UW EMPRUNT DE D. JOAO DE CAS- TRO : SA LETTRE AUX HABITANTS BB
GOA. — Après avoir remporté une victoire qui était certainement décisive aux yeux des Orientaux, et qui ruinait le roi de Cambaya, D. Joâo de Castro songea à rebâtir la forteresse de Diu; mais il voulut qu'elle offrit à la fois plus de sécurité pour les Portugais et un aspect plus formidable aux yeux des musulmans. Malgré le butin considérable qu'il venait de faire sur la cité, il put craindre un moment que les fonds ne lui manquassent pour accomplir ce dessein; et, pourqu^une telle opération ne subît pas de retards, il se décida à faire un emprunt aux riches habitantsdeGoa, qui, du reste, avaient fait assaut de générosité avec ceux de Chaul durant cette campagne. La somme demandée par le gouverneur était considérable :
16* Livraison, (Portugal.)
si loin de la métropole une garantie sem* blait nécessaire; voici ce que B. Jofto de Castro écrivit aux membres de la Camara de Goa , qui représentaient ta capitale des Indes :
« J'ai fait déterrer D. Fernando, mon fils, que les Maures ont tué dans cette forteresse, alors qu'il combattait pour le service de Dieu et du roi , notre maître. Je voulais vous envoyer ses ossements comme gage; mais ils se sont trouvés dans un tel état, qu'on ne pouvait encore les tirer de la terre. Il ne me restait donc d'autre chose que mes propres moustaches (*) , et je vous les envoie par Diogo Rodriguez de Azevedo. Vous devez d^à le savoir, je ne possède ni or, ni argent, ni meubles; je ne possède aucuns biens-fonds, sur lesquels je puisse assurer mon emprunt : je n'ai qu une sincérité sèche et brève , et Dieu me l'a donnée. »
Ces admirables paroles n'ont pas besoin de commentaires. La cité de Goa n'exigea pas d'autres gages; et les sommes demandées furent envoyées immédiatement Néanmoins, et bien que Freyre d'Audrada passe ce fait sous silence , elles ne furent pas nécessaires. Pedro Barreto de Resende, qui est si bien informé de tout ce qui a rapport aux finances de l'Inde, nous affirme que le numéraire obtenu par le sac de Dm suffit, plus tard ,. à la reconstruction de la forteresse. Après avoir fait toutes les dispositions nécessaires pour mettre cette clef du Guzarate à l'abri d'un coup de main inattendu, tandis que l'on poursuivait ses constructions militaires, Joâo de Castro retourna dans la métropole des Indes ; et il y devint l'objet d'une ovation qui n'avait pas encore eu d'exemple dans ces contrées.
LE TRIOMPHE DE D. JOAO DE CAS- TRO. — Barros donne ainsi le détail de cette pompe triomphale, qui, je le ré-
Sète, n'avait pas d antécédents aux Inès , et que le prestige d'un nom héroïque peut seul excuser aujourd'hui. « La
(*) Il y a dans le texte qae reprodait Andrade alguma» minha» barbas. Cette relique fut loQgtemps gardée dans la famille de lo&o de Ca^ro, et son peUt-fits, l'archevêque, la conservait dans une urne de cristal, posée sur un socle d'argent. On avait buriné à l'entour du vase des vers moins beaux à coup sûr que ceux de Camoens en rtiouneur du néros. Ou ignore ce qu'est devenu ce gage précieux.