‹ PortugalChapitre 26 sur 42 · SECONDE PÉHIODE DU SIEGE DB · texte numérisé non relu

SECONDE PÉHIODE DU SIEGE DB

Diu. — Roume-khan (Roumi-khan) poursuivit avec une nouvelle activité les immenses travaux souterrains que son père avait commencés. Pour hâter la ruine de la citadelle, il multiplia ses attaques; et, en peu de temps, D. Joâo Masearenhas se vit réduit à la plus cruelle extrémité, puisqu'il ne lui resU plus

guère que deux cents hommes en état e combattoe. Ce fut dans cette déplorable situation qu'un prêtre, nommé Joâo Goutinho, vicaire de Diu , ne craignit pas de s'exposer à une mort presque assurée, en s abandonnant aux flots dans la saison contraire, sur une de ces frêles embarcations pareilles à celle employée déjà par FArménien. Le voyage était moms long sans doute, mais il était aussi périlleux; il s'agissait d'aviser le gouverneur de la situation critique ou se trouvait la forteresse. Celui qui ne voulait pas combattre les hommes osa braver les flots, et se dirigea vers Goa; mais bientôt les attaques de l'ennemi se renouvelèrent avec tant d'audace, et quelquefois avec tant de bonheur, qu'if fallut trouver d'autres braves pour affronter l'Océan. D. Joâo de Castro fut averti enfin; dès lors il n'eut pas de désir plus ardent que de venir au secours de cette poignée de braves parmi lesquels combattait son fils : non-seulement il rassembla en hâte une flotte nouvelle, qu'il destina à transporter un nombre d'hommes suffisant pour résister à l'armée musulmane, mais il prît la résolution d'envoyer à Diu son second fils, D. Alvaro. Tant d'efforts et un si noble sacrifice furent compris par la population portugaise de l'Inde, et les dames de Chaul envoyèrent spontanément à D. Joâo de Castro les joyaux magnifiques dont elles se paraient , afin qu'il fut en mesure de subvenir aux frais de la guerre ; « et l'on ne sait vraiment , dit l'historien qui nous transmet ce fait , ce qui eut plus de part à ce dévouement extrême, ou de l'amour de la patrie ou de la reconnaissance vouée au gouverneur. On avait vu, ajoute Freyre d'Andrada, des nécessités égales dans l'Inde; mais on n'avait jamais vu des sacrifices pareils à ceux qu'inspi-

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rait D. Joâo de Castro ; nombre de gentilshommes qui avaient rempli tout récemment romce de généraux, des vieillards qui ne pouvaient se soutenir qu*à Taide a un bâton, venaient s'offrir à lui pour servir comme soldats. »

Tandis que D. Alvaro de Castro, suivi de rélite des Portugais de l'Inde, naviguait vers la forteresse de Diu , en dépit des obstacles de la saison; tandis 3ue son noble père recevait des marques e dévouement qui étaient pour lui un présage presque certain de triomphe , Roame-Khan faisait des efforts incroyables afin d'accomplir enfin ce que son père avaitcommencé. Il appelaità son aidedes troupes laissées en réserve jusqu'alors ; et il savait mettre en usage tout ce que le fanatisme religieux pouvait donner d'énergie à ses troupes. Tout cela eut peu de succès; mais, sans triompher complètement, ce chef affaiblissait les chrétiens : il avait fait des offres honorables de capitulation à Mascarenhas ; ces offres avaient été rejetées. Un assaut général suivit ces propositions; il fallut repousser les forces immenses employées à l'attaque; ce fut alors qu'on distingua le fils du gouverneur, ce noble jeune homme qui se rappelait si bien les dernières paroles de son père (*). La mort de plusieurs braves , l'effroyable misère que Ton commençait à endurer, jetaient les assiégés dans un découragement complet, lorsque le vicaire de Dm, qui avait échappé à deux reprises aux périls de sa navigation aventureuse, se montra devant Diu , et put annoncer l'arrivée prochaine d'un secours si longtemps attendu. La joie rentra dans ces cœurs affligés; la musique militaire se fit entendre de nouveau au milieu des cris d'allégresse, et chaque nuage qui paraissait à rhorizon , nous dit Andrada, était ris pour un des navires de la flotte; mais, iiélas ! cette flotte si désirée, arrêtée par les vents contraires, devaittarder encore bien longtemps!

Roume-khan s'était fait une telle idée de la bravoure des Portugais, qu'il avait pris l'habitude de dire familièrement à ses propres soldats, que les Fran-

i*) Jacintho Freyre d'Andrada dit en parlant de lui : Parece que o valor nOo esperou a idade; l'auteur portugais a-t-il voulu rappeler le vers ^i connu de tous?

auis seuls avaient le droit de porter de la barbe au menton, et que ses troupes, pour valoir quelque cfiose, devaient songer à les imiter. Les divers assauts qu'il donna encore durent le confirmer dans cette opinion. Toutefois les mines

au'il était parvenu à creuser sous un es forts principaux, nommé le Saint- Jean , eurent d'effro^^rables résultats.

D. Fernando avait quitté le lit de douleur où le retenait la fièvre, pour aller combattre dans ce lieu périlleux; fl fut frappé à mort lors de 1 explosion de la mine, et avec lui périrent D. Francisco de Almeida, Gil Coutinho, Ruy de Souza, Diogo de Reynoso , noble cortège de braves, qui succombèrent peutêtre, comme D. Fernando , pour s'être trop bien rappelé la valeur téméraire de leurs ancêtres. Ce fut encore dans cette occasion mémorable que cinq soldats portugais résistèrent pendant quelque temps à cinq cents Turcs bientôt suivis du reste de l'armée , et qu'ils surent leur défendre l'entrée du fort.

D. Joâo Mascarenhas, dit Freyre de Andrada, s^ porta immédiatement sur ce point avec quinze hommes ; et ses yeux

f)urent contempler un double spectacle, 'un bien digne de douleur, l'autre d'admiration. Il se joignit alors à ces cinq hommes, et tous réunis ils opposèrent une si dure résistance à l'ennemi , au'ils suffirent pour arrêter la furie a'une armée entière déjà presque victorieuse.

Le fait rappelé ici, et qui ne dit que la vérité toute nue, surpasse sans doute tout ce qu'on a écrit et ce qu'on a inventé peut-être sur les Grecs et sur les Romains. — Le bruit courut par toute la forteresse que les Turcs étaient déjà maîtres du boulevard embrasé, et ceci fut cause que quelques soldats , combattant sur un autre point, se portèrent vers cet endroit, comme étant le plus périlleux.

Or peut-être ce faux bruit sauva-t-il la forteresse, parce que ces soldats formèrent bientôt une masse qui sufQt pour faire face à treize mille hommes d'infanterie, nombre auguel nos historiens font monter ceux qui avaient attaqué le boulevard delà mine. Les femmes ellesmêmes avaient appris à mépriser la vie ; elles apportaient les lances, les boulets, les gargousses; et la valeureuse Isabel Fernandes, une demi-pique à la main,

L'UNIVERS

encourageaitnos soldats par ses œuvres, et encore plus par son exemple et ses paroles. On l'entendait répéter à haute voix : « Combattez pour votre Dieu!

« combattez pour votre roi , chevaliers « du Christ ! car le Christ est avec vous ! »

Roume-khan avait obtenu de tels avantages par Fexplosion de la mine, qu'il crut devoir persister dans ce système d'attaque ; mais grâce à Thabileté de D. Joâo Mascarenhas , ses efforts furent presque toujours inutiles. Dans une circonstance que nul historien n'oublie de mentionner, au moment où le général musulman se préparait à pénétrer au centre du fort par la brèche que la mine venait d'ouvrir, il vit avec une surprise mêlée de colère, qu'une muraille nouvelle avait été élevée par le capitaine général, et que ce rempart, qui se dressait d'une manière formidable, arrêtait encore pour longtemps l'effort de son armée.

Durant ces attaques Mascarenhas perdait cependant toujours quelques hommes; les vivres n'étaient plus en quantité suffisante, ou bien même ils s'étaient corrompus. Les Portugais sentaient intérieurement que la défense ne pouvait plus se prolonger; et le capitaine général avait déjà proposé à cette poignée de braves d'abandonner le fort et de faire une sortie, dans laquelle la garnison trouverait du moins une mort glorieuse, lorsqu'un des bâtiments détachés de l'escadre d'Alvaro de Castro parvintà entrerdansleport : non-seulement ce secours ranima des hommes intrépides qui étaient décidés à mourir, mais on persévéra dès lors dans la défense. La certitude que l'on eut d'un secours efficace et l'espoir delà prochaine arrivée de D. Alvaro rendirent ces soldats plus ardents que jamais, plus forts dans leur résolution énergique. Ce fut à cette époque que fut dit un mot longtemps célèbre dans l'Orient. Roumekhan avait dirigé son attaque contre le boulevard de Sant-Iago, et ce point important était défendu par un officier nommé Moniz Barreto. L'effort de Tennemi fut si terrible, l'espèce de feu qu'il lançait sur le rempart eut une action si déplorable , que la plupart des hommes de Moniz Barreto moururent embrasés, heureux quand ils pouvaient

aller se jeter dans des cuves d*eaa disposées pour arrêter l'effet de rinoendie , et quand ils allégeaient ainsi leurs derniers tourments. Il ne restait plus que deux soldats; et Moniz Barreto venait d'être atteint par les flammes ; il se retirait, lorsque ce court et sublime dialogue s'engagea.— « Où allez-vous ainsi? — Essayer d'éteindre ce feu. — Moniz, laisserez-vous perdre la forteresse du roi ?

— Je vais me jeter dans une de ces cuves .

— Croyez-moi , si les bras peuvent agir encore, cela suffit pour conibattre ; tout le reste n'est rien ! » Et Moniz Barreto demeura à son poste ; le boulevard fat sauvé. L'officier ramena en Portugal le généreux soldat qui lui avait donné un noble conseil; cet homme, qui vivait près de lui, n'était cas connu sous un autre nom que celui qui lui avait été donné par le peuple : c'était le soldat du feu.

Les faibles secours que Mascarenhas avait reçus étaient loin de suffire. Les Portugais, exténués, ne défendaient plus que des ruines , lorsque D. Âlvaro de Castro arriva enfin devant la forteresse de Diu, avec quarante navires, reste des cinquante voiles qu'il avait au moment du départ; il lui avait fallu une prodigieuse persévérance et une habileté non moins grande pour vaincre la fureur des vents. L'abondance rentra dans le fort avec l'arrivée de la flotte, et l'on crut un moment que le commandement allait passer en d'autres mains ; mais les lettres du gouverneur général étaient précises; elles confiaient l'ardeur du jeune capitaine à la prudence du vieux soldat ; et l'on peut dire que ce fut un des traits distinctifs de la grande âme de Joâo de Castro , que l'espèce de déférence qu'il montra en toute occasion pour Mascarenhas; ses fils savaient l'imiter.

Cette haute prudence du capitaine général allait cependant devenir insuffisante. Les hommes bouillants que D. Alvaro avait jetés dans le fort se trouvèrent trop a l'étroit sur ce théâtre, témoin cependant de tant d'actions admirables ; en dépit des remontrances de D. Joâo Mascarenhas, en dépit même des sages paroles de D. Alvaro , ils voulurent opérer une sortie. Les deux chefs furent bien obligés d'accom.

p^gaet emx quMIs ne pouvaient plus contenir. Ils étaient six cents, ce qui suffisait pour défendre la citadelle devenait presque inutile devant une armée : ils furent battus, après avoir fait des prodiges de valeur. Ivre de son succès, Roume-khan commença à bâtir la ville nouv^le qu'il avait résolu d'édifier après l'expulsion des Portugais ; il reçut même les félicitations des râdjâs voisins, qui l'envoyèrent complimenter sur une victoire qu'on croyait décisive. La grande nouvelle circula bientôt dans toutes les villes de cette portion de l'Orient ; et avant que Mascarenhas eût pu instruire le gouverneur général du désastre causé par l'imprudence de ses troupes, D. Joâo de Castro connaissait déjà l'issue de la bataille et la situation des Portugais.

Le grand capitaine n'hésita pas un moment ; il comprit qu'il fallait irapper par un coup décisif 1 esprit de ces peuples qu'un jour de succès rendait si orgueilleux. Il voulait d'ailleurs venger ce jeune D. Fernando, dont il avait appris la mort en public avec un visage impassible, mais qu'il avait pleuré en secret. Ses préparatifs furent terminés en peu de temps : la municipalité de Goa le secondait aune manière admirable ; et pour relever l'État, comme on disait alors en pariant des Indes, nul sacrifice ne lui coûtait.

ABBIYÉE DE D. JOÂO DE CASTRO DEVANT LA FOETEHESSE DE DIU. Le

18 octobre 1546 fut choisi pour le jour du départ. Après avoir remis le gouvernement de la cité à Tévéque D. Joâo d'Albuquerque et à D. Diogo de Almeida Freyre , le gouverneur général des Indes partit pour aller au secours de Diu. Ses forces navales consistaient en douze gros galions et en soixante bâtiments à rames. D. Joâo de Castro avait arboré son pavillon à bord du Saint- Dents, et il emmenait avec lui ce que Goa comptait d'hommes expérimentés et de meilleurs soldats. £n six jours la flotte parvint à Baçaïm {Bassaïnddins TArangâbâd). Le gouverneur continua sa route, et, ayant opéré à llha dos Mortes sa jonction avec D. Manoel de Lima, qui, venant récemment de Portugal, dévastait la côte de Cambaya, il arriva à Diu après une rapide traversée.

L'arrivée de la flotte répandit une satisfaction universelle dans la forteresse ; et, pour nous servir d'une expression de Freyre d'Andrada , ce ne fut pas sans une joie bien vive que l'on vit arriver celui qui ramenait la paix , mais la paix à la suite de la victoire.

D. Joâo de Castro avait dit dans le conseil qu*un gouverneur général des Indes n'allait pas s'enfermer dans une forteresse, mais que, s'il venait à tirer le glaive, c'était pour châtier. Il fallait réaliser de telles paroles, et Roume-khan étalait dans la plaine une armée innombrable. D. Joao de Castro avait prévu les objections qui lui seraient faites et les difficultés qui se présenteraient; il répondit à tout en exécutant sans retard les plans qu'il avait tenus cachés.

Comme première condition du succès, il fallait laisser le général musulman dans l'ignorance des opérations qui se préparaient. En conséquence , D. Joâo de Castro ordonna que les troupes opérassent leur débarquement durant la nuit , et qu'on les fit passer dans la forteresse le plus secrètement possible.

Diviser l'attention de Roume-khan entre la forteresse et la flotte, c'était plus tard diviser l'armée, et se créer des chances pour la victoire.

Trois nuits suffirent pour effectuer cette opération; et, grâce à des échelles de corde , la nouvelle armée était introduite dans la citadelle que le général ennemi la croyait encore sur les galions : mille cris partis des forts, le bruit des instruments, les décharges d'artillerie saluaient la flotte pavoisee, et entretenaient les musulmans dans une erreur qui leur devint fatale (*).

Joâo de Castro avait pris une grande résolution ; et le jour même désigné pour l'attaque il voulut faire comprendre à ses troupes que cette résolution était inébranlable; il ne brûla pas ses vaisseaux comme Cortès, mais il fit arracher une des portes de la citadelle, et l'énorme bûcher sur lequel elle s'embrasa, servit, dit-on, à faire cuire le déjeuner des soldats portugais.

Bien que l'historien qui nous a pres-

(*) Le traité de Barreto de Resende renferme un plan de la forteresse, qui peut aider à comprendre cette partie si intéressante du récit des . historiens portugais.

L'UNIVERS

gue toujours servi de guide paraisse incertain sur le chiffre exact de Tarmée ennemie, il paraît positif que les forces de Roume-khan s'élevaient à plus de quarante mille hommes , et que les chefs, choisis parmi les vieux soldats de Tarmée turque , étaient d'une valeur renommée. Ce fut en présence de cette multitude que Ton put comprendre toute rhabileté du général. Au moment désigné pour Tattaque , Joâo de Castro ordonna aux embarcations de la flotte de se porter rapidement vers une partie de la plage où elles pouvaient être en vue de l'ennemi , et de simuler un débarquement ; des acclamations devaient se faire entendre , des lances devaient être disposées de manière à faire croire à la présence de nombreux soldats. De l'aveu de plusieurs écrivains, ce fut à ce stratagème qu'on dut en partie la victoire. Roume-khan se vit nécessairement dans l'obligation de diviser ses forces pour garder la côte.

Le 11 novembre, jour de la Saint- Martin , Joâo de Castro fit ses dernières dispositions. L'avant-garde de sa petite armée fut confiée à D. Joâo Mascarenhas; car, ainsi que le dit Freyre d'Andrada, on lui devait bien l'honneur des premiers coups : il avait sous ses ordres cinq cents Portugais et six cents Canarins. D. Alvaro marcha à la tête des fidalgos avec cinq cents Européens.

D. Manoel de Lima commandait un pareil nombre d'hommes ; et le gouverneur se réserva huit cents Portugais, avec quelques Canarins et quelques Malabars«

Au signal donné, l'armée exécuta avec habileté son évolution. Roume-khan se porta en personne, avec le gros de ses troupes, vers le point qu'il croyait menacé , et ce fut en ce moment que l'avant-garde descendit dans la plaine.

D. Joâo Mascarenhas et D. Alvaro supportèrent le premier choc de? forces musulmanes avec perte ; et il leur fallut une singulière résolution pour tenir bon devant cette attaque.

Joâo de Castro se ];)orta immédiatement vers le pont qui conduisait à la ville; là il fit des prodiges de valeur, et, au cri de Fictoireîles Turcs sont en déroute, il vit fuir devant lui l'armée entière. L'ennemi s'éloignait en désordre;

mais, comme le dit Andrada, c'était en quelque sorte une victoire sans bataille , lorsque Roume-khan , averti de la confusion où se trouvaient les siens, revint avec ses janissaires et engagea réellement l'action; il déploya un tel courage que l'avantage fut uii moment de son côté , et que deux fois la bannière portugaise fut renversée ; mais, la targe au poing et l'épée à la main , Joâo de Castro connbattit personnellement avec une telle intrépidité, qu'il supporta avec quelques hommes l'effort de l'armée. Il réunit les Européens , qui commençaient à s'ébranler; et, formant un corps d'élite, dont le commandement fut donné à Alvaro , il attendit de pied ferme la charge nouvelle que préparait l'ennemi.

Roume-khan, en effet, avait fait former un croissant immense à son armée, et il espérait envelopper les Portugais. A la tête de ses braves, Alvaro n'hésita pas à entamer cette multitude. Malgré leur courage, les chrétiens étaient près de succomber, lorsqu'un événement inattendu vint doubler leur énergie. Frey Antonio do Casai , malgré son habit religieux, avait suivi l'audacieuse avantgarde , et il élevait dans les airs un crucifix , en encourageant les chrétiens , lorsqu'une pierre, lancée au hasard, vint frapper l'effigie sainte : un des bras du Christ était détaché^ et l'image du Sauveur semblait prête à tomber au milieu des infidèles. A cette vue, les Portugais recouvrent des forces nouvelles; « ils prétendent venger l'injure faite au ciel , mieux encore que celle faite à l'État , et ils semblent plutôt les instruments de la victoire qu ils n'en paraissent les auteurs (*). » Roume-knan ne peut résister à l'effort de ces hommes qui défendent plus que leur honneur, et qui combattent pour leur Dieu : H fuit, et D. Alvaro, le poursuivant, pénètre jusque dans la cité. Il est joint, en ce moment, par D. Manoel de Lima, à la tête de son corps d'armée ; le carnage devient épouvantaole; une fois dans la ville, on ne trouve plus que des habitants inoffensifs, on ne rencontre plus d'ennemis.

Diu est décidément au pouvoir des Portugais ; car, tandis que les deux généraux y pénètrent par un point, l'autre

(*) Freyre d'Andrada, Fie de Jean de Castro,

extrémné tombe au pouvoir de Jc^ Mascarenhas.

Le reste de Taction mérite à peine d'être mentionné. D. Joâo de Castro combattait encore dans la plaine, lorsqu'il apprit que la ville s'était rendue. Roume-khan avait bien eu le temps dérailler les restes de son armée, et il se présentait à la tétedehuit mille hommes ; mais il fut reçu avec un tel sang-froid par les quatre eénéraux, dont la jonc* tion s'était opérée, qu*il ne lui resta bientôt d'autre ressource, pour sauver sa vie , que de se cacher au milieu des eadayres sanglants dont la plaine était jonchée , après s'être revêtu à la hâte d'une misérable tunique de soie. Fut-il reconnu, fut-ce l'effet du hasard? une pierre l'atteignit , et le fit rester parmi les morts. Plus tard, bien des gens réclamèrent l'honneur de lui avoir porté le dernier coup.

Après la victoire obtenue d'une manière si miraculeuse, la ville de Diufut livrée au pillage: le butin fut immense: tout fut réservé pour l'État, ou partagé entre les soldats, sans que D. Joâo de Castro, fidèle à ses principes, conservât pour lui un seul fer de lance. Les musulmans avaient perdu environ cinq mille hommes et quarante pièces d'artillerie. La valeur du numéraire qui tomba au pouvoir du gouvernement portugais pourvut et bien au-delà aux dépenses qu'avait exigées l'expédition.

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