FONDATION DR CERTAINS ORDRES RELIGIEUX. MORT DE D. AFFONSO HEN
RiQO^. — lin ingénieux écrivain a prétendu dernièrement , non sans quelque fondement, que les corps armés de mu* sulmans, toujours prêts sur la frontière à combattre pour la foi , pouvaient bien avoir eu certaine inÛuence sur la fondation des ordres militaires dans la péninsule (**). Si plus d'espace^nous était
{*) Voy. Jgiologio liàltùûo, Lisb., mi-, i t , p> 163. on nous pahtaanera, nous TespérooB, d'autant mieuK d'avoir extrait ce frais épisode de i^Agiographe portugais , que êor Rànmunda eut une influence réelle sur les succès guerriers du comte D. fienrique , et même sur ceux de son iiis. U parait qu*eile prolongea son existence Jusqu'en 1120, c'est-à-dire au delà du tempsroù vécut le fondateur de la monarchie portugaise. l\ est certain d'ailleun que te roi Affonso Henriquez, à l'époque où il était infant , reconnut solennellement cette Inâuence de la vierge chréllenne sur son père: car, après la mort de i'àbbesse d*Arouca, il expédia vers le monastère son ayq , Egaz Mopiz, avec une lettre de condoléance dans l^uelle Il exprimait ses regrets. AU défaut de l'brf^nal écrit en latin , Cardoso donne le portugais» U y est dit B^ tei qHantta victorias o glorioso conde D, Henrique noaso pai alcançou per suas ùracôes» Pwr otidis Ihe somes devêdoNê € fiM fàwt^ de noaM couMi achareis qtte nos lembramoa de todp. « Je sais parfaitement combien de victoires le gloriedx icohité noite père a obtenues par ses oraisons. Âu5tsi est-Qe ee qui nous rend ses débiteurs et ce qui fait qu'en toute occasion nécessaire vous nous trouverez nous souvenant de tout. »
(**) Le même fait eut lieu, du resté, à propos des ehevalien ds Rliodes. dont les institutions furcat calquées «or celles des musulmaiM.
accordé, il serait curieux de dévelop-
{>er ce point historique, et d'Initier le ecteur a la vie guerrière des deux peuples et à Tanalogie (]ue pouvaient présenter leurs institutions. rIoUs nous contenterons de rappeler ici ^ue Affonso Henriquez fonda en Portugal deux ordres, qui eurent une (Célébrité bien diverse , et dont les membres l'aidèrent dans ses luttes Incessantes contre les Maures : l'un était désigné sous le nom da Aza de S. Miguel^ ou de l'aile de Saint-Michel ; il s'éteignit de bonne heure j l'autre prit le nom d* Aviz, et accom- Elit une glorieuse carrière. Le premier iit institué eii 1167 à Alcobaçâ en souvenir de la conquête de Santarem ; le second porta d'abord simplement le nom da Ordem Noba, ou de 1 ordre nouveau ; il se composait de chevaliers soumis à csrtaines règles religieuses, maisn'a3^ant
Sas encore oi établissement fixe. L'utilité e ces hommes pleins de bravoure et de dévouement irappa le roi ; il les soumit à la règle de Saint-Benoit. D. Pedro Affonso, son frère illégitime, fût leur premier grand maître, en 1147; vers 1168, on les vit résider à Evora, nouvellement conquise par Gtraldo sempavor; et tordre d* Evora, c'était la dénominàtioc^ qu'on lui avait imposée, reconnut robéaience de l'ordre beaucoup plus ancien de Calatrava : il ne prit le nom d'Aviz que lorsque D. Affonso II l'eut fait transporter en 1211 (*) dans la ville que l'ordre illustra bientôt.
Aidé de ses bons chevaliers, Affonso Henriquez poursuivit sa carrière militaire avec des succès divers , mais toujours glorieusement. Sezimbra , Palmella, villes mauresques, tombèrent en son pouvoir, et, en 1169, il vit enfinarriver la bulle poutiàcale du pape Alexandre III qui légitimait le ôhoix du peuple.
toutefois, cette prospérité reçut une atteinte : des différends sérieux s'étant élevés , vers 1178, entré le î^oi de Portugal et D. Fernand soù gendre, roi de
"Voy, Fondation de la régence et* Alger, ms. de la Bibliothèque rovale , publié par Sanderltaiig et Eerdinand Denis.
C^ ) Et non en iisi, comme dit Barbosa; ce fut seulement en I2i3 que Tordre d*Aviz de Portugal forma un ordre séparé de Calatrava : la bulle d*£ugène IV établit sa complète indépendance. Voy. Jo&o Baptista de Castro, dot Ordens militaret.
L'UNIVERS
Léon, les derniers temps de la vie d'Affonso furent marqués par une guerre doublement funeste, à propos de quel- (jues terres situées au pays ae Galice. Il tut obligé de combattre contre un allié et contre des chrétiens ; il le fit avec des succès divers. Un accident cruel le livra à son gendre : comme il sortait précipitamment de Badajoz , son cheval le froissa rudement contre un des ferrements de la porte, et il alla tomber à quelques pas sur la route. Un combat terrible s*enga^ea sur ce lieu même entre les troupes du vieux roi et les Léonais ; malgré les efforts de son frère, Affonso Henriquez eut la douleur de se voir à la merci du roi de Léon. D. Fernando se montra, dit-on , plein de tendresse et de respect pour son prisonnier; il le traita en père véritable, affirme Pedro de Mariz, et refusa toute rançon. Il se contenta de la restitution de ces terres qui lui avaient été enlevées dans le pays de Galice; mais ce qu'il ne put faire sans doute, ce fut que le souvenir rongeur d'une défaite ne s'attachât au coeur du vieux guerrier. Affonso Henriquez survécut néai^moins quelques années à cet événement mémorable; il était à Coimbre lorsqu'il fut atteint de la maladie dont il mourut, et il expira le 6 décembre 1185, à soixante-seize ans et quatre mois. Le tombeau de marbre qui renferme ses cendres lui fut élevé par Jean IH. Au seizième siècle, la vieille tombe du couvent de Santa-Cruz fut ouverte, et l'un des plus grands poètes dont s'honore le Portugal put contempler celui que le peuple appelait le Roi saint (*). Le temps avait respecté sa dépouille ; et il est du petit nombre de ces fondateurs de royaumes dont la mémoire ne saurait périr.
D. SANG HE I'^ — Les règnes gui vont suivre, jusqu'à l'époque du roi Diniz , niB sont pas à coup sûr dépourvus d'intérêt historique ; ils marquent même une période durant laquelle s'opéra une grande élaboration religieuse et politique, puisque le tiers état prit insensiblement une importance qu'il n'avait pas
(*Kldade ricâ do Santo, Corpo do «eu rey primeiro Que inda viinos corn espanto ha tào poiico tempo Inteiro Dos annos que podein tanto.
Sa de MUraoda, carta 5, est. 9.
eue. Néanmoins ces efforts du cler^ , cet enfantement d'une organisation nouvelle de la part des communes, regardent bien plus le Portugal et ses institutions intérieures qu'ils ne font prévoir encore une époque historique imposante pour les étrangers. Forcé de nous resserrer dans un cadre étroit, nous avons hâte d'arriver aux règnes qui préparèrent la gloire du Portugal, s'ils ne la commencèrent pas encore.
Pilous dirons donc rapidement les événements qui constituent cette période de transition, pour ne pas rompre complètement la chaîne qui tient unis les faits entre eux.
De son mariage avec Dona Mafalda' , fille d'Amédée III, comte de Savoie, Affonso Henriquez avait eu sept fils et quatre filles , sans compter les enfants illégitimes que lui reconnaissent les historiens. D. Henrique, l'atnédetous, mourut en bas âge, et D. Sanche T', qui était né à Coimbre le 11 novembre 1154, devint roi de Portugal. Prince guerrier, il imita de bonne heure son père, et dès Fâge de quatorze ans, on le voit figurer à la bataille d' Arganhal, où il commande l'armée de Léon et où la victoire reste indécise.
D. Sanche à vingt et un ans s'était marié à Dona Dulce, fille de D. Ramon, prince d'Aragon; immédiatement après ses nocesjcn I178,il réunit une petite armée de douze mille hommes et il alla audacieusement porter la guerre aux Maures sur le territoire de Séville. 11 remporta sur eux une victoire éclatante, et, à son retour en Portugal, ayant appris que la ville d'Elvas était assiégée par les' musulmans, il courut au secours de cette ville, la délivra des ennemis qui l'entouraient et vint rendre grâce à Dieu de tant de victoires, dans le monastère de Tarouca, dont il devint un des plus zélés bienfaiteurs.
Après la mort d' Affonso Henriquez , D. Sanche succéda à son père et fut couronné à Coimbre le 9 décembre 1 185 ; il avait alors trente et un ans, comme le prouve Antonio Brandâo , et non pas trente-huit, ainsi que le prétendent quelques historiens. Prince guerrier dans son extrême jeunesse, roi paisible lorsqu'il commençait à atteindre l'âge mur, D. Sanche mérita alors ce surnom de
Povoador que Tbistoire lixi a décerné.
Il donna une vive impulsion à fagrieulture , il fouda nombre de bourgades et de monastères, et se montra si généreux à regard des ordres militaires, que non seulement , dit un historien portugais, il accorda à ces serviteurs de Dieu ce qu'il avait, mais encore ce qu'il espérait avoir. De telles largesses s'expliquent : le Portugal était préservé alors par ces hommes « revêtus du haubert de justice défendu par l'écu de la foi. » 11 suffit, du reste, de lire les chroni(j|ues contemporaines pour voir ce qu'il y avait de sentiments dévoués et courageux dans ces soldats, toujours prêts a s'offrir en sacrifice pour le triomphe de la loi du Christ.
D. Sanche ne put pas toujours se maintenir dans cet état de paix qu'il savait si sagement mettre à profit pour le bien des peuples; les Maures renouvelaient leurs attaques. Mais il advint alors un de ces heureux événements qui avaient marqué le règne d'Affonso Henriquez : une armée navale qui se dirigeait vers la Palestine se vit contrainte par la tempête de demander un abri à quelque port de la Péninsule. Ces navires du Nord entrèrent dans le Tage, et les hardis soldats qu'ils conduisaient à la conquête des lieux saints aidèrent D. Sanche à s'emparer du paysd'Algarve.
Fidèle à son surnom de toooador^ le second roi de Portugal fonda alors la cathédrale de Sylves, qui devait être le siège d'un évêché célèbre ; pufs il ajouta a son titre celui de roi du pays é^Algarve- Cette seconde royauté fut néanmoins bien éphémère, carde 1188 à 1190 Ben Youssouf , entrant en Portugal avec une armée puissante, enleva à D. Sanche sa nouvelle conquête, au'il regardait déjà comme un État cni '
re-
tien.
Il n'y a plus de faits d'armes à signaler dans 1 histoire de D. Sanche, mais il y a à constater une coutume bien louable et qui fut imitée par quelques-uns de ses successeurs. Persuadé que sa présence était nécessaire pour consolider ce qu'il avait fondé , il employa le reste de sa vie à parcourir le royaume et à donner une vive i mpulsion à Xous les travaux agricoles. Ce vaste monastère d'Alcobaça , qui avait été commencé par son
père, fut continué par lui avec une admirable persévérance; il se montra, comme Aifonso Henriquez, le pieux protecteur des religieux de saint Bernard , parce qu'il avait compris que toute culture intellectuelle s'élaborait alors dans le cloître. Pendant longtemps, Alcobaça fut à la fois le point central d'où émanaient les discussions scientifiques relatives à la théologie et Tasile conservateur dans lequel venaient se réunir les documents historiques qui formèrent plus tard les arc.hives du pays. Les immenses privilèges accordés à ce monastère, par cela même qu'ils le rendaient indépendant du pouvoir royal, le mettaient en état d'offrir un asile aux hommes dont la culture intellectuelle était déjà avancée, et qui ne pouvaient toujours soumettre leur pensée active au principe immobile du pouvoir féodal (*). Les guerres cju'il y eut à soutenir vers la fin du douzième siècle, l'ensemble des travaux que nous avons signalés, s'ils ne constituent pas précisément un règne glorieux, font de la période où régna D. Sanche une époque encore mémorable. Attaqué par une grave maladie au bout de vingt-six ans de luttes et de travaux utiles, ce roi mourut à Coimbre, le 27 mars 1211; il avait alors cinquante • sept ans. Le pape Innocent m ratifia son testament , et l'on dit qu'il disposa par cet acte de sommes vraiment considérables pour l'époque.
Pendant longues années il reposa à l'abri de l'église de Coimbre , mais en dehors de l'édifice, comme l'exigeait le concile de Braga; plus tard il fut admis dans l'intérieur du temple. Sa tombe existe encore à Santa^Cruz.
D. AFFONSO II. Un écrivain d'ordinaire sévère, D. Augustin Liano, fait une large part pour l'éloge dès qu'il s'agit de l'histoire de ce roi. Il la voit remplie par des victoires glorieuses, par un courage sublime, qui s'oppose à l'ambition rusée des mauvais prêtres; il constate l'apparition d'un code de lois
( * ) Voy., touchant ce droit bizarre, an excellent article du journal portugais intitulé : O Panorama. Le couvent d'Âlcobaça put ad mettre jusqo'à.9U0 moines, indépendants en quelque sorte au souverain; ces religieux ne lui devaient comme redevance qu'une paire de iwttes ou de souliers, à son choix, lorsqu'il lai plaisait de les venir visiter.
L'UNIVERS
où la morale et la 9cience de la justice brillent de plus d'un éclat. Il faut convenir que la sajgacité de rhistorien a fu reconnaître ici des fait$ capitaux et des vertus essentielles, que n*ont psts toujours voulu mettre en relief les écrivains ecclésiastiques qui ont écrit sur C9 règqe-
i). ÀffoQso était né à Goimbre, le 23 avril 118â; il avait vingt-six ans lors- [u'il monta sur le Xrm^ , le 27 mars 211;ils'étaitmarié,en 1201, avec Doua Urraca , fille d* Alphonse IX, roi de Castille. L'avènement de D. Affonso II au trône fut suivi orçsque immédiatement d'un acte de générosité, motivé d'ailleurs par la haute réputation militaire 4e ceux oui en étaient Tobjet : il donna la Villa aAvi^ O aux chevaliers de ce nom, qui avaient résidé jusqu'alors à Evpra , et le grand maître, D. Fernando Janes, quitta cette ville pour venir, occuper sa nouvelle résidence. En 1212, on voit D. Affonso II prendre part à un ùtA plus grands faits d'armes qui aient eu lieu dans la Péninsule durant le moyen âge ; il assiste à cette bataille de las Navas de Tolosa , que l'archevôaue Rodrigue raconte d'une manière si aramatiqueet que les historiens arabes eux-mêmes ne peuvent s'empêcher de mgnaler comme le début de la ruine de l'islamisme dans ces contrées si regrettées par eux (**).
Les années qui succédèrent à cette expédition guerrière furent signalées par des dissensions de famille , par des troubles de palais; le pape intervint, en employant la voie des censures ecclésiastiques ; le roi, en faisant m.archer des troupes. A la suite de ces luttes orageuses deux frères du roi, D. Pedro et D. Fernando, abandonnèrent le pays pour ne plus le revoir : le premier, après avoir servi Charles, roi de Léon, passaà Maroc, combattit quelque temps dans l'armée de l'empereur musulman, posséda tour à tour Urgel et Mayorque, et finit par devenir simplement seigneur de la eité de Segorbe; le second» après avoir
( * ) Le wom de Filla d,*Aviz laisse ais9ez voir «on éty Biologie. Ce nom lui vient, dit-oo, 4e «ertalos ointMix, qui se montrent en grand Mmltre âaM we environs ; les mstoriems s'en lieBMBft à cette eoorte indication.
(♦')Voy. les Mimmm 4a J^4ca4émie d(eM iciencea de Lùbonne,
épousé la fille de Femperear Baudouin, se distingua à Bonvines , fut fait prisonnier des Français, enfermé dans le Louvre, et fînitparaller mourir à Noyon. Etrange destinée de deux frères!
l'un commence ces relations avec l'Afrique qui se renouvelèrent plus tard dans des conditions si diverses ; l'autre vient en France, et il continue entre les deux pays ces rapports que les événements les plus orageux du moyen Age purent bien interrompre quelquefois, mais ne brisèrent jamais complète* ment.
Une lutte non moins vive agita les dernières années de ce règne. D. San* che avait voulu assurer en mourant l'avenir de ses deux filles, Théresia, la veuve du roi de Léon , et l'infante Dona Sancha ; mais il n'avait pas nettement défini la nature de leurs droits sur certaines concessions territoriales qu'il leur accordait ; on prit les armes , le clergé intervint ; les partis se calmèrent quand une portion des richesses laissées par D. Sanche eurent été consommées en hostilités désastreuses. « C'est ainsi
3ue fut apaisée pour le moment, dit juicieusement Scnœffer, une querelle de famille dans laquelle notre intérêt n'est excité ni par la prévo]^anoe du père , ni par la tendresse du frère, ni par la délicatesse des sœurs, ni par l'équité du juge (*). »
Ce fut sous le règne d' Affonso il, plutôt que sa sous direction, qu'eot lieu enl217lesiéged'Alca<^rdoSal. Aoette époque, une flotte composée de trois cents navires, commandée par Guillaume de Hollande et George de Wied, était partie des Pays-Bas et de la Frise pour aller reconquérir le saint sépulcre, à l'instigationdu papeHonorius (**). Cette armée formidable aborda Lisbonne pour réparer ses navires, et prêta un puissant secours aux prélats guerriers qui , joignant leurs euoitsaux ordres muitaires, chassèrent les Maures d'Aleaçar. L'histoire reconnaissante a consacré le nom de l'arehevéque de Lisbonne, D. Sueiro {***), au courageduquel on duten cette
f * ) Yoy. Misloire de Portugal^ trad. en firançaisiMirM. " ' "*
SoakiBge BocKn. ' ( ** >yoy. M. U Glay, HitUwn du comUs de
C'^'Brand&o, st Judicteiuemeiit exact, a
«îreenstaBee la eonquéte ée Vnne des places les plus importantes que les Maures eussent conservées dans la Péninsule.
Oette latte avec les Maures ne fût pas la dernière, témoin ta victoire d'ES vas, dans laquelle le souverain du Portugal triompha. Malgré la participation bien avérée de ce roi à plusieurs combats, un historien allemand, que nous aimons à citer, n'ose se prononcer sur la valeur réelle d*Aifonso II. Comme prince guerrier, Il est certain que l'obésité dont il fut afSIgé de bonne heure , et qui lui fit donner le surnom, de ÇordOt dut s^opposer à ce qu'il multipliât les expéditions militaires contre leç i^osulmans. Il y a un autre genre de gloire qu'on ne petit lui contester: il accorda des franchisa» à plusieurs communes, et dans les certes de Goimbre qui furent convoquées en 1211 , il promulgua plusieurs lois fondamentales, pleines de sages^ et d'humanité , dont le but Ait , comme on Fa fait remarquer, « d'assurer la liberté individuelle, la pro- « pHété, d'abolir des impôts trop lourds, « de régler les droits civils des citoyens, « d'éviter des jugements précipités dans « les affaires contentieuses , de fixer « les droits de l'Église et du clergé. »
€e fut précisément les restrictions Imposées a cet ordre puissant qui empoisonnèrent les derniers jours du fils de Sanche , et l'archevêque de Braga s'étant, en 1220 , dédaré défenseur des droits du clergé , Tanathème fut laneé contre lui. £n vain Honorius III intervint, l'excommunication fut renouvelée, et le roi l'emporta au tombeau. D. Affonso mourut à Goimbre , le 25 mars 1 22S ; il avait alors trente-huit ans accomplis, et il en avait régné douze. Un historien a caractérisé ce roi en rappelant que sa conduite fut en quelque sorte un anadirenismepour le temps où 3 vécut.
D. 8A9GHB II, SUBfTOMXé SAHGHO
CAPBLLo. — Le successeur d'Affonso II était né à Goimbre, le 8 septen^bre 1202. Dès son enfance il avait donné des preuves de faiblesse physique, et il était aisé de prévoir qjue cet arrière- petit-fils d'A ffonsoHenriquez n'hériterait pas de la fennelé que les hommes de cette race
MO«fé m*fl I^Ustt «i|M(^er ce non^ à celai
avaient montrée. Il ne Ait pas néanmoins, comme on l'a prétendu , complètement dépourvu de vertus guerrières , et son expédition dansfAlemtejo, en 1225, le prouve suffisamment. Il y marcha contre les Maures à la tête d'une armée nombreuse. Dès son élévation au trdne , il avait suivi une ligne de conduite complètement opposée à celle adoptée si courageusement par son père, et il s'était réconcilié. avec le clergé i oette démarcheeut pour lui les conséquences les plus funestes. On a dit avec raison néanmoins que ce prince aurait eu un règne dont l'histoire eût pu laisser passer les actes avec indifférence , s'il ne se fdt cas livré à une passion folle pour une fe^nme que la réprobation générale avait flétrie. Cétait cette Dona Mencia, fille de D. Lopes de Haro , dont les chroniqueurs ne se lassent pas de vanter rexquise beauté , mais aont ils rappellent aussi avec indignation la duplicité astucieuse. Ges tristes années dans les annales portugaises ne sont d'aucun intérêt pour l'histoire générale ; il faut se contenter de dire queD. Sanche^ livré à toutes les voluptés, devint Tesciave de ses favoris, que le clergé, favorisé d'abord, se crut ensuite opprimé, qu'il eut recours à Rome, et que le pape menaça bientôt le faible D. Sanche des censures ecclésiastiques. Un fait bien significatif d'aiUeurs se passa alors. Un décret, qu'on ne saurait attribuer à des idées prématurées de tolérance, autorisa les juifs à acheter certaines charges publiques. Ge fut sans doute de tous les actes de ce roi , celui qui excita le plus vivement l'indignation de certaines classes contre lui. La haine fut générale lorsqu'à l'instigation de Dona Mencia et des courtisans qui l'environnaient, ii eut fait peser des impôts énormes sur le peuple. Un savant portugais a fort bien résumé cette époque désastreuse.
Les grands avaient demandé le renvoi des ministres, mais la reine, (Ht M. Casado Giraldez, par gratitude pour les favoris qui Tavaient placée sur le trône, agit de telle sorte , que le roi manqua à la parole qu'on lui avait entendu donner à ses vassaux. Les nobles, indignés, se plaignent au pape, qui , après divers avertissements, lance un interdit sur le royaume. La ewiint^ fatee Wiai à pyo-
L'UNIVERS
mettre la réforme de tous lesabas, ^lais son amour pour Dona Mencia remporte encore. Les boitants d'entre Douro e Minho, las des vexations que la reine faisait peser sur eux, se lèvent, sous le commandement de Raymundo Viegas Porto, gouverneur du château d'Ourem; ilss'avancent vers Coimbre, où. le peuple se joint à eux, et ils arrachent du palais Dona Mencia, qu'ils emmènent avec eux. Le roi veut suivre,. les ravisseurs, mais il n'est point obéi, et Dona Mencia est conduite en Castille, où elle meurt sans avoir pu revoir son mari. Le faible monaraue ne change point de conduite.
Les éveques, les dignitaires ecclésiastiques travaillent d'un commun accord à opérer sa déposition et proposent d'élire à sa place son frère D. Affonso. Le souverain pontife est le premier à reconnaître ce prince, et il ordonne aux Portugais de se soumettre à cette décision pour éviter les censures ecclésiastiques.
Ceci se passait en 1244, et l'histoire nous a conservé les nomsdes grands du royaume qui vinrent porter à Lyon leurs plaintes devant Innocent IV. On voit figurer à coté de l'archevêque de Braga et de l'évéque de Coimbre, deux personnages appartenant à la haute noblesse; et, dans cette circonstance, la présence de Ruy Gomez Briteyros, celle de Gomez Viegas prouve l'alliance bien positive qui avait été faite par la noblesse avec le clergé, pour déposer le roi. Le troisième corps de l'État, (}ui dès cette époque prenait une certaine consistance politique, fut plus fidèle; et s'il y eût eu ombre d'énergie chez D. Sanche Capeilo {*), dont le surnom, du reste , semble dénoter lés habitudes oisives, il eût pu trouver dans les membres des communes, quiseconstituaient alors , des défenseurs tels que tout eût ployé devant lui.
Un fait essentiel à remarquer, c'est que ce fut à Paris que le vicaire de D. Sanche, le régent du royaume si on l'aime mieux , jura devant les envoyés portugais les conditions qui lui furent imposées. L'infant D. Afronso, appelé par unefaction à gouverner le Portugal, était , par le fait de sa femme , la cornet) D. Sviche au Capaohon.
tesse Mathilde, comte souverain de Boulogne. Né en 1210, marié en 1235, ses habitudes devaient être toutes fran- ^ çaises, et il est facile de reconnaître par ' les actes ultérieurs, Tinfluence qui résulta de ce long séjour dans le pays qu'il avait d'abord adopté.
Ce fut un dominicain, F. D. Gil , qui fut chargé de présentera D. Sanche l'acte de sa déposition. Le pape n'avait rien négligé pour assurer l'exécution de cette décision suprême , que l'énergique Augustin Liano qualifie, dans son âpre langage, comme le font tous les esprits indépendants (*) ; ce furent les moines de Saint-François qui se trouvèrent chargés d'accomplir le grand acte de la déposition. En dépit des précautions adoptées par Innocent IV, rien n'eût été perdu pour un roi qui comptait parnu ses vassaux fidèles des âmes persévérantes dans leur héroïsme, comme un Martim de Fi'eitas et un Feman Roiz Pacheco, Sa mollesse dans la résistance amena son excommunication, et il faut répéter ici les paroles de l'écrivain dont le nom est venu naturellement se placer sous notre plume à propos des prétentions de Rome :
« Sanche , après avoir fait quelques efforts que l'influence du pape rendit inutiles, trouva plus commode de sanctifier sa fainéantise ; » il se retira en effet à Tolède, où il devait bientôt mourir.
D. AFFONSO m.— Ce fut en l'année 1248 , c'est-à-dire quelques hiois après avoir prononcé le serment qui fut exigé de lui à Paris, que D. Affonso entra en Portugal, avec le titre de Regedor. Dès son arrivée , il put voir , à la froideur du peuple et à la résistance de quelques grands vassaux, combien sa présence était encore peu acceptée ; et Fernand Lopes fait remarquer avec raison que le petit-fils du comte de Boulogne lui-même est le premier à flétrir d'une note d'infamie la conduite de Sueiro Bezerra et de ses fils , qui remirent sans être assiégés les forteresses Qu'ils gardaient pour D. Sanche au pays e Beira.
Toutes les sympathies des vieux écrivains sont, au'contraire, acquises à ces deux modèles de la loyauté portugaise,
(*) Répertoire de Vhisti»re et de la Uttém" ture d* Espagne et de Portugal, 1 1.
que le Camoens a célébrés eii de si nobles vers et qae Duarte Nuuez de Liâo a éternisés en faisant simplement le récit de leur action. L'un, Fernand Roïz Pacheco, qui commandait àCelorico, dans' le paysdeBeira, sut faire lever Je siège du cnâteau qu'il commandait en employant un stratagème que la légende a sans doute embelli ; l'autre , Martim de Freitas , ayant prêté serment entre les mains de D. Sanche comme alcaïde du château de Coimbre, jura de défendre cette forteresse jusqu'à la mort, à moins que le roi lui-même ne le relevât de son hommage. Ce fut en vain que D. Affonso fit endurer au noble vassal toutes les privations d'un siège, dont un écrivain du moyen âge peut seul peindre l'horreur, l'alcaïde fut fidèle à D. Sanche par delà le tombeau : lorsque ce roi , dépossédé, mourut à Tolède en 1246, Martim de Freitas ne se tint pas encore pour allégé de son serment; il quitta secrètement la forteresse de Coimbre, et il se rendit en Espagne pour savoir la vérité. Mais rien ici , sans aucun doute, ne peut remplacer le récit du vieil écrivain (*).
« Don Martim s'en alla à Tolède ; et bien qu'il sût de tous comment le roi don Sancho était mort, bien qu'on lui montrât le lieu où il était enterré, cela ne le satisfit pas. Pour avoir plus de certitude , il nt enlever la pierre qui le recouvrait, et (juand il eut vu que c'était bien lui , on dit que devant nombre de témoins il voulut accomplir en tout les promesses de l'hommage : il mit les propres clefs de la forteresse au bras droit du roi don Sancho ; puis, tirant de ce fait un acte public , dressé par des notaires dont il avait requis la présence , il fit fermer la tombe.
« De retour à Coimbre, il entra de nuit et en secret dans le château ; ce fut de là que le jour suivant , au matin , il envoya dire au comte , déjà reconnu pour roî, qu'il vînt recevoir le château; que lui don Martim de Freitaspouvait le lui
(*) Voy. Primeirapartedaschronicas dos Reis de Portugal, reformada&pelo licenciado Duarte Nunez de LiOo^ Desembargador da CasA datupplicacOp, Ëm Lisboa, 1774, 2 vq). io-4. La 2e partie a été imprimée en 1778. 2 vol. in -4.
Ce fragment est extrait des Chroniques chevfileresqtLes d^ Espagne et de Portugal, p. 79 et 80.
2® Livraison. (Portugal.)
remettre. Le roî s'en fut à la forteresse , et ce fut l'alcaïde lui-même qui alla ouvrir. Alors, prenant sa femme et ses enfants par la main, il les mit dehors , en disant :
« Laissons ce château à qui il appar- « tient. »
a Puis, mettant un genou en terre devant le roiet tenant les clefs de la place, il les éleva , et dit :
« Sire, puisqu'il a plu à' Dieu que « don Sancho, votre frère, soit mort, « prenez vos clefs et votre château . Doré- « navant,je vous tiendrai pour roi; et en « même temps il montra à Alphonse les « écritures qu'il avait fait faire à Tolède, « pour son honneur et sa décharge. »
« Un gentilhomme, qui était là présent, l'interrogea, disant pourquoi il ne demandait pas pardon au roi de tous les ennuis qu'il lui avait causés, et du tort qu'il lui avait fait, en laissant tuer et blesser tant de monde , et en déniant pendant si longtemps à son souverain l'entrée d'une place qui était à lui.
« Et comme don Martim de Freitas voulait s'excuser et montrer que chose semblable ne devait pas être attendue de lui , le roi vint promptement à son aide , disant que don Martim n'avait point à demander pardon, qu'il n'avait pas commis de faute , mais au contraire
Sue son action courageuse était digne 'un bon chevalier et d'un loyal gentilhomme ; qu'en mémoire de ce fait , il lui rendait le château, pour que lui et ses descendants le gardassent, sans que lui ni ses successeurs fussent contraints au serment de fidélité.
« Don Martim répondit au roi qu'il tenait cette offre pour grande courtoisie , mais qu'il ne l'acceptait d'aucune manière que ce fût , et qu'il lançait sa malédiction à ses fils, à ses petits-fils, à tous ses descendants , si pour un château ils venaient à faire hommage à roi ou atout autre individu.
« Voici ce que c'était que la loyauté portugaise. »
Don Affonso avait après tout autant d'énergie que son frère avait montré de nonchalance. 11 ramena bientôt la paix intérieure, et il profita de ces moments de répit, toujours si rares durant le douzième siècle, pour édifier des monu-
is
L'OKlVmS.
ments tiublics et entourer de rtinraillea quelques villes. Il fonda certaihes foires exemptes dé droits, qui devinreht le cen* tre d'un commerce actif; il appela deâ étrangers qui ravivèrent l'industrie; enfln , comme on Ta très-bien fait observer, il détermina le prix de for, de l'argent et celui des autres métaux.
CONQUÊTE Dt KCYAUME DES ALGAB-
VES. -— La grande affaire politique de D. Âffonso paraît avoir été néanmoins la conquête des Algarves. La manière dont ce petit royaume tomba entre les mains des chrétiens est sans doute un curieux épisode historique ; nous regrettons encore ici que les bornes de cette notice nous contraignent à nous restreindre en abrégeant le récit. Lenomd'Algarve signitie proprement le pays situé vers rouest; on a dit avec raison que sous cette dénomination générale on dési-
fnait en d'autres temps une contrée inniment plus étendue. Dès 1189, après la prise de Sylves , Sanche avait adopté le titre de roi des Algarves; les victoires des Maures l'avaient contraint à cesser de le porter. Les guerres partielles contre les musulmans de ce pays n'avaient pas discontinué, et un brave chevalier, Payo Perez Correa, s'était plus d'une fois distingué dans ces Algarves contre les Maures. Il avait été nommé grand maître de Tordre de Santiago en Castille; mais il était Portugais, et lorsque D. Affonso ^ en 1249, songea à renouveler la guerre contre les Maures des Algarves, ce fut à lui qu'il s'adressa (*). Cette première expédition, combinée par terre et par mer, eut les résultats qu^on en attendait, la ville de Faro se rendit promptementaux Portugais, et les Maures qui en formaient la population n'exigèrent, pour se remettre entre les mains des chrétiens , que la conserva^ tion de leurs propriétés et le libre exercice de leur culte.
On remarque dans l'histoire de la conquête des Algarves un récit tout chevaleresque, dont l'authenticité est bien avérée et qui a quelque rapport avec cette
(*) Daûs la Jolie villR de Tavira oo volt encore aujourd'hui un tmste en pierre qui tet liné depuis plusieurs siècles dans la muraille à Tan- ;ie d*uae place. La tradiUon veut que ce soit
portrait du conquérant des Algarves.
f oy. ta im mAAvl Joucoal finUnlé O PHir
chroniqde des sept en&tnts de Lara , que
l'histoire moderne , un peu trop sceptique selon nous , rejette parmi les légendes. Une trêve avait été conclue entre les Maures, et les dirétiens et ces derniers vivaient sans déûance au milieu des populations musulmanes des environs de Tavira y lorsqu'il ))lut à six jeunes chevaliers portugais d'aller prendre le plaisir de la chasse : ils furent indignement attaqués par les Maures, et pendant quiis luttaient avec une vaillance héroïque , an marchand chrétien qui traversait la contrée courut à leur défense, après avoir distribué entre ses compagnons les marchandisesqu'ils portaient au pays des Maures. Les sept chasseurs périrent tous; mais la lutte fut digne de ces temps chevaleresques, et les immortalisa. Payo Correa sut bientôt cette indigne trahison (*) , et il alla venger les sept chasseurs. La charmante ville de Tavira tomba au pouvoir des chrétiens. Une telle perte acheva de ruiner le reste de puissance que les musulmans avaient conservé dans cette partie de la Péninsule. Plus tard on donna au grand maître de Sant-Iago une tombe dans la mosquée, qui avait été convertie par lui en église. Il y repose encore près des braves chantés par Camoens (**).
Une ^rave discussion historique s'est élevée au sujet de la conquête des Algarves : on a prétendu que le Portugal devait hommage à la Castille
{)our ce fief. Dans ces derniers temps, e savant Scbœffer a fort bien prouvé que l'Espagne avait laissé exécuter librement les conquêtes qui incorporèrent ce pays au Portugal. Il resuite d'ailleurs des recherches précises de D. Joseph Barbosa et de quelques autres écrivaitis que, de 1253 à 1264 , les rois de Castille furent si millement usufruitiers de l'Algarve; à cette dernière époque , le droit qu'ils exigeaient à titre de suzerains , se convertit en un Secours de cinquante lances , dont le
(*) Voy. à ce sujet une curieuse chronique, dans Pouvrage intitulé : liiemorias de litteratitra, 1. 1,
(**) Voy. la 2me série du Journal publié à Lisbonne soos le titre d'O Panorama, hc grand mnltre avait été d^abord enterré en Castille, dans la capitale de sa maltriise; U fut transporté à Tavira.
PO]|TU0At.
la
POrtogil defiil aia«r la Gastiae m cas de fiéeessité« Darant l'année 1267, oomtne on le verra plus tard , œ dernier droit fut abolii
Lee historiens, qui ont tous une même opinion pour reconnaître à D. Affonso III le courage et la fermeté d*un grand roi , sont aussi d'un avis unanime lorsqu'il s'agit de qualifier sa conduite à r^ard de sa première épouse. Soit goe Mathilde, comtesse de Boulogne, idt déjà avancée dans la vie et se trouvât dépourvue de eharnies à ses jeux i soit qu'il craignît de ne pas avoir d'héritiers auxijuels il pât transmettre la couronne, il épousa, vers 1233, cette Bona Brites, fille illégitime d'Alphonse le Savant, que l'histoire nous représente comme une épouse si dévouéeet comme une fille dont la tendresse généreuse ne manqua jamais au roi , que ses autres enfants abreuvèrent de dégoûts. Lors« qu'il s'était mis en mesure de former cette union, Affonso III n'avait pu obte^ nir que la' première fût rompue; les cem sures ecclésiastiques furent nécessairement iaiïeées contre lui ; la lutte ora* geuse que souleva Texcommuoication ne cessa qu'à l'époque où Mathilde quitta la vie. Alors seulement Urbain lY put lever l'interdit qui pesait sur le royaume, en délivrant les dispenses nécessaires pour légitimer un mariage qu'on avait contracté contre les lois de la morale et de l'Église. Quant à la comtesse de Boulogne , son âme généreuse avait longtemps à l'avance pardonné, et son testament contenait un legs Considérable en faveur de l'époux ingrat qu'elle avait bien pu traduire devant le tribunal de l'Église , mais qu'elle n'avait jamais Cessé d'aimer*
Liafio, qui flétrit la conduite d' Affonso III en ce qu'elle a de blâmable, mais qui reconnaît les grandes qualités de ce prince ainsi que ses belles institutions, rapbelle aussi que c'est à son règne qu'il tant remonter pour trouver la véritable origine de cette belle luigue portugaise à laquelle il rend une éclatante justice malgré sa qualité de Castillan {*), Ce fut aussi une époque mé-
(*) Lé OtmèUttuirG et» ffobrtt, publié nar
faire remonta au douzième siècle; mais la langtifltlè'jptéafléeaMéière peétttt<iM|«'ei]e a tou<
morable pour le déveIo|)pemeht dés droits municipaux, si biefli qu'on voit marcher de front et le mojivement intellectuel et le sentiment d'une forte indépendance créant des droits à la nation.
D. Affonso m mourut à Lisbonne, le 16 février 1279, à soixante-neuf ans , après trente-deux années de règne. Son corps fut déposé d'abord dans l'église de Saint-Dominique; en 1289, il fut transporté à Alcobaça {*).
OBOANISATION DES GOMMUNBS BN
POBTUGAL. ~- Ce point historique, dont se préoccupe aujourd'hui si vivement ^l'Europe, est d'ordinaire si absolument étranger aux vieux écrivains de la Péninsule , il répugne , pour ainsi dire , si complètement à leurs sympathies qu'il nous serait peut-être aujourd'hui impossible de l'aborder, si nous n'avions sous les yeux le travail plein de lucidité et de vues neuves , publié tout récemment par un jeune écrivain dont le Portugal s'honore. Nous lui emprunterons quelques passages , avec le regret de .ne pouvoir le suivre longtemps dans ses considérations éminemment originales (**).
« Lorsqu*on s'occupe de la classe populaire dans notre pays, dit-il, aucuns documents à coup sur n'offrent un intérêt égal à celui de ces chartes de communes, qui en Tor^anisant lui donnaient une existence politique, et qui, en réalité, la convertissaient en élément social. Là se trouve Torigine de l'énergie toujours croissante du tiers état ; de là s'échappa la semence impalpable qui,naissant et végétant au milieu des orages de l'humanité, des transformations subies parla nation, produisit au bout de six cents ans l'arbre robuste de la liberté. Les parchemins noircis par le temps sur lesquels furent écrits dans un langage toujours barbare,
|oon conservé qu'à F^^ue où Alonso El Sablo pat écrire en galicien, ou^ sionTalme mieux, eu portugais, ses Louanges en Thonnear de lasainte vierge. Voyez Argote de Molina, Noblexa de Andaluzia. Voy. également aor la formation de la langue portugaise un excellent morceau de Joflo Pedro lUbeiro, DisseriacOei ekroHologieaa criHrûs.
{*) Cette tombe fat ouverte au seizième siècle, et l'on fut frappé d'étonnement , à la me des restes d'Affonso Itl, U avait IS palmes de long.
<*^> M, ifercplaoc.
LTJNIVËRS.
et parfois inintelligible , les privilèges de rhomme de travail, forment un des plus saints monuments du pays. C'est là que se trouve notre blason à nous fils du peuple, ce sont nosUvres de lignage, influents et nobles aujourd'hui, parce que dans le travail doit se trouver aujourd'hui la première noblesse, ou que du moins cela devrait être ainsi. Il nous faut donc les étudier avec une volonté
sincère L'étude du caractère de
ces communes ( concelhos ) dans leur enfance et dans leur jeunesse , utile et morale pour la connaissance que nous cherchons, est en outre innocente : leur existence , leurs luttes , Faction publique exercée par elles, tout cela est chose morte ; c'est de l'histoire ; et il en est de même de ces monastères qui furent longtemps, on nous permettra l'expression, les municipes de la société intellectuelle, le grand instrument du projet de Tordre dans le monde des idées. Aussi l'antique conciHum de nos aïeux a-t-il fini, parce que, semblable au pouvoir monastique, il a cessé d'avoir une valeur sociale. Entre la nature de la municipalité moderne limitée dans sa courte action administrative et celle des municipes fondés vers les premiers temps de la monarchie, les relations qui existent ne vont guère au delà de l'identité que
présente le nom La commune,
comme le moyen âge l'avait conçue et l'avait créée, serait une monstruosité impossible, et ceux qui imagineraient de la rétablir danssesattributions, ou même de lui rendre une partie de l'importance qu'elle eut jadis, devraient, pour être logiques et lui donner une signification, rétablir aussi les formules féodales ou barbares qui par leur juxtaposition lui imprimaient la couleur, la vie, le relief, la valeur sociale.
«Nous avons vu la société portugaise s'étendant, dès sa première origine, hors des conditions communes des autres sociétés au douzième et au treizième siècle. En ce qui touche les relations mutuelles que les diverses classes avaient ensemble, et principalement en ce qui concerne ces relations à l'égard du pouvoir royal, nous lui avons vu fuir les règles féodales. Quelle fut la cause de ce phénomène? La même qui produisit une situation analogue dans le pays
de Léon et en Castille. Développer ce point , l'expliquer , ne saurait être ici notre but, c'est l'objet d'un travail plus vaste. Il suffira de dire que cette cause eut sa source dans la tradition visigothique , qui ne s'éteignit jamais en Espagne, et que cette tradition n'était pas féodale , parce que l'invasion des Arabes au commencement du huitième siècle ne donna pas le temps voulu pour que le svstème bénéficiaire se transformât en féodalité dans la Péninsule , comme il se transforma dans le reste de l'Europe romano-gernianique ; et c'est là que gît exclusivement le motif de l'exception offerte par la société portugaise dans son caractère primitif.
« Mais cela veut-il dire que l'Espagne centrale et occidentale, et surtout cette portion de territoire qui nous regarde particulièrement, demeura exempte des influences de la féodalité? Non certainement; cela n'était point possible : les relations avec les (M)pulations vivant au delà des Pyrénées s*étaient accrues peu à peu dans la monarchie léonaise. Au temps d'Alphonse VI, les liens mutuels des deux sociétés espagnole et française se resserrèrent beaucoup plus. Ce prince célèbre vivait entouré de chevaliers uitramontains. Les évêchésetles chapitres d'Espagne se remplirent d'hon)loes appartenant à la race gallo-franque. Il y a même des raisons pour croire que quelqu'un des dialectes de la France méridionale finit par devenir la langue parlée à la cour de Tolède. Gluny nous envoya ses moines, et introduisit parmi nous les idées d'indépendance absolue.
En ce qui touche le clergé, il fit plus ; il eut la force d'altérer les formules du culte en changeant le rite des Goths. Le territoire qu'eut à gouverner D. Henrique nef ut pas le plus mal partagé dans cette espèce d'invasion.... Sous le règne de son fils, l'influence gallo-franque reste pres-
2ue la même , et s'accroît de l'action 'autres peuples du nord.- Les croisés, qui touchaient dans nos ports, en poursuivant leur voyage vers la Palestine , aidèrent à D. Sanche 1^^ à conquérir de grands foyers de population sur les Arabes ; ils nous laissèrent, selon la coutume, des chevaliers notables, des clercs, et jusqu'à des colonies provenant des
populations d'au delà des Pyrénées.
Tous ees élémeuts nous apportaient des semences de féodalité, et le terrain, jusqu'à un certain point, était préparé pour la recevoir , parce que beaucoup des causes qui Tavaient fait naître et se consolider existaient parmi nous. Aussi la féodalité , sans pouvoir jpénétrer au cœur de l'arbre social, s étendit-elle toutefois autour de Taubier. L'idée du fief se généralisa dans la Galice et en Portugal , comme nous voyons aujourd'hui se généraliser parmi nous les idées étrangères en politique , eu administration , en littérature , d'une façon nébuleuse et confuse. »
Après avoir prouvé avec ce rare talent d'exposition comment la noblesse sut faire tourner à son profit cette disposition nationale , et comment elle s'ap propria, dans le principe de la féodalité, ce qui devait étre.àsa convenance , sans pouvoir néanmoins anéantir complètement l'influence visigothique (*), M. Hercolano passe à l'examen du concelho ou de la commune :
« Dans l'institution des concelhos portugais, durant la première époque de notre histoire, il y a deux faits capitaux qui caractérisent l'individualité municipale et la distinguent delà commune des pays centraux de l'Europe : le premier de ces faits, c'est que le concelho, dans son organisation mtérieure , était en quelque sorte l'image réelle de la société, dans laquelle elle représentait une unité morale ; le second fait, c'est que cette organisa tîpn était essentiellement féodale.
Dans ces deux faits combines se résume l'aspect de l'antique municipe portugais ; par eux s'explique son économie intérieure, aussi bien que ses relations avec le roi et les autres corps de l'État.
R Dans le commun de ces chartes municipales (foraes) nous trouvons consignée l'existence de trois classes distinctes, les cavaliers {milites cabcUari), les clercs {clerici)^ les peons (pedones),...
{*) M. de Saint-Hilairef après avoir examiné rétat de la féodalité en JSspagne, i^oute, en parlant des lois qai la régissaient : n Ce qui leur manque, en Espagne plus qu'ailleurs, c^est la garantie de la durée dans la dépendance , sans laquelle aucune obligation n'encbaine le vassal,
âui peut à tout moment rompre ses liens en Rangeant de seigneur. » Yoy. Hist. d'Espagne, t. y, p. 496. Cette phrase peut s'appliquer au PorlugaL
Dans leur relation des unes avec les autres ces trois classes représentent les trois degrés selon lesquels se divise la société générale. Une dénomination commune les unit toutefois et les nivelle; une seule parole raopelle à ces trois parts de la hiérarchie qu en présence de la noblesse et du haut clergé elle se confond en une seule classe. Villôes {FiUani) est le nom écrit indistinctement au front de toute cette plèbe. »
OHGANISATION HI£HA.aCHIQU£ DU BOYAUME A L'OAIGINE D£ LA MONAR- CHIE. DIGNITES. — Pour bien comprendre l'histoire primitive du Portugal, pour en saisir l'ensemble, après a voir jeté un coup d'œil sur la formation des communes, il faut nécessairement s'initier au système hiérarchique aue le fondateur de la monarchie trouva établi et que ses successeurs modilièrent ; de même qu'il a fallu embrasser par un rapide coup d'œil l'influence que le pouvoir ecclésiastique avait conquise dès le douzième siècle.
Si l'on consulte attentivement les chroniqueurs de la première période, on s'aperçoit bientôt que le système hiérarchique en vigueur sous Alphonse YI était à peu près le même pour le Portugal que pour le reste de la Péninsule; les modifications importantes ne se font sentir que vers le treizième siècle ; et à cette époque même, où le roi D. Diaiz encore enfant obtient de son aïeul l'entière allégeance du royaume, l'empreinte primitive reste profondément gravée dans les institutions. Les modifications que l'on peut même signaler, ne sont pas d'une telle importance qu'elles établissent entre les deux monarchies un Sj^stème profondément tranché qui les sépare par les institutions comme elles sont séparées désormais par la politique. L'ordre hiérarchique auquel se trouve soumis le Portugal conserve jusque dans les dénominations attribuées à ses dignités, à ses offices, je dirai même à ses emplois secondaires , une preuve positive de l'affinité qui exista d^abord entre les institutions des deux pays.
Nous ne dirons donc rien ici des Riicos-homês , des InfançOes, qui exerçaient leur pouvoir au premier temps de la fondation du royaume; nous nous tairons également sur les deux ordres de
ï-IIÏfïYBIlS.
chevalerie . dont Sauta Rosa de Yiterbe â si bien défini hn privilèges ; nous ne nous étendrons pas davantage sur les titres purement nobiliaires; mais nous ferons connaître avec quelque détail certaines dignités particulières à la couronne de Portugal , ou empruntées par eUe aux contrées limitrophes, parce qu'ordinairement ces faits curieux sont omis par les historiens , et que de cette ignorance absolue découlent plusieurs erreurs.
Parmi les offices de la maison du roi, on resarda dès Torigine comme le premier de tous celui des morchmo mor, que sa dénomination propre fait assez connattre, et oui procédait originairement des rois (le Léon, puisqu'on le voit employé dans les monuments historiques qui viennent de ce pays deux siècles avant la naissance de la monarchie portugaise. Durant la première époque , il était désigné tantôt par l'expression de malordomus^ tantôt par celle de dapifer; et il arrivait souvent aussi qu'on employât une périphasepour exprimer plus complètement la dignité de celui qui en était revêtu. C'est ainsi que dans les premiers actes on voit le mordomo mor appelé dispensator domus regix, princeps curiae ; cornes pa* latU,
Outre ce premier office , essentiellement attribué au service du palais, on en voit dès cette époque beaucoup d'autres qui se conservent encore de nos jours; telle est la dignité d'esmoter mor, ou de grand aumônier , celle de reposteiro mor^ ou de surintendant des ameublements, qui ne se montre néanmoins que sous le règne d'Affonso II vers 1217; viennent ensuite le meirinho mor, qui avait dans ses attributions tout ce qui regarde la justice; le monieiro mor, qui s'occupait exclusivement des chasses royales; lefaleoeiro wor, ou grand fauconnier; fe copeiro mor^ ou grand échanson , puis le cevadeiro mor, dont l'office ne trouvait guère d'analogue parmi ceux des autres cours, puisque ses fonctions consistaient surtout à surveiller Tapprovisionnement de toute l'orge que 1 on consommait dans les écuries royales (*). L'office de chancel-
(*) Oq trouve ce tttre employé dès 1223; et C9mmoprevive^«rimportaoceqa*OD y attachait,
lario venait en dernier lieu, et c'était cependant un des emplois les plus im« portants affectés au servioe de la eou* ronne, puisque celui qui en était revêtu se voyait considéré comme le premier magistrat de laeour. et que c'était de lui qu'émanaient les cnartes données aux villes. Le titre de oonselheiro n'était pas, dès cette époque, l'apanage d'un seul individu; mais il était accordé à un grand nombre , comme il est fecile de s'en convaincre en lisant divers documents du treizième siècle.
Si quelques-uns des titres que nous venons de désigner ont survéou, on peut dire qu'il y en avait à cette époque plusieurs dont la dénomination a disparu deftuis longtemps; tel était, entre autres, 'office i mportant d'Mcrirdfo cfa pttTidade (*), dontlesattributions de secrétaire intime peuvent donner, jusqu'à un certain point, une idée exacte; tel était encore celui de covilheiro f *) da rainka e da infante, dont le titre de grand maître de la garde-robe ne donnerait qu'une Mdée imparfaite; tels étaient pareillement l'office de parceiro mor^ appliqué à la surintendance des constructions royales, et celui de guarda mor, qui répondait jusqu'à un certain point à l'em- {)loi de capitaine des gardes. Nous signaerons encore leppusadeiro^ le maréchal des logis; Veyckâo (**♦), qui présidait au service de la table; l'éohanson ou es* cansào\ le saguiteiro, qui ^avait sous sa garde la saquitaria, ou, si on l'aime mieux , la salle dans laquelle se déposait le pain ; Viguador, le fruteiro, Vartnteiro (****). Mais, comme le fait très4»ien
il est bon de se rappeler qa*On le voit ani , en 1303, à roffice de trésorier da roi, entre le» maios de Pedro Salgado.
( * ) te mot puridade vent dire littéralement secret, caché ; les fonctions A*escrivâù da pu^ ridade ne se bornaient eependant point h dépécher les ordres secrets du roi*
C*'^) Cemot yieot de cubiculum. Les covllheiras de la reine et de Tinfante s*occapaient non« seulement du coucher, mais encore du Unge , de« vêtements , et des divers objets indispensables à la toilette de la reine et'à ceHe de ses filles.
(***) On trouve écrit dans les vieux Utres eicham, ickOo et ucMo,
(**»*) M. GaeUno do Amaral dit gue Tlndicatlon de ces trois ofUces est bien Urée de chaite^ du temps de D. Diniz, mais qu'il serait oiseux de se perdre en conjectures sur les emplois qu'ils désignaient. Je rappellerai en passant qu*ou désigne en Portugal sous le nom a^annio un raisin blaoo fort e»ttmé » aveo Icaofl 90 faiMU un vin
PORTUGiX*
obs^rFerle mvimt aucp^f^l nov9 empruntons plusieurs renseignements, ces titres n'admettaient point répithète de mor^ qui constituait une valeur honoriQque réservée à certains emplois. Il est bon aussi de faire remarquer que les offices regardés comme étant d une moindre importance, donnaient droit ^\i titre de homem delrey. Les ecclésiastiques attachés à la maison royale et rem-»
plissant les fonctions de notaires prenaient eux-mêmes le titre de clerigos del rey. On désignait sous le nom Œ(h vençaes (*) les serviteurs d'un ordre subalterne chargés de Tinspection ou de la garde des approvisionnements, et encore présentaient-ils entre eux des traces de hiérarchie. Telle était en somme , avec ses diverses attributions , la classe peu nombreuse qui environnait la couronne et qui formait, par ses prétentions incessantes , une sorte de contre-poids ou, si Ton aime mieux, un principe de résistance aux prétentions d affranchissement populaire qui commençaient à se développer.