Juifs qu'en l'année 1507 D. Manod fit cesser les ordonnances barbares qui les régissaient et qu'il les

L'UNIVERS

plaça sous Tempire de la juridiction commune; ce fut alors seulement que furent supprimées ces Judearias qui les parquaient à part dans les cités, et ai^ milieu desquelles une femme chrétienne ne pouvait pénétrer sans encourir la peine de mort si elle n*était accompagnée par deux hommes de sa religion, et ar un chrétien seulement si elle était lie ou veuve. Alors aussi cessèrent les humiliante^ ordonnances qui exigeaient que les Juifs et les Juives vinssent recevoir en dansant les rois lorsc[u'ils visitaient les hourgs et les cites de leur roj^aume. C'était dans ces occasions qu'ils exécutaient les fameuses Touriuhas, les brillantes Quinolas dont il est si fréauemment question dans les chroniques, lêtes déplorables où la joie n'était pour rien et qui ne faisaient que constater l'humiliation d'une race malheureuse (*).

ÂLMEIDÂ PBEMIER VICE-ROI DES IN- DES. — EXPÉDITION DIRIGÉE CONTRE SOCOTORil. — TRISTÀM DA CUNHÀ, ET ÀFFONSO D' ALBUQUERQUE DESTRUC- TION DE LA FLOTTE MUSULMANE DE- VANT ORMUZ. ^LE ROI RECONNAIT LA SUZERAINETÉ DU PORTUGAL. — Dès

l'année 1504, D. Manoel avait compris la nécessité de régulariser l'administration des Indes, et d'établir un gouverneur dans ces régions lointaines ; en homme habile il avait su nommer Tristam da Ounlia pour occuper ce poste important ; mais à la suite d'une maladie funeste , Tristam da Cunha était devenu momentanément aveugle, et il avait fallu faire un nouveau choix.

A défaut de Tristam da Cunha, le jeune souverain fixa le sien sur D. Francisco d'Almeida, qui, appartenant à l'une des plus nobles familles du royaume, fut revêtu du titre de vice-roi des Indes. Il partit en 1505 avec son fils; et si l'on a à lui reprocher quelques erreurs, il ouvre trop dignement cette série de grands hommes auxquels le sort des Indes portugaises fut confié durant un demisiècle , pour ne pas lui rendre plus tard la justice éclatante qui lui est due.

D. Manoel n'était pas précisément un homme d'exécution , mais il avait la sagacité qui démêle en politique le point

(*) Vov. Damifto de Goes et deux articles remarqaaDles du Panorama, 1. 1 et II.

important à atteindre i et la persérérance qui finit par faire triompher. 11 avait deviné dès l'origine que^ si des richesses immenses pouvaient lui arriver des Indes, il fallait en détourner les sources et arracher aux musulmans le commercequ'ils faisaient a veeCalicut dès les premières années de son règne. Il savait, assez vaguemeni; sans doute , mais enfin il savait que ses véritables ennemis étaient ces Arabes du golfe Persique,

3ui dès l'origine avaient excité la haine u Samori. Ses antipathies religieuses étaient d'accord avec ses intérêts politiques : une expédition vers ces régions fut décidée; mais hâtons-nous de le dire, la lecture des commentaires du second vice-roi des Indes fait assez comprendre quelle latitude devait être laissée aux hommes qui se trouvaient chargés de cette vaste entreprise; il y a mieux , l'expédition contre les musulmans de ces contrées n'était nue subsidiaire , c'était toujours vers les Indes qu'on envoyait l'expédition.

£n 1506 , quatorze vaisseaux mirent à la voile ; ils étaient commandés par ce digne Tristam da Cunha, auquel une main habile avait rendu la vue, et par Affonso d'Albuquerque, dont Emmanuel avait si bien compris la haute valeur,

3u'il emportait , sans le savoir, le titre e vice roi des Indes. Les provisions qui lui conféraient ce titre étaient secrètes , elles ne devaient être ouvertes qu'au bout de trois ans, à l'époque où D. Francisco d'Almeida ayant accompli sa mission , reviendrait en Europe pour jouir de la gloire qu'il se serait acquise (*). Plu-

(*) Au moment où Albuguer que prend une part plus active aux événements qu'il va bientôt dominer, quelques mots de biographie sont, indispensables , nous les emprunterons aux Com' mentaires. Né, en 1453, à rilla de Mhandra , lieu charmant situé à environ six lieues de Lisbonne, ce grand homme appartenait à l'une des meilleures familles du royaume. Son père, Gonçalo de Albuquerque, était seigneur de Villaverde ; sa mère, dona Leonor de Menezez, était lille du comte d'Atouguia. L'éducation du jeune Affonso s'était faite dans lo propre palais d'Alphonse V. Dès 1484 on le voit partir à la saite d'une expédiUon qui va au secours d'Otraote , assiégé par les Turcs: en 1489 il se rend en Afrique pour défendre ta forteresse da Graciosa, située près de Larache ; partout il obtient des succès éclatants. Jean II, qui se connaissait eu hommes , l'avait distingué et l'avait nommé son estribeiro-mor ou son grand écuyer. Francisco d'Albuquerque, qui occupe aussi une place dans

sieim eapitakies (Tune valear éprouvée et d'an inérite reconau faisaient partie de rexpéditioD, et marebaient sous les deux hommes éminents que nous venons de nommer ; ils faisaient concevoir les plus hautes espérances sur son résultat. Il y a un singulier intérêt à lire dans les commentaires que nous a laissés Albuquerque Titinéraire de cette flotte guerrière , sa relâche à la côte d' Afric[ue, son départ de Bezeguiche , son arrivée à Mozambique, les périls qu'elle surmonte. On ressent une curiosité encore plus vive en la suivant dans sa découverte de nie de Madagascar, vue d'a« bord par Soares, à laquelle les Portugais donnent le nom de San-Lourenço (*).

Mais si nous avons signalé fréquemment avec de minutieux détails les lieux visités pour la première fois par les Portugais , il ne nous est plus permis désormais de nous livrer aussi souvent à ces investigations curieuses ; chaque mot doit dire une action , chaque ligne doit rappeler une conquête, et nous presserons notre récit pour arriver aux faits décisifs. On saura donc, en peu de mots,

Î[u'après avoir fondé avec Albuquerque a forteresse de Coco dans Tîle de Socotora y Tristam da Cunha partit pour les Indes orientales, laissant son compagnon avec six navires pour parcourir la cote, et livrant désormais la conquête à ses heureuses inspirations, tandis que Francisco de Almeida fondait la viceroyauté des Indes, en multipliant ses exploits.

C'est en effet à partir de cette époque que se montre dans Albuquerque l'homme essentiellement pratique , l'homme de génie , grandissant avec les difficultés. Immédiatement après le départ du capitam-mor, Albuquerque réu-

rhistoire de la ooaqaëte, était coasia serinaio d'Affonso. Le livre si peu consulté et si digne de félre, qui porte le titre de Comentarios do grande Affonso d*Jlboquerque doit nécessairement servir de guide , lorsqu'il s'agit de la courte période durant laquelle s'affermit la domina- Uon portugaise. Ce précieux ouvrage n'est pas précisément Tceavre du grand capitaine, mais U a été rédigé par son fils sur les documents originaux qu'Albuquerque expédiait au roi Emmanuel durant son administration. La meilleure édition e^t celle de Lisbonne, 1774, 4 vol. iû-8; esp.

(*) Ce fut aussi durant cette campagne gue l'on découvrit rîle qui porte encore le nom de Tristam daCoatuu

nit ses compagnons en conseil; il fut décidé qu*on se dirigerait vers le détroit d*Ormuz , et qu'après s*étre emparé de la ville de Mascate , on croiserait quelques jours dons ces parages. C'était là, selon toute probabilité , le programme émané du conseil royal ; il s'agissait d'inquiéter les navires qui sortaient dans cette saison de Barbora et du port de Zeila pour Diu , Cambaya , et bien d'autres villes de la côte de Malabar , qu'il est inutile de nommer ici.

Albuquerque s'éloigna de Socotora plein de ce grand dessein , le 10 aoât 1507 , et il laissa dans la forteresse nouvellement édifiée D. A ffonso de Noronha, son neveu, qui avait déjà donné des preuves éclatantes de valeur. Mais soit rivalité mal entendue se manifestant chez Tristam da Cunha, soit par des circonstances inhérentes à sa position dans ces régions peu explorées , le grand homme qui s'en allait à la conquête d'une des plus riches cités du monde , manquait presque absolument des approvisionnements les plus simples. Malgré cet obstacle à un long voyage, malgré les incertitudes des pilotes, qui connaissaient mal leur route , au bout de quelques jours d'une navigation passablement aventureuse , il mouillait avec sa flotte devant Calavate, sans savoir même d'une manière précise quel était le point de la côte où il venait de s*arréter. Calayate, ville à demi ruinée , mais possédant un fort excellent, tomba immédiatement au pouvoir du Portugal : là Affonso d' Albuquerque renouvela ses approvisionnements et, le 22 août, ilpartait en quête d'une proie nouvelle.

Dès ce moment, et à l'insu de ses capitaines , Albuquerque avait arrêté ses projets. Après Curiate et Mascate , qu'il voulait soumettre, nulle cité de la côte n'était assez puissante pour l'arrêter.

C'était beaucoup sans doute que d'avoir ainsi établi les bases de ce vaste dessein qui se réalisa plus tard; le capitaine général comprenait néanmoins parfaitement qa'il n'avait pas seulement à combattre des ennemis , mais qu'il lui fallait lutter avec une énergie persévérante contre ceux gui l'environnaient.

Aux hommes d'action qui l'accompagnaient , il déguisait ses plans et il promettait rinde pour des temps plus heu-

wmnM.

reax; tm pUoM arabM, ^nfc 11 m voyait eontraint d'utiliser les lumières « il faisait comprendre qu'une trahison était impossible, et quil fallait néces* sairement le guider vers les points de la côte désignés par lui. Il avait en effet' une sorte de talisman qui lui ouvrait les ports de ces parages» il possédait la fameuse carte marine d'Omar; et ce portulan , sur leouel les noms étaient inscrits avec quelque exactitude , mar^ quait le nombre de ses conquêtes à venir.

£n vain les pilotes musulmans auraient voulu lui déguiser la position géographique des lieux; Omar signalait Curiate, et bientôt Guriate éuit enlevée les armes à la main , quoi que ee fût une cité renfermant près de six mille hommes; le géographe arabe indiquait Mas* cate, et quatre jours après » la flotte mouillait devant la seconde place du royaume d'Ormuz, qu'on sommait de reconnaître la souveraineté du roi D.

Manoel.

Dire comment après des conventions, en apparence assez pacifiques et consenties d'ailleurs par les musulmans , Mascate tut saccagée et détruite; peindre Teffroyable carnage (|ui fut fait de ses habitants, rhorrible incendie qui la détruisit presque entièrement ; raconter, en un mot, tant de violences souvent excusées par la trahison > serait à la fois un drame terrible et compliqué dont nous ne pouvons indiquer, ici tous les ressorts. Albuquerque, grandi à ses proprès yeux , cherchait d'ailleurs un autre dénoument et basait déjà ses espérances sur les plus vastes intérêts.

C'était à coup sûr un fait d'armes d'une incroyable audace que la prise de cette ville : le chef delà flotte lui seul n'en était point surpris; les capitaines des autres navires se réjouissaient d'avoir pris part à une telle action militaire ; mais , selon eux, c'était assez pour la gloire, et le plus hardi de tous, Joâo da Nova, l'habile marin qui commandait Fhr de la mar, se sentant effrayé des projets qu'on ne lui avait point révélés, mais qu'il devinait, refusait sa coopération au Teste de la campagne. Par l'ascendant que lui donnait sa haute intelligence, Albuquerque le ramena , et lui fit sentir la nécessité de différer son voyage vers lai mtn dm l'Inde. Les autres capitaines

adhérèrent à ia démiMi. Da IJawif Albuquerque se rendit à Sôar; il établit dans ce lieu des relations pacifiques, et ce fut seulement lorsque la bannàre por^ tugaise put flotter sur la forteresse de la ville qu*il poursuivit son voyage.

Une chose que l'on semble généralement ignorer et qui ressort de Si lecture attentive des Commentaires, ce sont les hautes connaissances pratiques en navigation que possédait Alphonse d* Albuquerque. Préoccupé du mauvais vouloir de ses pilotes musufmans ou même de leur ignorance, mais muni de son portulan arabe, il suivait avec une im* perturbable attention les progrès du voyage sur ces côtes inconnues. En partant donc de Soar il se dirigea aur Orfacate (*) ; mais dans ee lieu la résistance futsérieuse, et, gràceà l'intrépiditéd' An<* touio de Noronha, qui commandait quatre-vingts hommes , une position impor* tante tut enlevée. Parvenu là, le capitaine général commença à yeeevoircies renseignements plus positifs sur eette cité d'Ormuz qu'il cherchait.

Ce fut d'Orfaeate qu' Albuquerque s'embarqua pour cette grande cité, dont il ne reste plus rien pour ainsi dire(**), et dont tout le monde lui parlait avec enthousiasme {***), Muni d'un nouveau pilote qu'il avait pris à cette dernière station, le capitame général donna te signal du départ et au bout de deux jours, après avoir doublé le cap de Mocendon, il arriva devant trois Iles.

(*) Albuqaerqae rencontra dans eettc dernière ville an vieillard qai, effrayé de la rapidiCé de sa conquête , le compara à Alexandre , et promit aux Portugais des conquêtes aussi brillantes oue eellei du Macédonien. ■ Albuquerque, étonné de oe que ce Maure disait avoir lu ia vie d'Alexandre , lui demanda où il en avait pris connaissance , parce que Itti-même était instruit de ce qu*avait fait le conquérant et fort affectionné à ses acUons. Le Maure tira un livre de son sein ; il était écrit en parai et relié en velours cramoisi» à leur mode; il le lui donna , et Albuquerque en fit plus d'estime que de tout ce qu'on aurait pu lui offrir. Il (inl en même temps ce présent à heureux augure touchant la détermination quMI avait prise de faire la conquête d'Ormuz. » Nous livrons ce fait peu connu aux érudits. Voy. Comme titarios, parte 1*, cap. xxvii, paf;.I34 de l'édit. de 1774. Albuquerque lit de beaux présents au vieux Parse oui lui avait offert ce précieux cadeau.

(**) voy. le livre si substantiel et si exact d^ M. Fontanier.

(***}Si le monde était un œuf, disaient proverbialement les Arabes, Ormuz en serait le moyeu*

VOUTOGÀL.

EilttéfaiMit veliéet «d fuISLe fmf Im brames du mâtin, et V<m ne pot f»coonattre d'abord Ormas; mais le soleil se lam, et après avoir doublé une pointe, la dté orientale parut dans toute sa spleodeiur.

A la vue de ces minarets sans nombre qui s'élevaient au-dessus de maisons opulentes, de cette population animée qu'on voyait surgir de toutes parts , de eette cavalerie qui parcourait le rivage, des soixante navires enfin qai se iialanfaient devant le port, et mieux encore que tout oela, en présence d'une artillerie dont on ne soupçonnait pas l'existence, il y eut parmi les Portugais un murmure de surprise.

Albuquerque seul ne se montra pas étonné, il avait appris par le [>ilote d'Orfacate que depuis plusieurs jours les chefs qui commandaient à Ormuz étaient prévenus de son arrivée, et qu'ils avaient réuni des forces imposantes.

Néanmoins il avait gardé son secret , et par ses ordres le pilote n'avait rien révélé aux autres capitaines. La soumission d'Ormuz dépendait de ce silence; la crainte d'un châtiment terrible retint sans doute les musulmans. L'impression que produisit l'aspect imposant de cette cité orientale sur les commandants de la flotte le prouve suffisamment; jamais de leur plein gré ils ne se fussent enhardis à venir fondre sur cette cité, ils adressèrent même de prudentes remontrances au capitaine général. Albuquerque leur répondit qu'il confessait que « c'était une fort grande affaire^ mais qu'il était trop tard pour reculer^ et qu'il avait plun besoin de extermination que d'un bon conseil. »

Maintenant et avant que d'assister au dénoûment du drame, il nous faut faire quelques pas en arrière et jeter un coup d'oeil rapide sur la position d'Ormuz et sur les événements politiques qui s'y étaient passés. Une notice portugaise fort bien faite nous en fournira les éléments.

« La cité d'Ormuz, selon Barros , est située dans une petite tle à laquelle on donne le nom deGerum (Pjéroun)etqui glt presque à l'embouchure du détroit de là mer Persique ; elle est si près des eétes delà Perse, qu'on ne compte

pas plus de tMts lieoei (pettugafMs) é*nûê terre à l'autre ; il y a également dix te§oa$ à traverser pour parvenir en Arabie. Les géographes modernes placent cette ville à quatre lieues de la côte de Kerman , et a vinst-einq du cap Mocendon. Ormuz est bâtie sur un monceau de roches qu'on a crus volcaniques, et qui peuvent avoir la circonférence de huit à neuf lieues, bien que Barros ne leur en accorde que trois et Godlnho quatre. G*est un heu absolument stérile , et le sol sur lequel la ville s'élève est un composé de soufre et de set (*). Cette stérilité que rien n'a modifiée était si complète au seizième siècle qu'on n'y voyait pas même croître spontanément un seul brin d'herbe. Aujourd'hui Ormuz ou mieux Hormouz est presque inhabitée; mais alors la population était florissante et considérable. Lorsque les Portugais^ parvinrent pour la première fois, cette vil te était la capitale d'un royaume qui portait le même nom qu'elle; il s'étendait sur la côte d'Arabie du cap Roçalgate au cap Mocendon, et présentait une étendue de côtes de quatrevingts lieues. £n dépit de l'aridité de son territoire, Ormuz offrait un grand nombre d'édifices imposants, parce que c'était l'échelle d'une grande partie du commerce de l'Orient. Tous ses approvisionnements, j usqu'aux fruits et aux légumes les plus ordmaires, lui venaient delà Perse; l'eau nécessaire à la boisson des habitants provenait de la petite île de Qimxàme {Kischmisch), et ce fut par la suite une circonstance que le conquérant sut mettre à profit. Un excellent voyageur du seizième siècle , qu'on met trop rarement à profit, Godinho dit que la plus grande partie du combustible que l'on consommait de son temps à Ormuz, était fournie par un fossile désigné sous le nom de horra, qui se trouvait sous les eaux, et qu'en jetant à la mer cette espèce de charbon , il allait immédiatement au fond, comme une pierre. A la flamme il brûlait aussi bien que de l'olivier : c'est cette circonstance et la présence du sel minéral, si abondant vers ces parages, qui faisaient dire pro-

(♦) M. Fontanier a prouvé récemment que le grand historien portugais ou ceux qui l'ont suivi avaient une opinion erronée sur le caractère géologique du terrain d^Ormuz.

L'UNIVEES.

verbialement aux Persans, qu*Ormuz

était un pays où Ton allait cherdier le bois dans la mer, et le sel daos Tintérieur du sol.

« Le premier souverain d'Ormuz dont rtiistoire fasse mention, est désigné sous le nom de Malek-Caez. littéralement le seigneur de Caez. 11 nabitait en effet rtle de ce nom , et dominait toutes les iies du détroit. Godrum Shah, prince du Magostan , lui avait acheté Ormuz vers Tannée 1273, et en la peuplant Tavait singulièrement améliorée. Il y établit sa résidence après avoir détruit le royaume de Caez; et il commença à y attirer tout le commerce du détroit. Les descendants de ce prince y régnèrent paisiblement jusqu'au commencement du seizième siècle, époque à laquelle Albuquerque commença les conquêtes que nous essayons de retracer.

« L*avant-dernier roi de cette île, Sarffol, étant mort, Ceifadim (Seif-ed-din,) Sis de Shah Vaez, qu'il avait détrôné, lui succéda : c'était son propre neveu. Le roi d'Ormuz n'était pas encore sorti de Tadolescence ; aussi un personnage célèbre, dont il sera fréquemment question, Goge-Atar {Kkodja'Atar), gouvernait-il au nom du jeune prince. Cet homme à l'esprit souple, toujoursprét à éluder une lutte décisive, avait été jadis le favori de Shah Vaez et son partisan fidèle. Il continuait donc à jouir sous le fils du crédit qu'il avait obtenu sous le père. Seulement, son ascendant s'était augmenté de toute la puissance que lui donnaientune habileté croissante etl'âge du jeune souverain (*). »

Ainsi que nous l'avons déjà dit , cet homme habile avait été averti de l'arrivée prochaine des Portugais; nonseulement il avait demandé des secours aux scheiks de l'intérieur, mais il avait réuni des forces considérables dans

C) Dans son amusante Miscellanée poétique, Garcia de Resende signale l'usage tout oriental où étaient les gouverneurs d*Ormuz de faire crever les yeux & leurs compétiteurs , aux souverains de nom , pour peu que ceuxci lissent mine de vouloir saisir le pouvoir.

0$ reU d'Ormus ndn mandavdo

Mcu os séus governadores.

Se alguma cousçi /alavam,

Logo Ihe olhos quebravam.

Par serem sempre senores.

Il prétend môme qu*à la deuxième expédition, quinze de ces princes aveugles furent conduits par les Portugais à Goa.

Ormuz. Outre les soixante navires mouillés dans le port, il pouvait mettre en mouvement deux cents bâtiments à rame et une multitude d'embarcations dés^nées sous le nom de terradas , de la dimension de nos yachts modernes, ou, si on l'aime mieux, de la grandeur de ces embarcations qui font le service du Tage. Nous avons dit qu'une artillerèe considérable i^endait cet armement maritime plus imposant qu' Albuquerque ne l'avait d'^abord supposé.

Mais , outre les hommes de mer embarqués à bord de la flotte arabe, on ne comptait pas moins de quinze à vingt mille hommes destinés à défendre la ville. A peine Albuquerque avait-îl mouillé dans le port avec ses six navires qu'il n'hésita cependant pas à entamer des négociations. La bonne intelligence ne régnait ni parmi les chefs, ni parmi les troupes ; il parla hardiment, et ne cacha aucune de ses prétentions.

Ormuz devait accepter la protection suzeraine du roi de Portugal , o^u bien Ormuz , malgré sa flotte et ses armements formidables , allait avoir le sort de Mascate. Coge-Atar ne repoussa pas précisément les pro4)ositioDS d'Aïbuquerque, mais il tâcha de gagner du temps. Quelquesjoursdeplus,etTa plage se couvrait d'une armée nombreuse; c'est ce que comprit à merveille le capitaine général et ce que son génie hardi sut empêcher. Voyant que la négociation entamée ne se concluait pas, le quatrième jour il osa attaquer cette flotte formidable avec ses six uavires , parmi lesquels, il est vrai, le vaisseau désigné sous le nom de Fhr de la mat devait jouer un rôle d'autant plus redoutable, qu'il passait à juste raison pour un des plus magnifiques bâtiments qu'on eût construits jusqu'alors dans la Péninsule. C'est dans les Commentaires qu'il faut lire la peinture énergic[ue de ce combat prodigieux, si fertile eu épisodes dramatiques , et qu'a fort bien raconté M. Dubeux; c'est là seulement qu'on peut deviner tout ce qu'il 'faillit de sang-froid au général portugais pour persévérer dans son dessein.

Comme on le suppose aisément , le résultat fut longtemps balancé ; enfin, Tavantage resta aux Européens. Lorsque les Maures (c'est le nom qu'Albuquer-

na

que donne ifidistinetement à tous tes musulmans) eurent deviné que la chance tournait contre eux , ils commencèrent à fdir, et on les vit se jeter dans la mer, espérant sans doute gagner le rivage avec plus de facilité. Ce fiit alors que le carnage devint épouvantable; les Portugais s'étaient élancés dans leurs chaloupes , ils les poursuivirent et les tuèrent à coups d épée sans qu'ils pussent . faire la moindre résistance.

Une fois la flotte mise en déroute, Albuquerque se jeta dans un canot, et à la tête des siens il ne craignit pas d*alier bombarder un vaste débarcadère, construit en bois dans la mer et muni d'une artillerie formidable. En même temps que le canon tonnait contre les frêles embarcations qui continuaient Fattaque, d'habiles archers défendaient cette position importante, et ce fut là qu'une flèche vint atteindre le capitaine général au visage. Nombre de Portugais forent blessés avec lui ; cela ne les empêcha pas de s'élancer sur le rivage et d'aller détruire les faubourgs d'Ormuz.

Dès ce moment, la résistance commença à être faible, elle fut nulle sur quelques points , et l'incendie vint mêler ses horreurs à celles du combat. Voyant que la ruine de la cité était imminente , les musulmans arborèrent une bannière blanche, et dépêchèrent quelques parlementahresà Albuquerque. Ces messagers venaient offrir au nom du roi Ceifadim la soumission d'Ormuz, c'est-à-dire qu'en conservant la couronne et en payant un tribut, le prince musulman reconnaissait la suzeraineté du Portugal.

Après de nombreux pourparlers la paix fut conclue, et Ceitadim s'engagea à payer annuellement à D. Manuel une somme de 15,000 xarafins, qu'on peut évaluer à 12,000 cruzades. Les clauses de ce traité, qui nous ont été conservées par le vainqueur, furent gravées en persan sur deux lames d'or gardant la forme d'un livre. On eût dit que, même en- cette occasion, rien ne devait être assez splendide pour Ormuz, et que le traité qui Tasservissait allait encore attester sa magnificence (*).

{*) Les Commentaires nous apprennent crue cette pièce diplomatique, si tïuriense à plus d un titre, fat longtemps gardée à la Torre do Tombo.

Après la ratification de ces conventions importantes , et toujours en dépit des officiers qui commandaient sous ses ordres , Albuquerque commença à mettre en i)ratique ce système de fortifications militaires qui partout devait assurer ses conquêtes. Ormuz était soumise, il fallait un fort pour protéger les Portugais : celui que bâtit le capitaine général en 1.508, s*éleva non loin de la cité, à la pointe de Morona , en dépit des murmures de tous les chefs, sur lesquels le grand homme eût dû compter. Malgré les entraves qu'un ennemi rusé ap-

fmrtait à l'exécution des conventions , es travaux furent conduits avec une telle rapidité, que la forteresse put être mise immédiatement en état de défense. Dans la pensée prévoyante d'Albuquerque, ce fort, auquel ses compatriotes travaillaient avec tant de répugnance, devenait la clef de tout le commerce de l'Orient (*).

Les dissensions qui avaient éclaté au milieu de l'escadre portugaise arrêtèrent dans ses résultats une puissante combinaison; cinq transfuges, passés au service des musulmans, avaient instruit Coge-Atar de la position du chef et de la disposition des esprits ; il n'en fallut pas davantage au rusé ministre pour rompre les conventions établies si récemment. En dépit des assurances de bonne amitié que le ieune roi donnait à Albuquerque ( il l'appelait quelquefois son père), de sourdes hostilités recommencèrent. Vainement le grand capitaine réclama-t-il énergiquement les transfuges, on les lui refusa avec d'autant plus d'opiniâtreté, qu'on n'ignorait pas hors d'Ormuz que le concours des autres officiers lui serait refusé s'il voulait en venir à une attaque générale. Albuquerque eut beau déployer, dans ces circonstances difficiles ^^ une habileté et une force de caractère égales à tout ce qu'il fit de plus grand dans la suite, Joâo de Nova et les capitaines de deux autres navires l'ayant abandonné au mépris de toutes les lois de l'honneur et de la discipline militaire, pour se rendre aux Indes, il se vit forcé de quitter le port d'Ormuz, sans garder

{*) On peut encore -en voir le plan exact daos le Tratado dos. vizo-reys da India, que Barreto dé Resende nous a laissa

LUÏflVERS.

même la fortevesM on'îl avait eanstruite avec tant d^efforts. Les braves laissés par lui à Soco^ora réclamaient d'ailleurs ses secours; il s'y rendit, et, après y avoir séjourné quelque temps, il en partit pour revenir devant Ormuz, où désormais ses forces navales ne lui laissaient qu'un rôle d'observation à remplir. D'autres intérêts l'appelant à Goa, il partit bientôt et il arriva dans cette ville à la fin de Tannée 1608. Toutefois son regard exercé avait mesuré la plage d'Ormuz, et il avait désigné d'avance la place où viendraient b^g* cumuler pour Lisbonne toutes les richesses des contrées orientales {*).

Mais les efforts d'un autre capitaine réclament notre attention, et avant de suivre Albuquerque dans sa glorieuse carrière, nous allons jeter un coup d'œil sur les efforts gue fit le premier vice-roi des Indes pour soumettre au Portugal une autre partie de l'Orient.

D. FBANCISGO DB ALMSIDÀ, SES yiGTOIRBS, SON ADMINISTBATION.

— Gomme on l'a déjà vu plus bas, Francisco d'Almeida était parti de Lisbonne en 1505 avec le titre de vice-roi des Indes. Dès son arrivée à Gochin , où se trouvait établie la factorerie portugaise, il avait commencé à faire de nombreuses courses en mer, et son svstème semblait être opposé à celui (V Albuquerque, en ce sens qu'il supposait les croisières plus eflicaees pour la prospérité du commerce que ne le pouvaient devenir des colonies partielles, qu'on devait être, selon lui, dans la nécessité d'abandonner. Il y aurait de l'injustice à dire néanmoins, comme on Fa fait, que Francisco d'Almeida n'opérait aucune descente et qu'il n'attaquait point les

{places d'un difficile abord. Esprit eheva** eresque, ainsi que l'avoue lui-même

(*) Jamais, il faut le répéter, Albuqaerqae ne mérita mieux le nom de grand capitaine que durant cette première campagne. Il -n'avait pas encore de nom , .««es sabordoaaéB se posaient devant lui en rivaux dédaigneux ; néanmoins par Tascendant de son génie, par l*énergle de son action , il parvint a les ramener, tant que le désir d'aller vers les riebes contrées de IMnde ne leur 6ta pas tout sentiment du devoir. On le voit même pousser la force de caractère jusqu'à la témérité, témoin ce jour oCi H va arrêter dans son propre navire Jo&oda Nova, BOUT lui faire grAee ensuite. Les Bmites de none cadre nous ont empècM d'empnmter eette biUe page «u GenoMatalret. .

son rivaUîl fit la guerre peur la guem, et non dans des vues sérieuses d'avenir. C'était peut-être un tel homme qu'il fallait au début des conquêtes, pour ' frapper de terreur, noD-seulement les musulmans qui habitaient les Iles de l'Afrique où l'on avait relâché tant de fois , mais encore les Indiens belliqueux de la côte du Malabar (*). En effet, on le voit sur sa route porter successivement le carnage et Tincendie dans Quîloa, Monbaça, Panane et Dabul; il éleva même des forteresses à Sofala et à Granganor; mais, je le répète, son système était, en général, qu'il fallait éviter d'appauvrir le royaume par rétablissement de colonies coûteuses , fondées en pays d'infidèles.

Après avoir remporté, plusieurs victoires éclatantes, Almeida se rendit' à Cochin , et ce fut là seulement quMI prit le titrede vice-roi. Il avaitapporté, dit-on, une couronne d'or, qu'il voulait poser lui-même sur la tête du plus fidèle allié des Portugais, mais le vieux râdjâ, las de combattre , se retira dans la solitude parmi les Bramatchari , qui lui offrirent sans doute un asile , et ce fut son neveu qui reçut le don magnifique qu'Emmanuel lui destinait.

Dès l'origine, le Soudan d'Egypte s'était vivement ému à la nouvelle des succès inattendus d'une poignée d'Européens dans l'asie méridionale ?(**). Son inquiétude s'accrut bien davantage lorsque les nombreuses victoires d'Almeida eurent retenti par tout TOrient, et il ne tarda pas à armer une puissante expédition, pour aller détruire, dans les mers

(*) Maeedo lut donne le titre de Machabée Portugais.

{**) Avant le départ d'Aimeida, le Soudan avait fait déjà de sérieuses tentaUves par la voie diplomatique pour détourner les Portugais de leur projet de conquête, il avait même menacé la chrétienté de détruire le saint sépulcre, de ruiner les lieux saints > d*exterminer les adorateurs du Christ qui se trouvaient dans ses États. Dossieux rappelle que ce prince habile s'adressa au pape Alexandre VI , en le traitant de Roi de tous les Rois Nazaréens. Cette flatterie orientale ne lui réussit poirit , et, dédaignant même les supplications des moines alarmés da mont Liban , Borgla écrivit à Emmanuel pour Fencourager dans-son dessein. Voy. Histoire de la découverte et de la conquête des Indes par les Portngais, I vol. fai-i3. Ce précis, d^ailleurs assez Men «i^t, n'a d'autre tort éptt d» <én tenir presque «atetasivcnsot à Faria y Sooii^ toutes les fois qu'U invoque une autorité.

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de riiid«, oeiix qui lui ravîtsaient le commeroe de ees contrées. Précisémeat donc au moment où les chrétiens étaient devant Ormnz, le Soudan confiait douze navires de haut bord à Mir- Hossein, undesesgénéraox, pour se rendre sur la côte de Malabar; mais Almeida n'était plus dans la ville qu'il avait choisie pour le siège de son gou veroemeut aux Indes , c'était D. Lourenço d'Almeida qui commandait dans Co- Gfain et qui veillait à la sûreté de Cana- Dor. Malgré l'infériorité de ses forces, emporté d'ailleurs par le désir de réparer un échec que lui avait reproché son père, il ne craignit pas d*aller offrir le combat à Mir-Hossein. L'avantage resta aux bommesdéterminés du Soudan . Les Roth m€8 (Roumin) , comme on appelait sur la edte de Malabar ces janissaires qu'envoyaient les dominateurs de Byzance sur tous les points de l'Orient , les Roumes furent vainqueurs, et don Lourenço iperdit la vie. Deux fidalgos, qui avaient échappé au carnage, se rendirent en toute hâte à Cochin, où le vice-roi était de retour : Almeida reçut, dit-on, la nouvelle fatale d'un visage impassible, et il ne pleura pas celui «ju'il voulait venger. C'est à tort qu'un écrivain motlerne a parlé des démonstrations de désespoir que laissa voir le vice-roi dans cette drconstaace ; il fut énergique jusque dans la douleur. La défaite de don Lourenço prouvait aux Hindous que les Portugais n'étaient pas invincibles. Les conséquences terribles de cet engagement téméraire se mêlaient dans l'esprit du héros aux regrets cuisants qu'il devait ressentir : il fallait avant tout réparer l'échec subi par une valeur imprudente (*). Il montra dans

(*) Un éerivaio porto^ais, taiTant en «la tef récits traïUtioQods , dit qae sans périphrase les coaps doooés par Lourenço d* Al meida durant une bataille pouvaient être comparés à l'actioo de la foudre. L*bistoire rapporte que devant Panmne , un musuimau d'une vigueur prodigieuse l'avait attaqué. Le Jeune béros lui Chargea un tel coup de cimeterre sur la tête qu'il ta loi fendit jusqu'à la poitrine. Durant le déplocabie combat où il trouva la mort > qaoiaue déjà mutilé par deux boulets, il se fit attacher au grand mât de son navire , et là mtoe, ne sachant pas se rendre { pour nous Mrvir des propres expressions du poète), il ex • cita les slâis à la vengeance et combattit encore. Toy. 7. B, de Castro, l^appa de FortugeU; do valor miliUar, t H , p. «32.

toute sa grandeur ee qu'il était, un no*' ble élève du roi Joam IL

EXPÉDITION d'ALHBIDA GOKTEB LBS FLOTTBS GOMBIirBBS DU S0UD4H D'BGTPTB BT du BOI DB GA.1IBAYÂ.

— Les Gomroentairesd'Albuquerque, qyi rendent justioe au premier vice-roi des Indes , mais ^ui ne racontent pas ses exploits , se taisent sur cette Mpedition mémorable. C'est dans Barros et dans Castanheda, c'est dans Osorio surtout qu'il faut la lire; et, pour la mieux faire comprendre dans son ensemble, nous ^ demanderons au dernier de ces historiens son style et sa couleur. Après avoir dit avec sa gravité ordinaire comment^ Almeida prit l'opulente Daboul et comment il la saccagea , après avoir raconté avec une impartialité remarquable pour ces temps de fanatisme les étranges croau* tés qui furent commises par les Portu* gais sur cette ville malheureuse , après s'être efforcé de faire saisir à son lecteur la politique des chefs ennemis et la cauteleuse douceur de Melek-Jaa, prince du Guzarate, qui se prétendait contraint à servir le Soudan, Tévéque de Sylves fait traverser à son héros une ville inconnue du royaume de Cambaya, où des tombas antiques lui rappellent un mythe imposant de la Grèce; puis il dit enfin le fameux combat. Ici il faut emprunter au vieux Goulard sa fidèle traduction. « Aimeideau partir de ces sépulchres commanda que Ton priât la route de Diu, où étoit Mir-bocem, délibéré de faire prendre le large à sa flotte, et combattre Alméide en pleine mer ; suivant quoy et contre l'avis de Melichlaz, il fit quitter à tous ses capitaines les ports et détroits où ils s'estoieiit retirez. £n son armée navale , il y avoit trois ffrandes navires couvertes , trois autres Déçues et armées d'éperons , six galères , quatre navires de Cambave et les ro»

berges ou longues navires de Melichiaz» dont a esté parlé au-dessus, et grand nombre de brigantins de Calicnt : brief ii y avoit plus de cent vaisseaux en cette flotte. Les soldats de Mirhocem , bien armez et résolus au combat, s'asseuroient déjà de la victoire : ceux des nations estranges joints avec eux estoient en eeste mesme pensée. L'espoir et le dépit tes iovitotent fort de eoBserv* leur liberté et extermîaer les f oitufp-

L'UNIVERS

lois leurs ennemis mortels. Or le pis fust , qu'en ceste mesrae flotte , il y avoit des cîirestieDS désireux de venir aux mains contre les Portugallois.... les uns estoient Vénitiens, les autres Slavons,

Î|ui conduisoient les galères. Au reste es deux généraux n'oublièrent pas à bien encourager leurs gens. Mir-hocem remontroit aux siens leurs braves exploits , Testendue de leur domination , la liberté de tous les mahumétistes,.qu'en l'issue de ceste journée consistoit rempfre de l'Inde , la sauveté et liberté de tous les peuples associés aux Indiens, et la gloire perpétuelle de ceux qui tirent devoir de bien combattre. Quant à Alméïde, il proposoitaux siens le nom de Jésus-Christ, la sainteté de la religion chrestienne, les vilenies de la secte de Mahumet.... qu'ils considérassent qu'en perdant la victoire , ils estoient enclos d'un million d'ennemis , qui ne demandoient pas autre chose ^u'à exécuter toutes sortes de cruautés contre les ehrestiens , le nom desquels ils effaceroient entièrement de tous ces pajs-Ià

s'ils a voient le dessus en ceste bataille,

il leur ramentevoit aussi la mort de Laurent d'Almeïde, son iilsbien aimé, ee qui eschaufoit merveilleusement tous ceux qui avoient cognu ce personnage à venger sa mort. ... Ses harangues Onies il fait déployer les voiles. Mais d'autant que le vent baissoit et que les ennemis s'estoient arrêtés, lui aussi demeura coy, jusqu'à ce qu'il sentit lèvent se renforcer au retour delà marée. Or pour ce que le vent commença à souffler plus fort et plus totau'on n'àvoit ouidé, Aimeïde fit hausser les voiles du trinquet et, ayant donné le signal, là toute sa flotte approcha des ennemis tellement toutefois , qu'il y avoit si long espace entre les deux armées qu'elles ne pouvoient combattre qu'à coups de canon. »

Ces préliminaires d'une grande affaire navale ne furent arrêtés qde la nuit.

Diu tout entier était accouru sur les remparts, et contemplait cette action, dont allait dépendre en effet la destinée d'une notable partie des peuples hindous ; mais le jour vmt, et telles étaient les dispositions de l'amiral portugais, c(ue Mir-Hossein sentit pour la première fois qu'il fallait suivre le conseil de

Melek«Jaz, que jusqu'à ce moment il avait dédaignés. En conséquence, il se rapprocha^ de Diu, afin d'être à même ae recourir à des secours qu'il prévoyait déjà lui être indispensables.

Après avoir fait des dispositions de bataille qui indiquaient bien une résolution inébranlable ae combattre, mais peutêtre aussi une funeste prévision (*}, il se mit au centre de la flotte et attendit le moment de l'action.

« Le lendemain , continue l'évêque de Sylves, après qu'Almeïde eut donné le signal à son armée, Nuno Vasque Pereire se mit le premier à la voile, suivant la charge qui luy en avoit esté remise : après lequel vogua d'assez loin , George de Mello , par la négligence de son pilote. Tous les autres capitaines le suivirent de près en leur rang assigné. Melichiaz, les ayant descouvers, fist jouer l'artillerie 'des remparts et de la tour contre ceste flotte; tellement que d'une voilée de canons , furent emportez dix hommes qui serroj^ent la grand' voile du vaisseau de Pereire. . . nonobstant cela Pereire avance et accroche l'amiral de Mir-hocem , lequel fist lâcher la chaîne qu'il retenoit attachée , afin qu'elle ceignist Pereire par derrière , et qu'ayant à combattre en front et à dos il fust desfait plus aisément. Pereire , connoissant ceste ruse , fit tourner une grosse pièce de batterie qui tiroit à fleur d'eau droist à ceste navire destachée, et le boulet donna si à propos, que ceste navire fust percée par bas de part en part. Les ennemis craignants que leur navire ne print eaux , s'avancent incontinent vers l'ouverture faite là. derrière , et taschent en lachargeant de quelque bagage faire qu'elle penchast, afin de destourner, ce leur sembloit, le danger de la première brisée et ouverture, mais. . . il advint que -la navire • coula soudainnement au fond. Jacques Pétrejo

3ui commandoit en une galère voguant evant Pereire suivoit le commandement d'Almeïde pour prendre hauteur; mais ayant descouvert l'avantage que les ennemis avoient par le moyen du

(*) Le vieil historien fait remarquer qae Tamirai masalman avait placé sur ane même ligae ses six gros navires , attachés deox à deux . et qu*U oocapait le oentre.

Kué, il fist signe à Pereire de ne s'avancer pas plus avant, au moyen de quoy Pereire fist abattre les voiles , il s arresta , ce qu'apercevant Mirhorem , il le vint assaillir de grande furie, et ainsi leurs vaisseaux estant accrochez , il y eust un cruel combat de part et d'autre. Toutefois les soldats de Pereire entrèrent dans l'amiral e de Mirhocem et contraignirent ses gens de combattre et alors fust tué Henri Machiade (Henriqne Machado) vaillant entre les Portugallois : c*estoit sur le tillac qu'ils combattoyent ainsi ; mais ils estoient aussi aux mains en partie forte sur les cables et cordages entrelassez et tendus de proue en pouppe : car les Portugallois y estoient grimpez avec beaucoup de peine et avoient les ennemis en teste et sur les bras. Cependant une des navires bécues de Mirhocem séparée des autres vint pour heurter d'un autre costé de celle des Portugallois, qui eurent lors plus à faire que jamais et se trouvèrent en extrême danger. Pereire , voyant cela, fesoit tout ce qu'il luy estoit possible , tant pour soustenir Tennemy où l'effort estoit plus grand que pour aller et \eair es autres endroits : mais , en voulant hausser la visière de son armet pour prendre quelque relasche, on lui descocha soudainement un coup de flesehe dont il eust le gosier percé tout outre. Ce nonobstant la victoire ne penchoit d'un costé ni d'autre. Or FrancisqueTavire(FranciscodeTavora), appercevant le danger (]ui menacoit les soldats de Pereire , vint s'attacher promptement à l'amirale de Mirhocem et d'un des flancs envoya quelques gens pour grimper sur les cordages, mais ils y montèrent en tel nombre que cest entrelaz de chordes estant rompus, ceux qui combattaient d'en haut tombèrent sur le tillac. Alors la mesiée recommenj^a plus furieuse que devant, dont l'issue fut qu'une partie des ennemis, ayant été taillée en pièces, le reste se jeta hors le bord, peux gui estoyent en la navire bécue jointe à l'amiral de Mirhocem voyant la plupart de leurs soldats et matelotz tués, leur vaisseau brisé en divers endroits et Vèquipage dissipé, se sauvèrent comme lupeurent, et quoiqu'ils n'eussent péris* lÀvraiton. (Poatuoal.)

sonne propre à gouverner leur vaisseau , toutefois par l'impétuosité du reflus, ils furent poussez au rivage.

En ces entrefaites les autres capitaines Portugallois travailloient de leur

part Almeïde étoit spectateur du

combat ordonnant ce qu'ils avoient à faire : et cependant son artillerie tonnoit si furieusement qu'elle mit en fond une des grandes navires de Mirhocem , et quelques longues (embarcations] avec bon nombre de brigantinn. Quant à Mélichiâz il envoyoit de fois à autres gens frais pour soulager ceux qui estoyent recreus et faire que ses troupes continuassent toujours le combat. Davantage il alloit et venoit l'espée au poing au long du rivage tuant ou blessant les fuyards et contraignant les autres de retourner en la mesiée , les menaçant de la mort s'ils différoient.

Mais nnalement les Portugallois eurent le dessus et firent tel carnage que les ondes de la mer estoyent teintes en rouge; les Calécutiens furent les premiers qui se retirèrent de la presse et gagnèrent le haut. Mais les longues navires de Melichiaz et les galères de Mirhocem baissèrent dans le port et se rendirent à l'embouchure du fleuve.

Roderic Soarez, qui commandoit en une caravelle, voyant deux galères ennemies

i 'ointes ensemble, printsa route droit en a distance d'entre deux et les ayant accostés fit jeter les crochets des deux côtés dosa caravelle, au moyen de quoj^, ayant ainsi arrêté ces galères, destit une partie de ceux qui estoient dedans , contraignit les autres de se sauver à la nage et amena les galères à Almeïde.

Restoyt une navire entière, laquelle estoit ta plus haute et la mieux équippée de toutes, revestue de cuir pru de toutes parts , afin d'ôter ta commodité de pouvoir grimper dedans et pour empêcher aussi les effets de tout feu naturel ou artificiel, que Ton voudroit darder contre. Elle estoit pleine de soldats bien armez des plus expérimentez et résolus de Parmée : ayant au reste les costes si fermes et espaisses que le canon n'y pouvoit aisément faire ouverture. Après que les navires d' Almeïde l'eurent marchandé et battu assez longtemps et de grande furie , elle commença à puiser, tellement -que ceux de dedans se jetè-

vin^ms.

renten Teau, mais ils furent poursuÎYÎs par âes fustes et tuez pour la plupart dans les ragues, le nomore estant fort petit de ceux qui eschappèrent,

« La bataille dura depuis la nuictjus- ^ties au soir, en laquelle les ennemie perdirent quatre mille hommes entre lesquels ily avoit huict cents mameluchs du sultan d^Égypte , dont il n'eschappa que vingt et deux. »

Ainsi que Francisco d'Almeida ravalt annoncé dans sa courte harangue, le Sort de là puissance portugaise dans les Indes dépendait de cette bataille. On ne saurait nous accuser, nous Tespérons du moins, de nous être laissé prendre aux nombreux récils de combats que présentent à chaque page les historiens portugais de cette période , mais noua avons voulu que celui-ci fût raconté dans tous ses détails avec cette originalité de style et cette vive couleur qui caractérisent à un si haut degré notre vieil historien Simon Goulard. C'était , comme il le dit , la tin de la puissance des mahumêtistes d'Egypte; et Mélek- Jaz le comprit si bien , qu'il se bâta de faire la paix avec les Portugais. Quant à Mir-Hossein , qui avait développé un si grand courage et une si haute habileté dans cette lutte, il craignit l'inconstance de Melek- Jaz , qui aurait pu le livrer à Almeida, et il s'enfuit en toute hâte vers le royaume de Cambaya. Il passa par la suite dans le haut Hmdostan ; mais les historiens perdent ici sa trace, et il n'est plus question par la suite du chef de la confédération des Roumes.

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