‹ PortugalChapitre 28 sur 42 · SN · texte numérisé non relu

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L'UiaVERS.

cité avait fût construire, dans le iMUur, un beau dél>areadère;, pour que le goa* yemeur ae rendît à terre. On a?att renversé la porte; da haut en bas, les mars étaient couverts de pièees de bro* eart et de velours de couleur. Tout Fespaee le long du mur jusqu'au palais des vice>rois, était non-seulement tendu de toile et ooavert de tapis , maie encore orné de ramée. Le gouverneur arriva le dernier à la suite de tonte la flotte, et remonta le fleuve sur une ga* liote tendue de brocart, pavo»ée de bannières de soie anx milk couleurs.

Quatne-vingts embarcations, chargées de œusicienB, le précédaient; et, dès qu'à mît pied à terre, il fut salué par tous les forts de la ville. Le gouverneur ve* nait vêtu d'une robe à la fifanoaise, de satin oramoisi, entièrementbrociéed'or (*).

Tous les gentilshommes qui avaient pris part à la victoire l'environnaient; et il était suivi par les divers équipages de la flotte, dans l'ordre qu'avaient gardé leurs navires durant la bataille. Legou* verneur descendit du débarcadère, et, à la porte des murs , les vereadars de la cite le reçurent sous un dais fort riche; puis le procureur de la ville, s'a^ro* chantflui enleva sa toque, et un magistrat lui posa une couronne de laurier sur la tête : il lui remit également une padoM magnifique dans la main. A quelque distance devant lui, on portait la ban* nière royale aux armes de Portugal, et Jusar-khan , capitaine du roi de Gambaya, le précédait. Prisonnier, il s'a-, yançait les yeux fixés en terre et les mains croisées. On remarquait, en outre, sept bannières ennemies et un fort grand étendard qu'on traînait sur le sol. En avant de ces bannières marchaient plus de six cents captifs, des trains d'artillerie, et nombre de chariots, remplis de dépouilles guerrières , d'armes diverses, de fusils , de cottes de mailles , de lances , de

(*) le portrait gae noos offrons a été copte sar une peinture da temps, naïve mais quelque pea tMiroare; nous en dirons autant des figures qui ont précédé. Ces vénérables effigies qui ornent le précieux manuscrit de Barreto de Kesende, reproduisent elles-mêmes les portraits originaux de Goa. Nous osons espérer que la partie iconographique dont cette notice est accompagnée, rectifiera plus d'une erreur perpétuée dans divers ouvrages t ici comme dans te texte on a tenté de revenir aux soaroes.

harpons, de outaqnes de fer et d'une

multitude d'engins propres aux combats.

On arriva dans cet ordre, jusqu'à la oour du palais, où l'on avait élevé une forteresse armée, <]ni commença à faire feu de son artillerie et à lancer des bombes, des fusées, des pots à fea .' le tout en gardant beaucoup d'ordre et une heureuse disposition. De \k on chemina tout le long de la rue Droite, qui était merveilleuse à voir ; car une multitude de dames étaient aux fenêtres, avec des fleurs , des roses^ des eaox ^rifumées qu'elles épanchaient sorte gouverneur. Les Hindous et les gens de tous les métiers venaient lui offrir divers objets produits de leur industrie. Les orfèvres , par exeo^^e , présentaient de petits ouvrages d'or et d'argent, les marchands de soieries étendaient sous ses pieds des pièces d'étoffes, et ainsi de suite. Durant tout le chemin ,1e gouverneur garda une expression de visage fort allègre et souriante. Ce fut de cette manière^'il arriva à la Miséricorde. Il y fit sa prière, et il offrit sur l'autel une riche pièce de brocart. De là il se dirigea par la rue du Gruciûx et tourna vers Sam-Frandseo, où les frères vinrent en procession le recevoir, répétant le Benedictus qui venit in nomine Domini. Il arriva au seuil de la cathédrale, à la porte de laquelle était l'évêque D. Joâo d'Albuquerque, revêtu de ses habits pontificaux et accompagné des chanoines et du clergé, qui s'avancèrent en procession. Le gouverneur, dès qu'il fut arrivé près du prélat, s'inclina, se jeta à ses pieds avec effusion et respect , ayant j le visage et sa barbe vénérables mouillés de larmes. Il baisa alors la très-sainte relique du vrai bois de la croix; puis il suivit l'évêque jusqu'à l'autel , où il fit sa prière, avant que d'offrir deux bellos pièces de brocart. De là les magistrats voulurent l'accompagner jusqu'à son habitation, qui était située au Sabaio. £t alors au milieu de rallégresse.,des joyeuses inventions de fête et du bruit des instruments qu'on entendait sortant de la multitude , le peuple allait criant par les rues à haute voix : « Vive notre libérateur et celui de la patrie. » Tel est le récit de Barros. Plus tard Joào de Castro eut dans Goa même un autre triomphe, qui valait bien celui-là. Les lu-

4îeQ8 oppriméf Yinrent pleura aux pieds de sa statue.

DEBNiSBE PBEIOBS DO GOUTBA- NEMKlfT DS D« JOâO DB GASTBO. — Ib £ST IfOMMB YICSB-BOI DBS INDBS; 8A.

KORT. — Une princesse d'un esprit élevé avait dit, en apprenant l'honneur insigne rendu à Joâo de Castro par la chanubre municipale de Goa : « Il a vaincu comme un chrétien; il a triomphé comme un idolâtre. » Il y a bien au fond quelque chose de vrai dans ces paroles sévères ; mais il faut se rappeler que le héros chrétien vivait au milieu des idées de la renaissance , et qu'il voulait, d'ailleurs^ par cette pompe inaccoutumée, frapper Fesprit desrâdjâs vaincus. Il nese reposa point, en effet, après son triomphe; ei c'est avec peine que nous nous voyons contraint à dire, en quek}ues mots , {es grandes actions qu'il accomplit. Ce fut d'abord sous son gouvernement que D. Jorge de Menezes s'empara delà ville imposante de Baroche {Baroùtck), dont le nom glorieux resta à sa famille ; plus tard, et par ses ordres , Antonio Moniz passa à Ceylan, et il y fit redouter les armes portugaises, bien qu'il ne pût pas y £sire triompher complètement le parti des chrétiens. Vers cette époque, Hidalkhan II , toujours préoccupé de la présence de Meale à Goa, voulut encore se débarrasser de ce prétendant par la force des armes : il leva une puissante armée> et commeni^a à ravager les terres de Bardes et de Salsette ; mais il fut encore défait par les troupes de Joâo de Castro. Enfin, dans une autre partie de l'Orient, Achem tomba au pouvoir des Portugais ; Malaca fut complètement pacifié; et ce fut à cette époque qu'on ressentit les puissants effets d'une parole énergique et sainte. François-Xavier, dont rÉglise devait faire un saint, accomplissait déjà, par sa présence, ce que ne pouvaient toujours faire les armées.

Mais, tandis que ces choses se passaient dans les contrées que les Orientaux ont nommées poétiquement les Paupières du mande, JoSo de Castro était contraint de pourvoir et de prévoir à la fois. D. JoSo de Mascarenhas, q«i avait consenti à rester, quoiqu'à grand'peine , dans la nouvelle forteresse de Dm , lui annonçait que le roi de Cambaya rassemblait de nouveau ses forces pour

anéantir enin la puissance des Portugais. Hidal-khan II, de son oôté, réunissait des troupes nombreuses et menaçait d'une invasion. Ces dispositions hostiles furent déjouées par les prévisions de Joâo III. Tandis que les troupes ennemies se préparaient , une flotte mouillait devant la barre de Goa, et, mettant à la disposition du gouverneur trois mille Portugais , lui permettait d'aller diercher le général musulman dans l'intérieur et de triompher sans combattre.

Sur la renommée guerrière du général portugais , le roi de Canara lui envojrait a Goa des ambassadeurs avec mission de se liguer avec lui contre Hidal-khan ; et cette simple démonstration suffisait pour contenir le chef mahométan, et pour l'éloigner du territoire que ses armées couvraient déjà. La présence de Joâo de Castro devant Ponoa suffisait ensuite pour anéantir la puissance du général qui avait craânt de l'attaquer.

Le second voyage militaire de Jo|o de Castro à Diu, 1 expédition de D. Alvaro à Surate, les hostilités reprises à Bai^aïm contre le roi de Cambaya , l'incendie de Daboul, et enfin la fameuse bataille de Saint-Thomé, livrée près de Goa au général qu'Hidal-khan avait choisi pour le représenter et que les jeunes filles célébrèrent si longtemps après dans des romances historiques , tout cela prouverait que le héros était bien loin de se reposer a[urès les joies du triomphe.

D. Joâo Mascarenhas était retourné à Lisbonne, où sa réputation lui avait valu de nobles récompenses. Le bruit des grandes actions qui avaient eu lieu sous les murs de Diu se répandit parmi le peuple, et il y eut alors pour Joâo de Castro un triomphe vraiment national.

La nouvelle d'une victoire si extraordinaire parut assez importante pour qu'on la transmît solennellement au souverain pontife. Joâo III, obéissant à la voix commune, changea le titre de gouverneur des Indes contre celui de vice-roi. Ce n'était pas là ce que demandait Joâo de Castro ; fatigué de gloire etde triomphes, il aspirait après sa fraîche solitude de Cintra ; il demandait à être rappelé en Europe; on lui répondit par l'envoi d'un titre pompeux. II voulait quelques années ne repos à l'ombre de ces arbres qu'il avait plantés lui-même pour ombra-

L'UNIVERS

ger son paavre ermitage; on lui imposa de noureau la fastaeuse représentation de Goa la Dorée; il fut vice-roi quatorze jours!

Il n'y a rien de plus touchant dans Fhistoire que la fin de cet homme, qui recevait, sur un trône , des priuces étalant tout le luxe de l'Orient, et qui, parvenu à une pauvreté extrême , se voyait malade et contraint d'avouer enfin sa misère. « Voyez Je suis en vérité dans un grand dénûment pour un vice-roi , disait-il dans les derniers temps au sénat de la ville de Goa. Mais les soldats sont mes fils ; ils vous diront qu'avant l'argent du roi , ils ont toujours eu à leur disposition le salaire du gouverneur; et l'on ne doit pas s'étonner que le père de tant d'enfants soit devenu pauvre (*) ! »

Il était réellement l'appui de ces hommes indomptables, qu'il conduisait, quand il le voulait, à la destruction des armées ; mais la religion, dans les derniers jours, lui donna à son tour un père. François-Xavier vint l'assister au moment suprême. Qui dira les entretiens qu'il y eut entre ces deux hommes, les regrets que le héros confia au prêtre? Peut-être s'accusa-t-il alors de son triomphe. Oh! comme il aurait donné tous ces souvenirs pour une parole de l'épouse qu'il avait saintement aimée (**)! 11 fallut mourir sans l'avoir embrassée, sans avoir mêlé ses larmes aux siennes, en parlant de ce fils de dix-neuf ans qu'elle-même elle n'avait pas revu! Et voilà tout ce que saint François-Xavier eut à consoler de douleurs.

Que dire sur le caractère de Joâo de Castro , qui ne soit dit en termes nobles et simples par ses lettres, par ses propres écrits. S'il s'agit de s'a conduite politi-i que, il faut nécessairement répéter, à propos de son irréprochable carrière, ce qu'un autre grand homme disait àD. Ma-

{*) La Ctède, si pâle d'ordinaire, s*aD ime quelque peu en partant de cette noble iin, et il ^out« I « Castro Joignait aux vertus civiles les vertus guerrières, et I*oo peut le compter au rang de ces hommes rares que la nature ne produit que de loin en loin. »

(«*) La seconde épouse de Jo&o de Castro, dona Maria de Iloronba, était d'une beauté remarquable, et fut recherchée en mariage par plusieurs seigneurs après la mort de son mari. Elle conserva I^temelle mémoire du héros, et lit vœu de chasteté. Sa mort arriva en 1684; on l'a enterrée dans le pauvre couvent de Cintra. '■

noel : « Les Indes, en effet, parlent pour lui. » Cependant nous ne pouvons résister au désir de rapporter Ici un fait intéressant , que nous trouvons consigné dans un excellent recueil portugais.

Joâo de Castro est du très-petit nombre d'hommes dont le souvenir a été consacré aux Indes par un buste ou par une statue : son effigie a été placée audessus de la porte qui sert n'entrée à Goa : naguère encore on venait requérir le souvenir du héros , comme on eût invoqué le secours d'un saint. « J'a!

vu, disait un magistrat honorable , les esclaves , les malheureux Canarins accourir les mains jointes, pour demander justice et protection au grand homme; comme si cette froide efBgie pouvait briser leurs fers ou les délivrer de l'oppression et de la cruauté de leurs maîtres iniques; tant était vif encore le souvenir de son humanité compatissante pour les opprimés, et cela après trois cents ans (*) ! »

COUP d'oeil sub la. situation de

L'INDE après la mort de D. JOAO DE CASTRO.— VICE-BOIS QUI LUI SUCCÉDÈ- RENT* — Les historiens portugais conviennent unanimement qu'à l'époque de l'administration du quatrième viceroi, on crut avoir retrouvé ces temps de prospérité presque fabuleuse qui suivirent la domination trop courte des Almeida et des Albuquerque : cette prospérité, qui se liait intimement aux vues d'un grand esprit et à l'exemple donné par une probité sévère, ne fut que de courte durée. Insensiblement les^'agioteurs, les hommes d'affaires prirent le dessus, si bien que, soixante ans plus tard, un auteur portugais, écrivant sur la statistique, pouvait dire : « Tel est le nombre des écrivains qui assiègent les bureaux de l'administration de Goa , qu'on dirait une ville de plaideurs et non une ville de guerriers (**). Cette décadence politique n'arriva pas tout à coup, néanmoins ; et les temps qui suivirent l'époque de Joâo

(*} Ces derniers détails sur Tespèee de culte raoau à la statue de Jofto de Castro sont tirés du Panorama, t. YI, p. 19I; le magistrat désigné ici est M. le conseiller Jo&o Osorio de Castro Cabrai e Albuquerque.

(**) « £ parece a cidade de Goa, mata aeademia de litigantes que escola de armas. » Brève tra» tado 6u epilogo dos vizo-reys da Ituiia. Manuscrit de la Bibliothèque royale.

de Castro furent encore des temps glorieux; quelgues pages extraites de Barros ou de Diogo de Couto le prouveraient aisément ; mais, il faut bien Tavouer, ce qu'il importe vraiment à l'Europe de savoir sur la conquête dellnde est dit après le récit de la période que nous venons de signaler. »

Nous ne donnerons plus que quelques dates et que quelques faits , en suivant Tordre chronologique, jusqu'à l'époque malheureuse où D. Sébastien perdit son royaume, malgré les représentations austères de ce Mascarenhas lui avait joué un si grand rôle durant le siège de Diu.

Le gouverneur qui succéda immédiatement à Joâo de Castro fut Garcia de Sa, alcaïde de la cité de Porto. Il administra un peu plus d'un an, jusqu'en 1549, et fit la paix avec le roi de Cambaya , après avoir fortifié de nouveau les places militaires de sa vice-royauté. Les dominicains s'établirent aux Indes; et le râdiâ de Tanor, qui vint à Goa, se fit chrétien. Jorge CaDral,qui succéda au gouverneur que nous venons de nommer, n'administra guère plus longtemps que lui ; car il déposa le pouvoir le 6 novembre 1550. Durant ce court espace de temps, les Portugais remportèrent de grandes victoires navales sur le Samori, et ils détruisirent Capocate , Turacolle (probablement Toràh), Coulète et Panane : Ceylan fut également le théâtre de plus d'un fait d'armes remarauable. D. Jorge de Castro y prit la ville de Ceitava.

D. Affonso de Noronba, qui vint après lui, fut revêtu du titre de vice-roi. C'était le cinquième seigneur auquel le gouvernement avait concédé cette dignité, il la conserva durant quatre ans. En ce temps (*), les guerres lomtaines se succédèrent avec activité. Soliman perdit, à l'exception de deux navires, la flotte de vingt-cinq galères qu'il envoyait au secours d'Ormuz : le pouvoir du principal souverain de Ceylan fut ruiné. AuxMoluques, Tidore subit le même sort, et le capitaine deTernate, Bernaldim de Sa, détruisit cette ville. Pedro Mascarenhas

{*) Ce fut répoqoe à laquelle le graud Akbar monta sur le trône. L'empire mogDol, fondé en 1625 par Bàbr, arriëre-petit-fils de Timour- Lenck, aUalt être dans tout son éclat.

fut à la fois gouverneur et vice*roî.

Parti de Lisbonne en 1554, il ne régit que neuf mois .* pendant cette courte administration, il secourut Surate contre les Turcs; et les revenus de la douane de Diu appartinrent en entier à la couronne de Portugal ; ce qui fut remarqué comme une amélioration dans l'administration financière, amé»

lioration à laquelle on était loin de s'attendre et qui fit le plus grand bon* neur à Diogo de Noronha , capitaine de cette forteresse. Le passage si c^urt de Pedro Mascarenhas fut marqué par les dissensions sanglantes qui éclatèrent entre les gentilshommes portugais résidant aux Indes; et l'on affirme que ces luttes intestines abrégèrent la carrière du successeur de Noronha : il mourut en 1555, et ordonna que ses ossements fussent transportés en Portugal.

Francisco Barreto fut nommé dix-septième ffouverneur des États de l'Inde :

il prit le pouvoir en juin 1555, et commença bientôt une guerre active contre Hidat-khan , lutte dont le souverain musulman se trouva assez mal pour accepter la paix avec empressement. A en juger par une satire qui nous a été transmise dans les œuvres de Camoëns , sous le titre de Disparates da India^ si le courage ne manquait pas aux habi* tants de Goa, l'état moral au pays était devenu déplorable. Ce fut cette pièce, empreinted'uneassez viveironie, qui indisposa le gouverneur contre le poète et qui le lui fit exiler. Malgré la tache bien réelle qui en est résultée pour la mémoire du gouverneur, on ne peut se dissimuler que Francisco Barreto n'ait montré du courage et de la fermeté durant son administration, qui dura trois ans et deux mois. Outre ses guerres victorieuses contre Hidal-khan, il ruina Suaquem, ou du moins il envoya Peixoto contre cette ville, et il prit les forteresses d'Asserim etdeManora. Par ses ordres, Pedro Barreto Rolim entra dans le Sindh, et détruisit plusieurs villes. La guerre ne cessa pas non plus dans Malaca. Francisco Barreto quitta l'Inde pour aller conquérir, en Afrique, le royaume du Monomotapa. Bien des années après avoir abandonné un pays où il laissait des souvenirs glorieux, mêlés

vuimms.

à des tracés de violence, il mourut là misérablement, en 1573; et ce fut à peine s'il eut pour s'abriter, durant sa dernière maladie, une misérable cabane, construtte à la hâte dans le désert.

Bientôt la fice^oyauté des Indes fut briguée par les seigneurs que leur naissance rapprochait le plus du trône. Eu 1558, D. Gonstantino de Bragance, fils du duo Jaime , partit comme septième vioe-roi, avec quatre navires.

Des souvenirs aimables se rattachent > à D< Constantin , en mémoire de Tallégeance toute secourable qu*il accorda au grand poète persécuté naguère par Barreto. L'administration de ce prince ne fut pas non plus sans gloire pour les armes portugaises ; après une lutte sanglante, la forteresse de Damam (Damaoun) tomba en son pouvoir. 11 châtia le roi de Jafanapatnam. D. Constantin de Bragance avait été nommé au poste important qu'il occu|)ait , durant la minorité de D. Sébastien, par le Çrand inquisiteur D. Henrique, oncle du jeune roi; il ne faut donc pas s*étonner si le terrible tribunal, qui avait épargné les Indes jusqu'à cette époque, se dressa plus sanglant, plus implacable à Goa qu'il n'était en Europe. La métropole des Indes fut érigée en même temps en archevêché ; Cochin, Malaca , recurent des évéques. Ces soins purement reli-

fieux n'empêchèrent pas D. Constantin e détruire Mangalor et d'inquiéter la côte du Malabar. Il fonda en Afrique la forteresse de Mozambique , telle qu'elle exista longtemps; mais sous son administration les Portugais perdirent Punicale, à la côte de la Pêcherie, puis Balsar dans la circonscription de Damam. Ils furent également nattus à Baharem, qui fournissait des perles si abondantes; il ne fallut pas moins qu'une grande victoire, remportée sur le Samori , pour effacer ces défaites. D. Constantin de Bragance quitta les Indes en 1561.

Celui quilni succéda eut aussi le titre de vice-roi, et il était le huitième dans Tordre chronologique; c'était D. Francisco Coutinho, comte de Redondo. Durant son court séjour aux Indes (car il n'administra que deux ans et demi ) Francisco ne provoqua pas de bien ^ands événements. Cependant, Garcia Roiz de Tavora, gouverneur de Damam,

remporta une vietohre signalée sur les chefs musulmans, qui s'étaient mis en campagne contre les Portugais, déjà moins -redoutés. Quant au vice-roi, après avoir rassemblé une grosse flotte à Cochim, il eut une entrevue avec le Samori, et là on jura de nouveau la paix, qui avait été conclue précédemment.

Francisco Coutinho étant mort à Goa en 1564, D. JoSo de Mendoça prit le soin de l'administration; mais il ne gouverna que six mois, et partit pour le Portugal : ce fut un homme habile qui le remplaça. D. Antâo de Noronha, neuvième vice-roi, partit en 1564, et il gouverna jusqu'en 1568. Les guerres se renouvelèrent avec un degré de violence inusité, dans llle de Ceylan ; elles ne prirent un caractère si terrible qu'en raison des idées religieuses, qui s'étaient exaspérées de part et d'autre au plus haut point. Le capitaine général de Colombo, Pedro de Taïde, protégeait le roi de Cota, qui s'était fait chrétien. Bientôt les Chingulais vinrent assiéger ce prince, et leurs troupes réunies formèrent une armée innombrable. Les Portugais accoururent au secours de leur allié ; et l'on aura une idée du massacre qui eut lieu, quand on saura que dans un seul clos, où Ton put les compter, on releva deux mille cadavres. Les Portugais ne perdirent qu'un seul homme; il se nommait Pedro Fernandez Janeiro. Cette mort empêcha que le miracle ne fût complet aux yeux des chrétiens; car ils ne purent s'empêcher d'attribuer une telle victoire à un pouvoir surnaturel.

La villedeColombo elle-même, qui subissait un si^e des plus rudes, fut sauvée grâce à soixante Portugais, qui rétablirent les communications avec la métropole et qui , dans une seule affaire , tuèrent jusqu'à cinq cents Chingulais. Tout cela n'empêcha pas que sous D. Antâo de Noronha les Malabares ne commençassent à remporter des avantages , qui exaltèrent leur orgueil, et qui furent le début d'une décadence déplorable. Don Leonis Pereira soutint llionneur portugais dans l'rie de Malaca.

Luiz de Taïde, seigneur d'Àtouguia , vint aux Indes, dont il fut le dixième vice-roi, en 1568; il déploya des qualités éminentes, et il' faut convenir qu'un homme de guerre était devenu néces-

Ut

saire p<mr ftootenir radministraiioii) car, sor tous les points, Fempire eolo»sal des Portugais se trouvait attaqué.

Presque au méffle moment, Luiz de Taïde eut sur les bras Hidai-kban II, qui venait assiéger Goa à la tète d'une armée de quatre-vingt-dix mille hommes; et le souverain que les chroniques désignent, improprement sans doute, sous le nom deMMouey celui-là prétendant s'emoarer de Cnaul, marchait contre cette forteresse à la tête de cent cinquante mille assiégeants. Le Samori , en dépit de là paix jurée naguère, avait pris parti contre les chrétiens, et le roi d'Achem mettait sur pied contre eux des forces immenses. Pendant Içs trois années que dura son gouvernement, Luiz de Taïde remporta sur ces armées puissantes plusieurs victoires signalées ; et de retour à Lisbonne^ le jeune monarque qui avait succédé à Joâo III lui fit Thonneur insigne de le conduire lui-même à la cathédrale de Lisbonne , pour y rendre grâce à Dieu d'avantages inespérés. Il n'en est pas moins vrai que le prestige des temps glorieux allait s'ef&icer.

D. Antonio de Noronha fut nommé vice-roi dans ces circonstances difficiles ; il partit en 1571 , et donna à l'Asie méridionale un triste spectacle. Desservi, diton , par des lettrés parties de Tlnde, il fut révoqué de sa dignité, et le poste éminent qu'il occupait fut remis à Antonio Moniz Barreto, qui était venu à Goa sur la même flotte que lui. Antonio de Noronha mourut en 1573, presaue aussitôt après son retour en Portugal.

Nous ne saurions nous étendre beaucoup sur la carrière politique et administrative d'Antonio Moniz Barreto, quinzième gouverneur des Indes , non plus que sur celle de D. Diogo de Menezes ; le premier vint en 1 571 , et, durant ses trois années d'administration, vit Temate tomber au pouvoir de l'ennemi ; le second ne régit les Indes que neuf mois et repartit en 1578, sans avoir accompli aucun fait bien important pour la mère patrie.

La nomination de don Luiz de Taïde comme dixième vice-roi fut pour ainsi dire le dernier acte important de l'adminifitratioB de D. Sébastien; par une suite de la fatalité qui semblait peser sur le Portugal, cet acte fut inutile*

D; Luiz, q^i amtd^à 0«i4ytlM&l£ûres avee une rare énergie, ne vim; aux Indes, en 1578, que pour faire la paix avee Hidal-khan; et ries de grand ne sf passaalors soussoa gouvernement. Mai« nous avons prononcé une date fatale :

désormais tout va changer dans les Indef eomme en Europe; et si nous jetons encore un coup d^œtl sur cette contrée « théâtre de si merveilleux exploits, œ sera pour signaler plus de défaites que de victoires, plus de misère que d« grandeur.

PBBMIBB STABLISSBMBNT I>SS POR^ TUOAIS A LA Cmif B. ^ FONDATION DB

MAC AO. — On n'a en général gue des documents fort vagues et trè^-iucomplets sur les premiers établissements formés à la Chine par les Portugais. L'aventu* reux Femand Hendez Pinto est à peu près le seul qui donne des détails précis sur leur arrivé dans ces régions : la colonie de Macao eut cela de partieu* lier, qu'elle fut fondée à i'insu de la mé« tropole, pour ainsi dire, et qu'elle vint demander d'elle-même à la mère patrie les institutions qui la devaient régir.

Nous allons établir ces faits curieux^ d'après un document dont on ne saurait contester la valeur, puisque nous Tex* trairons des dernières représentations faites par les citoyens de Macao aux Gortès.

Les premiers établissements fondés par les commerçants portugais sur les côtes de la Chine, furent loin d'avoir un heureux résultat ; et il faut surtout ap« ptiquer cette réflexion à la ville si florissante et si riche de Liampô , qui fut ré* duite en cendres, en moins de trois heures, et où périrent plusieurs centaines de Portugais (1542). Ce sinistre fut dd à la rapacité d'un magistrat, dont le nom esl encore aujourd'hui maudit par ses corn* patriotes. Quelque temps après cette horrible catastrophe, les Portugais allèrent, de nouveau tenter la fortune vers les tles oui bordent la eôte , et ils obtinrent enfin du gouvernement chinois la permission de s'établir sur le rocher où a été fondé Macao. On commença dès 1557 à bâtir quelques pauvres habita^ tions , ou^ pour mieux dire , quelques cabanes, auxquelles succédèrent bientôt des maisons décentes, des églises et quelques édifices. Le rocher concédé

L'UNIVERS

]Mir l«f Chinois avait tu s'élever peu à Mtt une ville importante, lorsqu'enlôG^, les habitants résolurent de réclamer pour la colonie les privilèges appartenant aux autres cités du royaume»amsi qu'aux États de l'Inde. En conséquence, ils élurent parmi eux un procureur et des vereadores ^ et ils orarirent au souverain la Tîile nouvellement bâtie, en demandant pour elle à D. Duarte de Menezes, qui était alors vice-roi des Indes, le titre et les droits de cité. Selon les expressions formelles de Menezes, ces privi* léges furent accordés au nouvel établissement, en considération de ce qu'il s'était fondé avec ses propres ressources : on le traita sur le pied de Gochim, qui jouissait alors de privilèges analogues à ceux d'Évora {*)•

Parmi les incidents historiques se rattachant à Macao, on ne connaît guère en France que cette poétique tradition qui en fait le séjour de Camoens. (**) Il est juste de rappeler, néanmoins, que les habitants de cette ville se conduisirent plus d'une fois avec une rare énergie ; et , s'il nous était donné de suivre les établissements coloniaux portugais dans leurs phases diverses, nous dirions qu'assiégée en 1625 par dix-neuf navires de guerre hollandais , auxquels il faut joindredes forces considérables agissant du côté de terre, cette ville sut conserver son indépendance.

Plus de cinq cents Portugais périrent; et les fortifications, qu'on voit encore aujourd'hui , furent élevées par les prisonniers de guerre qu'on fit aux Hollandais, dans la journée du 23 juin 1622.

Il est bon de remarquer aussi qu'à cette époque les riches établissements de Malaca, de Ceyian et des Moluques, ne pouvaient pîoint se glorifier aune pareille résistance. Vingt ans plus tard, en 1642 , la ville de Macao apprit le réta-

(*) Macao fat érigé en siège épiscopal dès le seizième siècle. Le premier prélat qui y résida fat un Jésuite nommé Beicbior Carneiro. Le second evèqae de la Chine s^appelait D . Léonardo de Sa, et fut sacré en 1577. Il avait également la cliarge spirituelle du Japon. Cardoso vante sa soienoe et ses vertus.

(*•) Voy. VJurora Macaensc^ imprimée à Macao en 1844. Nous signalerons aussi aux curieux an ouvrage intitulé : lUemoriof acerva ée MaeaH^ par M. Jozé Joaquim d*Aquiao Guimaraen&e Freltaa. Yoy. égalezneat M. Loaleiro.

blissement de la maison de Bragance sur le trône, et, sans attendre que l'impulsion lui vint de Lisbonne ou de Goa, elle s'empara de la garnison espagnole et la transporta sans délai aux Philippines. Il nous serait facile de multiplier ces détails; mais nous sommes déjà bien loin de la période historique quMl nous reste à traiter ; et nous nous contenterons de dire que la colonie portugaise a été fondée, dèsrorigine, sur un territoire tellement limité, qu'on le peut parcourir dans l'espace de deux heures.

Ce fut l'empereur Khang-hi à la munificence duquel on dut cette concession; et il fut assez prudent pour qu'elle ne put nuire, en aucune façon, à la population chinoise. Bâtie sur la pointe orientale de la presque tle de Negao Men^X^ ville de Macao fut séparée, originairement, du territoire chinois par une ligne de démarcation, tracée sur une espèce d'isthme fort étroit, qui fait communiquer Negao-Men à la terre ferme; il fut convenu, dès le principe , que si les Chinois pouvaient entrer sur le territoire des Européens, toutes \e& fois que bon leur semoleralt, les Européens n'auraient le droit de franchir la barrière que sous le bon plaisir de l'autorité. Ce qui était arrivé à Ceyian, à Malaca et à tant d'autres^ contrées, avait éclairé les habitants du céleste empire.

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