‹ PortugalChapitre 21 sur 42 · AMBASSADE DE D. MANOEL AU · texte numérisé non relu

AMBASSADE DE D. MANOEL AU

PAPE. — Dèsles premiers moisde l'année 1514, le grand projet de Joam II avait reçu son accomplissement; cette pensée dont il avait poursuivi l'exécution avec tant de persévérance , d'adresse, d'éner-

§ie, était réalisée , le commerce des Inès échappait à Venise ; désormais, il ne restait plus qu'une chose à faire', il s'agissait seulement de prendre acte de possession à la face du monde chrétien; c'est ce qui fut compris à merveille par le nouveau roi, ami du faste , habile surtout à tirer parti des circonstances, capable d'ailleurs de faire tourner au profit du pays qu'il gouvernait les nouvelles tendances du siècle, qu'il devinait

{*) Ces premières expéditions sont racontées d'aoe manière a&sez détaillée dans l*oavrage si élégamment écrit d^aiUeurs d'Argensola, qui a donné, comme on sait, une histoire complète des M olaqaes , traduite eo français par Jacques Desbordes. Nous ferons observer toutefois que les noms portugais ont subi une étrange altération dans ce livre, et qu*oa a resUtoé id leur véritable orthographe.

MO

L'UmVERS.

nieox pevU-étre qm Iobb tes Autres- «QMirerams. Une ambassade à Rome fut réselae, et il fut résolu aussi qu'elle s^ rait digne en tout de la grande nouvelle qu'on allait annoncer : elle devait effaœr par son faste, par siss poétiques magnifieences, tout ce que ItoBie avait vu jusqu'alors en ce genre*

L'homme que D* Manoei cboîsit pour le Ireprésenter auprès du pape , était un de ces seigneurs teHi a«e le Pmtugal «Q foëraissait alors , un nonune , coautie disait le poète S'a de Miranda, d'un seul visage et d'une seule parole. Triaam da Ckiaina reçut le titre d'ambassadeur extraordinaire près le saint siège; il était secondé par son fils , Nuno da Gunha,

3ui devait acquérir tant d'illustration ans ce pays dont on allait proclamer les merveilles. Simâo et Pero Vaz da Cuuha accompagnaient également, avec une suite nombreuse de gentilshommes, le noble représentant de leur.iamdie. Diogo Pacheco , Joâo de Faria , que l'omcomptait parmi les hommes les plus instruits de oette époque, avaient également reçu le titre d'ambassadeurs.

Le i^ mars 1514 était le jour que le souverain pontife avait choisi pour la réeeption de cette mission sainte. Vers deux heures après midi , les ambassadeurs sortirent du palais du cardinal Adrien; ils étaient précédés d'un nombre infini de musiciens richement vêtus, montés de superbes chevaux; les trompettes, les joueurs de càalemie, les timbaliers ou roi faisaient retentir les nirs de ces mélodies espagnoles auxquels répondaient les musiciens du pape.

Trots cents mulets richement caparaçonnés suivaient immédiatement ; ils étaient chargés de tapis des Indes et de riches soieries ; trois cents serviteurs vêtus de magnifiques livrées les conduisaient par la bride. Venait ensuite le roi d'armes de D. Manuel , vêtu d'un manteau de drap d'or sur lequel brillaient les armes de Portugal, qu'entourait un cercle.de perles et de rubis; à la suite se présentaient immédiatement cinquante gentilshommes à cheval , vêtus de brocart et portant des chapeaux littéralement couverts de grosses perles et de cette semence perlière qu'on désignait sous le nom d'Mjo/ar ; rien n'égalait la richesse de leurs ooUiert, «t tel

était le iuxe ésa êquit^BMaf» que les mors des ehevaiB, et jusqu'aux étriers, étaieilt d'or massijC» enriofais de pierreries d'une haute vAleur. Bleus ne dirons riesi de la suite isaonibrabJe de eerviteurs qui accompagnait cette armée de gentilshommes^ commu dit un vieil historien; ce qu'un reinarquait surtout c'était uu éléphant fndieti venu de Goa. Cet animal gigantesque portait le coffre renfermant les présents quq D. Manuel envoyait au pape; un drap tissu d'or aux armes royales recouvrait les ornements dont il était char|;é et descoulait jusqu'à ses pieds. Le naïre cfui le eoninisait était vêtu d'or et de soie. Un cheval perse d'un haut prix, que le roi d'Ormiiz avait envoyé à son nouvel allie , suivait immédiatement, il était monté par un chasseur portant en croupe une de ces panthères agiles que les Persans savent si habilement dresser à la chasse des antilopes. Le seigneur qui représentait l'empire germanique, les ambassadeurs de France, de Castille, de Pologne, ceux qu'avnei^ envoyés, à regret sans doute , Venise, Lucques et Bologne, vinrent, ainsi qu'un frère du duc oe Milan et de nombreux prélats, au-devant des envoyés portugais. Si Ton ajoute à ee pompeux cortège la suite des cardinaux, les Portugais ecclésiastiques et séculiers qui se trouvaient alors à Rome , on aura une idée de la foule brillante qui s'était jointe à l'ambassade. Quant à la multitude qui était aooourue des divers quartiers de Rome et même des campagnes, elle était si compacte, qu'après avoir encombré les rues et les places , elle avait reflué jusqu'au sommet des édifices. Il devhit même indispensable que ta police accourût pour frayer un passfi^ a Tristam da Cuntia et à sa suite. C'était au château Saint-Ange que le pape s'était transporté avec les eardiuaux pour recevoir l'ambassade ; aussitôt que le cortège fht parvenu devant cet édifice , une triple décharge d'artillerie le salua, les trompettes, les charamelles , les timbales , se naêlèrent aux erisconfuss'élevant dutiein de oette multitude, on entendit mille exclamations en l'honneur du roi de Portugal. Lorsque l'éléphant fut ^rvenu devant le pape, | obéissant au commandement de isa

naire, il fit trois génuflexions; et, Mpîrant par sa trohipe une énorme quantité d èau de senteur qui avait été préparée pour cette circonstance, il en aspergea le saint-père^ainsi que le sacré collège; puis, continuant ces étranges évolutions , il fit pleuvoir une rosée parfumée sur la roule qui Tentourait.

Depuis le temps de Fempereur Frédéric, époque à laquelle un magnifique éléphant s'était fait admirer des citoyens de Crémone (* ) , Tltalie avait été probablement privée de ce curieux spectacle. Aussi le gigantesque animal eut-il les honneurs de la journée ; la panthère elle-noéme et ses exercices furent mis de côté , bien que , selon les récits contemporains, le gracieux animal montrât une rare agilité.

Le présent que le souverain portugais envoyait au pape consistait dans un ponHJtcal entier de brocart , brodé iians toute son étendue de magnifiques pierreries , aussi variées par leur éclat que par leur couleur. On y remarquait plusieurs grenades ciselées en or massif, dont les pépins étaient représentés par des rubis, tandis que les fleurs des broderies étaient figurées par des perles et des pierres précieuses. Le diamant, Taméthiste orientale, Témeraude, le rubis, mariaient merveilleusement leurs couleurs sur ce fond d'or. Rien de si riche, dit un vieil historien, n'avait paru jusqu'à ce jour aux yeux des tiommes : une mitre, un anneau pontifical , des croix , des calices , des encensoirs faits de l'or le plus pur, étincelants de pierreries , et fabriqués au marteau, comme la chronique a soin de le faire remarquer, accompagnaient ce présent. Et pour comble oe magnificence , nombre de médailles d'or, de la dimension d'une grosse pomme [iamanhas como grandes macaàs) , et valant diacune cinq cents cruzades, furent distribuées.

Léon X reçut les ambassadeurs avec des honneurs extraordinaires : Diogo Paeheco le harangua en latin , et il lui répondit dans cette langue. On remar-

qua même que le saint-père s'étendit dans sa réponse beaucoup plus qu'il n'avait coutume de le faire en ces sortes

^) Yoy. les déUUs qae donne à oe sujet Bra- DettoUuiiS,IemattredaDaikt^ dans son Trétor,

PORTUGAL. /^l

d'occasions; il insista sur la j^ de gloire qui revenait à la nation portugaise et au roi D. Manoel ^ roceasion de ces grandes découvertes^Ceci achevé, il se leva pour se retirer, ei Tristam da Cunha, portant la queue du manteau

Ç>utifical, le suivit jusqu'à son cabinet, elle fut l'impression causée par cette pompeuse cérémonie^ que l'envoyé de l'Empereur, écrivant a son maître, lui mandait qu on en avait vu bien peu de pareilles, si même on pouvait en citer, parmi les princes de la chrétienté ; il ajoutait : « Certainement il le faut croire, jamais on n'a présenté à aucun papç de rÉgiise romaine des ornements qui fussent si riches, si beaux en euxmêmes, ni si précieux. »

Cette ambassade, du reste, ne fut pas la seule qui eut lieu durant les premières années du seizième siècle. Déjà sous Jules II, Diogo Paeheco était venu faire hommage des nouvelles découver* tes accomplies par Bartholemeu Dlasi par Vascode Gama^ par Almeida. Après les conquêtes du grand Albuqueraue, Tristam da Cunha put répéter avec nien plus de raison qu'on ne l'avait fait : « Le Portugal offre à Rome chrétienne les terres nouvellement explorées. Il fait une sorte d'holocauste de tous ces royaumes, et il les met au pied de la ville éternelle, puisqu'elle ne règne plus que par la pensée. » Ce fut sans doute une bien mémorable époque que celle où ce petit royaume put offrir à Rome un em»

pire tout pacifique sur des contrées presque aussi vastes que celles qu'elle avait jadis soumises à ses armes. Mais nous sommes loin d'avoir tout raconté, et nous allons retourner nécessaire* ment vers ces régions orientales qui faisaient en ce temps l'entretien de Rome et de Lisbonne, sans que l'on pût tarir sur les récits qu'elles inspiraient.

Ceylan. — L'antique Taprobane, nie délicieuse de Lanskâ , où la mytho^ logie indienne aimait à placer les combats de Rawân contre le grotesque Hanouman, devait être bientôt le théâtre de guerres plus terribles sans doute, et surtout plus réelles, que celles dont une noble poésie a consacré le souvenir. Dès l'année 1503 , comme on l'a déjà vu, le redoutable Lourenço de Almeida avait rendu un des rois les

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LUNIVËRS.

S lus puissants de cette tie, tributaire u Portugal, et Boenegabo*Paadar s'était obligé à payer au souverain européen dont il reconnaissait le vasselage, quatre cents bares de cannelle, équivalant à deux mille quintaux : il avait accepté en outre l'obligation de fournir une certaine quantité de rubis et de saphirs au souverain portugais , sans compter une foule d'autres objets utiles ouprécieux , au nombre desquels il faut citer plusieurs éléphants de guerre. Vers cette épomie , la forteresse de Colombo avait été fondée par les Portugais, et un capitaine, chargé spécialement de protéger le commerce de la nouvelle factorerie, s'était vu investi du commandement de ille par son jeune conquérant.

A répoqueoù les Portugais avaient mis le pied sur ces rivages, vaguement conduits par le récit qu'on faisait partout l'Orient des richesses de Lanskâ, il s'en fallait bien que le pays fût sous la domination dun seul monarque. On comptait d'abord le royaume de Cota et celui de Colombo , puis venait immédiHemeni Reigan, et, à la pointe la plus australe, le royaume de Gale, qui confinait au levant avec celui de Jaula, et au nord avec le Seitavaca. Kandi et Uva formaient des États occupant le centre de l'île ; f^ilacen s'étendait à l'orient de ces royaumes. Les États maritimes les plus orientaux , ceux qui étaient opposes aux pays que nous avons désignés, en partie du moins, étaient, d'une part, Batecalou, et, plus haut, TriquUamale, Sofraganiy Mature- Cotiar et surtout Ja/anapatan, avec nie de Manar (*).

(*) Ces détails soat tirés d*un prédeax oùvraie de la Blb. de M. Ternaux-Gompans, intulé : Rébellion de Ceylan por Juan Rodrlguez de Saa, Lisboa » I68I. Fils de rancieo gouveroear de Geylao , Vautear de ce livre trop pea oonna offre sur les antiquités du pa>s, sur les anciennes divisions , et enfin sur les traditions poétiques, un intérêt incontestable. En parlant des notions que Rome eut sur Ceylan et qu*elle dut à ses conquêtes, Tauteur de celte curieuse histoire mentionne les monnaies romaines trouvées dans la forteresse de Manar en 1675 ; il parle surtout des ruines Hiagniiiques de Mangulcorla , célèbres dans les chants traditionnels des Chingulais, sous le nom dPAmouraiai poura, et quUl attribue à tort à la domination romainp, puisquMI faut les'ranger probablement parmi les vestiges du culte boudhique. Il prétend qu'on y voyait un palais

Plus tard , et lorsque les Portugais eurent étendu successivement leurs conquêtes, non-seulement la forme des fouvernements s'altéra , mais les noms e royaumes disparurent, et ceux de ces États indépendants gui ne tardèrent pas à tomber sous la juridiction portugaise, sévirent réduits a porter le nom de provinces; on ne reconnut plus comme royaumes que ceux de Kandy , d'Uva et de Jafanapatam.

Immédiatement après les premières conquêtes et au temps même d'Affonso d'Albuquerque , le roi de Cota, protégé par les Portugais , vit s'accroître son pouvoir. Madume, son frère, se ligua, il est vrai , avec le Samori , et lui àt une

fuerre persévérante; ce fut en raison e cette guerre prolongée que Colombo devint alors la place la plus périlleuse des Indes ; c'était , pour nous servir des expressions de Saa de Menezes , « l'école où l'on venait apprendre toute valeur et toute discipline militaire. »

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