ALBUQUERQUE EST NOMMÉ GOUVER
NEUEDES INDES. —Il y a uue page vrai»
ment dramatique dans les Commentaires^ c'est celle où l'auteur, racontant les informations judiciaires qui avaient été faites par le vice-roi des Indes à la requête des capitaines dont il s'était vu naguère abanaonné , finit par nous apprendre le dénoûment de cette étrange affaire. Un jour, Almeida était assis au milieu des traîtres qui avaient abandonné Albuquerque devant Ormuz, et ceux-ci , confiants dans sa facilité à admettre certaines calomnies , se préparaient peut-être à lui faire de nouveaux rapports sur l^audacîeuse ambition du Capitaine géuéral, lorsque Almeida leur
apprit qu*il avait reçu des aouvdles du royaume y comme on disait alors, par des navires récemment venus. Laissons parler le vieil historien qui cite les paroles d' Almeida : « Messieurs, des lettres me sont arrivées et elles m*annoncent la plus grande jfaveur que pût me faire le roi notre maître ; je veux dire qu'ayant terminé mes trois années de gouvernement, il me rappelle en Portugal. Afifonso d' Albuquerque prend ma place , et doit gouverner les Indes.... £t certes, notre Seigneur me fait en cela une haute faveur, car étant mort aux contentements que peuvent donner les choses du monde, mes péchés méritaient néanmoins que je subisse, avant ma mort , les travaux
?|uej'ai soufferts!.. Kt l'on comprit au'il aisait allusion à la perte de son nls ; mais cette nouvelle que le vice-roi donnait de son départ , les accabla de tristesse et principalement Joâo da Nova , ainsi queles autres capitaines qui avaient fui de la guerre d'Ormuz. »
£t comme Antonio do Campo conseillait dans un discours imprudent la résistance aux ordres du souverain et la poursuite des informations dirigées contre Albuquerque , le vice-roi répondit sagement. <( Ce n'est plus l'heure , et il faut obéir. » Une ère nouvelle de splendeur et de proi^érité commençait pour l'État des Indes.
ÀHBIYÉE d' ALBUQUERQUE AUX IN- DES; SON ENTREVUE AVEC ALMEIDA; IL RÉCLAME L' AUTORITÉ. » S'il CSt UU
nom que les âges nous aient transmis ennobli par une gravité inflexible, s'il en est un qui réveille des idées imposantes, éloignées de toute familiarité , c'est sans contredit le grand nom d'Albuquerque. Ëh bien cependant, pour être vrai , il faut, presque au début de l'histoire du héros, raire descendre cette figure austère du trône où les siècles l'ont placée, il faut voir le vainqueur d'Ormuz à son arrivée aux Indes, revendiquant un titre qui lui est dû et ne pouvant l'obtenir immédiatement, bien que son prédécesseur ait proclamé luimême la justice de ses droits. Il faut , en un mot, voir le plus grand homme du Portugal en butte aux injures, aux propos railleurs, et même aux dédains de ceux qui seront forcés de Padmirer un jour. C'est ce que qç à\% jpas «ans doute
H^Ififi4i*
lliiytiiire déoçtoré9<]elaGlèd6»»aî8 c'est ce que incÔDlènj; les Commentaires; lai»- ^ons parler un instant Aibuquer<)ue luimême k c'est dans son récit qu'on trouve )a vérité. Pour faire saisir cUins son ensemble cette narration originale, il suffit de se rappeler qu^ Francisco d'Almeida n'avait pas persiste longtemps dans son abaégiEtion généreuse et que les ennemis d*Albuqueraueremportaientenfin sur un esprit aÉTaiBli par rage ou qu'un profond ctiaçrin altérait. « Le vice-roi, préoccupe de tout ce qu'on lui disait et sans faire plus de demeure, partit et arriva à (iOcuin , le 8 du mois de mars de Tannée 1509, avec la détermination de ne point remettre le gouvernement des Indes à Affonso d'Albuquerc^ue, suivant en cela Je conseil des capitaines qui avaient nii lors de la campagne d'Ormuz , et d'autres individus de la même espèciB* Lorsque Affonso d'Albuquerque apprit sa venue, il ût venir les officiers de la factorerie ainsi que Gaspar Pereira, et il leur annonça que puisque le vice-roi était arrivé, il comptait lui adresser une requête touchant le gouvernement des Indes , afin qu'en leur qualité d'officiers du roi , ils pussent la lui présenter, et eux étant tous ainsi réunis et Affonso d'Albuquerque écrivant la requête avec Joam Estâo , on leur vint dire que le vice-roi arrivait par le fleuve, sur la galère qu'il avait prise aux Roumes.
Comme les officiers se trouvaient dans robligationde l'aller recevoir, ils se dirigèrent tous vers le bord de la rivière, et se jetèrent dans un bateau avec Jorge de Melo, pour se rendre là en sa compagnie. Lorsque le vice-roi les vit, il sortit de la galère et entra dans le bateau avec eux, et vint débarquer près de la forteresse ; or là tout le clergé l'attendait formant une procession, puis venait aussi Jorge Barreto, capitaine de Gochin, avec nombre de gens. Affonso d'Albaquerque laissa là cette requête qu'il écrivait, et 11 alla avec quelques-uns de ses commensaux recevoir te vice-roi , et il resta un bon bout de temps sur la plage. attendant qu'il débarquât ; mais quand celui* ci mitpîedàterre, faisant commes'il ne le voyait pas, il alla droit à Jorge Barreto^ l'embrassa» et lui fit granirfête ainsi qu'à tdusceuxquiétaient présents. Done voyant le peu de compte que le vice-roi
disait de lui| Affonso d'Albuq^erque |^ pra par le bas d'une longue robe de brocart qu'il portait, et il lui parla : « Holà , 8eigneur,je suis ici, voyez-moi;» le vice; roi se tourna vers lui, et lui dit de lui pardonner s'il ne l'avait point aperçu , et sans rien ajouter davantage il commença à cbemîner, et ils allèrent tous en procession jusqu'à l'église , et ce fut maître Diogo qui prêdia débitant grandes louantes à propos de la victoire que Je vice-roi avait remportée sur les Roumes. Et le sermon une fois achevé , te vice-roi s'en alla versla forteresse, accompagné des capitaines et du peuple assemblé, et comme il arrivait à la porte, Affonso d'Albuquerque lui dit : « Seigneur^ puisque Dieu vous a accordé une si grande victoire . que vous avez vengé la mort de votre nls avec tant d'éclat, et qu'il ne reste plus rien à faire de ce côté, je vous demande par faveur qu'il n'y ait point de discussion entre nous, et que vous me remettiez le gouvernement des Indes , en raison de ces provisions que j'apporte ici au nom du roi notre maître. Ayez confiance en moi , je n'entraînerai pas le pays à sa perte, comme vous le font croire mes ennemis. Déjà à Cananor je vous ai fait voir mes pouvoirs, Antonio de Cintra vous les a présentés, et vous n'avez pas voulu les examiner> me faisant même conseiller de les clore de nouveau. » Comme il en était là de son allocution, survint Gaspar Pereira, que le vice-roi avait fait appeler, et Affonso d'Albuquerque lui dit : « Gaspar Pereira, puisque vous êtes l'écrivain attaché à mon office, je vous requiers, de la part du roi notre seigneur, de notifier à monsieur le vice-roi, et à tous les capitaines ûdalgos et soldats qui sont ici présents , ces pouvoirs remis par mol entre vos mains, en vertu desquels notre souverain ordonne au vice-roi de me remettre le gouvernement des Indes.
Donnez-moi acte immédiat des réponses qu'il aura faites ou de leur absence. » Affonso d'Albuquerque ayant achevé de prononcer ces paroles, le vice-roi lui tourna le dos en lui répliquant : « Vous n'avez point d'écrivain attaché d'office où je suis, » et, sans lui donner d'autre réponse, il entra. Gaspar Pereira. avec les pouvoirs que lui avait remis Affonso d'Albuquerque, entra aussi à la suite du vice-
L*tJtttVEflS.
roî et bien d^autres avec lui , et ils se prirent à rire et à se gausser de sa requête, et Joâo da Nova, qui était là, commença à dire à Almeida qu'il ferait bien de l'envoyer les fers aux pieds en Portugal , parce que c'était un fou , qui ne savait plus ce qu'il disait. »
Or le fatal conseil n'était aue trop tôt suivi : un digne moine, Joâo de M atheus, ayant été jeté dans une prison , parce
3u*il désapprouvait, avec mesure cepenant, la conduite d'Almeida , Albuquerque se présenta devant le vice-roi pour obtenir l'élargissement du bon religieux. En dépit de son titre il fut lui-même charge de fers , puis embarqué à bord d'un navire portugais , et transporté à Cananor. Mais c'était précisément dans cette ville que devaient changer les destinées de l'Inde, et dans sa colère aveufle Almeida envoyait un rival au-devant u triomphe. Au bout de quelques jours, en effet, un des dignitaires du royaume, le maréchal de Portugal , qui avait reçu le commandement de quinze voiles , débarquait à Cananor, et mettait ses forces à la disposition d'Albuquerque , dont il était l'allié par la naissance, et qu'il reconnaissait d'ailleurs comme vice-roi. Quelques jours suffisaient dès lors pour faire changer complètement, de face les affaires dans Cochin. Almeida se démettait d'un pouvoir trop longtemps gardé, Joâo da Nova expirait dans l'isolement, loin de son pap ; et si un hommage était payé à la mémoire du hardi navigateur, c'était Affonso d'Albuquerque, qui venait le rendre. Joâo da Nova , à peu près abandonné de tous, était conduit à sa dernière demeure par le nouveau vice-roi, vêtu complètement de deuil, et les regrets du grand capitaine venaient absoudre par delà la tombe le vieux soldat qui avait failli.
Affonso d'Albuquerque se montra dans cette position délicate ce qu'il avait toujours été, magnanime et désintéresse. Il pardonna aux ennemis vivants comme il pardonnait à la mémoire d'un ennemi mort, et il ne fit pas sentir à son prédécesseur le poids humiliant d'une pitié orgueilleuse. Almeida s'embarqua pour le Portugal en Tannée 1508 ; toutes les dispositions furentprises pour que le riche bâtiment qui le portait allât
surgir heureusement dans le port de Belem, et pour que le vainqueur des Roumes pût jouir de ses triomphes à la cour fastueuse de D. Manoel : ce ne fut pas la faute d'Albuquerque si une déplorable témérité (*) priva le Portugal d'un homme vraiment noble et brave, mais que l'orgueil rendit injuste (**).
Après le départ d' Almeida, il fallut s'occuper de mettre à exécution le grand projet, qui avait guidé Manoel dans l'envoi d'une expédition plus considérable cfu'aucune de celles destinées jusqu'à ce jour pour les Indes. Le maréchal déclara qu'il n'était pas venu dans ces régions lointaines pour faire le métier de marchand , qu'il s'occupait fort peu du commerce des épices, et que son unique mission était de détruire Calicut. L^ mousson exigeait aue l'on conduisît cette expédition rapiaement, la prudence voulait qu'on la mûrit. Affonso d'Albuquerque tenta vainement de modérer l'ardeur du maréchal, il était impatient de retourner à Lisbonne; le vice-roi se vit donc contraint de céder; l'éçoqûe du départ fut arrêtée d'une manière positive. Une circonstance, importante d'ailleurs, excusait cette précipitation. Grâce au rapport de certains Brahmes envoyés en observation par le roi de Cochin, on avait appris <]ue le Samori était alors occupé dans l'intérieur à poursuivre des chefs rebelles.
La flotte partit, Calicut fut incendié ; mais, ainsi qu'Albuquerque semblait
(*) Francisco de Almeida, ayant relâché aa cap de Bonne- Espérance, futtaé dans ane rencontre avec les Gafres; il fui frappé mortellement d*an pieu pointu durci au feu.
(**} A.lmeida avait quelque droit d*étre or-
§aeillettx; non-seulement il descendait d'une es premières familles du royaume, mais il 8*était acquis une juste réputation sous les murs de Grenade, et tout le monde se rappelait que Jean II lui avait fait Tinsigne honneur de le faire asseoir à sa table. C'est ce qu'aflirme du moins Barbosa Machado. Lors de son embarquement, D. Manoel Tavait accompagné Jusqu'au rivage; il lui avait concédé le droit de prélever un objet valant 60o cruzades sur toutes les prises qui seraient faites ; mais le grand capitaine ne s'était jamais prévalu d'un tel avantage. Ce fut, avec Joâo de Castro, l'homme le plus intègre de cette grande période de puissance et d'abnégation. Francisco de Almeida avait accompagné Alphonse Y en France, comme on Ta vu, et ce fut Inique ce prinœexpédia vers Louis Xi , lors de son débarquement en Provence. Le premier vice-roi portugais des Indes était donc venu à Paris.
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i'ayobr dmiié, Ttasudde ToxpédHion fut déplorable. Apvès avoir laissé piller le palais du râdjâ. ies naïres se ralliérent et se portèrent avec impétuosité contre Tinfortuné maréchal; D. Fer« naudo Goutinho flt un dernier effort de courage, mais il ne put leur résister et périt, frappé mortellementd'une flèche (*).
Albuquerotte, secondé par son neveu Antonio de Noronba, fit des prodiges de valeur dans cette occasion ; il sut rallier, par son sang froid l'armée c[ue Tardeur sans mesure d'un grand seigneur avait engagée si imprudemment. Grâce à lui , la flotte put se retirer en bon ordre , et les forces immenses que le roi D. Manoel avait envoyées dans les Indes, restèrent intactes et prêtes à servir au succès d'une autre expédition.
PAISE DE GOA (Gouâ). — On avait acquis la certitude que leSamori, averti en temps convenable, était parvenu à réunir ses forces et revenait à la tête d'une armée immense contre les Portugais : il eût donc été par trop imprudent aux chrétiens de se comnoettre contre des forces si disproportionnées. Déjà Albuquerque tournait ses regards vers le golfe Persique, tout en n'abandonnant pas ses prétention) sur le royaume de Calicut (puisqu'il avait écrit en conséquence au roi de Narsîngue, lorsque étant à Gintacora, ses projets durent se modifier.
Comme il venait de gagner le port que nous venons de nommer, un chei hindou, bien connu dans ces régions sous le nom delimoia , y débarquait également à la tête de forces maritimes considérables.
Timoia apprit au vice-roi qu'un heureux coup de main pouvait être exécuté sans peine le long de la cote et que la ville de Goa devait tomber aisément entre les mains des soldats hardis qui voudraient s'en emparer.
Privée depuis fort peu de temps de son
{*) Ce grand seigneur, homme d*ane valeur bmiaote mais peu réfléchie , comprit trop tard 1 importance des avis que lui donnait Albuqoerqae. a Voilà donc cette ville de Calicut, dont vous faites tant de bruit là-bas? disait-il en marcbaDt vers le palais. On l*avertit de se déiier de l'adresse de ces petits soldats noirs qu'il traitait avec un si profond dédain ; et au bout M quelques instants la prophétie s'était réalisée. Voy. Comentarioi do grande j4fJon$o d*Albu- Vmrquê, t. II.
souYeram , que les historiens porUigaît désignent sons le nom de Saàaia, cette capitale d'un royaume musulman, qui se trouvait pour ainsi dire enclavée «atre les possessions des râdjàs hindous, était en ce moment livrée a toutes les hor* reurs de l'anarchie, et l'on pourrait presque dire des dissensions rdigieuses.
Un cnef , nommé Melek-Çuf^gugi , devait nécessairement opposer queloue ré* sistance, mais il n'avait guàre plus de raille hommes aguerris à faire marcher contre les chrétiens. Timoia offrit son aide et ses conseils aux chrétiens, espérant faire tourner l'expédition à son profit. L'esprit pénétrant d' Albuquerque sut devmer promptement les avantages qui pouvaient résulter pour le Portugal de cette coopération, il accepta et mit à la voile; quelques jours après , il était maître du château de Pangi , qui défend l'entrée de la barre de Goa, et il devait ce succès:à la valeur des hommes que commandait Antonio de Noronba. Bientôt la ville entière se soumettait , pour ainsi dire sans coup férir, et Goa, surnommée plus tard la Dorée, Goa, gui devait avoir une influence si décisive sur les destinées de l'Inde, voyait la croix des chrétiens briller sur sa mosquée principale.
Nulle cité parmi les villes gue les Portugais avaient visitées ne présentait tant d éléments opposés de croyances et d'usages divers ; conquise jadis sur les Hindous, on voyait se confondre dans son enceinte toutes les sectes de l'islamisme, des Turcs , des Roumes , des Maures proprement dits, des Persans; puis venaient quelques Parsis et les adorateurs nombreux de Brahma. Selon nous, c'était précisément cette réunion d'hommes, habitués déjà à tolérer leurs croyances réciproques, qui rendait Goa essentiellement propre à recevoir la domination des chrétiens. La capitale de l'antique Tiçuari était d'ailleurs le passage qui conduisait aux royaumes de Narsingue et dans le Dékhan. Albuquerque ne pouvait pas hésiter, Goa devait être le point central où se concentreraient par la suite les efforts des conquérants.
En vain Timoia revendiqua-t-il la souveraineté de l'île et de sa capitale, on écarta ses prétentions. Albuquerque après tout n'avait rien promis , il éluda les de-
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wfKnta.
Fâdroite fernieté fiiMl sut comenRei^ dans pette eiveonstanoe^ i'*^^ <l^ ^cne>tiigaiidQt seeontenter éé riches prés^atc eH de Tastes pociessions territoria)e«l H feigaiti d«les dédaigner, mais elles eus« sent été capables de dédônmia^r tont antre ^'bn homme dont les préten* tiens ne se fassent pas élevées |asqn*aa titre de sotfvi^rain.
Goa 4'était rendoe le 17 février l&ld« La domination des chrétiens n'était pas le résultat dHjne conquête sanglante : musulman», fiindous, Parsis purent rentrer dans leurs habitations. Cette conquête ^ pour nous servir des expressions des vieux chroniqueurs, remplit de joie rame d'Albuquerque; c'est qu'en soumettant 111e de Goa, il avait en effet accompli un grand dessein et qile dans sa prévision, la capitale des Indes portugaises devait s'élever sur remplacement que les Maures avaient ehoisi de préférence à tous les autres, potir y établir leur comptoir principal. Il y avait dans ce choix une raison de convenance incontestable. Il y avait surtout une grande raison politique.
Les projets du grand nomme ne purent néanmoins se réaliser immédiatement. Gomme il avait abandonné momentanément sa nouvelle conquête, un prince mahométan de ces contrées, Adel* Schah, fut assez heureux pour l'enlever aux chrétiens. Celui-ci ne profita pas longtemps d'un coup de main heureux , Aifonso d'Albuquerque se présenta de nouveau devant Goa, et le 25 décembre de la même année il en- fit encore la conquête, et la réunit définitivement au royaume de Portugal. Goa ne coûta, diton , que seize hommes aux Portugais , tandis que plusieurs milliers de musulmans y perciirent la vie. Tout rentra bien^ tôt dans l'ordre. Albuquerque prit des mesures sévères de répression et les propriétés des habitants furent respectées.
Les Commentaires nous attestent que des ordonnances pleines d'humanité furent rendues dès l'origine et au début de la nouvelle administration. Bien des siècles avant que les Anglais pussent se glorifier d'avoir aboli l'usage insensé des Sutties (Satt), Albuquerque s'opposait à ce que l'épouvantable sacrifice aes veuves indiennes pût s^accomplir dans Goa.
BXPiDtinoilS TBSS MâIiACCAJ ^1f«ndis que ces é«énem^ts prodigieux avaient Heu aux Indes « des projets plod vastes encéré se diseotaient danâ I0 conseil de B^ Manoel. Dès les premières années du seizième sièeit, le peuple avait dé|à le dro^tt d'^npeler ee souverain d'un coin de terre le toîfor^ ttmé. Oe lî^élait défà plus comme au temps de Jeamll, où quelques c»itaines de lieuM le long des côtes arides de l'Afrique pouvaient satisfeire l'ambition du petH-neveu de D. fiéarique. A la suite des guerres incessantes la géographie avait lait des progrès , les désirs de conquête marchaient avec elle ; un seul coup d'oeil sur les cartes imparfaites de cette époque, sur ceUe de Joâo da Nova par exemple , avait suffi pour faire deviner de quelle importance allaient être les deux passages que Ton considérait déjà comme les deux portes du commerce asiatique; le dé- • troit de la Sonde et le détroit de Malacca excitaient presque au même degré les désirs du cabmet de Lisbonne.
Mais Malacca l'emportait, car si la voie
Îru'elle offrait était moins sûre, elle ofrait aux Portugais un passage plus rapide pour se porter du golfe du Bengale vers ces régions que l'antiquité avait parées du beau nom de Chersonèse d'or.
Déjà à répoque où D. Francisoo d'Almeida était vice-roi des Indes , il avait été question dans le conseil du roi D. Manoel de Malacca et de son importance commerciale. Éclairé par ces discussions, le roi décida qu'un des officiers habiles de l'armée, que Diogo Lopes Sequeira partirait de Lisbonne avec le commandement d\ine flotte.
Les instructions portaient qu'il irait reconnaître non-seulement la situation de cette ville, mais qu'il tenterait d'établir des relations entre les habitants et les Portugais. Après avoir rencontré plus d'un obstacle, Diogo Lopes arriva à Malacca, où il fut reçu avec les marques apparentes de la bonne amitié.
Ces démonstrations bienveillantes ,. qui n'avaient rien d'étrange de la part d'un peuple appartenant a la race malaie, cachaient une trahison. L'amiral poc* tugais , en accordant trop de oonfianee
PC^tUGAL.
atu bonMèë é^ ctftM taee^ èoorut lé risque dé fètft aVee les siens, et peu s'en fallut qu'il ne fût la vietime des embâebes oorcHespàrles Haures. Là, eomme à la côte de Malabair, les Arabes commerçants qui avaient depuis longtemps leurs comptoirs dans ces régions, s'entendirent awè le gouverneur de la ville pour faire périr tes étrange^.
Diego Lopes échappa à la trahison , mais II laissa prisonniers entre les mains des Malais ^us de trente Portugais faisant partie de sa petite armée. Dès iors la guerre fut déclarée par le roi de Portugal au roi de Malaeca. Diogo Lopes Segueira revint en Europe, précisément à 1 époque pà un grand événement avait lieu. Affoiiso d'Albuquerque était occupé sans relâche par les guerres de rinde et par celles qu'il faisait sur les côtes d'Ormuz; il négligea longtemps d'aller châtier la trahison des Malais; mais lorsque la ville de Goa fut conauise, lorsqu'il y eut assis le siéjje de*. I empire portugais en Asie, il résolut de dompter ces peuples astucieux , et il est bon d'ajouter que cette résolution lui appartient tout entière , puisque les ordres de Lisboune le dirigeaient sur un antre point.
Le grand homme nous a laissé luimême un témoignage de l'impression que produisit sur l'empire malai la nouvelle (le ses succès immenses. Ici nous laisserons parler les Commentaires, nous n'ôterons rien à la pompe de ce style quelque peu oriental et qui va bien à de telles victoires. L'île de Tiçuari venait de succomber. « Comme Goa était renommée dans toutes les régions et tous les royaumes de llnde, la nouvelle se répandit aussitôt au moyen des marchands de Calicut , et l'on fit savoir à tous les rois comment le grand Affonsa d'Albuquerque avait pris cette cité et en avait jeté les Turcs dehors. Lorsque cette nouvelle fut arrivée à Malaeca, le Bendarra {littéralement le ministre de ta justice)^ qui gouvernait cette contrée pour le roi son neveu , craignit qu' Affonso d*Albuquerque ne vînt tirer ven-
§eance de sa trahison. Il était à la fois . issimulé et intelligent; il commença a/! pourvoir la ville aapprovisionneme4ts'* considérables^ puis il s'en alfa vers ^* Ruy de Araujo et les autres prison-' "^
nfers, éii'BB tiVNivaieiit féiatk dati$ une maison où ils subissaient de fort mauvais traitements, et sans leur faire part de ce qui s'était passé dans les Indes, il leur dit que le. soulèvement qui s'était manifeste contre les Portugais n'avait eu lieu ni par ses conseils, ni par son ordre; que les Guzarates et les Javanais avaient tout fait sans qu'il en fût instruit, uniquement parce qu'ils craignaient que les Portugais e^i sortant de ce port ne les maltraitassent; mais que, pour lui , il était résolu à les châtier sévèrement, parce qu'il désirait par-dessus tout obtenir l'amitié des Européens et les voir commercer dans Malaeca (*) ». Dès ce moment le sort des prisonniers, qui n'étaient plus qu'au nombre de dix-neuf, commença à s'adoucir. Une sorte de liberté leur Ait accordée. Araujo apprit les succès de ses compatriotes; en nomme habile, il sut profiter de sa position , et , au moyen d'un Maure nommé Abdallah, qu'il avait su gagner, il ne tarda pas à donner à Albuquerque des instructions précises dont le vainqueur de Goa devait nécessairement profiter.
Cependant, une chose s'opposait à ce qu'il dirigeât ses armes de ce côté. Dans toutes ses lettres, le roi lui recommandait de faire ses efforts afin d'acquérir au Portugal lacitéd'Aden, que l'on pouvait regarder comme là clef du détroit de la mer Rouge, et où une forteresse construite par les Portugais devait s'opposer désormais au commerce que les Maures faisaient dans ces régions. Ce qui accroissait encore la nécessité d'entreprendre cette expédition, c'était surtout la nouvelle, qui s'était répandue, d'un armement immense projeté en Egypte. Le sultan du Caire préparait à Suez une flotte « considérable pour venir attaquer les Portugais et pour les chasser de l'Inde. Albuquerque sentait Ig, neèpàsiti?;' ^\^„ béir aux ordres du* roi^ et, faisant pre»u parer uàe flotte "considérable, ilse^ dirigea, yeffii je /détTcilt; déi^:veut.§ )f9j^'o traires Je. >contraigiiii'ent . bientoti - i< rcntrer'dâiBs Croa;' pendant- ce tcnHa/^
i^,riio#«>h:(i^i:^qa4wt 4^nû*m'
m, cap. X, p. 63. ^- ^
LinnvBRS.
lamer&oage t'était passée. Ce ftit prédsémeot cet événement qui détermina l'expédition de Malacca. Le vice-roi, considérant qu'il ne pouvait plus se rendre à Aden, résolut, d*accord avec les autres chefs, de mettre à profit la flotte et d*aller châtier le Bendarra.
En conséquence, après avoir pourvu à la sûreté des forteresses de Caoanor et de Cochin, il poursuivit son voyage vers Malacca : il avait pu réunir une flotte de dix-neuf voiles^ montée par
Quatorze cents hommes; mais il est bon 'observer que dans cette petite armée il n'y avait que huitcents Portugais; le reste était musuhnan ou hindou.
Néanmoins, comme le fait très-bien observer un historien portugais, Malacca n'était pas alors , comme il est aujourd'hui, une sorte de village ruiné; bien que pour la plupart les maisons fussent construites en bois et couvertes d'o/a5 ou de feuilles de palmier , il y avait plusieurs édifices imposants, un assez grand nombre de tours construites en pierre , et la cité s'étendait l'espace d'une lieue le long de la mer. Selon le calcul des habitants eux-mêmes^ elle ne renfermait pas moins de cent mille âmes. Le mouillageou, si on l'aime mieux, Tanse, . qui se trouvait à quelque distance, était couverte de navires appa^rtenant à plusieurs nations. L'Inde, la Chine, le pays de Siam, les îles les plus civilisées de rOcéanie, considéraient cette cité comme l'entrepôt naturel où tant de peuples venaient faireleurs échanges (*).
Dénuée de toute importance à son origine, quatre-vingt-dix ans avaient sufti pour donner à cette cité la splendeur dont elle jouissait.
Nous l'avons dit, le Bendarra, avec lequel les Portugais s'étaient trouvés d'a- DQid en contact, n'était point le maître
(*'}y^^ 'O panorama. Nous iadiqaerons égalefoevIauK persQivi^qui voudraient avoir des noUons exacte^ si^r ces contrées avant l'arrivée defif tJùl'OpGëns, un ejccèllèm travail de M. du Lmrior. LesinœupS'pretbiidiVBlcnt originales deiC^te cace , st» (xroy«nQe9.^seJ^!arJ[9, et jusqu'à ses superstlUons. tout a été présenté avec un râb liôrihedr d'ék^réââlod d&ns ropfUsculè'dé rttftttleiptrofeeséiiF^^OeHf ffÀsina aoBlOes iivM» « nwto^ eMrméiQfs qmmU^Metf»g^,j(ay-'. {
Mémoires, lettres et rapports relatas au cours de langues malaye et javanaise fait à la Bib. rQyM|^nit<vUU<«.«ilfWS iSift „-iKJd 43k^ t{e. Paris, f 843, in-8. i., ., ^ .,>. . itt
de ces eontrées. Proehe parent dtt rai 9 il administrait la ville pour le compte de ce prince : le souverain qui régnait alors portait le nom de Makamed {Mohàm" med).l\ vit promptement ce qu'il avait à faire , et dans la terreur que lui inspiraient ces étrangers, il comprit qu'il fallait sacrifier en apparence le chef dont la conduite les avait irrités; c'est du moins ce que nous apprennent les Gommentaires d'Albu^uerque lorsqu'ils nous peignent l'arrivée des Portugais devant Malacca.
Le génie cruel et astucieux à la fois qu'on attribue à la race malaye semblait se manifester ici avec toute sa ruse énergique. Albuquerque devina dès les premiers moments que la défiance lui serait aussi nécessaire que la bavoure.
Telle était l'ardente acti vitéde cet homme extraordinaire , qu'avant de surgir dans le port de Malacca, il s'était déjà emparé de huit navires appartenant aux Maures ; le hasard les lui avait fait rencontrer sur sa route.
Il fallait une raison plausible pour expliquer sa présence, il l'avait dans la captivité des chrétiens. Ce fut le motif qu'il résolut de mettre en avant. A peine la flotte portugaise avait-elle jeté l'ancre, que le sultan fit demander si ces nombreux navires venaient dans des intentions pacifiques ou hostiles; que pour lui, il souhaitait avant tout la paix avec les Portugais , qu'un acte récent de son gouvernement servait à le prouver, puisqu'il avait déjà fait mettre à mort le Bendarra , cause première du mouvement populaire durant lequel plusieurs chrétiens avaient perdu la vie. Albuquerque lui répondit qu'il était bien convaincu de son innocence » mais qu'après avoir châtié le principal coupable, il lui restait à mettre en liberté les prisonniers portugais, ajoutant que , faute d'exécuter cette clause indispensable , le roi chrétien qu'il représentait, lui avait donné l'ordrede tirer vengeance d'une injure si manifeste.
Un phénomène naturel, et qui lui était bien connu , donnait quelque espoir à Mahamed ; il pensait avec juste raison qu'il ne s^agissait que de temporiser. :.oa. allait atteindre l'époque à laquelle la mousson cesse dans ces parages, etAine foi&AeUe^^ison atteinte il n'y*
PMTUGÀL.
avait pas^ d'alternative > il fallait ou que la flotte Fetournât aux Indes , ouqu'Albuquerque demeurât parmi les Malais ; et dans ce dernier cas sa ruine était à peu près certaine. Le souverain de Malacca fit de brillantes |)romesses , mais il ne rendit pas les prisonniers. Tandis [u'il éludait la demande qu'on venait le lui adresser , il faisait sortir du fleuve une foule de petites embarcations d'un port peu considérable, qui seules doi« vent y trouver un abri. Ces Lancharas, comme ou les désignait, étaient armées en guerre, elles passaient devant la flotte et semblaient la menacer, bien qu'elles évitassent de commencer les nosttlités.
Avec cette promptitude de résolution que donne quelquefois une position fâcheuse, et qui déjoue tous les plans, Albuquerque résolut de prendre Tinitiative ; il détacha de la flotte quatre chaloupes armées et les faisant filer le long delà côte, il commença à bombarder la ville. Vingt barques ennemies tentèrent de faire taire ce feu inquiétant, elles furent bientôt contraintes de rentrer dans le port, parce que de nouvelles embarcations furent envoyées par Albuquerque au secours des chaloupes qui avaient commencé Tattaque. M ana* med se décida alors à faire des propositions de paix, en affirmant qu'aussitôt qu'un traité d'alliance aurait été conclu , il remettrait sans délai les prisonniers chrétiens.
JNonobstantces ouvertures pacifiques, la ville se fortifiait avec activité, et l'on mettait en état de repousser Tennemi huit mille pièces de canon de tout calibre que possédait Malacca. Il y a peutêtre quelque exagération dans ce calcul; mais , outre l'artillerie formidable dont nous avons fait mention , le sultan pouvait disposer de forces bien autrement considérables que celles des chrétiens , il avait à son service vinst mille étrangers et une foule innombrable de Malais. La sécurité que lui inspiraient ces forces, l'empêcha seule de prêter l'oreille aux avis que lui donnaient plusieurs personnages influents ; ils lui conseillaient non-seulement de rendre les prisonniers, mais d'indemniser les Portugais des dommages subis par la flotte de Diogo Lopes.
Irrité de ces subterfuges et fatigué de ces délais , Albuquerque résolut de ne plus écouter aucune proposition, tant que les prisonniers ne lui seraient pas renvoyés. ]1 les attendit durant quelques jours, et voyant que chaque fois son es|)érance était déçue , il prit une résolution extrême. Par ses ordres deux embarcations allèrent mettre le feu à quelques maisons situées sur le bord de la mer, et elles incendièrent également les navires guzarates, qui prêtaient leur secours au sultan du Malacca : cet expédient eut le résultat qu'on en attendait. A peine l'incendie commença-t-il à se propager, que les captifs portugais furent renvoyés au vice-roi. Les principaux de la ville , en les ramenant , n'imf)osèrent point d'autres conditions que a cessation des hostilités.
Albuquerque arrêta alors l'incendie qui menaçait de dévorer la plus grande partie de la ville; mais, outre 300,000 cruzades d'indemnité, dont le payement fut stipulé, il exigea, en chef prévoyant, qu'on lui laissât bâtir une forteresse dans la cité même : elle devait servir de comptoir aux Portugais.
Mahamed ne se sentait pas en mesure de résister d'une manière ostensible, mais s'il eut l'air par son langage d'adhérer aux volontés du vainqueur, il n'en continua pas moins secrètement l'armement des forts. Là encore Albuquerque prit le parti de frapper les populations ennemies par une victoire éclatante ; le siège de Malacca fut résolu.
Un vieux voyageur français , qui parcourait ces régions dans le seizième siècle (*) , vante jusqu'à un certain point le courage des Malais ; mais, s'il nous les représente comme doués d'une énergie qui les rendait sous bien des rapports supérieurs aux Hindous, il ajoute, pour terminer le tableau, qu'ils sont « obstinez , fort superbes, mesmement en leur marcher, et surtout grands menteurs et larrons. »
Le caractère des peuples qu*il avait à combattre était bien connu d'Albuquerque : il résolut de frapper les Malais de terreur par une résolution vigoureuse ; il n'appréciait pas avec moins de justesse l'esprit qui animait ses soldats, et
(*) Voy. François Pyrard, fl p. 101 de redit. lD-4.
\Foyagês,U II,
LiftttVÈR».
le jour de Santiago, )a fSte de S^iint Jac-: quËS , fut elioisi pour Tatt^aue. Le conseil de Riiy de Aramo lui fut utile daus cette circonstance, et, d*après son avis, Albuquergue résolut avaoi tout de s*emjjarerd'ajï|>ont(|ui unissait la ville aune forte bourgade , désignée sous le nom d'Upi. Eu dépit d'une artillerie nombreuse et de ces redoutables éléphants de guerre que les troupes malayes poussaient avec leurs châteaux armés contre les Européeps, la chose- réussit comme le grand capitaine ^*avait espéré. L'attaque avait commencé au point du jour, et à midi le pont se trouvai^ au pouvoir des Portugais; les palais du roi étaient déjà emorasés. Bientôt aussi une partie de cette vaste cité fut détruite. La nuit était arrivée ; cependant les soldats, las de frapper, demandaient quelques heures de repos ; Albuquerque se vit contraint par la clameur publique de gagner la flotte : il ne le ût point sans s'emparer de cinquante grosses pièces d'artillerie qui défendaient le pont d'Upi. Dans cette attaque , plusieurs Portugais avaient été frappés de flèches empoisonnées ; on ne s'en tint pas à l'usage de ces armes ter-, hbles, la plage fut hérissée par les Malais de pieux aigus trempés également dans le poison. La prise définitive de la cité devenait peut-être plus difficile qu'elle ne l'avait été au début. Affonso d' Albuquerque résolut de faire un dernier effort et de s'emparer de nouveau du pont. Par ses ordres une jonque, armée d'une façon formidable , se présenta à l'embouchure du fleuve, mais elle ne put franchir un banc de sable qui s'opposait à son passage , et la même chose advint à une plus petite embarcation. Nombre de journées s'écoulèrentdans cette situation difficile; à la fin, la marée grossit, les navires purent avancer et le débarquement fut résolu. Telles furent les di^T positions d'Albuquerque , que l'ennemi se vit bientôt entre deux feux. Pendant que l'artillerie des Portugais agissait, le canon de la jonque foudroyait ces misérables ; en peu d heures, le pont fut de nouveau au pouvoir d'Albuquerque, et le sultan Manamed, comprenant que la ville ne pouvait plus résister, se réfugia dans une mosquée fortifiée du coté d'XJpi. Ce fut alors que, malgré les efforts
désespérés des, Malais , tin pénétra d^ns IMialacca. Le vice-roi s'était porté en personne sur le point où le danser était le plus menaçant; il allait entrer dans une rue déserte , et il devait certainement y trouver la mort, lorsqu'un soldat l'avertit de ne pas pénétrer dans ce lieu redoutable : l'éunemi y avait creusé des trappes habilement cachées, et des pieux empoisonnés devaient faire périr dans des tourments affreux ceux que leur ardeur eût entraînés. Albuquerque retourna alors vers la mosquée, mais il la trouva prise.
Grâce à la sage précaution du général , le pont avait été mis en tel état de défense , que les troupes du sultan ne purent le reprendre ; la plus grande partie de la ville, se trouva donc bientôt au pouvoir des Européens. Toutefois le reste de cette in^mense capitale dut être conquis pied à pied, maison par maison, et Ion n'employa pas moins de neuf jours pour s'en rendre maître complètement. Après des efforts inouïs de persévérance et de courage , les Malais se retirèrent et laissèrent les Portugais maîtres de la cité.
Le butin fut immense et Ton sait, d'après les documents fournis par Albuquerque lui-même , que trois n^ille pièces d'artillerie tombèrent entre les mains du vainqueur. Toutes les richesses trouvées dans la ville furent distribuées aux soldats ; Albuquerque ne réserva pour lui que quelques objets curieux, qu'il voulait offrir à D. Manoel. Il çarda également six lions de bronze , qui devaient orner son propre tombeau (*). Ce désintéressement n'étonna alors personne. Toute cette génération de vieux Portugais alliait l'abnégation de soi-même à la grandeur.
Ce qu'il faut louer surtout chez Albuquerque et chez Almeida, c'est d'avoir deviné le génie des peuples qu'ils conquéraient et d'avoir respecté jusqu'à un certain point leurs préjugés religieux. C'est que ces hommes si éminents à la guerre étaient des hommes éminents aussi par leur instruction. Pacheco , Antonio de Noronha, Joâo de Castro offrent des preuves éclatantes de ce que j'avance ; il suffit de lire les Commentaires
{♦) Voy. le Journal inûim iQPamHnmta, t. Il , p. 203.
MHRNIiXL
âm d*âlblKfiM»4uè: il devina inèM iij8i)H*aifx ttéfftoÊg etmiê qùt t«asit es rémitm pounaoïre sièele ranll^ùe Htlé^ raMfe MÉnMrfto. A Màlaesa, il Mit eonh quérir Pafléctioniies iadtgènés «à m»*
Cnt I6I1I9 idées \ de« autoritéi mael poitQgaiies^ làrent eimuhafiément étn)*liea dailt U cité; en peu de tempe leeommereefleypitdeiioilve«aà Malaeoa, et le grand bomaie eut lagloiro de JoîiMh« aux vastes conquêtes dont se glorifiait déjà soopays, une ecrionle puissante dont le P^Krlugai obtint d'immenses r^ultats.
SBCONDX BXPÉDITIOlf &'ALBIfQnBB«
QUB coNTBX OBMUB. ^ Albuquerquo était à la fois un homme d'exécution soudaine et de prévision persévérante ; jamais au milieu de ces expéditions vie* torieuses qu*il renouvelait si fréquemment dans les mers de Tlnde, il n'avait oublié ses premiers desseins sur Ormuz : c'est qu'il comprenait admirablement Tavanta^ des positions géographiques et le caractère des peuples que le Portugal pouvait utiliser. Dans rintervalle qui s'était écoulé entre son premier voyage et celui quUl méditait, le bruit des vie* toires immenses quMI avait remportées était nécessairement venu aux oreilles de Coge-Atar (Khoéja-^tar), Habile à multiplier ses protestations amicales selon les circonstances, ce chef arabe avait fait dire au vice-roi des Indes que Ceifadim était prêt à payer le tribut convenu jadis , et même à reconnaître la suzeraineté du Portugal , sous la condition bien simple que l'ancien esprit de haine serait mis en oubli. Albuquerque avait accepté ces communications avec bjenveillanee ; il avait même reçu les arrérages dus par Goge-Atar, et l'on pouvait dire de lui, selon les expressions d'un écrivain portugais, que sa renonimée avait conclu en grande partie ce que ses armes n'avaient pu faire.
Le vice-roi des Indes recevait toutefois des ordres de la mère patrie ; il ne put bientôt se contenter des concessions qu'on était prêt à lui faire; la domina-; lion portugaise devait être établie dé* finitivement dans Oi^muz. Guidé par ce motif f le général par^t pour cette il0 en lâl4 selon Barros, en IMa selon Gdvao. Il était estte fois à la téted^une
fiotte eoasMÉfiiblé, surk témêÊfk^ Mefle on B^esi cepéAdaiit pas d'aecoM^ Les Porftifais avalent surtout à eenif^ #acliever le fort dont la eonstraottem SFvaitété interrompue, et dont Ite iékiiulmàns S'étaient emparés.
Il est indispensablède rappeler lei que dès l'année préeéd^te le prdpre neveu dti goâverncAïf, Pedro d^Albuquerque»' avait refs l'ordre d'alter reconnattre ie!^ tdten du golfe Persîque et de croiser devant leeap Gif ardafui. Déjà, à plusieurs reprises, eet officier avait demandé au^on le réiot^rât dans la possession au Isart commencé quelques années aupai'avaDft par sescoMmatriotes; toutes ses démarches avaient été inutiles, bien que le gouvernement d'Ormuz efit cessé de se montrer hostile aux Portugais.
Pendant qu'Albuquerque affermissait son pouvoir dans l'Inde, de grands changements politiques s'étaient opérés dans ces contrées. Ceif^dim était mon parle poison, Torun-Schah avait régné a sa place, et l'homme sur lequel toute la confiance de ce despote s'était portée se trouvait être, en 1518, un vieux Persan nommé Rais-Nordim (Aw-iVottred-cHn); mais précisément au moment ou le général portugais se présentait devant Ormuz, une nouvelle révolution éclatait. Rais-Hamed (ifeif-^Àm^cO * neveu de Rais-Nordim , s'était emparé de la pnersonne du souverain, son vieux ministre avait été mis dans les fers , et la vUle subissait un joug plus despotique que celui dont on s'était plaint. A la nouvelle de l'arrivée de l'armée d'Albuqoerque, Rais-Hamed changea de politique : il délivra Torun-Schah et rendit même a la liberté Rais-Nordim. L'audacieux usurpateur craignait les Portugais et redoutait sans doute Pintervention de leur chef. La première démarche d'Alibuquerque fut de demander la restitution de la forteresse; les forces navales qu^l avait à sa disposition imposèrent atnt musulmans, la forteresse lui fut remise, et les Portugais en prirent immédiate^ ment possession au nom du roi de Portugal. Il fiaillait néanmoins l'achever; Albuquerque débarqua pour surveiller par lui-même des travaux auxquels il ajoutait avec juste raison une haute importance.
La captivité de Tonin-Sehafa s*élait
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I/UNIVERS
adouRîe; «lie n'avait point oessé^ c'est oê que le vieux ministre parvint à faire savoir au grand capitaine, dont il réclaœait Tiatiervention. La résolution du général, fut prompte; Ormuz sous le gouvernement de Rais-Hamed allait tomber au pouvoir de la Perse; il résolut par uue action décisive de lui arracher le pouvoir et la vie. Cette morale impitoyable à IVs^ge des conquérants semble trouver quelque excuse dans les projets du chef musulman. Il paraît que le cauteleux gouverneur d*Ormuz était animé des mêmes dispositions à regard du vice-roi; ce fut précisément le projet dont il était anime qui le fit courir à sa perte.
Un jour, il avait été convenu entre Torun-Schah, Rais-Hamed etRais-Nordim , qu'on irait visiter Affonso d'Albuquerque, sous la condition expresse que ceux qui assisteraient à cette entrevue seraient absolument sans armes.
Cette convention, cpmme on le pense bien, fut immédiatement transgressée , les Portugais se munirent secrètement de poignards aussi bien que les musulmans, et Rais-Hamed vint armé comme les autres. « Ce fut lui qui le premier entra dans la salle, et D. Garcia de !Noronha remarquant qu'il avait des armes, il lui en lit Tobservation.
Rais-Hamed lui répondit, avec un emportement plein de fierté : Ceci ne regarde pas ma personne... Et au même instant il cria à Torun-Schah de ne pas entrer, parce que les Portugais venaient armés. Alors Tinterprète Alexandre de Ataïde, le tirant par le bras , lui dit qu'il allait lui montrer les salles , pour qu'il pût se détromper et s'assurer par lui-même qu'on n'^* avait caché aucun soldat. Il le conduisit à Affonso d'Albuquerque, qui lui ordonna dese désarmer, j^rce qu'il ne respectait pas les conventions qu'on avaitfaites. A ces mots, Rais« Hameid mit la main sur la garde de son yataghan. Pedro d'Albuquerque, neveu du général, se plaça entre lui et son oncle; mais Rais-Hamed, déjà hors de sens, arrêta par ses vétemeuts Albuquerque.
Celui-ci l'écarta avec violence, et cria à son neveu : a Tuezle. » Les poignards cachés jusqu'à ce moment étincelèrent dans la main des Portugais, et il suffit 4'un seul mot dugénéral pour que Rais-
Ahmedse d^ttttdMisfon nog. Toran* Sehah entra alors, et, voyant oechef assassisé, il ^onna des marques d'effroi ; mais Albuquerque le reçut avee tant de protestations d'amitié et tont de mar* ques de déférence qu'il se tranquillisa. Pendant ce temps et bien qu'ils ne sussent rien de ce qui s'était passé, les partisans du morti voyant qu'on avait fermé les portes, étaientarrivâavec des haehes pour les renverser; mais le vice-roi ayant donné le signal en faisant entendre la détonation d'une arme à feu, les soldats du dehors commencèrent à traiter si durement les Maures , que ceux-ci se virent contraints de se retirer. Torun- Schah parut alors pour apaiser 1§ révolte et il se montra au sommet de l'édifice en compagnie de Nordim et du général portugais. £t ce fut même à eux que les frères d'Hamed s'adressèrent pour qu'on remît entre leurs mains celui qu'ils demandaient avec instance.
Affonso d'Albuquerque leur répondit que si cela leur plaisait, il leur enverrait sa tête. Grâce à une telle réponse, et en acquérant ainsi la certitude que leur frère était mort , ils se dirigèrent en hâte vers le palais, et s'y fortiGèrent. Une rupture paraissait inévitable; maris par la prudence de Nordim, tout se passa sans effusion de sang, et ceux qui composaient la faction de Rais-Hamed oonvmrent d'évacuer l'île (*). »
Dès lors, la puissance portugaise était consolidée dans Ormuz, et la forteresse formidable que les chrétiens avaient achevée, leur assurait la durée d'un pouvoir que les Orientaux ne pouvaient plus leur disputer (**) A partir de ce moment {***), Ormuz devint pou r les Portugais le siège d'un commerce im-
(*) Yoy. Texcellent travail Intitulé : Quadras historicos , dans le t. >*' du Panorama.
(**) On peut voir le plan de celte forteresse dans l'ouvrage ms. de Barreto de Rezende intulé : Traiado dos viso-reys da Jndia^ l vol. in» f* de la Bibtiotbèque du roi.
(♦•*) On sait l'admirable réponse du viee-roi aux petits prinoes de Golfe qui exigeaient oomme par le passé le tribut. Le fils du grand capi-
taine, si ce n*est Albuquerque lui-même, raconte avec une extrême simplicité ce fait remarquable :» et il fit apporter des navires force boulets de bombardes, arbalètes ef fusils, ainsi que bombei k feu, et il lit dire au roi qu*il envoyât tout cela an capitaine du Scheik Ismaei, parce que c'était la monnaie avec laquelle le roi de Portugal voulait que ses capitaines payaieeiit le triboF. »
POKtUGAL.
mense^ enviédes Asiatiques, et eette cité remplaça pour la Péninsule, sur des proportions gigantesques, la foire de la petite ville de Lamego , où Grenade apportait, au mo^en âge, les épioes et les denrées de l'Orient, et qui servait pour ainsi dire d'entrepôt à la capitale, déjà si commerçante, du Portugal. Comme dans tous les lieux où il passait, Albuquerque fit sentir ici Tinfluence de ses hautes prévisions; l'administration fut réglée d'après les dispositions les plus sages , le commerce reçut un accroissement prodi|B[ieux , et I on put dire de la riche cité orientale ce que l'on répétait au seizième siècle : Si Ormuz n'est pas le paradis, il en est bien près.
BSGOUVEBTES DES POATUGAIS DANS
LES MEUS DE L'iNDE. -* Pendant qu'Affonso d'Albuquerque accomplissait les merveilleuses conquêtes qui lui ont mérité le surnom de Grand , il ne^n^ligeait par les découvertes qui pouvaient enrichir son pays C). Antonio Galvâo nous raconte qu à la fin de l'année 151 1, il envoya trois navires aux îles de Banda et aux AI oluques ^ et qu'il en confia le commaDdement à Antonio d'Abreu.
Francisco d'Abreu, son parent, marcliait sous ses ordres, et on leur donna à tous deux cent vingt hommes pour accomplir cette périlleuse expédition^ le vice-roi jugeant que le nombre d'individus qui avait suiu à Christophe Colomb pour accomplir ses premiers travaux devait safQre également pour subjuguer quelques lies. Ils longèrent l'Ile Sumatra; puis , s'étant avancés au delà de Java, ils virent Anjoam, Simbala , Solor, Galam, Matdtioa , P^itara , Rosolanginm y Jrons , d'où venaient dans le seizième siècle les beaux oiseaux de paradis. Ce fut ainsi qu'ils poursuivirent leur route, en faisant plus de 500 lieu^ , et Galvâo affirme qu il donne les noms primitifs de ces contrées, auxquelles les cosmographes ont parfois imposé d'autres dénominations. Ils gagnèrent ensuite les Iles de Buro et&jimooine, et après avoir attaque GulUGuli, ils brûlèrent un des navires, parce que ce bâtiment était trop vieux pour continuer une naviption périlleuse. Ils allèrent débarquer à Banda; là ils chargèrent leurs navires de
(*) Yoy. Historia dot descobrimenlos antigct e modernoê.
girofle , de noix muscade , de mads , et en l'année 1512 ils mirent à la voile pour Malacca. Francisco Serrâo, dont il sera bientôt question d'une manière plus détaillée, seperdit malheureusement sur des bas-fonds , et se vit contraint de se rendre à Mindanao , avec neuf ou dix Portugais qui avaient échappé comme lui au naufrage. Antonio Galvâo fait observer que ce furent les premiers habitants de la Péninsule qui eussent visité ce qu'on appelait alors les îles, au girc^; ifs restèrent dans cet archipel sept ou huit ans. Antonio d'Abreu continua sa route jusqu'à Malacca, et fi^ gura plus tard dans les guerres qui s'engagèrent entre la couronne d'Espagne et le Portugal pour la possession des Moluques. Rappelons également qu'en l'année 1513 , Femand Perez d'Aarade avait gagné une victoire navale des plus éclatantes sur le sultan de Java (*).
Nous allons voir ce que toutes ces découvertes et ces conquêtes produisirent de surprise sur les esprits, de changement dans les transactions commerciales et surtout d'enthousiasme religieux. La scène cette fois se passera à Rome : il est bon de se rappeler qu'on ignorait encore à Lisbonne la dernière soumission d'Ormuz.