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premières qui éprouvèrent ses violences ; et , bien que leur naissance fût très-illustre, puisqu'elles descendaient du sang royal de Portugal , il les traita indignement et les fit conduire par des soldats insolents enCastilie, où elles furent enfermées dans les tours de Torquado.
La femme de Manuel de Sylve, comte de ïorrevédras , eut le même sort : un chevalier ron*ain, nommé Sfortîa, de Tancienne famille des Ursins , et qui avait été fait prisonnier à Porto lorsque Sanche }r assiégea don Antoine, fut empoisonné par Tordre de Philippe : ce prince inhumain condamna à un bannissement perpétuel la veuve de Diego de Menezes, à qui le duc d'Albe avait fait trancher la tête, et la dépouilla de tous ses biens (*). » Il faut joindre à ces noms ceux d'Emmanuel de Portugal, de Diogo Botelho , Tancien gouverneur de Tanger, de Moniz,dont tout le crime était dans une harangue courageuse; puis , il faut répéter avec le vieil historien ces mots d'une affreuse concision : « Il ne laissa pas un homme de tête et de courage a Lisbonne , afin de n'être point troublé dans la possession de ce royaume. »
On comprend qu'après avoir agi avec cette inflexible rigueur, Philippe eut besoin de se faire quelques amis ; il accorda certains privilèges à Lisbonne; il déchargea le peuple de quelques impôts ; et, en 1581, après avoir assemblé les états à Thomar, il reçut solennellement la couronne.
La tradition raconte que, lorsqu'il fit son entrée solennelle dans la capitale de ses nouveaux États (**), il répondit en excellent portugais à une harangue qui lai était adressée en espagnol. On dit aussi qu'il demanda , avec une sollicitude marquée, ce qu'était devenu l'auteur des Lusiades : cela prouve tout au plus qu'en politique habile il sentait la nécessité de conserver à ce peuple héroïque une ombre de nationalité. Mais les vrais Portugais , ceux dignes de ce nom, n'étaient pas allés au-devant du roi de Castilte, et les sincères amis de la patrie répétaient déjà en secret le mot
(*) Voyez Histoire secrète de don Antoine, Toi de Portugal, rédigée parM>n« de Saint- Onge.
C**)Le26jaini68l.
sublime du poète : « Tout meurt, quand meurt la patrie (*) ».
Le drame politique noué avec une certaine persévérance par le prieur do Grato, ne pouvait pas avoir son dénoûment à Lisbonne , c'était à l'Ile de Tercère qu'il devait finir. Don Antonio, réfugié en France , était |)arvenu à intéresser à sa cause Catherine de Médicis , et il lui avait promis, dit-on, en cas de réussite, la cession du Brésil , si longtemps convoité nar la France depuis les tentatives de Villegagnon. Soit qu'elle fât excitée par cette promesse, soit qu'un autre intérêt politique la guidât, sachant que le gouverneur de Tercère était sincèrement attaché au prétendant, elle accorda à don Antonio des secours en hommes et en argent ; et des forces assez considérables se rendirent par ses ordres dans cet archipel, pour soutenir la cause nationale. Les documents portugais ne manquent pas sur cette expédition; mais ils sont presque tous entachés d'un esprit de parti qui les rend plus ou moins suspects : ceci d'ailleurs n'est gu'un épisode désormais sans grand intérêt. Nous nous contentons donc de rappeler, en peu de mots, ce que nous présente un recueil précieux.
« Le roi très-chrestien Henri III, cédant aux instances du roi don Antoine de Portugal, envoya à l'île de la Tercère ou de Jésus-Christ, le commandeur de Chaste, qui reçut les instructions des deux rois ; au commencement de mai 1583, il débarqua dans la ville d'Angra , à la tête de cinq cents hommes , au grand contentement des Portugais et des étrangers qui l'habitent, et surtout de don Emmanuel de Sylva, lieutenant général no u rie roi don Antoine dans cette île et dans celles que l'on nomme ordinairement d'en bas, c'est-à-dire Saint-Georges, Porto-Rico, Graciosa, Fayal et Flores (**).»
L'espace ne nous permet point d'entrer dans des détails circonstanciés sur cette expédition malheureuse ; racontée d'ailleurs par le savant écrivain qui s'est chargé d'écrire l'histoire des Açores, il suffira de savoir que l'avantage ne fut
(♦) jéomenos mnrrocom ella! n*a pas eu réalité d'antre signification.
(**) Arcliives des voyages publiés par M . Ternaux-Compans, t. 3, p. a02.
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lUWIVERS,
pas du côté de don Antonio, et que ses plus chauds partisans perdirent la vie dans cette circonstance. £mmanueîd:i Sylva lui-même tomba au pouvoir des Espagnols, qui lui firent indignement trancner la tête.
Fixé d'abord en France, où il put craindre les assassins payés par Philippe ; errant ensuite des Pays-Bas en Angleterre, avant de s'établir déûnitivementaux environs de Paris, don Antonio, toujours revêtu du titre de roi de Portugal, mena une vie obscure, vivant d'une pension assez modique que lui faisait la France. En plus d'une occasion cependant Henri IV lui témoigna la sympathie la plus vive; et la lettre que ce prince écrivit, longtemps après la mort de son hôte, au président Jeannin, pour lui recommander doikChristovam, fils du prieur, qui passaiten Hollande, reste comme une preuve positive de l'intérêt cordial qu'on lui portait (*). Don Antonio mourut à Paris le 16 août 1595, à soixante-quatre ans. Son cœur fut déposé en l'église de VAve Maria ^ et le cercueil dans lequel étaient contenus ses restes embaumés, fut porté au couvent des franciscains.
En sa qualité de grand prieur do Crato , don Antonio avait besoin d'être relevé de ses vœux pour contracter une union légitime ; il laissa néanmoins dix enfants bâtards, et notamment deux fils qui prirent le titre de prince, et dont l'aîné entra dans la maison de Nassau^ Longtemps les Portugais ne purent oublier que don Antonio représentait cet infant don Luiz, sur lequel on avait fondéjadistant d'espérances. Au pointde vue politique, à peu près dans la situation de fondateur de la maison d' Aviz , ce ne fut pas le dévouement des peuples qui lui fit défaut, il lui manqua d'être un fort ouvrier aux œuvres de bataille, comme Jean I", et d'avoir près
(♦) Il existe une autre lettre de Fenri IV, datée de Lyon , 1595, et adressée à Diogo Botelho; elle parle dans les termes les plas affectueux du prétendant Voy. Bresveet sommaire description de la vie et mori de don Antoine, l** du nom. 1629. I vol. in-12, p. [29. Barbosa Machado nous a conservé la longue épitaphe latine consacrée à ce prince; et nous alouterons que la Bib. roy. possède plusieurs lettres autographes de lui : elles se font remarquer
Îar la netteté du style et par la perfecUon de i calligraphie*
de lui deux hommes tels que Jo3o das Regras, et surtout tels que le saint connétable (*). Disons-le d'ailleurs, malgré un certain mérite trop fréquemment rabaissé, don Antonio, qui ne s'était nullement préparé au rôle éminent qu'on allait lui faire jouer, ne garda ni fixité dans sa conduite, ni dignité dans ses premières transactions : il eût peut-être régné habilement comme Joâo III sur un royaume paisible, il ne sut pas commencer une dynastie (**).
(*} Ou trouvera tout le détail des relations de don Antonio avec la France dans l'ouvrage intitulé : Quadro elementar das relacOes poUtècas e diplomaticas de Portugal, ord. e publ, pela viscoude de Santarem ; t. 3. Nous rappellerons aussi que don Christovam, Pun des fiis de don Antonio, écrivit, sous Louis XIII, l'histoire de cette période. Ce prince, qui était né à Tanger, dont son père avait été gouverneur, fut chargé parle prétendant d'une-mission auprès de Tempereur de Maroc : elle fut sans résultat. Ce fut don Christovam qui entra dans la maison de Nassau.
(**} Il résulte des pièces diplomatiques récemment publiées, que, dès le début, le prieur do Crato ne sut pas asseoir ses projets d'une manièrefixeet invariable. Ce fut, plus tard, ce qui donna si peu de consistance a ses prétentions, toutes prolongées qu'elles furent. Sans abandonner ses projets personnels, la France le favorisait; mais Tbabile diplomate qui résidait alors à Madrid, était trop bien inblniil des étranges tergiversations du prétendant , pour ne pas mettre en garde son gouvernement contre la conduite de ce prince. M. de Vivone de Saint-Goard écrivait, en 1 579, au cabinet des Tuileries qu'il fallait se défier de D. Antonio, parce qu'il traitait avec l'Espagne, tandis qu'il réclamait nos secours. Malheureusement pour l'honneur politique de ce prince, les dernières révélations qui nous ont été faites à son su- Jet, prouvent que M. de Saint-Goard était bien informé. Grâce à une lettre , fort précise , que don Christovam de Moura écrivait à Philippe, nous voyons qu'à cette époque le prétendant avait singulièrement rabattu de ses prétentions, il les réduisait endéliniUveà trois mille ducats de rente, réversibles en partie sur la tète de son fils, et au Utre de gouverneur perpétuel de Portugal : tel fut du moins son ultimatum , durant une entrevue secrète qu'il eut avec l'agent si habile d'ailleurs de Philippe II. Si l'on ajoute une foi entière au récit de don Christovam de Moura, le prieur de Crato Unt dans cette conférence des discours si extravagants et si étranges, qu'il croit inuUledeles rapporter. II est vrai ue dire que don Antonio était alors sous le coup d'un ordire d'incarcération lancé par le cardinal roi, sa conduite ultérieure se sentit de ce premier esprit d'incertitude; et ce ne fut pas la dernière fois qu'il donna raison à notre ambassadeur en Espagne. Voyez , pour cette période, l'ouvrage cité plus bas, t. IV, première partie, introd. Pinto Ribeiro affirmed^aupart que Philippe sut fabriquer habilement des lettres qu'on attribua ensuite aa préten^ dant
Mais , pendant que ee drame s*ache- Tait obscurément, dans un hôtel ignoré de Paris, une série d'aventures plus compliquées et plus étranges se préparait en Espagne et à Venise , et allait continuer l'histoire si romanesque de rinfortuné Sébastien.
IMFOSTEUBS QUI PAENNSNT hE JHOU DE DON SÉBASTIEN. — AYENTUBE DJIÏ CELUI QUI FUT JUGÉ À VENISE, ET QUI TINTAPABIS, EN 1588. — LALETTBS DU DOGTEUB NOUYBLLET. — LE P. F,
JOSEPH TSiXEiAÀ. — En dépit de l'assertion de HieronimoMeqdoça,qui avait raconté d'une manière si touchante la mort du jeune monarque, dont il avait été à même de contempler les restes ; malgré les assertions de Leitâo d'An* drada y qui assistait aussi à la bataille, et qui conflrma le récit de son devancier, il y eut presque simultanément plusieurs imposteurs, qui prirent le uojfn du roi don Sébastien et qui revendiquèrent la couronne. Les trois plus anciens appartenaient à la classe inférieure de la société et n'eurent guère qu'une audace imprudente dont on ne devait attendre aucun résultat sérieux. J^ous passerons aussi fort rapidement sur leurs aventures. Ce fut dans TEstréniadure que le premier parut : c'était un maçon de l'île de Tercère, qui prétendait aux honneurs de la rovauté ; il marcha droit sur Jiisbonne, et l'on prétend que, s'il eût choisi un jour plus convenable» ileûtinfailiiblementréussi:
la potence de Philippe II ût justice de ses prétentions. Malheureusement i| entraîna dans sa mésaventure une plus noble victime que lui. Le second Sébastien parut dans la province de Beira : c'était unhommedu neuple qui prenait ce nom ; mais son affaire fut tout d'abord si bien conduite , que le cardinal d'Autriche y fut pris et recommanda même qu'on lui rendît les honneurs royaux : il en fut quitte pour une rude fustigation, et le sonriquet de Sébastien lui resta parmi ses compagnons. Le troisième imposteur qui prétendit lutter de rase avec Philippe , était un personnage plus sérieux. Ce fut dans les propres Etats de son royal compétiteur qu'ilparut : il exerçait l'humble métier de pâtissier en Castille, et le Pastelero de Madrigal aequit bientôt de la céiébrité«
Après une défense assez vive , la justice s'empara de lui, et on l'exécuta sans pitié (*^.
Après ees prétendants qui eurent une fin SI peu rassurante , il y eut deux ern)ites qui tentèrent Tayenture. L'un était ne à Alcobaça et résidait près de villa d'Albuquerque; il vivait avec tous les dehors de la sainteté et réunit bientôt un assez grand nombre d'adhérents, parmi lesquels deux personnages, à peu près au$si audacieux que leur chef, essayaient de se faire prendre , l'un pour Christovam de Tavora, l'autre pour l'évéque de Guarda. L'évéque supposé fut le plus malheureux, on le pendit; le roi et son ancien favori allèrent aux galères.
L'histoire de l'autre solitaire présente un caractère nlus original ; elle eut lieu près de villa cle Ericeira. Un jeune gar- (^on, dont la famille était probablement inconnue, s'était retiré dans un lieu abandonné , et y menait en apparence la vie pénitente : une ruse fort simple contribua çlus que tout le reste à lui gagner l'opinion populaire. Toutes les fois que quelque étranger était amené par le hasard dans le voisinage de sa cabane , il saisissait sa discipline ; et puis on l'entendait s'écrier au milieu des gémissements les plus douloureux :
« Malheur à toi, Sébastien; toute péni^ tence n'est rien en comparaison de tes fautes. » Cette circonstance eut du retentissement : le récit des austérités de l'ermite se répandit dans les lieux d'alentour, dit un historien portugais, et un laboureur fort riche, appelé Pedro Affonso, se déclara partisan du nouveau roi. Cet homme ne se contenta point d'une vaine démonstration en faveur de son protégé : avant armé plus de huit cents hommes, if adopta le nom de don Pedro de Menezes et prit le rang de général / ajoutant à cette dignité nouvelle les titres de comte de Torres-Vedras , seigneur de Cascaes et ^rand alcaïde de Lisbonne. Il paraît qu'il ne s'en tint pas là, et qu'il donna une d^ ses filles en ma-
(*) Voyez sur ce personnage et sur se» pareils, un ouvrage espagnol . devenu rare ; il est intitulé : Uistoria de Gabriel de Bspinma, pasic ifTo en Madrigal f quejingio terelrey don Sébastian de Portugal, y asi mismo laaefray Miguel de loi Santoe-en eUano^ 1696. Xerez. IS86«
L*tJNIVERS.
riage au faux monarque. Ije nouveau Sébastien évitait, du reste , de paraître en public. Lorsque l'autorité voulut intervenir dans cette momerie, elle trouva, dit-on , une vive résistance; on mit en marche des forces plus considérables, et le drame de villa de Ericeira eut le dénoûment de celui d'Albuquerque; cette fois seulement ce fut le prétendu roi qui fut exécuté ; le gros de l'armée alla ramer sur les galères.
Le père Gaudede la Conception donne une foule de détails sur ces imposteurs , et l'on ferait presque un volume des récits plus ou moins romanesques au'ils ont inspirés. Les Espagnols, aont te génie est si prompt à saisir, dans l'histoire, les moindres incidents dramatiques , les Espagnols ont trouvé l'étoffe d'une pièce de théâtre dans le Pasteleiro de Madrigal (*),etbien d'autres comédies du même genre ont fait retentir depuis sur la scène le nom du roi don Sébastien ; mais tous les aventuriers que nous avons désignés ici fondèrent leurs prétentions sur des moyens plus ou moins maladroits , je dirais plus ou moins vulgaires : il n'en fut pas ainsi d'un personnage, fort mvstérieux, dont un prélat célèbre se nt le défenseur , qui parut à Venise , durant les dernières années du seizième siècle, et qu'on désigne fréquemment par le surnom du Calabrois. Nous l'avouerons franchement ici , après une lecture attentive des pièces fournies par un auteur dont la Donne foi ne saurait être suspecte , l'histoire de ce personnage étrange présente tant de particularités curieuses, elle repose sur des faits si minutieux , elle offre, dans son ensemble, tant de rapprochements inexplicables, qu'on peut la mettre , sans (imiter, au nombre des mystères historiques dont nulle recherche , jusqu'à ce jour, n'a pu donner la solution. Trois ans après la mort de don Antonio , en 1598 , la seigneurie de Venise 6t arrêter un homme qui prenait hautement le nom de don Sébastien. Ce personnage portait sur lui, sans en excepter une seule, les marques secrètes auxquelles on pouvait reconnaître le jeune souverain. Comme lui, il donnait des preuves d'une vigueur prodi-
(*) On a affirmé aassi dans un ouvrage écrit en français que cet imposteur prétendail être le fils de PtiiUppe, don Carlos.
gieuse , malgré l'état apparent de faiblesse où la misère l'avait réduit ; comme l'eût pu faire encore don Sébastien , il indiquait nettement quels étaient certains présents diplomatiques qu'il avait reçus au temps de sa prospérité. Les noms de tous les seigneurs portugais qui avaient partagé sa mauvaise fortune lui étaient familiers; il s'informait des particularités les plus cachées qui pouvaient être relatives à leur personne et à leurs intérêts. Enfin , il rat reconnu à Venise même par 'divers seigneurs portugais, au nombre desquels il faut compter un homme d'un rare mérite , petit-fîlsdu célèbre Jean de Castro (*). La chronique contemporaine ne s'en tient pas là ; elle affirme que nonseulement il désigna quels étaient les loyaux de la couronne, parmi certains bijoux volés dans ses malles, mais elle
Ïirétend qu'une bague, donnée jadis par ui à la duchesse de Médina Cœli , laissa voir clairement son propre chiffre, que lui seul pouvait indiquer. D'un autre côté, les adversaires du pseudo-Sébastien faisaient remarquer qu'il ne-parlait pas toujours facilement le portugais , et qu'une foule de locutions étrangères se mêlaient d'ordinaire à son langage ; ils ajoutaient que les climats lointains avaient fait subir une transformation bien étrange à sa personne, puisque ses cheveux avaient complètement changé de couleur; ils allaient plus loin encore , et ils nommaient le village de la Calabre où le prétendu roi était né, si bien que le nom de Marco Tuliio Catizzone devint bientôt célèbre à Venise et dans le reste de l'Italie.
(*) Don Jofto de Castro, fils naturel de don Aivaro de Castro, seigneur de Penedo, et arrière-peUt-fils du grand vice-roi des Indes, était si profondément convaincu de TidenUté de ce prétendant avec la personne de don Sébastien, qu*il vint àParis, le U JuiUet 1600, pour essayer de faire triompher une cause à iauuelle il consacra son existence. 11 avait assiste à la bataUle d^Aicaçar-Kébir ; et, par conséquent, son témoignage peut être de quelque valeur dans ce grand procès. Il a publié à raris même plusieurs ouvrages, écrits en portugais et devenus fort rares , où il essaye de démontrer que le
Erisonnier de Venise n^était autre que don SéasUen. Tel est, entre autres, le livre inUtulé : JDiscuno da vida do wmpre hem vindo « ap" parecido Rey don Sebasiiâa; Paris, 1602.
Ce petit-fils d'un des plus grands hommes du seizième biècle vivait encore en 1623, à Paris, dans une profonde misère.
Ce qu'il y a de bien certain , c'est qu'à la suite du long pregadi que le tribunal vénitien consacra à cette cause, et auquel assistèrent, entre autres Portugais, le prince Cliristophe, fils de don Antonio , Joâo de Castro et le P. Sampayo, le mystérieux personnage fut purement et simplement banni de la cité. Le bruit courut et Topinion s'est accréditée qu'il avait été envoyé aux galères : mais il suffit de lire Touvrage rarissime, dans lequel Teixeira a consigné les particularités de ce procès , pour se convaincre de la fausseté de cette opinion , qui a prévalu , et qui ne s'accrédita qu'en raison de la nécessité où se vit le pseudo-Sébastien de s'embarquer sur une galère pour s'éloigner des États de Venise (*).
Il faut bien le dire, la partie essentiellement romanesque de ce récit , c'est celle qui comprend les vingt deux ans quon vit s'écouler entre la perte de la nataille d'Alcaçar-Kébir et l'année 1698, époque du jugement rendu à Venise. Selon le récit fait par le mystérieux personnage dont nous retraçons si rapidement l'histoire, après la bataille il serait monté sur un des gros bâtiments stationnant le long des côtes , puis on l'aurait conduit au cap Saint- Vincent. Guéri de ses blessures , sain de corps, mais profondément affligé d'avoir compromis le royaume , comme son ancêtre Alphonse V , il aurait résolu d'aller cacher sa honte dans les contrées étrangères. Parti avec quelques af 11dés , après avoir rassemblé des richesses d'un transport facile , il se serait dirigé vers l'Orient, et il aurait combattu avec une valeur peu commune dans les armées du schah de Perse. Fatigué de la vie errante qu'il menait , averti d'ailleurs par une vision, ilaurait abandonné rOrient pour se rendre en Europe.
[*) Il y a ea de nombreuses discassions sur H; sort Ju prisonnier. On a affirmé qu*il avait été arrêté a Florence, conduit à Milan , pais Jeté dans les galères , d'où il ne sortit jamais. L'auteur du Mercure portugais , publié à Paris en 1648 par un certain Chastonniëre de G^naille , renfenne sur la dernière période de cette vie aventureuse les détails les plus curieux; on y donne tout au long le récit d'une entrevue que le personnage en question eut avec le comte de Lemos , vice-roi de Napies, et à la suite de laquelle, dit-on, il Tut rcnfcrmî'».
20« Livraison. (Portugal.)
Parvenu à Paris Ç] , dans le cours de ses pérégrinations il ne se serait ouvert qu'à un petit nombre d'afâdés^ Rome étant le but principal de son voyage.
On l'aurait vu partir, presaue immédiatement, avec l'intention d'obtenir une audience du pape; puis, le pape étant tombé malade, cette audience lui aurait été refusée. Volé de ses bijoux précieux , tour à tour ermite et mendiant , le personnage serait venu enfin au lieu où ses prétentions devaient acquérir une célébrité européenne. L'affaire de Ve* nise est le dernier acte de ce drame bizarre ; le personnage mystérieux qui a tant occupé plusieurs Portugais honorables est enfermé selon les uns , errant selon d'autres ; mais il se voue désormais à l'obscurité ; et cependant Teixeira dit encore dans la première année du nouveau siècle : « Bien vous asseurè-je que nous ne manquons point d'espérance de voir un jour libre et prospère ce mien roy et seigneur (**). »
(*) Cette circonstance curieuse est trop pea connue des historiens portugais, pour que nous n'en consignions point les faits principaux ; ils nous sont révélés par une lettre contemporaine du docteur Nouvel let. Quel qu'il fût, le person* nage se disant don Sébastien vint à Paris en 1 588 , etdemeuradans le faubourg Saint-Germain. Un certain Coutigno, établi dans cette ville, confia la chose au docteur, sous le sceau du secret; et le docteur, plusieurs années après, transmettait, en ces termes ce que ses souvenirs lui pou> valent rappeler : « Il commença à me raconter, disait-il, qu'ayant rencontré un genUlhomme de son pays à Paris avec lequel il avoit eu dès longtemps amitié, ils s'entretinrent quelques jours de plusieurs propos: etentin ledit gentilnommé lui dit que don Sébastien n'estait point mort. De quoy le dit Coutigno fut fort estonné et ne le pouvoit croire, jusques à tant qu'il lay dit que, s'il le voyoit, il faudroit bien quMI le crust; et ainsi de propos à autres il luy promit le luy faire voir ; et de faict le mena disner avec ledict don Sébastian, en son logis quiesloit, si bien m'en souvient, à la rue Saint-Jacques; combien que Je ne me puis bien assurer si c'estoit en la rue Saint-Jacques ou bien en la rue de la Harpe, baste qu'il le mena disner avec ledict don Sébastian , ou soit le mesme jour ou après, car aussi J'ay oublié cela; mais très-bien je me ressouviens qu'ii me dit que la seconde fols qu'il disnaavec ledict roy, il y eut un sien ami, aussi Portugaiz, qui le vint demander au logis où estoit dom SébasUan, et que comme il commençoit à monter les degrez, luy Coutigno descendit hastivement pour l'empescher de monter, et ainsi s'en alla avec ce sien amy pour l'empescher de descouvrir don Sébastian, qui ne voulolt estre découvert. »
Suyte tfun discours intitulé: j4 aventure ad* mirable. Paris, 1602; in-l2, p. 40.
(•*; Voyez Adventdre admirable par-dessus
LtJNIVERg.
LES Sl&BÀSTfÀNISTBS. — LEURS CBOYANGBS EXPOSÉES DANS UN TIEUX VOYAGEUB FBAWÇAIS.— PEBSISTANCB BB CES SUPEBSTITIONS. — Il y a UDC
tradition populaire, qui se lie trop essentiellement à l'histoire que nous venons de rapporter, pour que nous négligions d'en constater rorigine.
C'est celle qui fait de don Sébastien une sorte de héros enchanté, un nouvel Arthur, destiné à ranimer les espérances religieuses des peuples et à consolider leur bonheur. Déjà , en essayant de faire connaître Thistoire du Brésil, nous avons parlé de cette secte des Sébas»
tianistas, qui semble avoir aujourd'hui son foyer dans les régions reculées de Minas , et qui jette des racines plus vivaces à mesure qu'elle s'éloigne de l'époque où elle prit naissance. Dès la On du seizième siècle, cette étrange rêverie s'empara de quelques esprits exaltés, et peut-être pritelle son origine dans les prétendues prophéties de Simâo Gomez , surnommé le Sapateiro sancto ; mais, n'en doutons pas, à cette époque^ elle eut dans sa bizarrerie quelque chose de touchant qui se liait intimement aux malheurs au pays : empruntons quelques lignes à un vieil écrivain ; le style constatera ici la date de la tradition , et elle peut mettre , d'ailleurs> en partie sur la voie de son auteur; voici ce qu'écrivait, dans les dernières années du dix-septième siècle, un de ces vieux voyageurs fran« çais que l'on consulte trop rarement :
« Je veux vous raconter ce que me dit, en la cour de Madrid, un religieux de beaucoup d'autorité et de crédit.
Près de son couvent , à Lisbonne , vivait un vieillard , qui avait été ministre employé de la justice : on l'appelait Ribeiro..., et, de la plupart de ceux qui le connaissaient , il était réputé fou ; un jour il entra, comme cela était sa coutume très-habituelle, dans l'église dudit religieux qui, étant à la porte de la
TOUTES LES AUTRES DES SIÈCLES PASSEZ ET PRÉ- SENTS, par laquelle il appert évidemment qtu don Sébastien^ vray ettégiUme roy de Portugal, incognu depuis la bataillé qu'il perdit contre les infidèles, en Afrique, Van 1578, est celuy mesme que les seigneurs de Fenise ont détenu prisonnier deux ans et vingt-deux jours^ finie att 15 décembre dernier passé. Trau. du castillan, 1601, 1 vol. ia-12, sans oom dMmprimeur.
sacristie, dit à deux de ses compagnons : Voilà Ribeiro, allons nous amuser un peu de ses prophéties... ; puis il fut convenu qu'un seul irait le trouver, parce qu'il parlerait plus librement et plus à cœur ouvert. Celui qui me contait la chose y alla, et, lui demandant des^ nouvelles, vint à toucher la matière en question. Mon religieux me jura qu'il discourait fort prudemment sur la matière "et nullement comme un insensé; et, après avoir démontré la chose par nombre de raisons, déduites des anciennes écritures, il conclut par ces paroles formelles : « Seigneurs P. N., ceux qui traitent de ces matières ne les entendent point ^ parce que les uns disent que ce prince est dans une île ignorée, marié avec la fille d'un roi puissant , qui doit lui envoyer une puissante flotte, sur laquelle il viendra, et au moyen de laquelle il assiégera Lisbonne; tandis que les autres prétendent qu'il est en Norwége , et que c'est de là qu'il arrivera , ayant déjà dépêché à tous les princes de l'Europe ses ambassadeurs pour les prévenir de ne pas accorder leur secours a l'Espagne. En somme, les choses qu'on dit ainsi « sont pures rêveries de gens qui savent peu. Le prince que nous attendons, mon père , et que Dieu nous a promis « doit, entre nous, ne nous être apporté, ni par des flottes, ni par des escadrons guerriers ; il n'amènera que paix et fêtes nombreuses; c'est au muieu d'elles que nous le recevrons avec acclamations; il ne doit pas prendre possession de son royaume par les armes , mais bien au son des joyeux instruments, des danses et des sentiments d'allégresse ; on ne doit voir ni morts, ni fleuves de sang à son entrée dans cette dté !... Ne m'en demandez pas davantage , mon révérend , mais priez Dieu qu'il vous le laisse voir, » et en disant celail me quitta. Ceci résume assez bien les opinions diverses des sébastianistes. Partout , cependant, la croyance de ces sectaires étranges ne se manisfesta pas avec des dehors si paisibles; et, s'il raut en croire une feuille publiée à Rio de Janeiro en 1838, on vit, il y a six ans , dans l'intérieur de la province de Pernambu* co, un de ces redoutables adeptes s'emparer complètement de l'esprit de ses
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compatriotes, et leur annoncer, au nom du roi don Sébastien , que ce souverain d'un monde enchanté s était réveillé et qu'il allait apparaître dans les solitudes de TAmérique méridionale, à la tête d'une armée nombreuse et magniûque.
Joâo Antonio se contentait d'annoncer la venue du jeune monarque dans son village de Pedra-Bonita, a vingt-deux lieues de Villa de Flores ;«mais ayant bientôt envoyé des solitudes de Tlnhamun, où il s'était retiré, un nouveau néophyte, nommé Joâo Ferreiro, celuici se proclama roi et imagina, pour consolider son empire, des rits sanglants , durant lesquels on devait immoler des victimes humaines, pour leur valoir l'immortalité. Pedro Antonio, frère de l'ancien prophète, jaloux de l'autorité de son envoyé, l'assassina, dit-on, et prit le pouvoir ; il avait persuadé aux grossiers Sertanejos^ sur l'esprit desquels il exerçait son empire , que par son influence ils étaient devenus à la fois invulnérables et invincibles. Vingt-six gardes nationaux , sous la conduite du commandant Pereira da Sylva, marchèrent du bourg de Belem contre ces frénétiques^ en tuèrent vingt-neuf sur le lieu de l'engagement , tirent quelques prisonniers et dissipèrent les autres dans leurs forêts : il leur en coûta seulement cinq hommes; quatre autres furent blessés. Ceci avait lieu le 18 mai 1838, et, deux mois plus tard, la chambre des députés retentissait de ce fait extraordinaire. Trois siècles ne se sont pas écoulés depuis la mort du roi don Sébastien, et l'histoire extraordinaire de ce prince est devenue un mythe , qui a fait naître, pour ainsi dire, une nouvelle religion. Selon quelques auteurs, le nombre des sébastianistes ne s'élevait pas , il y a quelques années , à moins de dix mille. On a publié, du reste , en Portugal , plusieurs écrits touchant ces étranges sectaires (*).
(*) Le prophète sébastianiste dont nous rapportons ici les folies sanglantes prétendait la'au Jour de la délivrance il lui suffirait de rapper la terre du pied pour en faire surgir des armées nombreuses. Vingt et une vietirnes, parmi lesquelles se trouvaient des femmes et des enfants, avaient déjà été immolée» quand rautorité locale parvint à mettre un ternie à ces barbaries. Quelque extraordinaires que paissent paraître ces faits (et ce qui se passe dans DOS provinces ne nous donne malheureusement
LES SOIXANTE ANS BB GAPTIYITé.
~ Il y a parmi les œuvres de Gamoens un chant plaintif d'un admirable caractère, où l'auteur des Lusîades paraphrase l'un des plus beaux poèmes de l'antiquité hébraïque et où il peint en vers sublimes les regrets d'une grande nation « errante dans l'exil; ce cri de douleur pouvait devenir, dès 1579, le chant national des Portugais. Bien qu'ils ne citent pas le psaume imité par Gamoens, cette similitude n'a pas échappé aux historiens nationaux ; et, quand ils veulent peindre la funeste période qui succéda à la journée d'Alcaçar, et qui finit à l'avènement du duc de Bragance , ils la désignent toujours sous le nom des soixante ans de captivité.
C'est qu'en effet toute gloire politique s'éteint alors pour le Portugal; c'est que les guerriers ne se sentent plus le désir de combattre , et gu*il ne reste plus aux poètes qu*une voix pour pleurer. Après avoir peint rapidement des événements dont nul ne contestera l'action sur le reste de l'Europe, nous ne nous sentons pas le courage de constater un à un lesécnecs qui diminuèrent chaque jour la gloire de cette nation; nous n'avons pas d'espace suffisant pour inventorier cette ruine. £n effet, dès les premières années du dix-septième siècle, on vit le Portugal perdre succès* sivement ses plus belles possessions dans l'Amérique méridionale, dans l'Afrique et dans 1 Inde ; chaque année dit une défaite, comme autrefois chaque année disait une victoire.
Un écrivain portugais a rassemblé chronologiquement et en quelques lignes les faits qui se rattachent à cette période déplorable; nous le citerons, parce qu'ici chaque souvenir est une accusation sanglante, qui fait prévoir
pas le droit d*en douter j, nous les acceptons avec d^autant plus de confiance qu*ils nous ont été confirmés par inhabile et consciencieux auteur de l'Esclavage aux Indes anglaises, M. Armand Hain se trouvait à la chambre des députés du Brésil lorsque cet étrange rapport y fut lu. Un orateur éloquent se leva alora pour engager le pouvoir à Taire pénétrer IHnstruction élémentaire dans les solitudes dit Sertâo. Les détails produits plus haut ont été empruntés à VEchofrançais de Rio de Janeiro du 14 iuillet 1838. A cette époque, Jofto AntoniQ avait fui dans les forêts. Le rapport qui fut liL à la chambre avait été fait par le préfet dd district de Flores.
Il«
Imposait le héros, il priait ; pais il frappait la sépulture de son bourdon de pèlerin ; et on lui entendait répéter ordinairement ce peu de mots : « Tout le mal que tu me pouvais faire, tu me Tas fait... Mais nul ne peut nier que tu aies été le plus grand conquérant et aussi le plus rude mainteneur de roj^aumes qu'il y ait eu au monde... iJevetoi I... on perd ce que tu avais gagné. » A la fin du siècle, en effet, c'était à peine si Ton pouvait reconnaître Tancienne vice-royauté des Indes, telle que l'avaient faite le vieux capitaine et ses successeurs immédiats. Comme nous Talions voir, ce fut bien pis sous la domination étrangère , lorsqu'on n'eut plus même devant la mémoire les grands
foudre sur elle , TËsçagne profita bien des avantages que lui offraient les colonies portugaises, mais elle ne s'imposa aucun sacrifice pour les garantir. Dans l'Inde, on vit paraître encore de grands noms, mais on ne compta plus guère de victoires. Don Francisco Mascarenhas, comte de Villa-Dorta, fut le premier que Philippe II envoya à Goa, pour le représenter; il fit la guerre avec quelque succès durant les trois années de son gouvernement: la mère patrie était devenue à peu près indifférente à ses efforts. Manuel de Souza Coutinho, qui lui succéda, en 1582, et qui périt en mer; Mathias d'Albuquerque, qui gouverna six ans, à partir cfe 1591 , furent aussi des hommes de tête. Le gouvernement de ce quinzième viceroi des Indes est même remarquable par un fait longtemps indifférent à l'Europe, mais qui signale pour ainsi dire une ère nouvelle pour l'histoire de l'Asie méridionale. Ce fut sous son administration qu'on vit les Anglais paraître pour la première fois aux Indes.
DonFranciscodaGama,arrière-petîtfils du grand homme dont il portait le nom , partit avec le titre de seizième vice-roi, et arriva en 1597. Un siècle entier s'était donc passé entre le départ de Gama pour les Indes et l'arrivée du jeune amirante dans ces contrées. Déjà les Hollandais, abrités dans le port de
Sainte-Hélène, guettaient les riches galions sur lesquels Philippe II comptait pour ranimer un instant ses finances. Nonobstant quelques heureuses expéditions, dirigées par le frère du viceroi, lorsque celui-ci dut partir, en 1599, l'heure de la décadence avait déjà sonné: la lutte s'engageait avec la Hollande.
Celui qui lui succéda, en 1600, Ayrès de Saldanhâ,dut s'apercevoir à ses dépens du changement fatal qui s'opérait.
Je lis ces mots sinistres dans Pedro Barreto, à propos du dix-septième viceroi des Indes : « Il fut vraiment faible en son gouvernement, et remit toute l'administration aux pères de la comagnie. Ce fut de son temps que les ollandais vinrent pour la première fois aux Indes, et, qu'en passant par Mosambique , ils prirent le galion du commerce des Indes, chargé d'immenses ri-.
chesses, sous le feu même de la forteresse , et ensuite, passant dans les eaux de Goa , vinrent s'embosser devant la barre, où ils restèrent durant un mois, sans qu'on les troublât en aucune façon et sans qu'on fît mine de les attaquer ; de là ils se portèrent vers le détroit de Malaca, où ils capturèrent un vaisseau parti de la Chine et très-richement chargé ; et depuis ils ont pris si grand goût à la chose, qu il en est advenu ce que le monde sait (*).» Le feible Ayrès de
(*) n est impossible de ne pas rappeler ici les travaux d'un nomme qu'on laisse toujours sur le second pian, et dont l'existence se lie cependant aux deux plus grands événements de cette période : l'anéanUssement delà puissance portugaise aux Indes et la fondation du commerce de la Hollande. Ck>rneille Houtman était né à Tergou (en latin Gouda), et sa biographie reste parfaitement obscure Jusqu'à répoque où il vint à Lisbonne, c'est-è-dire iusgiTà la an du seizième siècle. D'un coup d^œil Houtman a deviné l'état d'abandon où est le commerce de Lisbonne, et ce que le gouvernement de l'Espagne laissera prendre à des hommes persévérants. Dans ses perquisitions, qspendant, il manque de prudence; il est emprisonné, et on le condamne à une amende considérable; U s'adresse avec coofianoeaux négociants d'Amsterdam ; sa dette est payée. La Hollande a compris ce que valait la liberté de Corneille Houtman. Quatre vaisseaux sont équipés. L'homme habile qui a surpris le secret d'une prospérité commerciale presque fabuleuse, est nommé subrécargue de l'expédition; et, le 1*' juin 1590, lés Hollandais sont devant Sumatra; puis ils arrivent à Java; et quoiqu'U soit emprisonné par ordre du roi de Bentam, Houtman, qui a racheté son indépendance, met à profit, comme à Lisbonne, une liberté qu'il
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Saldanba gouverna quatre ans et demi; et il fut remplacé par Martim Affonso de Castro , qui arriva aux Indes en 1605. Dès cette époque^ les Hollandais ne mettaient plus de bornes à leurs prétentions , et l'amiral Cornelis tenait Malaca assiégé avec une flottille de onze navires. Afionso de Castro voulut aller au secours de cette riche colonie ; et voici encore ce que dit dans sa fatale coneision le manuscrit de Barreto : « Il partit de Goa le 3 mai 1605 , avec la
Elus grande flotte que Ton eût rassemlée dans les Indes , puisqu'elle comptait seize galions, une caravelle, quatre galères, vingt et une fiâtes et trois navires marchands. Or, ceci acheva d'anéantir les Indes , parce que ce gou- Terneur emmena toutes les troupes qui avaient fait leurs preuves et qu'il enleva aux forts toute leur artillerie. » Martim Affonso de Castro était brave, et il mit en déroute les Hollandais; mais des inimitiés particulières lui firent négh'ger les sages avis de Furtado deMendoça; et il ne sut pas profiter de la victoire
aue lui. assuraient ses forces navales : obtint quelques autres avantages; mais plus tard il fut battu, et il finit par mourir de chagrin d'avoir ouvert <c une voie si large aux désastres de toute espèce qui allaient fondre sur les Indes. » U succomba devant la cité qu'il avait délivrée d'abord ; le descendant de Joâo de Castro ne put survivre à cette honte , et il mourut, dit-on, du chagrin que lui causa sa défaite. Un archevêque de Goa, Frey Aleixo de Menezes, gouverna, avec une certaine habileté, en 1607 ; et, sous André Furt&do de Mendoça, chef énergique,, pareil aux hommes des vieux temps , les choses se relevèrent un peu. C'était, nous dit Barreto de Resende , le vice-roi le plus redouté qu'on eût vu encore dans l'Asie méridionale ; et, sous son gouvernement, disait-on , les
sait risquer quand il le faut. Ce premier voyage est peu proiitable ; mais ia compagnie des Indes orientales se fonde, et la Hollande a désormais la certitude que Théritage des Vénitiens et des Portugais lui appartient. Après des aventures sans nombre CornetI le Houtman, auteur de cette ffrande révolution, alla mourir dans une fie de rOrient. Frédéric Houtman, frère de Corneille, fut gouverneur d'Amboine en 1607. C'était également un homme remarquable : la science pDilologique lui doit un dictionnaire malai liosiqruQ dictionnaire malgache.
boutiques de Goa demeuraient ouvertes durant la nuit. C'est pour mémoire que nous nommons ensuite Hveronimo Azevedo ( 1612 ); Joâo Coutinho, comte de Redondo, revenu en 1617, puis FernSo de Albuquerque, précédemment gouverneur de Colombo. Il y avait vingt et un ans qu'il était aux Indes, et il se chargea de l'administration vers 1619.
£n 1622, Francisco da Gama revint pour la seconde fois en Asie. Une rumeur sinistre dut lui faire comprendre que le vaste empire dont son aïeul avait dévoilé les splendeurs , allait enrichir d'autres peuples et grandir une autre nation. Le gouvernement des Indes tombe d'ailleurs entre les mains des moines : en 1627 , Frey Luiz de Brito, l'ancien évéque de Méliapour et de Cochin , le religieux de Saint-Augustin , est chargé de maintenir ce qu'ont gagné lesPacheco et les Albuquerque; puis vient, en 1 629, Miguel de Noronha,
aui administre durant six ans, et qui, à éfaut de conquêtes, édifie quelques constructions utiles, telles, par exemple, que le beau pont de Pangi. Pedro da Sylva, mort à Goa en 1639, et Antonio Telles , qui ne font ^ue passer, doivent clore cette liste, ou l'œuvre puissante manque toujours à la célénrité de certains noms.
Si nous nommons Pedro de Sylva, qui mourut en 1639 , Antonio da Sylva, qui ne passa qu'un moment à l'administration, ce sera pour mémoire et parce que ces noms ne sont pas même insérés dans la plupart des relations qui s'occupent de l'Inde portugaise (*)• En 1640, lorsque Joâo cla Sylva TcUo
( ' ) Toute cette période est rappelée d'une manière intéressante dans Touvrage intitulé: Ré^ 8umé des voyages, découvertes et conquêtes d»s Portugais, en Afrique et en Aste, au quinzième et au seizième siècle ; par Mna» H. Dujarday. Paris, 1839,2 vol. in-8». Le livra s'arrête à la période de Sêvadjy, qui ne ligure polnl dans l'ouvrage. Nous ferons observer, en passant, que les historiens anglais et espagnols ayant été consultés par Tauteuc de préierence aux sources portugaises, lea noms les plus connus diffèrent quelquefois essentiellement de ceux reproduits ici. Ces noms ont été également altérés, du reste, pac l'abbé Prévost , Raynal et Vertot. A moins d'avoir fait une étude particulière de la matière» on ne saurait croire à quel degré les historiens français et anglais du dix-huitième siècle ont rendu méconnaissables les dénominations dQ certains personnages ou de certaines localités*
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L'UNIVERS
Menezes fut nommé vice-roi , la restauration de l'indépendance s'était effectuée ; mais ce fut l'époque des plus rudes attaques de la Hollande, et Goa faillit succomber; notre vieux voyageur Tavernier nous a fait voir ce qu'é- , tait devenue l'Inde portugaise en 1651.
— Nous renvoyons le lecteur à ses pages si pittoresques et si exactes. Antonio de Souza Coutinho , Frey Francisco dos Martyres et Francisco de Mello de Castro tormèrent , durant leur gouvernement par intérim , un triumvirat assez malheureux : l'heure de la décadence absolue avait sonné : le chef audacieux des Mahrates rassemblait déjà son armée.
FEDBO FEBNANDEZ DE QUEIROS. -—
SES DÉCOUVERTES.- Pendant que le Portugal tombait dans cet excès de misères, il rendait encore d'immenses services à la navigation. Pedro FernandezdeQueiros partaitpour des régions inconnues; et il lui suffisait d'une seule expédition heureuse pour inscrire son nom à côté des grands noms que nous ont légués les siècles de Joam II et deManoel. Il découvrit, en 1605 et 1606, la Nouvelle- Hollande; mais, moins heureux que Magellan, l'infortuné marin est resté, pour ainsi dire , inconnu ; comme si les découvertes accomplies dans ce temps de décadence ne comptaient plus pour la nation (*).
Queiros mourut dans l'obscurité , au moment où il tentait une seconde expédition, qui eût complété sans doute la tâche immense qu'il s'était imposée ( **). Rappelons ici les circonstances principales de sa vie orageuse, puisqu'el-
(*) L'ouvrage écrit par Balbi sur la monarchie portugaise recule de beaucoup la découverte d'une partie de la Nouvelle-Hollande par les Portugais, puisqu'elle la reporte à Tannée I52&. Le savant Barbier du Bocage avait eu en sa possession d'anciennes cartes portugaises où ces découvertes se trouvaient clairement indiquées. On ne peut néanmoins, d'après cette indication incomplète, dépouiller le navigateur de la gloire qui lui revient. Yoy. sHr l'exploration primiUve Urcullu.
{;*) Il y a une édition de Touvrage de Queirost intitulé : Terra australis cogntta^ publiée à Sévilledès 16 lO. La deuxième, publiée a Amsterdam, en 1612, est jointe à la relation laUne de H. Hudson; en I617, les Anglais donnèrent une traduction de cet opuscule. Bien qu'on y traite Fernando Quiros ou Queiros d'Espagnol, il éUit né en Portugal.
les ne se trouvent pas même consignées dans la biographie.
Queiros était né à Evora , mais on ignore Tépoque précise de sa naissance ; ce qu'on sait mieux, c'est qu'il se distingua bientôt dans la plupart des sciences relatives à la navigation, et qu'il se montra essentiellement pratique dans son art : durant une vingtaine d'années, il fréquentâtes mers de l'Inde occidentale ; cuis il revint en Espagne , d'où il passa a Rome, en 1600, à l'époque du grand jubilé. Comme le duc de Sessa, ambassadeur de Castille^ appréciait son instruction , il le chargea d'enseigner à son Gis la géographie et de lui donner une complète intelligence des cartes marines. Après avoir rec^n diverses faveurs du souverain pontife, il revint en Espagne , où on le chargea d'un voyage d'exploration vers les îles de Salomon, qui sont situées au couchant de la Nouvelle-Espagne. « Pour accomplir une entreprise si ardue, nous ditBarbosa, il s'embarqua sur une flottille, avec Alvaro deMendanha; et, comme celui-ci vint à mourir, grâce à son habileté, il continua l'expédition. Néanmoins, ne pouvant pas accomplir ce qu'il cherchait, il retourna en Espagne, d'où il partit de nouveau. » Il parait qu'il eut de grandes difficultés à surmonter durant cette seconde expédition, et cela ressort suffisamment delà lecture de sa courte relation. Mais ce qu'il ne dit pas^ c'est qu'il courut risque de la vie; il finit par découvrir les régions auxquelles il imposa le nom d'Aûstralia do EspiritO'Sancto. Voulant colojjiser les terres visitées par lui, il retourna en Es- Eagne : ce uit à cette époque qu'il pulia la succincte relation qui constate son immense découverte, et dans laquelle le sort de Colomb, revenant involontairement à sa mémoire, il établit, avec modestie néanmoins, une sorte de parallèle entre lui et le navigateur génois ; il y fait observer que, si de simples indices ont suffi pour nourrir la f)ersévérance du grand homme , il ne ui est pas permis à lui , qui a vu les contrées dont il parle et qui a touché les objets qu'on y remarque, de se taire et d'abandonner l'espoir d'une plus complète exploration. Cette rela* tiou^ si simple dans son style, était la
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huitième qu'il adressait au roi ; et c'est pour cela sans doute qu'elle offre si peu de détails circonstanciés. Selon toute apparence, cependant, les réclamations de Queiros furent entendues ; car il reçut une mission pour se rendre à Mexico, où l'on devait lui remettre le commandement d'une flottille , qui ne pouvait pas néanmoins être bien considérable, puisqu'on ne voulait pas consacrer plus de cinq cent mille crusades à son armement. Ce projet ne s'effectua jamais ; et Fexplorateur de la Nouvelle-Hollande mourut à Madrid, à peu près ignoré, sans que les auteurs qui nous ont transmis ces faibles renseignements nous disent l'époque précise de sa mort. Pedro Fernandez de Queiros ne s'est pas éteint sans laisser une relation détaillée de ses découvertes. Il serait bien vivement à désirer que quelque savant de la Péninsule, héritier du zèle de Navarrète, publiât le manuscrit portugais , qui contient , dit-on , le détail de sa vie et de ses voyages. Pereira Solorzano affirme que le fils du grand navigateur, don Francisco Queiros, lui avait communiqué cet ouvrage ; il contient trois relations, et fixe la date de l'expédition qui Gt connaître définitivement les terres australes, à l'année 1605 (*).
BESTAURATIOW DU PORTUGAL. — AVBNKMENT DE JOAO IV. — GrâcC à
un livre célèbre, que sa forme concise a rendu populaire, grâce aux situations saisissantes d'un drame moderne, connu de tous, il n'y a peut-être point dans l'histoire de Portugal une seule période qui ait eu autant de retentissement que celle dont nons allons esquisser les traits principaux. Nous n'hésitons pas à le dire cependant, si ce sont les qualités éminentes de ces ouvrages qui ont donné aux événements de 1640 un caractère propre à les populariser, ce sont ces mêmes qualités, toutes littéraires, qui ont contribué jusqu'à un certain pomt à fausser l'opinion sur les hommes et sur les choses. Nous ne saurions avoir la prétention de ré-
- (*) Il semble (|u*on ait cherchéà récompenser le lils des découvertes du père ; car doo Francisco, qui est représenté par Barbosa comme habile dans les sciences mathématiques , fut nommé cosmographe en cbeC du Féiou et examiBateur des pilotes.
former complètement Vertot au profil de la vérité , encore moins de demander un exposé sincère de l'histoire à l'auteur du drame. Pour accomplir cette tâche , un livre entier serait nécessaire ; et nous n'avons à notre disposition que quelgués colonnes; mais nous ne craindrons pas de nous expliquer ici en ])eu de mots. Il fallait à l'habile écrivain, pour exercer sa plume^ un de ces grands événements qui frappent d'autant plus vivement l'esprit des peuples qu'ils sont inattendus; il fallait au poète une sorte de Figaro politique, aussi ar* dent que rusé, dont il pût animer sa fable : en mettant de côté les vastes dossiers légués à notre âge par la diploma* tie du dix-septième siècle; en chan« géant complètement le caractère se* rieux et les habitudes studieuses du principal agent de Joâo IV , on a eu les Révolutions (*) et Pinto (**) : voyons ce que nous donne la vérité.
Grâce à de persévérantes investigations , on en a aujourd'hui la preuve , jamais, sous la domination de l'Espagne , la maison de Bragance ne mit en oubli ses justes prétentions. Dès le seizième siècle, don Theodosio protestait contre l'acte inique qui faisait tomber la couronne aux mains de Philippe II ; et tout nous prouve qu'aussitôt après la mort du prétendant, que la France ne cessa de protéger, le ministre habile qui dirigeait la France, comprit à merveille le parti qu'on pouvait tirer d'un nouveau compétiteur au trône.
Si l'on en croit un ouvrage assez obscur, bien avant Tannée 1640, Richelieu se serait occupé de fomenter une révolution à Lisbonne , en faveur de la maison de Bragance , et il aurait employé à ce dessein un certain joaillier, nommé Broual , qui se serait abouché avec Pinto Ribeiro, magistrat considéré dès cette époque et plein du désir tout patriotique de rétablir l'indépendance nationale. Grâce ù Pinto, l'a^entdu cardinal ministre aurait instruit don Joâo, duc de Bragance, des dispositions fa-
(*) Les Révolutions de Portugal furent imprimées, pour la première fois, sans nom d'auteur, en 1689.
(•*) Pinto , ou la Journée d'une conspiralion , fut joué en l'an VIII. Ce drame, écrit en prose, est resté la production la plus originale de Nqpomucène Lemercte^ ,
L'UNIVERS
vorables qu'on avaitpour lui en France.
De riches bourgeois de Lisbonne auraient été sondés sur les dispositions du peuple, et l'on se serait assuré de leur dévouement à la maison de Bragance (*).
Vertot ignorait cette circonstance importante, ou s'il la connut plus tard, son siège était fait; mais ce que Tauteur cité déjà ignore lui-même, c'est
3ue la France ne cessa pas un moment 'entretenir à Lisbonne des agents cachés , faisant tous leurs efforts pour opérer une scission violente entre VEspagne et le Portugal. Dès 1634, on voit Louis Xni entamer une négociation secrète, afin d'engager le duc de Bragance a s'emparer de la couronne. Il ne s'en tient pas à un conseil dont il doit profiter, ilfait àce prince des offres de secours effectifs , que \^& circonstances sans doute ne permirent pas alors d'accepter. Quatre ans plus tard, au mois de mai 1638, le cardinal de Richelieu renouvelle ses tentatives pour opérer le soulèvement des Portugais ; enfin, le 15 août de la même année, il dirige plus que jamais ses efforts vers ce but, et en expédiant vers Lisbonne, en Qualité d'agent secret, M. de Saint-Pé, il fait offrir positivement au chancelier, ainsi qu'à un certain capitaine Âzevedo, qu'on ne voit cependant pas figurer dans l'histoire officielle de cette révolution, des forces assez considérables pour rendre l'indépendance au pays. Une escadre de cinquante navires , avec une armée de dix mille hommes de pied et de mille hommes de cavalerie , sont à la disposition du Portugal : il était trop tôt peutêtre pour qu'on les acceptât; mais le nom du duc de Bragance a été encore prononcé, et en cas de refus de sa part, le cardinal engage les grands du royaume à choisir parmi eux un souverain^ appartenant à la famille royale , que la France, dit-il, se fera toujours undevoir de favoriser, parce qu'elle sort du sang de ses rois (**).
Nul doute ne saurait demeurer dans
. O Mangin, Abrégé de l'Histoire de Portagal. Paris, 1707» I vol. in- 12, p. 371.
(") Voyez, dans le Quadro elementâr, les extraits d'une lettre du corole d'Avaux au secrétaire d*État Chavigny, tom. IV ,• part. F* (introducUoD).
l'esprit du lecteur. Ces propositions furent déclarées dès lors au duc de Bragance et à sa femme, l'illustre descendante des Médina Geli; et, selon toute apparence , si don Joâo différa alors de donner une réponse favorable^ c'est que le temps de le faire ne luisembla pas encore opportun. £n poursuivant, du reste , la lecture des importants documents diplomatiques qui ont été récemment publiés, on est frappé d'une chose, c'est de l'insistance toute particulière que met don Joâo, devenu roi, à remercier le mînistrefrançais des dispositions favorables que le cardinal a toujours montrées pour sa cause. Peu importait, sans doute, à l'habile politique que le sceptre du Portugal tombât entre les mains du duc de Bragance; mais ce qu'il lui fallait obtenir avant tout, c'était que l'Espagne fût affaiblie par la séparation violente des deux couronnes.
Ces faits, bien importants à coup sûr, puisqu'ils sont l'âme de toute la politique de l'époque, ont échappé à Vertot, ou plutôt il les a complètement ignorés; mais ce qu'il a établi d'une manière fort précise, c'est le début de la révolution. Lorsqu'il arrive à Tannée 1640, et qu'il expose en quelques mots le caractère des divers personnages qui figurèrent dans ce drame, on sent qu'une certaine perspicacité lui a fait consulter de bonnes sources, a Marguerite de Savoie, duchesse de Mantoue, gouvernait alors le Portugal, en qualité de vicereine ; mais ce n'était qu'un titre éclatant, auquel la cour n'attribuait qu'un pouvoir fort borné. Le secret des affaires et presque toute l'autorité étaient entre les mains de Michel Vasconcellos, Portugais qui faisait la fonction de secrétaire d'Etat auprès de la vice-reine , mais, en effet, ministre absolu et indé-
Sendant. Il recevait directement les orres du comte-duc, dont il était la créature, et auquel il était devenu agréable et nécessaire par riiabileté qu'il avait de tirer incessamment des sommes considérables de Portugal ; et par un esprit d'intrigue qui faisait réussir ses plus secrètes intentions, il faisait naître des haines et des inimitiés entre les grands du royaume, qu'il fomentait habilement par des grâces et des distinctions alïectées qui faisaient d'autant
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plus de plaisir à ceux qui ies recevaient
3u'eile6 excitaient le dépit et la jalousie es autres. Ces divisions , qui s'entretenaient entre les premières maisons, faisaient la sûreté et le repos du ministre, persuadé que tant que les chefs de ces maisons seraient occupés à satisfaire leurs haines et leurs vengeances particulières, ils ne songeraient jamais à rien entreprendre contre le gouvernement présent.
« Il n'y avait dans tout le Portugal que le duo de Bragance qui pût donner quelque inquiétude aux Espagnols. Ce prince était né d'une humeur douce , agréable, mais un peu paresseuse; son esprit était plus droit que vif; dans les aftaires, il allait toujours au point principal ; il pénétrait facilement les choses auxquelles il s'appliquait , mais il n'aimait pas s'appliquer. Le duc Théodose, 8on père, qui était d'un tempérament impétueux et plein de feu , avait tâché de lui laisser comme par succession toute «a haine contre les Espagnols , et les lui avait toujours fait regarder comme des usurpateurs â'une couronne qui lui appartenait. Il avait fait son possible
Sour lui inspirer toute l'ambition que oit avoir un prince qui pouvait espérer de remettre cette couronne sur sa tête , et toute l'ardeur et le courage nécessaires pour tenter une si haute et si périlleuse entreprise.
« Dom Juan avait prisa la vérité tous les sentiments du duc son père; mais il ne les avait pris que dans le degré que lui permettait son naturel tranquille et modéré. Il haïssait les Espagnols, mais non pas jusqu'à se donner beaucoup de peine pour se venger de leur injustice. Il avait de l'ambition, et il ne désespérait pas de monter sur le trône de ses ancêtres ; mais aussi il n'avait pas sur cela une si grande impatience que le duc Théodose en avait lait paraître. Il se contentait de ne pas perdre de vue ce dessein, sans hasarder mal à propos pour une couronne fort incertaine une vie agréable et une fortune toute faite, qui était des plus éclatantes qu'un particulier pût souhaiter. » li faut ledire cependant, l'habile historien n'a passufhsamment approfondi le caractère de l'homme qu'il fait entrer sur la scène politique. Le duc de Bra-
gance n'était pas tellement anai du rA* pos qu'il ne se fût livré à des études sé« rieuses et qu'il n'eût même abordé avec un rare succès les théories les plus abstraites d'un art difficile (*] ; il passait avee juste raison pour un des hommes les.
plus instruits de son temps , et il suffit de lire quelques-uns de ses écrits anonymes pour se convaincre qu'il unissait à une instruction solide une grande finesse d'observation.
C'était^ selontouteapparence, ce goût pour les études sérieuses qui l'avait dé« terminé à attacher à sa maison un des esprits les plus éminents de cette épo« gue, Joâo Pinto Ribeiro, qui, né d'une lemilte noble à Amaranthe (**), avait donné dès son extrême jeunesse des preuves de la plus vive intelligence.
Barbosa Machado nous le représente comme ayant fait les plus fortes études à Goimbre ; et il était même sorti de cette université célèbre assez habile dans l'étude des lois pour qu'il pût occuper divers emplois distingués dans la magistrature ; il s'y était fait remarquer, dit son biographe, par ses rares connaissances et par son désintéressement.
Tel était l'homme auquel don Joâo avait donné toute sa confiance et qu'il avait attaché à sa maison. Son esprit ardent, son cœur vraiment patriotique, le rendirent bientôt l'agent principal d'une conjuration méditée depuis longtemps selon toute apparence , et qui, si
n II cultivait la musiqae avec an succès rare; etMacedo prétend même que c'était le
{)lus habile ttiéoricien de son temps. Non-seuement il avait rassemblé une immense bibliottïèque musicale, rangée dans un ordre admirable et ornée des portraits de loua les arUstes remarquables du seizième et du dix-septième siècle, mais , en outre, on a de lui plusieurs oeuvres anonymes; il a publié à Rome, sans nom d'auteur, un livre intitulé : Defensa da musica moderna. Nous avons lu ce curieux opuscule ; et il indique un homme qui avait de notables connaissances sur le sujet dont il s'était occupé. Ces faits semblent avoir été complètement ignorés de Fauteur des Révolutions. Si Vertot eût été à même de lire les pièces qui figuVent dans le Quadro elementar, cité plus haut, il se fût convaincu aisément que le fondateur de la dyuasUe de Bragance n'était nullement dépourvu des qualités qui font le politique habile.
(**) Pmto appartenait à la noblesse; on peut s'assurer de ce fait dans Barbosa et surtout dans Niceron, où le héros de 1640 a un excellent article, qui eût pu tenir en ^arde sur bien des faits quelques écrivains postérieurs.
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elle éclata subitement, n'en fut pas moins le résultat d*une longue combinaison politique.
* Ce aue notre indifférence pour l'histoire de cette période en Portugal nous laisse ignorer complètement d'ailleurs, c'est que le peuple ne supportait plus qu'avec une impatience mêlée de colère les exactions du comte-duc, et qu'il se refusait même positivement à payer de nouveaux impôts. Déjà trois ans auparavant , en 1637 , une véritable émeute populaire avait éclaté dans une des vil* les les plus importantes du royaume, et cette espèce de révolution, bien connue dans les mémoires du temps sous le nom de tumultes d^Eoora (*), n'avait eu une issue si prompte et si paisible que parce qu'aucun homme émment ne s'était trouvé en mesure de la diriger.
L'Espagne s'était vivement émue, le comte-duc avait mandé à la cour les principaux seigneurs qu'on pouvait soupçonner de prêter leur appui aux mécontents. £n 1638, quelques troupes avaient marché ; deux nommes énergiques, sortis de la classe ouvrière, Sesnando et Barradas, avaient été exécutés en effigie ; puis tout était rentré dans un calme apparent. Mais ce n'était pas seulement a Ëvora et dans le pays des Algarvesque le peuple exprimait avecénergie son mécontentement : la nation cruellement décimée s'indignait; car, durant les troublées d'Ëvora, il avait été question
(*) CeUe espèce de prodrome de la révolation de 1640 a été admirahlement exposé par un babile écrivain du dix-sepUème siècle, qui fat mêlé à toutes les affaires du temps. La pre-
Melio est coosacréc aux alteracôes cTÉvora (on désignait ainsi cette succession d*émeates qui précéda la restauraUon portugaise). Ce personnage intéressant, qui se trouvait alors au service de TEspagne, s*était vu chargé par le comle-duc d'aller avec le comte de Linhares apaiser les mécontents ; son compagnon avait eu l'habileté de se dégager d'une mission difficile; Francisco de Melfo, au contraire, était venu raconter les faits, et la prison avait récompensé sa sincérité. La sympathie de l'écrivain nr les agitateurs, du reste, ne parait pas dou- \e. Une chose remarquable et que je ne me rappelle pas avoir vue indiquée dans son rédt, c'est que tout s'exécuta durant les troubles d*Evora au nom d'un certain Manuelinho, dont la signature était apposée au bas des proclamations. Manuellnho était un pauvre fou de la dté, qui servait de Jouet au peuple et qu'on avait surnommé ainsi par plaisanterie à cause de sa taille démesurée.
d'exiger d'elle un sacrîiice plus humiliant que tous ceux qu'on lui avait jadis imposés. Les magistrats du peuple devaientétre manda à la cour, et là, couverts d'un sac , ayant au cou la corde du supplice, faisant, en un mot, par une lâcne concession, ce qu'avait fait jadisË^az Moniz par un pur héroïsme, ils devaient prononcer, disait-on, l'amende honorable en présence du roi de Castille. On ajoutait encore qu'à la suite d'une consultation de théologiens habiles et de légistes complaisants, le Portugal, qui conservait une ombre de nationalité, allait être rayé delà liste des royaumes, et qu'en l'incorporant à la vaste monarchieespagnole, on effacerait jusqu'à ses souvenirs.
Après la lecture attentive de l'intéressant récit qui nous a été laissé (lar I Francisco de Mello, on peut croire !
beaucoup de choses de la vaine gloire du comte-duc, et surtout de la façon quelque peu théâtrale (*) dont il usait en diverses circonstances, pour frai>per certains esprits. Mais ces bruits, qui ne reçurent pas même un commencement d'exécution, pourraient bien avoir été semés à dessein par ceux qui devaient si courageusement d'ailleurs en recueillir les résultats.
. Ce qu'il y a de bien certain , c'est qu'en dépit de sa feinte indifférence pour les émeutes qui se manifestaient si près de lui , le ministre ne s'était nullement mépris sur la nature des relations qu'on entretenait dans la petite cour du duc de Bragance avec le reste du Portugal. Durant les troubles d'Évora, on l'avait entendu répéter ces mots fort significatifs : « Il n'y aura « point de repos en Portugal tant que la « mauvaise herbe ne croîtra point dans « les cours et sur les degrés du palais « deVilla-Viçosa. «C'est que dans ce pa* lais^ en effet, 1 1 y avait deux nobles coeurs qui avaient pu se comprendre, deux têtes pleines de force et de résolution et qui s'étaient sans doute communiqué
(*) Entre autres récits de Prandsoo Maooel, voyez la page où il raconte l'audience solennelle du ministre. Cette galerie où pénètre le grand jour et qui se termine par une sorte 'alcôve à peine éclairée; cetlevoix qui commande et qu'on entend comme une sorte de murmure dans les deml-lénébres, tout frappait de terreur certains esprits.
leurs projets, bien que les historiens contemporains évitent de s'exprimer à ce propos (*). Quoi qu'en aient pu dire les écrivains les plus accrédités, durant les troubles d'Évora on n'entend répéter ni le nom de Pinto Ribeiro, ni celui de dona Luiza Francisca de Guznian (**), la noble épouse du duc de Bragance : lorsque la révolte de Catalogne vint agiter de nouveau les esprits , ces noms, qu'on a déjà gravés au fond du cœur, semblent, pour ainsi dire, oubliés. Ce silence sur les deux personnages qui menèrent à bien la conspiration est une preuve de plus de leur habileté. La vicereine qui commandait alors au Portugal, l'infante dona Margarida (***), y
(*) Qui eut riniliative dans ce grand projet? Ce sera toujours un problème. Pinto Ribeiro était procurador ou, si on l'aime mieux, surintendant des affaires du duc de Bragance ; il résidait habituellement à Lisbonne , mais la nature même de ses occupations le ramenait fréquemment à Yilla-Yiçosa : la duchesse de Bragance, plus habile politique que son mari , put démêler rapidement ce qu'on pouvait attendre de ses lumières et de son activité. Les propositions du duc de Bichelieu lui furent peut-être alors révélées? les documents positifs manquent sur ce point. La voix populaire donne encore aujourd'hui la meilleure part dans la réussite à Pinto et à la duchesse de Bragance ; je crois pour ma part à la tradition : disons cependant, pour être exact , que le nom de Francisca de Guzman figure fort rarement dans les écrits contemporains. Pinto lui-même évite de le prononcer : il y a là quelque motif dont nous ne comprenons plus la valeur politique.
(**) Cette princesse, née à SanLncar de Barrameda, le 13 octobre 1613, avait reçu une excellente éducation. Elle était âgée de vingt ans à peine en 1633, lorsqu'elle épousa le duc de Bragance ; elle eut de son mariage avec don Joâo : don Tbeodosio , dona Anna, dona Joanna , dona Catharlna , depuis reine d'Â.n-
fleterre, don Manuel, don Affonso et don >edro. — Dona 'Anna et don Manuel ne vécurent pas assez pour recevoir le titre d'Infants. A en juger d'après la copie d'un portrait aue Ton conserve dans la famille de Médina Siaonia, cette princesse avait un charme extrême dans l'ensemble de sa physionomie. Voyez les Retraios e biographias das personagens illustres de Portugal. Lisboa, 1842. Ces portraits sont exécutés par M. C Legrand.
C*) La duchesse de Mantoue était venue en Portugal vers la fin de l'année 1634; néanmoins elle n^vait pris possession du gouvernement qu'au mois de janvier de l'année suivante. Elle était assistée pour la forme du marquis de Puebla; mais, comme le fait remarquer le comte d'Ericeira, cette dernière nominaUon était restée sans effet. Miguel de ,Vasconcellos, sous le titre de secrélaire d'Etat, pourvoyait à tout sans contradiction et faisait tout exécuter sans reconnaître de dépendance. Cet bommesi méprisé et si généralement haï avait ,
fut elle-même trompée; Fexécuteur des volontés de Philippe IV , le rusé Vasconcellos, fit taire un moment les soupçons qui le tenaient toujours agité, et la sécurité qu'on sut lui imposer par un silence habile, fut bien certainement la cause première d'un succès si complètement définitif, qu'on le dut croire inespéré.
Bien que l'auteur des Révolutions nous ait fait connaître les personnages principaux qui figurèrent plus tard dans ce drame , ce sera là le seul emprunt que nous ferons à son récit animé, et un historien portugais, qu'il n'a pas assez consulté , nous servira d'abord à exposer les faits principaux de cette prodigieuse restauration.
Vers la fin de 1640 , le nombre des conjures s'élevait, dit-on, à quarante (*); pour la première fois des propositions furent adressées au duc de Bragance , durant un voyage qu'il fit à Aimada; ces préliminaires, en ce qui le regardait, n'aboutirent à rien de définitif: le 12 octobre de la inéme année, il y eut une assemblée des principaux meneurs à Lisbonne : cette réunion était commandée par les circonstances , car la guerre , qui allait se déclarer en Catalogne, devait nécessairement éloigner de la capitale plus d'un membre de cette association patriotique. On voulait en finir avec la domination espagnole, et l'on se plaignit amèrement du duc de Bragance, dont la tiède
dit-on, des talents remarquables en finance Son gendre Dlogo Soares possédait le même titre que lui, et partageait la haine populaire; mais il résidait à Madrid.
{*) Nous donnons ici les noms des plus notables d'entre eux tels qu'ils nous ont été transmis par le comte d'Ericeira, dans son Porlugalrestmirado : don Antâo d'Almada, don Miguel d'Almeida, le grand veneur, Jorge de Mello, Pedro de Mendonça, Antonio deSaldanha, Joâo Pinto Ribeiro, le marquis de Ferreira, le comte de Vimioso , don Joâo da Costa , don Jeronymo d'Atayde et son frère don Francisco Goutinho, Femào Telles, Antonio de Mello et Luiz de Mello, Estevâo da Cunha , Joâo de Saldanha, don Affonso de Menezes , Thomé de Souza , don Antonio Tello, don Joâo da Sylva e Menezes, don Alvaro d'Abrancbes, Ayres de Saldanha, don Antonio Alvares da Cunha, Bartholomeu de Saldanha , Tristâo da Cunha, Luiz et Nuno da Cunha ses fils , don Miguel Childe RoUim, don Luiz d'Almada, iils de celui qui ouvre la liste , don Thomas de Noronha, don Antonio Mascarenhas, Francisco deSampaio, don Carlos de Noronha, FreirQ d'Andrade, Lobo Figueiredo.
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LtTWVERS.
lenteur fatiguait les meilleurs esprits ; il fut même question de couper court à ces hésitations et de se constituer en république, à Timitation sans doute des provinces-unies de Hollande. Pinto Ribeiro parla avec énergie contre ce projet , et rallia les esprits à don Joâo , en rappelant que ce que Ton prenait pour une lâche irrésolution était après tout de la prudence. 11 termina en afûrmant que le duc de Bragance avait le cœur trop haut placé et connaissait trop bien ses devoirs de gentilhomme, pour rejeter des efforts généreux quMl approuvait en secret.
La fortune de la maison de Bragance tint alors à ce peu de mots : un nouveau message fut résolu, et ce fut Pedro de Mendonca , grand alcaïde et seigneur de Mourâo, qui se chargea d'aller à Vi 11a- Viçosa vers le duc et de sonder ses dispositions : le digne Portugais qui entreprenait ce voyage comprit ce qu'il y avait de délicat et de difficile dans sa mission. Il passa par Évora, où tout était apaisé en apparence, mais où des cœurs chaleureux battaient encore pour rindépendance ; et là il trouva le marquis de Ferreira, le comte de Vimioso et Rodrigo de Mello, qui écrivirent au duc en le pressant, avec leur loyauté bien connue, d'adopter enfin une resolution désirée de tous.
IVous avons déjà essayé de le faire comprendre, don Jo3o était un esprit distingué , rempli de qualités aimables, ami des plaisirs de TinteUigence, ayant même ce genre de bravoure qui con»
venait à un gentilhomme, et qu'avait remarqué Pinto ; ce n'était pas un chef de parti. Pedro de Mendonca le rencontra à Villa-Viçosa comme il revenait de la chasse ; il lui remit les lettres dont il était porteur, mais il le trouva encore irrésolu et dut penser intérieurement , que chez ce seigneur, si ardent pour le plaisir, si tiède pour les affaires, il n'y avait guère Tétoifc d'un roi La destinée du Portugal comme monarchie tint alors, on peut l'affirmer, aux paroles nettes et décisives d'un esprit fin, et plus encore à la résolution soudaine d une femme digne d'être reine. .
Le duc de Bragance avait alors un secrétaire intime, dont les conjurés se défiaient : en lui remettant le pli auquel
il demandait une réponse immédiate, l'alcaïde de Mourâo avait supplié don Joâo de n'en point révéler le contenu à Antonio Paes, et le duc s'était contenté de répondre : Tenez- vous sur ce point l'esprit en repos ; mais il en connaît mieux le contenu que moi-même. Ce fut à cet homme, dont l'histoire tait presque toujours le nom , qu'il alla se confier dans l'anxiété où l'avaient jeté les dernières propositions du comité secret de Lisbonne. Antonio Paes avait sans doute reçu ses instructions de Pinto, et il connaissait probablement les défauts ainsi que les qualités de son maître ; il se contenta de lui poser cette question : « Que fera le duc, si le peuple, las d'at- « tendre, se constitue en république ? — « Il suivra, vous le savez bien-, Anto- « nie Paes, l'opinion du royaume, et « courra tous les risques qui doivent « assaillir la, patrie. — Alors le doute « cesse^ et qui se décide à risquer sa vie « pour être vassal d'une république , « trouvera plus de gloire à la conduire « en recevant d'elle le titre de roi. »
Don Joâo ébranlé passa ensuite dans l'appartement de la duchesse, et là une réponse plus fière et plus ferme devait enfin le décider. — « Plutôt mourir en ré- « gnant que de vivre asservi, monsieur ; « et quant à moi, j'aime mieux être reine « une heure , que d'être duchesse toute « ma vie. » Pedro de Mendonca trauS" mit aux conjurés une réponse que beaucoup d'entre eux n'atténuaient plus.
Les faits curieux que nous rapportons ici sont rappelés par plusieurs écrivains portugais ; et bien que le comte d'Ériceira fut encore un enfant en bas âge, lorsque la révolution eut lieu , il a pu facilement plus tard interroger les acteurs principaux qui figurèrent dans ce drame. A nos ^eux donc ce récit éauivaut, pour ainsi dire, au témoignage d'un contemporain. On se demande néanmoins comment cet historien consciencieux passe si légèrement sur les derniers rapports des conjurés avec le duc de Bragance, et l'on acquiert avec quelque surprise la certitude que la narration d'un personnage éminent, qui eut la part principale dans cette négociation, lui fut complètement inconnue. Pinto Ribeiro, en effet, nous raconte dans un précieux opuscule que l'on peut mcUr«
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au rang des plus grandes raretés bibliographiques , qu'il fut encore envoyé par Tes conjurés au château de Villa-viçosa après le retour de Talcaïde de Mourâo : il s'agissait d'avoir le dernier mot du duc, et ce fut lui qui l'obtint. Son voyage est raconté par lui-même d'une façon concise et originale, que nous nous garderons bien d'altérer, et nous nous contenterons de rappeler au lecteur que, selon ce qui a lieu chez les gens d'action, il aime à parlera la troisième personne.-' Pinto partit pour la résidence du duc, dit-il ; il arriva avec tant de rapidité à Villa- Viçosa que, dans l'allée, la station et le retour, il n'employa pas plus de dix jours, et qu'il était déjà à Lisbonne le 21 du même mois. Il nt part au duc de tout ce qu'il savait sur la matière et de tout ce qu'il lui vint à la pensée ; facilitant l'entreprise et exposant nettement, son vœu... Mais il trouva les choses en meilleure situation que son esprit ne Veut imaginé, puisqu'il vit le duc résolu, dans le cas où cette grande entreprise échouerait au sein ae Lisbonne , à se mettre en campagne et à tenter la fortune avec les populations de r Alem-Tejo,qui étaient à sa dévotion. Un cœur qui sent de la bienveillance ose beaucoup, et Joâo Pinto, certain de la disposition favorable qu'il rencontrait dans la chose entreprise, anticipa et mit l'effet à la place de l'intention : là même se jetant à genoux , il dit au duc : « Proximus accingendus habetur pro accincto ! Votre Majesté doit être acclamée roi et seigneur légitime de ce pays, et moi je la reconnais pour telle; donc je puis lui baiser la main et être le premier qui lui rende cet hommage, » et en s'ex primant ainsi, il joignit l'effet aux paroles , quoique avec la modestie qui lui est naturelle Sa Majesté s'y refusât disant : « !Ne vendons pas la peau avant la chair. ~ £h bien , moi, plein de confiance, j'affirme à Votre Majesté que les désirs ne vont pas encore jusqu'où ira le succès. » Ce tableau d'intérieur, tracé par l'auteur le plus influent de la révolution de 1640, a été négligé par tous les écrivains nationaux ou étrangers ; il réhabilite cependant aux yeux de l'histoire le monarque qu'on peint comme étant si irrésolu, et il est une preuve ajoutée à tant d'autres du
haut degré de confiance qu^avait Pinto dans sa cause.
Après sa première entrevue avec don Joâo, Pedro de Mendoça s'était arrangé de manière à ce que les principaux conjurés qui résidaient à Villa-Viçosa même et surtout à Évora fussent instruits des bonnes dispositions du duc ; Pinto put leur confirmer cette nouvelle. Mais, aussitôt après avoir obtenu le dernier mot de don Joâo, il se rendit à Lisbonne auprès de ses adhérents, car c'était chez lui que se tenaient les assemblées secrètes , oii s'agitaient les grands intérêts du pays. La plupart des historiens qui ont traité ce point important de 1 histoire du Portugal , ont insisté sur un événement qui pensa tout faire échouer. Dans la nuit du 28, nuit destinée à toutes les grandes déterminations, un jeune gentilhomme, nommé don Joâo da Costa, qu'on n'avait point mis jusqu'alors dans le secret, se trouva par une circonstance fortuite en rapport avec les conjurés et fut convié par eux à prendre part au grand mouvement qui se préparait : il tint des discours d'une telle nature, qu'il devint suspect, et qu'on put croire un instant à quelque trahison de sa part. Vertot passe rapidement sur ce fait , mais le comte d'Ericeira le raconte longuement et l'expose avec complaisance, comme un des épisodes les plus intéressants de sa narration; il va plus loin, il donne dans toute leur étendue les représentations adressées par le jeune gentilhomme aux autres conjurés dans cette nuit mémorable. Un écrivain d'un talent réel, mais souvent imparfaitement renseigné , Alphonse Rabbe, admireavec raison ce discours, dont il vante la prudence et l'énergie. Mais, nous sommes bien contraintde le dire ici, c'est au comte d'Ericeira , don Luiz de Menezes , qu'il faut faire honneur de cette longue harangue remplie d'expressions pittoresques et hardies. Le narrateur par excellence, Pinto Ribeiro, raconte tout autrement les faits, et lui, seul acteur obligé de cette scène, mérite une foi complète. « Tout allait miraculeusement, dit-il dans son langage sincère et animé, lorsque s'éleva une bourrasque si périlleuse qu'elle eût
Eu faire perare la tramontane au plus abiie, si Dieu n'eût pris soin d'apaiser
L'UNIVERS
la mer (*). » Le même personnage expose ensuite que , dans la réunion du 28 , il avait été convenu que chacun des conjurés s'ouvrirait à un certain nombre de gens sûrs , et que l'un d'eux, contre la volonté générale, «.ayant parlé à certain gentilhomme, trouva en lui tant de prudence et d'hésitations 9 que ces qualités allaient jusqu'à obscurcir sa valeur. » Le ildaigo, dont l'indiscrétion mettait en si grand danger la liberté du piiys, s'ouvrit aux autres conjurés : l'inquiétude la plus vive les gagna , et il fiit convenu qu^on irait trouver Pinto, pour qu'il avisât le duc. Le 29, à une heure après minuit , deux gentilshommes vinrent en son logis pour le charger de cette affaire. Il demeurait dans le palais de Bragance , mais il alla ouvrir lui-même aux conjurés, en se gardant bien d'avertir les serviteurs. La contrariété qu'il éprouva en recevant une telle communication fut grande; il comprenait peutêtre mieux qu'un autre l'inconvénient u'il y avait à ajourner les résolutions u duc. « La discussion , dit-il , dura trois heures de la nuit, les trois conjurés passant et repassant dans les salles du palais en s'entretenant de cette position difficile. » Enfin ils s'éloignèrent en lui enjoignant de prévenir don Joâo. Mais lui, ajoute-t-il , avait résolu de ne le point faire « parce que ces moyens dilatoires étaient pires que le péril luimême ; on aventurait d'ailleurs le secret par ces retards aussi bien que par la communication... le duc, tenu en suspens, pouvait se refroidir et ne plus ajouter crédit à d'autres déterminations. »
Pinto, qui, selon l'ordinaire des hommes de sa trempe, des vrais chefs de parti , se tient à dessein sur le second rang, ne se montre-t-il pas tout entier dans ce çeu de mots? Aussi segarda-t-il bien de jeter la perturbation dans l'esprit de don Joâo. Il lui écrivit par un serviteur affidé, mais il lui écrivit deux mots seulement, « que Votre Excellence arrête ce qu'elle a mis en ordre et qu'elle suspende tout jusqu'à nouvel avis de ma part. » Pinto prévint ensuite les chefs principaux, qui ignoraient le
(*) Discorso del vsurpatione, retentione e rîsturalione del regno ai Porto fjuHo fatto dal doUor Gio. Pinto Ribero, Lisbon;!, 1646.
nouvel incident, et entre autres don Miguel d'Almevda ; cette démarche n'eut d'autre résultat pour lui que de lui faire comprendre combien sa conduite trouvait peu d'approbateurs : les conjurés se virent cependant; ils comprirent qu'il fallait donner quelque chose à la fortune. Le duc fut avisé et la détermination invariablement prise. Le 1" décembre 1640 fut désigné pour marquer désormais l'ère nouvelle de l'indépendance (*).
Il était dit que les femmes rempliraient le rôle le plus digne dans cette noble révolution. Comme dans les temps antiques, quelques-unes d'entre elles firent à la liberté du pays le sacrifice de leurs angoisses maternelles, comme dans les âges chevaleresques elles exaltèrent de leur héroïsme ceux qu'elles envoyaient au combat : une noble dame de Lisbonne, dona Filippa de Vilhena , arma elle-même ses deux fils, et, en tenant l'épée de leur père qui avait servi aux Indes, elle leurdit : « Allez, vous étea chevaliers. Gagnez un trône au roi et la liberté au pays (**). » Jeronyino d'Ataïde et Francisco Coutinho échappaient, pour ainsi dire, à l'enfance , ce fut leur mère qui les revêtit de la cuirasse , qui leur ceignit l'écharpe brodée de ses mains, mêlant à ces soins les baisers maternels. Une autre dame^uî portait le nom de Lancastre, agissait ainsi dans la même matinée; oien d'autres se sentaient au fond du cœur la même pensée, et faisaient leur sacrifice en silence , et lorsque ces femmes avaient pleuré comme des chrétiennes, elles se rappelaient le mot de la Spartiate : Il est l'heure, partez ; revenez libres ou ne revenez pas.
L'heure des grands dévouements en
(*) Le comte d*Érîceira est d'une brièveté bien incomplète touchant ces faits capitaux : il dit même que Pinto envoya au doc des messages contradictoires qui le Jetèrent dans une extrême confusion d*ldée; mais Pinto a soin de laire^remarquer que la tepeur du second message fut la même que celle du premier : ce quil fallait pour que le duc se tmt sur ses gardes sans se décourager complètement; un nouvel avis lui vint plus tard , c'était celui de la détermination délinitive.
(**) Cette scène, que nous ne faisons qu'esquisser ici, a reçu tous les développements désirables d*un écrivain portugais, «ftl. Sylva I^al Junior. Tout cela est aussi dans Laclede, mais fort décoloré.
effet était arrivée. Neuf heures avaient sonné» toutes les boutiques étaient ouvertes et rien ne dénotait que, dans lequartier qu'habitait la duchesse de Mantoue , une grande commotion politique allait avoir lieu. Le terreiro ou larqodospaçog était aussi paisible qu'aux jours tranquilles de Philippe III; quelques carrosses seulement et plusieurs cavaliers arrivaient sur la place , mais rien encore ne devait inquiéter les habitants du palais. Un noble vieillard, qu'on était aocoutume à voir quelquefois chez la vicereine, don Miguel d' Almeida avait passé le seuil du château. Tout à coup la détonation d'un pistolet retentit dans la salle des Allemands , c'est le signai attendu : des centaines d'hommes sortent des carrosses , des cavaliers encombrent la place. Ce conspirateur octo* génaire que la garde a laissé passer , ce vieillard qui représente l'antique noblesse portugaise, se montre au oalcon, il tient son épée à la main et parle au peuple : « Vive le roi don Joâo lY jusqu'à ce jour duc de Bragance; meurent les traîtres qui nous ont retiré la liberté! x> Une clameur immense lui répond; l'instant de la lutte approche, et c'est aux cris de mort pour la Castille que trois hommes résolus attaquent la garde espagnole. Jorge de Mello, Estevam daCunha, Antonio de Mello de Castro, se jettent sur les Castillans et les forcent bientôt à se rendre , en criant « Vive Bragance! » Pinto Ribeiro avait été homme de sage conseil et de haute prévision politique , il fut homme d'action à l'heure du péril : les conjurés s'étaient Avisés de telle sorte que toute résistance pût être paralysée. Au même instant Pinto marcha à la tête des plus résolus vers l'appartement de ce Miguel de Vasconcetlos, qui seul, par une résolution soudaine, pouvait encore arrêter les efforts. Pour parvenir jusqu'à lui il fallut se débarrasser, par le pistolet ou par le poignard , de quelques-uns de ses affidés; mais cet homme, que le soupçon tenait toujours éveillé, avait eu foi jusqu'au bout dans sa fortune et s'était refusé aux meilleurs avis : averti tout à coup du danger , il avait dédaigné cette conspiration soudaine et s'était orgueilleusement comparé à César; t Je l'imiterai dans sa fortune, » avait-il
21* livraison, (Portugal.)
dît à Fonseca (*) : puis il était allé se Oûcher dans une armoire, comptant sar le silence d'une vieille servante, qui seule
Seuvait le trahir : il n'y eut pour lui ni évouement ni pitié lorsque son heure fut venue. Les conjurés entrèrent bientôt en tumulte dans rappartement qu'il habitait ; il suffit de jeter un coup d'œii sur ce lit en désordre qu'il venait de quitter et sur cette femme qui tremblait, pour deviner qu'il n'avait pu fuir : une épée nue , un geste menaçant , suffirent pour intimider la vieille. Elle demanda mentalement pardon à Dieu, dit un historien, et son regard furtif indiqua l'armoire. Vasconcellos reçut la mort sans proférer une parole; ce fut Antonio Tello , qui, le premier, lui tira un coup de pistolet (**) , puis les autres conjurés le frappèrent à leur tour, et le cadavre de l'indigne ministre fut jeté par la fenêtre. Les cris de Vive la liberté ! Vive don Joâo, roi de Portugal ! accompagnèrent cette sanglante exécution ; les acclamations du peuple y répondirent.
Vasconcellos, haï et méprisé de tous malgré sa capacité peu commune , était la seule victime que les conjurés voulussent donner au peuple. Pendant que ce cadavre sanglant et dépouillé était traîné dans les rues de Lisbonne , Miguel d'Almeida, Fernand Tello de Me-
(*) Voyez à ce sujet Laclede, dont le récit est diffus, mais qui parait assez bien informé : Manoei Mansos de Fonseca était Tenu avertir le ministre de Philippe, et il le trouva d'abord dans la plus grande sécurité. Un manuscrit espagnol de la Bibliothèque du roi , sous le n» 24 (fonds des Petits-Pères), dit que trois hommes s'échappèrent de la chambre du secrétaire d'Ëtal au moment où les conjurés y entrèrent, et qu'on les maltraita fort. L'auteur anonyme de cet écrit qui n'est cité dans aucun catalogue , parait au fait des moindres particularités. C'est ainsi qu'après avoir raconté comment on tua Vasconcellos sans lut donner le temps de demander confession, une
rirtie des conjurés se rendit au moment même son habitation particulière, située alors à la Fontaine du roi (al Chafariz del rey); on espérait y saisir le frère du ministre, Joào de Braga; ce personnage échappa sous des vêtements de femme. Un autre frère de Vasconcellos. l'évé-
3ue de Leyria, se trouvait à l'église à l'heure u soulèvement , et put se cacher dans un couvent de religieusas.
C*) £t non Rodrigo de Sa', grand chambellan, comme le dit Vertot : Laclede, passablement au courant des détails de cette scène terrible , raconte tous les outrages qui furent faits au cadavre. On le dépouilla de ses vêtements, il fut traîné par les rues tout un Jour, et ce fut Pinto Ribei ro qui obUnt qu'on lui donnât la sépulture.
L'UNIVERS
nezes, Joâo da Costa et bien d'autres
se dirieeaient vers rappartement de la vice-reine. Pour parvenir jusqu'à elle , ils brisèrent quelques portes et ils la trouvèrent enfin dans la salle de la Galère. Marguerite de Mantoue avait promptement compris que les discours qu'elle adressait au peuple étaient inunies ; à fapproche de don Miguel , elle se tourna vers les conjurés et espéra sans doute avoir plus d'influence sur ces représentants de la haute aristocratie qu'elle n'en avait eu sur la foule irritée; elle leur dit avee un certain trouble : « Déjà le ministre coupable a payé les délits qu'il avait commis.
Messieurs , que votre colère ne pousse pas les choses plus loin , elle ne serait
Elus digne de si nobles cœurs. Je m'olige à ce que le roi catholique « nonseulement pardonne , mais soit reconnaissant de ce qu'on a délivré ceroyaume des excès du secrétaire (*). »
Ce n'est [)as sans dessein que nous rapportons ici les paroles de la vicereme, modifiées, altérées même dans tous les historiens; on voit qu'elle promit beaucoup plus d'abord que ne devait tenir à coup sûr le comte-duc. Peu à peu elle se rassura et montra une sorte de fermeté virile , dont Ëriceira ne peut s'empêcher de la louer. Le propos quelque peu cavalier que l'on prête dans toutes les relations à don Carlos de Noronha, n'est cependant pas une fiction; il nous est attesté par Pinto Ribeiro, qui se trouvait sans doute présent à la scène; il dit positivement et sans commentaire : « Elle délibérait de faire quelques démonstrations de plus, en se montrant au peuple maintenaut furieux et tout embrasé du désir de voir confirmé ce qui était déjà fait; mais ceux qui se trouvaient là l'en empêchèrent. Néanmoins la sentant si difficile à apaiser, ils se virent contraints à user de sévérité. Et comme don Carlos de Noronha lui parlait d'une manière si ferme , qu'elle en restait stupéfaite , il ajouta finalement qu'il ne fallait pas que Son Altesse donnât occasion à ce qu'on lui manquât de respect. En écoutant cela , elle s'irrita davantage et dit
{*) Voyez don Luiz de Menezes, oonde de ErioÎBira : Hisioria de Portugal rettaurado. Lis*
aussitôt : à moi?.. Et comment? — En faisant passer Votre Altesse par une de ces fenêtres. Elle s'arrêta alors et commença à obéir à ce qu'exigeait le temps et à ce qu'enseignait la raison. » Nous omettons pour être bref et les colères de Tarchevêque de Braga, qui fit peutêtre son devoir en défendant la vicereine, et l'avertissement charitable que reçut le fougueux prélat d'un des conjurés, qui avait demandé instamment sa vie aux chefs de la conspiration , Pinto d'ailleurs se tait sur ce point; mais il ajoute bientôt que la vice-reine commanda immédiatement au 5^r$«nto Mor du château de ne faire aucun mouvement capable d'inquiéter le peu- j pie. Cet ordre sans aucun doute fut | exigé de Marguerite de Mantoue, par des hommes qui risquaient en ce mo' \ ment leur vie pour l'indépendance na- | tionale ; les historiens prétendent qu'en le donnant , la vice-reine avait espéré qu'il ne serait pointexécuté. Pinto , dans son opuscule, nous dit bien que si le canon du château eût tonne contre la ville et si on l'eût attaquée, les soldats de la garnison eussent payé de la vie le dommage causé par leurs chefs ; mais ce n'est pas l'avis de tous ceux qui ont écrit sur cet événement mémorable; et le comte d'Ericeira est persuadé que si les cinq cents fusiliers renfermés dans la forteresse fussent sortis sur la place, à la première rumeur, toute l'entreprise eût été mise en question. Se voyant à l'abri derrière Tordre Su'il avait reçu, le commandant du fort, on Luiz del Campo, s'abstint de toute démonstration hostile, et le lendemain au soir , sur un nouvel ordre de Marguerite de Mantoue, il remit à don Alvaro de Avranches les clefs de ce château, dont les chefs du mouvement avaient regardé la résistance comme l'obstacle le plus sérieux que pût rencontrer le rétablissement de l'indépendance nationale (*). A partir de la ma-
(*) Le manuscrit espagnol déjà cUé affirme que le commandant n'avait pas plus de dix quintaux de poudre à son service, et que ses soldats étaient restés deux jours sans manger. Le comte-duc commit une faute capitale, en n'approvisionnant pas mieux la forteresse et surtout en enlevant pour les fjuerres de la Catalogne treize cents nommes a la garnison do ch&tean . avec tout cela Thistoire ne sait trop comment qualltier ici la oondoit^ da oomman-
tinée où Pinto, marchant vers le palais , avait dit si résolâment à quelqu'un de ne point se mettre en peine de ce qui allait advenir, parce qu'on allait dans la salie du trône , simple ment mettre un roi à la place aun autre, tout avait réussi miraculeusement aux conjurés (*) ; tout réussit plus rapidement encore, après le dernier acte politique de Marguerite de Mantoue.
Peu à peu le peuple s'était rassemblé, il avait compris que c'était l'heure d'être en armes; la foule devenait compacte , et en reconnaissant les hommes qui lui parlaient, les Portugais ne doutaient plus de leur liberté : il fallait cependant régulariser la révolution au'on venait d'accomplir. La multitude se précipita vers les portes de la chambre municipale, et les magistrats, qui s*étaient d'abord barricadés, ouvrirent bientôt au peuple et confirmèrent par leur signature le grand acte de l'indépendance nationale; c'est ce qui sans doute a fait dire naguère à un historien , qu'on entra dans les tribunaux , et qu'un arrêt dont le début était au nom d'un monarque fut rendu au nom d'un autre souverain (**).
Ce fut alors que le vénérable archevêque de Lisbonne, suivi d^une foule immense, arriva à la Camara : il venait prendre le gouvernement de la cité en attendant l'arrivée du roi. Quelques instants plus tard ce noble Alvaro d'Abranches, qui portait un nom si chevaleresque , s emparait de la bannière de la ville et parcourait les rues de Lisbonne aux acclamations de la multitude.
De même qu'à la bataille d'Aljubarotta, un événement fort simple vint encore accroître l'enthousiasme de ce peuple
dant , d'aotant plus qu'an prisonDier d'Etat portugais, habile tiomme de guerre, lui oonseUlait une sorUe, ne sachant point ce dont il était quesUon. Mathias de Âibuquerque se réjouit fort, plus tard, de ce que son avis n'avait point prévalu. Le Jour même où le château se rendit , les troupes castillanes dont la capitale était environnée mirent également bas le4 armes sur un ordre de la vice-reine. La tour de Belem , Gabeca Secca, Torre Yelba , Santô Antonio et le cnAteau d'Almada se rendirent simultanément.
(♦) Discono, etc., dal doitor G. Pinto Ribero. Lisbona, 1646. p. 49.
(**) Alphonse Eabbe, Résumé de VhUioire du Portugais
religieux et passionné: <îomme l'archevêque se rendait au palais , précédé de la croix épiscopale, au moment où l'on arriva devant Santo- Antonio, un des bras du Christ se détacha ; on eût dit qu'il voulait bénir un peuple redevenu libre, et les cris de « Miracle! » se joignirent aux cris de liberté. « Ce fut avec ce cortège, nous dit Pinto, que Tarchevêque entra dans le palais plein déjà d'une innombrable quantité de gens de toute espèce ; il en était même arrivé des campagnes, et de ce nombre était Miguel Maldonado, qui se trouvait là tenant une épée à deux mains et environné de ses quatre fils , compagnie digne de toute entreprise mémorable!
Leurs serviteurs les suivaient , et il en était ainsi de bien d'autres oui accouraient des environs, animés ae l'amour de la patrie et des joies delà liberté (*) ! » On le sent à ces paroles ferventes du noble Pinto, les vieux temps du Portugal étaient revenus, et, quelques heures plus tard , deux ou trois gentilshommes, se jetant dans une galère, allaient résolument prendre trois navires espagnols, qui ne songeaient pas à quitter le port {**), Tout réussissait au gre des conjurés : nul excès néanmoins ue troubla cette révolution, nulle vengeance particulière ne vint la souiller : des nommes que des inimitiés anciennes tenaient divisés s'embrassaient au contraire, et l'on ne trouvait plus d'expression que pour rendre grâce à Dieu d'un bien inespéré. Ce fut alors et pendant que les compagnies victorieuses parcouraient la ville, que Pinto (***) se retira à l'écart et qu'il expédia un courrier au duc de Bragance , qui pouvait dès lors prendre le titre de Joâo IV. Ce fut seulement la nuit suivante que partirent Pedro de Mendonça et Jorge de Mello , pour aller à Villa- Yiçosa , prévenir le roi et hâter sa venue. Par ordre du gouvernement provisoire , la duchesse de Mantoue s'était retirée à Xabregas; le nouveau monar- €|ue que le peuple s'était choisi partit immédiatement sans suite, accompagné uniquement du marquis de Ferreira
(*) DiscùTso dal doHor Pinto Rihero , p. 52. {**) Conde de Erioeira O Portugal restau* rado.
(•♦♦) Pinto, loeo eitato.
St.
L'UNIVERS
et du comte de Viniîoso; il s'embarqua à Aldea Galega , et le jeudi , à neuf heures , il mettait le pied sur le quai de Lisbonne.
LBGOUHONNEMENT, — ABBIVÉE 1>B
LA BEiNE. — Ériceira nous a conservé avec soin tous les détails du couronnement de Joâo IV, qui eut lieu le 15 décembre. Les faits ne sont pas ici sans importance, parce que, durant cette solennité magnifique, improvisée pour ainsi dire , tous tes vassaux de la couronne montrèrent qu'ils se rai liaient à la monarchie, et qu'ils acceptaient les risques qu'entraînait leur adhésion.
Les acteurs les plus zélés de ce drame politique ne furent pas les plus richement récompensés. C'est une preuve bien évidente de leur amour patriotique et il est bon de le faire remarquer : Joâo Plnto Ribeiro, par exemple, ne figura point à la cérémonie du couronnement, paré d'un titre honorifique, et ce fut un peu plus tard que le rang modeste de garde général des archives, dont il se contenta toute sa vie , vint rappeler son zèle et rémunérer ses talents (*).
S{*) Il parait qu'après le grand événement li le rendit célèbre , Pinto alla en mission à orne pour y défendre les intérêts de la maison de Bragance auprès d'Innocent X : fidèle à son système, il n'occupa point en cette circonstance un rang trop ostensible , mais il servit ainsi probablement d'une manière beaucoup plus emcace les intérêts du pays : ceci explique, du reste, à merveille pourquoi l'ouvrage si peu connu où il raconte la mémorable tournée fut écrit en italien. Pinto Ribeiro, run des Jurisconsultes les plus habiles sortis de l'université de Ck)imbre, avait toijyours occupé de fort graves emplois dans la magistrature. Pinhel et Ponte de Lima Tavaient eu tour à tour pour Juiz de Fora, et il s'était fait remarquer dans son administration par de vastes connaissances et par un rare desintéressement. Faute de dates précises , nous ignorons si ce fut après son voyage d'Italie qu'il fut nommé désembargador du palais, gentilhomme de la maison du roi, puis contador morou
grand trésorier ; on le voit enfin garde général et archives. Une lettre curieuse écrite par lui , et qui nous a été transmise par l'Académle des sciences de Lisbonne, nous prouve que cette retraite honorable, qu'un homme politique plus ambitieux eût pu fort bien dédaigner, lui laissait des loisirs dont il connaissait tout le prix et qu'il savait utiliser. Pinto fut marié avec dona Maria de Fonseca, dont il n'eut Jamais d'enfants. Il mourut à Lisbonne le II août 1649, c'est-à-dire bien peu d'années après la glorieuse révolution dont il avait été le mobile principal. Selon fiarbosa, on l'enterra dans le clQUre de l'église du couvent de Sam-
Dona Francisca de Guzman n^assistait pas elle-même à cette imposante cérémonie; à la fête de Noël qui suivit le couronnement , don Joao se rendit près d'elle à Aldéa Galhega, et il la ramena dans Lisbonne avec Tinfant don Theodosio, qui allait être reconnu comme héritier de la couronne. Avec le tact qui la distinguait, elle désigna immédiatement les dames qui devaient faire partie de sa cour, et elle chargea de réducation du jeune prince une femme qui avait donné des preuves publiques de son amour pour Tindépendance. Dona Marianna de Alancastre mit tous ses soins , en effet , à cultiver cette jeune intelligence, sur laquelle reposaient désormais les destinées du Portugal ; et si la mort ne l'eût pas enlevée en sa fleur, comme disent les
Francisco à Lisbonne, près de la porte du réfectoire. Tous les écrivains contemporains vantent son Instruction solide et sa prudence, mais il nous a semblé que le comte d'Ericeira le laissait quelque peu au second plan. Giuseppe di Santa-Theresa insiste sur sa finesse , dans l'acception que nous donnons à ce mot, et l'appelle huomo di finisHma intelligenza. Certainement Pinto mérita cette qualification par fa rare habileté qu'il déploya dans les affaires auxquelles il se trouva mêlé. Mais l'histoire, complice du. drame, en a fait chez nous une sorte d'aventurier politique se mêlant à la conspiration de 1640, comme 11 se fût mêlé à toute autre échauffourée. Il nous a semblé
3u'il était convenable de restituer à cet homme 'un si haut caractère et d'un si noble désintéressement quelque peu de la gravité dont on l'a si promptement dépouillé. Ce qu'on ignore généralement, c'est que Pinto est auteur de plusieurs ouvrages fort sérieux. Nous n'indiquerons pas même ici leurs titres , parce que cette liste bibliographique serait un peu étendue; mais on a pu Juger de l'écrivain par quel- 8 aes fragments déjà cités. La plupart de ses vres sont restés manuscrits; il serait fort à
Sues fragments déjà cités. La ] vres sont restés manuscrits; désirer qu'on publiât celui où il examinait s'il est utile et Juste d'exiler du royaume de Portugal les chrétiens nouveaux convaincus de Judaïsme par le tribunal du saint office, etc. Pinto est auteur d'un commentaire des poésies diverses de Camoens, et Barbosa nous apprend que cet ouvrage était prêt à être imprimé : ce précieux volume a été détruit, en partie du moins , par un accident. L'éloge que Pinto a consacré à Joâo de Castro fut d'abord publié en 1642, puis réimprimé avec de nombreuses corrections en 1773. Je ne puis rien dire ici du mérite littéraire de cet opuscule , mais il est intéressant de voir un homme tel que Pinto prendre pour sujet de son panégyrique le ^capitaine le plus brave et surtout le plus intègre du seizième siècle; il pensait sans doute, comme le vieil Almeida Freyre, que la renommée des choses passées conserve le9 choses présentes.
Portugais, non-seulement bien des scandales eussent été évités au pays , mais un roi éminent de plus eût été inscrit dans ses annales {*),
LA NOUYELLI DE l'INSUBREGTION ABBTVE A HADBID. — LE MOT DU COMTE-DUC. — DÉFI DU DUC DE ME- DINA SIDONIA. — AMBASSADE EX- PÉDIÉE EN FRANCE PAB JOAO IV.
— La nouvelle du grand événement qui rendait la couronne du Portugal à un descendant direct du mestre d'Aviz, parvint vaguement à Madrid au bout de peu de Jours. Le corrégidor de Badajoz avait vu des feux s'allumer de tous côtés sur la frontière, et comme il en avait conclu fort raisonnablement, à ce qu'il semble, qu'une révolution quelconque devait avoir éclaté en Portugal , il s'était empressé de faire part de ses conjectures à la cour. Le comteduc s'était bien irrité de ce qu'un magistrat se permettait de troubler son repos par de semblables nouvelles, mais il n'y avait pas cru (**). II fallut enfln se rendre à l'évidence, lorsque, trois heures après, un courrier apporta les détails circonstanciés de l'événement. Cette dépêche, qui ne laissait plusf de doute, aigrit d'autant plus Olivarez, qu'il était entrain, à ce que l'on prétend, de signer certains ordres, qu'un véritable homme d'État eût expédiés depuis trois mois : il devait se sentir bien coupable, en effet, si, comme l'affirme une relation manuscrite de la Bibliothèque royale, le château de Lisbonne lui-même était com plétement dépouvu de vivres et d'approvisionnements. Tous les historiens racontent que le favori déguisa son chagrin ; mais il y en a un qui va plus loin et qui prétendfque son visage exprimait
(*) On peat voir dans BarbosaMachado Tarticle consacré à ce jeune prince, mort à dixneuf ans, le 15 mai 1653. H a écrit des ouvrages politiques en latin , et ce qu'il y a de plus étrange , il les avait adressés à la reine Cnristine. Le 25 juin 1652 on lui avait déféxé le commandement général des armées du royaume.
(*') Velozo de Lyraécritàce propos quelques lignes originales et qui rappellent involontairement un mot bien confia de M. deTalleyrand ; après avoir parlé du magistrat zélé de Bad^oz, il ajoute : « On dit que pour étrennes le comte favori avait promis de l'accrocher à trois pieux, ou tout au moins de renvoyer aux galères, afin de lui apprendre à conter ce dont il n'était point sûr. » Voy. Espelho de LusiUtnos em o crulal do psaîmo quarenta e irés, p. 71.
Taliépesse, lorsqu'il se présenta devant le roi pour lui dire « qu un des gouvernements de son royaume était a donner, et non un des moindres, le duc de Bragance s'étant joint aux mécontents de Portugal qui lui offraient la couronne. » Quelque insouciant que l'on puisse croire Philippe IV, homme d'esprit d'ailleurs, comme l'attestent ses œuvres littéraires, il est difficile de croire gu'il aitaccepté cette nouvelle avec l'indifférence que lui supposent certains auteurs. Veloso de Lyra prétend, au contraire, qu'il montra du trouble et qu'il demanda au ministre s'il était certain que le duc eût accepté. « La nouvelle se répandit si vite par la ville, continue le même historien, qu'il fallut bien y croire quelque peu (et malgré qu'on en eût); sur certains points néanmoins , la malignité trouvait à mordre, et Ion ne saurait croire quel les myriades de mensonges et de mensonges inouïs se débitèrent à cette occasion : les fidalgos qui étaient sur les lieux ne manquèrent pas d'aller consoler le roi; d'autres. Portugais de nom seulement, et qu'on désigne ici, je crois, sous le nom ù^ Assentistas (les financiers , les fournisseurs), allèrent en cette circonstance offrir au monarque leur bien et leur coopération. C'était raison , car ils avaient perdu leur lopin, et plus encore l'honneur que le profit. »
La jeunesse portugaise, qu'on envoyait aux écoles et principalement à celle de Salamanque, afin de la faire participer plus tard aux grâces de la cour, la jeunesse se sentit saisie d'une sorte d'ivresse, si bien qu'en moins de trois jours plus de quatre cents étudiants partirent à pied pour Lisbonne.
« Ils étaient de ceux, ajoute Velozo de Lyra , qui peu de jours auparavant laissaient comprendre à la Gastille ce qu'étaient ses forces réelles : » c'était Félite de la nation portugaise allant soutenir une indépendance que Ton avait conquise sans elle.
Plus que tous les autres seigneurs de la cour, le duc de Médina Sidonia se crut alors compromis par ses relations de parenté avec la maison de Bragance, et dans ses terreurs de courtisan, il renouvela fort ridiculement (car on était en plein dix-septième siècle) un de ces
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grands actes solennels du moyen âge qu'on ne pouvait plus qualifier : il appela le duc son beau-frère en champ clos pour qu'il eût à répondre de sa félonie à la face de l'Europe; mais ce qu'il parvint seulement à prouver, c'est que Tes formes autrefois grandioses de la féodalité avaient perdu tout leur prestige; plus tard quelques actes non moins innocents mirent à l'abri de tout soupçon ce timide descendant des plus nardis chevaliers de l'Espagne (*),
Pendant que le cabinet de Madrid projetait certaines dispositions pour faire rentrer dans le devoir ceux qu'il appelait encore des rebelles, le cabmet de Lisbonne se constituait et proclâ raait à la face du monde son indépendance, en ne négligeant d'ailleurs rien de ce qui pouvait assurer la défense des frontières. Faute d'avoir su consulter les innombrables documents enfouis dans certaines archives , on n'a
u jusqu'à ce jour se faire qu'une idée 'ort erronée et fort imparfaite de la politique habile et persévérante de Joào IV durant les premières années de son règne. C'est dans le livre publié récemment par un membre de l'Académie des sciences, dans le Tableau élémentaire des relations diplomatiques du Portugal avec les puissances étrangères, qu'on peut seulement étudier cette période, et nous renvoyohs naturellement à ce recueil ceux qui tiendraient à constater l'exactitude de notre assertion. Nous nous contenterons de mentionner quelques faits principaux.
Dès le premier jour de racclamation, une puissance du second ordre, la Suède, donna hautement son assentiment à ia conduite de don Joâo IV; c'était déjà un utile précédent.
Il importait surtout au Portugal de se concilier l'appui ou du moins l'amitié de trois puissances en Europe : la France, les États du pape et ia Hollande. L'attitude de la France ne pouvait être douteuse, et Richelieu devait nécessai-
{*) Le texte de ce déû carieux, devenu rarissime dans presque toutes les grandes collections , existe à Paris : il fait partie des doeaments rassemblés par Denis Godefrov que ron conserve à la BlbUothèque de i'InsUtut. Godefroy avait songé un instant à écrire Tbistoire de Portugal.
rement accueillir ceux qu'il avait excités. Il était bon d'ailleurs de mettre à f)rofit la puissante diversion qu'offrait e soulèvement de la Catalogne. Après avoir dépéché vers cette province ua émissaire habile, Joâo IV eavoya vers Louis XIII {*) deux hommes d'une haute capacité : Francisco de Mello, grand veneur du royaume, et le docteur Antonio Goelho de Carvalho. Leurs instructions consistaient surtout a établir entre les deux royaumes une confédération dans laquelle serait comprise la Hollande , et dont les résultats devaient être Une augmentation de territoire pour la monarchie française. Cette ambassade fut accueillie d'une manière toute solennelle.
Le roi d'Espagne avait été assez puissant pour obtenir que le Portugal fût frappé d'excommunication. Une seconde ambassade fut expédiée pour obvier aux graves inconvénients que pouvait amener dans un État catholique une telle détermination , et ce fut l'évêque de Lamego qui fut chargé d'aller traiter cette affaire épineuse : mais il faillit être assassiné dans Rome même, et la ville sainte vit avec e£froi les sanglants efforts d'un ambassadeur castillan, oubliant le génie chevaleresque de sa nation et cherchant dans un guet-apens une solution diplomatique trop tardive selon lui (**).
ÉnGn, comme il était question à cette époque d'une paix générale, dont les bases devaient être posées au congrès de Munster, Joâo IV nomma pour le représenter devant cette assemblée mémorable, d'abord comme son plénipotentiaire, Luiz Pereira de Castro, qui reçut ses instructions vers la fin d'avril 1643; puis Ruy Boteiho de Moraes et Francisco de Souza Coutinbo, qui se rendirent à la diète au mois de mai de la même année et oui y furent
i oints par Francisco d'AnaradeLeitao, lomme ferme et habile.
(*) Le 21 Janvier I64i. Yoy. le Quadra elementaryi. lY, introdncUon, p. 199- (**) Ce fut le marquis de los Vallès qui or-
{;anisa ceUe scandaleuse attaque dont on peut ire tout le détail dans le Portugal rettaurado, t. I p. 181: dix ou douze personnes périrent durant cette échauJfTourée, où i*évéque de La> mego se tira d'affaire grâce à l'ambassadear d« France.
L'action de ces dipTomates sur ta diète , les luttes qu'ils eurent à supporter contre l'Espagne, l'habileté dont ils durent faire preuve pour écarter rinfluence du saint-siége et jusqu'à celle de la république de Venise, tous ces faits négligés n'ont pas assez occupé les historiens et forment un des tableaux les plus curieilx de la politique du dix-septième siècle. L'Espagne voulait avant tout que l'on exclût les ambassadeurs portugais de la diète, et peu s'en fallut que la restauration portugaise ne fît naufrage alors; c'est une circonstance de l'histoire de cette Dériode, oui semble avoir échappé à récrivain le plus éclairé du temps et sur laquelle même il passe si légèrement, qu'il semble n'en point saisir l'importance : les limites de cette notice nous forcent à abréger ces considérations et à rentrer dans là Péninsule , où les résistances immédiates de l'Espagne appellent notre attention. Nous dirons auparavant quielques mots de l'effet produit par la révolution sur les possessions lointaines du Portugal.
ACCLA.MÀTION DB J0A.0 IV DANS LES COLONIES. — JOIE CAUSEE PAB LA NOUVELLE 0E L'INDÉPENDANCE.
— S'il y a dans cette mémorable révolution quelque chose de plus extraordinaire peut-être que la rapidité avec laquelle elle s'accomplit, ce fut la promptitude merveilleuse dés adhésions lointaines et la pacification des colonies. On ne dit rien ici des villes du littoral de la Barbarie; à l'exception de Ceuta, elles reconnurent avec joie 16 nouvel ordre de choses. Madère fit éclater son enthousiasme et força immédiatement la garnison castillane à s'embarquer pour Ténériffe. Grâce à l'habileté d'un agent de Joâo IV, les Açores reconnurent la domination du t^ortugal sans grande effusion de sang; la même habileté, un secret aussi efficace présida à la proclamation de don Joâo IV dans les États du Brésil. Mascarenhas, le gouverneur de San-Salvador, intercepta toutes communications entre la flotte stationnaire et l'embarcation qui lui apportait la nouvelle, puis faisant mettre en bataille les troupes portugaises qui occupaient la capitale du Brésil, il fit reconnaître le duc de,
Bragance comme souverain de ces vnptes contrées , dont la Hollande occupait alors les plus riches provinces. Dans les États d'Afrique des trésors considérables étaient accumulés, ils furent confis* qués au profit de la nouvelle dynastie. A Macao, non-seulement les négociants portugais célébrèrent cet heureux événement par des fêtes dont la magnificence prodigieuse retentit dans tout l'Orient, mais un cadeau de deux cents canons en bronze accompagna leur adhésion, et ils voulurent qu'une somme considérable fût offerte au nouveau monarque, comme preuve d'un dévouement que la distance n'affaiblissait point. Partout des marques de joie saluaient le pavillon national; nulle part néanmoins la nouvelle ne parvint d'une manière plus étrange et plus inattendue à la fois que dans la riche cité de Goa. Le capitaine Pedro du Liz s'était chargé de faire connaître aux Indes orientales l'élection du duc de Bragance ; le vent et la mousson favorisèrent son voyage; en quatre mois il eut franchi la distance et put voir la Barre de Goa. Mais on n'était plus au temps où le pavillon du Portugal flottait librement dans ces mers : le brave commandant craignait les forces delà Hollande, il débarqua son fils à Pangy et le chargea de ses lettres pour le viceroi : le jeune Christovam du Liz s'avança alors , et entra résolument dans la première église qu'il rencontra : c'était cette chapelle de la Conception que l'on considérait comme le premier édifice religieux qui eût été bâti dans la ville : on y prêchait alors et l'affluence était grande. Le jeune marin monta sur un escabeau et là, en présence de la foule étonnée, proclama don Joâo de Bragance souverain des Indes. Des cris de ioie lui répondirent, on l'entoura, et l'adfhésion la plus sincère lui prouva qu'une même pensée d'indépendance unissait Lisbonne et Goa. Le plus important de sa mission néanmoins lui reste à accomplir : en quelques instants il est dans la capitale des Indes, les lettres de Joâo IV sont ouvertes et le comte d' Aveyras proclame lui-même la dynastie nouvelle que ses vœux ont tant de fois appelée.
Pendant que des députations parties
L'UNIVERS
des régions les plus lointaines se dirigeaient vers Lisbonne pour exprimer la joie sincère que ressentaient les colonies, des cœurs sans loyauté, des hommes de parti méditaient au cœur du royaume une conspiration qui devait renverser la maison de Bragance et faire rentrer sous le joug de l'Espagne ce royaume rebelle qu'il fallait rigoureusement châtier. Cet archevêque de Braga, qui avait pris avec tant de véhémence le parti de la vice-reine dans la journée du 1*' décembre , ce prélat fougueux qu'on avait appelé un moment au gouvernement provisoire et qui n'avait passé aux anaires que pour en connaître les secrets, don Sebastiâo de Mattos , allait donner à son pays un spectacle qui irrita plus encore l'esprit patriotique du peuple qu'il n'indigna le nouveau roi.
CONSPIRATION FOBHÉE PAR l'AB- CHEYÊQUE DE BBAGA. — EXÉCUTION DE QUELQUES GBANDS SEIGNEUBS.
— L'archevêque de Braga appartenait à Tune des premières familles du royaume; mais , bien qu'il eât fait partie du gouvernement provisoire, il ne s'était jamais rallié sincèrement aux amis de l'indépendance nationale. Lorsque la duchesse de Mantoue avait reçu l'invitation expresse de sortir du royaume, il l'avait accompagnée jusqu'à la frontière. Il conçut bientôt la funeste pensée de rétablir en Portugal le gouvernement qu'elle représentait : c'était un homme ardent, énergique et doué d'une certaine éloquence; il fit passer ses convictions politiques dans 1 esprit de plusieurs prélats, parmi lesquels se trouvait le grand inquisiteur. En s'adressant à quelques seigneurs mécontents, notamment au marquis de Villa-Real, an duc de Gaminha et au comte d'Armamar, il était sûr de trouver des adhérents. Ce qu'il y eut déplus odieux dans cette affaire, c est qu'une foule de réticences et de demi-confidences compromirent des innocents et notamment le noble Mathîas d'Albuquerque, qui expia par une longue détention ce déplorable malentendu.
L'archevêque de Braga avait affaire à des gens qui se connaissaient en conspiration, ils venaient de passer par cette voie périlleuse et \\s s'en étaient tirés en
maîtres. Tout fut découvert, mais le peuple resta sans pitié pour des hommes qui avaient été sans patriotisme.
Le récit que le comte d'Ericeira nous a laissé de cette misérable affaire , contraste avec celle qu'il vient de raconter, et Ton se sent, comme le peuple, privé de toute commisération pour des ambitieux qui livraient leur pays à l'étranger. Ces conspirateurs novices écrivirentauroi et firent l'aveu de leur crime; leur correspondance n'eut d'autre effet que de simplifier la'procédure. L'échataud se dressa pour la première fois sous le règne de Bragance, et ce fut pour voir tomber la tête du duc de Caminha et celles de trois autres grands seigneurs, parmi lesquels se trouvait Villa-Real , qui descendait du sang des rois. Une circonstance étrange, dernière marque de la féodalité expirante, marqua ces exécutions : des degrés plus ou moins élevés exhaussaient les sièges que devaient occuper les victimes de Parchevéque de Braga, et, comme le fait remarquer un historien, on ne laissa pas même à l'échafaud son privilège le moins contesté. Les ecclésiastiques ne furent pas donnés en spectacle au peu.
pie, mais ils expièrent leur crirne en prison. Ou a prétendu que l'archevêque de Braga avait été secrètement empoisonné; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il sembla avoir un sentiment profond de sa faute et qu'il ordonna qu'on l'enterrât sous le porche de quelque église, sans qu'un seul mot rappelât aux Portugais une mémoire qu'ils avaient bien le droit de détester. Le grand inquisiteur fut plus heureux, soit que les fonctions dont il avait été revêtu jadis le protégeassent, soit qu'on eût reconnu bien réellement des circonstances atténuantes; après deux ans de détention il fut rendu à sa famille et réintégré dans ses biens.
EMPBISONNEMENT DE L'iNFANT DON DU ABTE.—BÉSOLUTION DE LADIBTE DE MUNSTEB.— BATAILLE DEMONTIJO. —
Tous ces faits et bien d'autres encore prouvent que l'Espagne, qui se préparait à l'agression, ne reculerait devant aucun des moyens secrets Qu'employait la politique tortueuse dun ministre sans grandeur. Dès l'année 164S, un frère de Joâo IV, l'infortuné don Duarte,
se voyait privé de la liberté au mépris du droit des gens. Comme un autre grand prince portugais du quinzième siècle, il était allé offrir ses services à la Hongrie, et sa capacité, que redoutait peut-être l'Espagne, le rendit l'objet dHin affreux marcné : par une odieuse convention, signée, dit-on, à Vienne le 25 juin de cette année, le roi de Hongrie livrait son hôte moyennant 40,000 rixdalers. Francisco cle Melo, gouverneur des armées de Flandre , don Manoel de Moura Corte Real, ambassadeur de Castilleen Allemagne, se rendaient complices d'une politique sans dignité; et le frère d'un roi , que reconnaissait la France, allait périr dans un cachot (*). Ce n'était pas sans de grandes raisons que le cabinet de Madrid s'était décidé à user de son influence pour consommer cette action déloyale. Dans la position où il se trouvait, don Duarte, mis à la tête des armées portugaises, pouvait être redouté (**). En eftet, ni rinfluence de la France ni les démarches secondaires de la Suède, ni les efforts constants de ce P. Vieira, que les Portugais n'ont jamais hésité à placer au rang de leurs hommes de génie, ne devaient réussir à faire comprendre le Portugal dans le traité de Munster, et la guerre menaçait de s'éterniser dans la Péninsule. A défaut d'un prince capable de diriger une armée, ce fut un général qui avait fait ses preuves durant les guerres de l'Amérique que Ton opposa d'abord aux Espagnols; Mathias d'Albuquerque, nommé gou-
r) Toyez sur cet odieux traité un livre devenu assez rare et intitulé : El principe vendido, 1C43. Il y a en tête un portrait de don Duarte de Bragance, et le Utre même de rouvraae est une curiosité historique. . f^.i„„x
(**) Ce frère de Jean IV , ce prince infortuné qui périt dans la tour de Roqueta près de Milan , et qui se vit enlever sa liberté , au mépris de toutes les lois, était homme de guerre exoérimenté et poète habile. Emprisonné en 1641, traîné de forteresse en forteresse pour complaire au roi d'Espagne, il mourut âgé de nuarante-qualreans, à Ta même époque que Pinto Rfbeiro. On a publié sous le nom de son secrétaire, Joâo Bautisla de Léon, des poésies diverses imprimées à Milan. C'était un homme d'une instruction peu commune et il a laissé en manuscrit plusieurs ouvrages de stratégie. Les diverses circonstances de son emjinsonnement ont été minutieusement racontées , et elles forment dans l'histoire de cette période on épisode du plus haut intérêt, roy. le livre cité plus haut.
verneur militaire de l'Alera-Tejo dès 1640, remporta, le 26 mai 1644, la bataille célèbre de Montijo, qui consolida certainement la maison de Bragance sur le trône. Dans cette journée, livrée non loin de Badajoz, oij les Espagnols étaient commandés par le baron de Molinguem, ils se virent contraints à rétrograder jusqu'à Talavera : quoique supérieurs en nombre aux Portugais, ils perdirent dix-sept cents hommes avec toute leur artillerie.
La bataille delMontijo exerça une influence remarquable sur un pays qui se glorifiait d'avoir recouvré ses institutions, mais qui mettait encore en doute peut-être la possibilité de se maintenir au rang des peuples indépendants. Les deux nations eurent alors la mesure de leur pouvoir et surtout celle de leur persévérance : l'époque de la paix définitive put encore être reculée, on ne la regarda plus comme incertaine ; et les événements qui se passèrent dans l'Alem-Tejo durant l'année suivante, ne firent, pour beaucoup de gens, que confirmer ces prévisions.
Cependant, à mesure que les chances de succès se montraient favorables à la maison de Bragance, la haine des Espagnols s'accroissait. En 1645, on vit se renouveler dans Rome même un scandale qui avait effrayé sur^es conséquences les meilleurs esprits du sacre collège. Comme Nicolas Monteiro , prieur de Cedofeita et chargé des affaires de Portugal à Rome, revenait dans sa voiture de Sainte-Marie del popolo, il fut attaqué par des sbires à la solde de l'ambassadeur de Castille et ne dut la vie qu'au dévouement de son cocher. Celte fois le pape fut inflexible, et le comte de Siruela reçut Tordre de sortir de Rome; mais l'indépendance portugaise n'en fut pas plus reconnue pour cela, et il fallut même encore que, dans cette circonstance, l'ambassadeur de France, M. de Grawonvillc, agit sérieusement pour le prieur de Cedofeita.
CORTÈS. — MOHT DB JOAO IV. j-
Deux ans environ après la victoire de ]Vlontijo,en 1646,les états furentassemblés de nouveau à Lisbonne et de sages modifications furent faites à l'administration; la lutte avec l'Espagne ne cessait pas néanmoins , et le Portugal ne
L'UNIVERS
trouva pas dans la politique deMazarin les dispositions actives que Richelieu avait montrées. Le descendant du premier explorateur des Indes, le marquis de Niza, envoyé comme ambassadeur en France, eut plus d'une fois la preuve de cette indifférence, et la négociation qui s'établit alors n'est certainement pas sans intérêt pour l'histoire. Les derniers temps du règne de Joâo IV ne peuvent sous aucun rapport néanmoins être mis en parallèle avec cette époque de luttes passionnées et d'incidents vraiment dramatiques qui caractérisent la première période. Durant les années de langueur qui précédèrent sa mort, le fondateur de la dynastie de Bragauce eut la sage pensée de remettre le gouvernement (le l'État à la femme courageuse qui l'avait assisté au début de sa carrière : les pièces diplomatiques qui nous sont parvenues , montrent suffisamment que dona Luiza remplit, vers 1655, tes fonctions d'un ministre ingénieux et diligent. La lettre qu'elle écrivit vers cette époque au chevalier de Jant, qui défendait alors les intérêts de la France auprès du Portugal, est une preuve de ce que nous avançons.
Elle déploie dans la discussion un tact, une fermeté qui prouvent jusqu'à quel point elle était au fait des intérêts politiques de son temps. La France avait Î>rété des sommes dont elle demandait e remboursement avec insistance : il faut voir avec quel art, et, au besoin, avec quelle dignité la reine sait rappeler que les Hollandais ont été secourus généreusement par leur alliée, sans qu'ils pussent alléguer même la communauté d'idées politiques et religieuses qui existe entre les deux couronnes. Cette lettre devait être envoyée à Mazarin, et tout nous prouve qu'elle modifia bien peu ses premières dispositions , si toutefois elle lescliangea; elle reste comme un curieux monumentdeTaptitude que cette femme remarquable ap[^rtait dans le maniement dfes affaires. Un an plus tard, en 1656, lorsque Joâo de Bragance s'éteignit, il put emporter au tombeau la certitude que la femme héroïque qui l'avait décidé à se charger du poids de la couronne, saurait la transmettre à sa dynastie : il s'en fallut de bien peu cependant qu'un règne fatal ne vint tout
remettre en question (*). Néanmoins avant de faire connaître les événements qui se passèrent sous le règne du fils de Joâo IV, nous allons tourner encore nos regards vers les Indes, nous trouverons là un de ces hardis capitaines de la vieille race que dona Franeisca savait apprécier.
DERTilEBS BFFOBTS DE LÀ VÀLEUB POHTUGAISB DANS LES IRDES.— PBISE DE COLOMBO. — BELLE DEFENSE DE SOUZA COUTINHO. — COUP D'GEIL SUK L'AFRIQUE PORTUGAISE AU DIX-SEP- TIÈME SIÈCLE. — Si le règne naissant de don Joâo IV fut signalé à Textérieur par quelques victoires éclatantes ; si, grâce à l'énergie persévérante de Fernandez Vieira,on put, dès cette époque, prévoir que les modernes cités du Brésil ne reconnaîtraient bientôt d'autres maîtres que leurs fondateurs , il n'en fut pas de même des villes antiques de l'Orient, où, par quelques faits d'armes prodigieux , la domination chrétienne avait été substituée à celle des tnusulmans, lorsqu'elle ne renversait pas violemment un culte plus pacifique. Ce fut à Ceyian que se passa le dernier acte de ce drame qui avait frappé tour à tour l'Europe d'admiration et de terreur.
Ce fut In que reparurent pour un moment tous les dévouements , tous les actes de courage, toutes les souffrances héroïques , qui avaient illustré les Portugais aux beaux Jours de la conquête.
Les héros de ces temps merveilleux ont encore un nom plein de prestige, le brave défenseur de Colombo est resté ignoré. Rappelons du moins Theure de son dévouement, disons quelques mots de cette résistance, qui se para de tous les grands souvenirs , et qui, en s'animant des chants du poète, finit noblement son épopée.
En 1655, les Hollandais avaient multiplié leurs conquêtes sur tous les points de la côte du Malabar, mais Colombo , la ville populeuse et commerçante, la cité indienne qui renferme aujourd'hui plus de cinquante mille âmes, était devenue surtout l'objet de leur convoitise.
(*) Jofto IV mourut le lundi 6 noTembr^ 1666, à cloquante-deux ans et demi; il fut enlevé par une hydropisie. Il ne prenait plus grande part aux affaires vers les derniers temps, ^n l'enterra dana le coareat de Sam-Vioenie de Fora.
Une première tentative deleur part était restée inutile, sans qu'on les eut précisément repoussés, lorsque Antonio de Souza Coutiuho succéda dans le gouvernement de la forteresse à Francisco de Mello e Castro; il voulut conserver à son pays une place florissante qui remplaçait, pour ainsi dire, à elle seule, les grandes villes menacées.
Raconter ici , même sommairement, la lutte désespérée qui s'engagea entre lui et l'amiral hollandais Girard de Huld, dire les efforts qu'il fallut multiplier pour résister à une flotte puissamment armée , qui ne comptait pas moins de douze gros vaisseaux de guerre , peindre en même temps l'horrible famine qui ne tarda pas à se faire sentir dans la cité y nous entraînerait bien au delà des bornes que nous ne voulons pas franchir. Nous rappellerons seulement ^ue Coutinho était un de ces vieillards énergiques qui avaient toujours présent au souvenir l'inflexible courage des Albuquerque et des Jean de Castro : il résista en effet contre ces forces inégales , sans éprouver ni crainte ni faiblesse. Sept mille personnes succombèrent d'inanition ou par suite de maladies contagieuses, le brave capitaine portugais resistaencore. Animés par une telle volonté, ses soldats allaient, dit-on, sur les remparts répétant en choeur les chants patriotiques de Camoens. Us ne sauvèrent point la ville , mais ils sauvèrent l'honneur du pays. Le chef de l'expédition, Girard de Huld, succomba, et lorsque de nouvelles forces envoyées par les Hollandais contraignirent Antonio de Souza Coutinho à capituler, non-seulement il obtint des conditions telles qu'elles eussent pu satisfaire un général du temps de Jean lll , mais encore aujourd'hui son nom doit résonner dans l'histoire plus haut que celui du vainqueur.
Colombo passa sous la domination de la Hollande le 12 mai 1656. La perte de cette place devait nécessairement entraîner bien d'autres conquêtes. Cinq ans plus tard, de 1661 à 1663, les Hollandais, sous les ordres de Van Goens , s'emparèrent, le long de la côte du Malabar, de plusieurs villes qui restaient au Portugal, et dont, il faut bien l'avouer, la métropole se mettait dès lors peu en
peine. Goa elle-même trembla pour sa liberté, et si elle résista, on vit tomber successivement au pouvoir de la république batave, Coulan, Granganor, Cochin, puis Cananor et Porca.
Sarmento défendit bravement la cité de Cochin qu'on lui avait confiée.
Par une sorte de compensation à tant de pertes, dès l'année 1654, les riches campagnes du Brésil étaient rentrées au pouvoir de Joâo IV, et les aventureuses Bandeiras de Saint-Paul en s'avançant dans l'intérieur promettaient de nouveaux trésors. Si l'on avait cessé d'apprécier à leur juste valeur politique les cités voisines du Maroc, ardemment convoitées jadis, Une autre portion de l'Afrique non moins intéressante occupait les esprits. André Alvarez d'Aïmada, le premier qui fit connaître la région située entre la Sénégambie et le pays de Bénin , avait , dès la seconde moitié du seizième siècle , remonté la Gambie jusqu'à cent cinquante lieues dans l'intérieur. Grâce à ses instructions, dès 1580, on songeait à fonder sur la côte de Sierra-Leone une colonie portugaise (*). La fin du règne de Joâo IV était aussi l'époque des grandes luttes dans ce pays si peu connu d'Angola ,
S l'on décorait du titre de royaume : les ollandais étaient chassés par Pedro César de Menezes , les nations de l'intérieur étaient visitées, et un écrivain à peine consulté de nos jours, Antonio de Oliveyra Cadornega , qui mourut à Loando en 1690, écrivait l'histoire (**) de ces contrées si curieuses qu'on ignore souvent de nos jours, parce qu'on méconnaît les vieilles relations. C'est encore dans ce pays d'Angola qu'on vit paraître dans le quinzième siècle Anna Gmga , la reine de Matamba (***), qui mourut en 1663, à l'âge de quatre-vingts ans et dont l'histoire sera toujours un des plus effroyables épisodes
(*) Voy. Notice sur André Alvarez d'Almada, par M. te vicomte de Saotarem ; Paris, 1842 , br. ia-8'>.
(**) Ce beau livre est inédit à la Bibliothègue royale, il forme deux vol. In-f» portant le litre de Uistofia da» guerrai angotanas, manuscrit BOUfl le D" 10,032.
(***) Tout le monde connaît la biographie de cette femme célèbre écrite en français. Voy., pour retrouver l'originalité des faits, les Mcmorias de Feo Cardoso de Gaatello Branoo e Terres , publiés eo 1825.
L'UNrVERS.
qu'ait pu rêver Fesprit humain. Disons cependant que si les découvertes faites durant cette période étaient du plus h^ut intérêt pfbur la science, les forces répandues en Afrique n'étaient pas bien considérables; précisément au milieu du dix-septième siècle, Angola ne comptait pas plus de quatre cents Portugais et de quatre cents hommes décorés du uom de soldats. Ambaça n'avait que deux cents colons , Benguela ne pouvait opposer en cas d'attaque que guinze soldats. Si Mozambique renlermait encore soixante-dix Portugais et cent cinquante hommes régulièrement armés, on n'en voyait aue six à Sofala avec huit pièces d'artillerie ; enfin Monbaça n'avait que cinquante hommes de garnison. A cette même époque il n'y avait de toutes les îles du cap Vert que Sant iago qui fût habité, et une centaine de blancs avec douze compagnies de soldats noirs formaient sa population. Nous n'avons consigné ici à dessein que les noms répétés par l'histoire. Massangano, Muchma, Camibades, Gacheu, Quelimane, Tête, ne comptaient respectivement qu'une trentaine de Moradores, c'est-à-dire de colons portugais. Bien certainement cette population a augmenté, et lorsque les Portugais voient pour l'avenir, dans leurs possessions de rAfrique^ une sorte de dédommagement aux pertes que la mère patrie a faites dans 1 Amérique, il faut s'applaudir avec eux d'un espoir qu'on voudrait voir se réaliser.
Disons-le bien, avant de terminer ce paragraphe, ce fut vers la fin du seizième siècle, au commencement du dix-septième, que l'état de l'Afrique intérieure fut le mieux connu des Portugais. En effet, si Garcia de Resende mentionne rapidement Tombouctou, qu'il désigne sous le nom de Tùmbuqu' tum, dès le règne de Sébastien un certain Diogo Carreiro annonce au roi qu'au moment où il recevra sa lettre il sera déjà dans ces régions. Une foule de routiers inconnus, de beaux livres même, comme celui de Cadornega, sont restés inédits, et il appartiendrait à notre époque de préparer des découvertes nouvelles en les livrant à la publicité.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRiiLES — DON AFFONSO Vi; MALADIE ÉPROUVÉE DU-
RANT SON ENFANCE. — AFFAIBLISSB- MENT INTELLECTUEL. — MAUVAISE ÉDUCATION. — INFLUENCE PROGRES- SIVE DE CONTL — Tout cc qui a sérieusement occupé l'Europe dans l'histoire du Portugal, gloire , revers , réhabilitation nationale , semble dit lorsqu'on a franchi cette époque célèbre des Révolutions y dont nous venons d'esquisser un peu plus bas les traits principaux, r^ous serons bref désormais dans notre récit; nous nous hâterons d'arriver aux événements mémorables du d ix-huitième siècle, dont l'influence est restée profondément gravée dans le souvenir des peuples, et qui forment, pour ainsi dire, a la fin de ces annales, une époque de rénovation.. Toutefois il y aurait de l'injustice à passer sous silence un règne, qui, pour avoir présenté des luttes déplorables, n'en est pas moins resté l'un des plus curieux, l'un des moins connus surtout de cette histoire du Portugal , dont on n'apprécie guère en France que le côté glorieux. Tous les esprits sages conviennent aujourd'hui que cette période, mal comprise et surtout mal appréciée dans son ensemble, aurait besoin d'un historien nouveau.
En admettant la vérité de cette opinion, nous nous contenterons cependant d'exposer les faits, car l'espace nous manc|ue pour sonder les secrets d'une politique tortueuse, et même pour envisager sous leur aspect véritable les principes du comte de Gastelmelhor, le roi de fait sous ce règne déplorable.
Don Affonso , fils de Joâo IV, naauit le 21 août 1643. Il fut attaqué à rage de trois ans par une fièvre maligne du plus fâcheux caractère, à laquelle succéda une paralysie du côté droit , qui agit sur le cerveau : on désespéra longtemps des jours du second fils de Joâo IV; il recouvra enfin la santé , mais on ne tarda pas à s'apercevoir combien l'intelligence du jeune f)rince était affaiblie. Le fondateur de a maison de Bragance, dont il faut reconnaître en bien des circonstances l'esprit pénétrant et la rare intelligence , mit en usage tous les moyens âu'il avait à sa disposition pour reméier à ce fatal état de choses; ce fut en vain qu'il envoya l'infant aux eaux si efficaces de Calaas da rainlia et que
POBTUGAL.
plus tard il choisit pour diriger ses études un professeur habile (*). Le jeune
Î>rince put bien recouvrer à la longue 'usage d'une main qui était complètement paralysée , il n'en fut pas de même, dès qu'il fallut exiger quelques efforts d*esprît : les soins persévérants de Fhabile Nicolao Monteiro échouèrent sur tous les points ; le frêle roseau ne put être redressé, nous dit un vieil écrivain portugais. Jusqu'alors ce triste état moral de l'infant n'avait pu inspirer d« douleur réelle qu'à sa famille. Mais, en 1653 , le prince Theodosio , qui donnait les espérances les mieux fondées et qui avait été déclaré héritier présomptif de la couronne, fut enlevé par une fatale maladie. Les cortès se virent convoquées immédiatement^ à l'effet de reconnaître l'infant don Affonso comme successeur de Joâo IV; il paraît que, dès cette époque, quelques esprits solides émirent l'avis de substituer aux droits de la primogéniture ceux que donnait une capacité réelle : ils proposèrent d'élire pour prince royal l'mfantdon Pedro. Leur avis ne prévalut pas, et le 22 octobre 16.53, don Affonso fut reconnu comme héritier du trône par. les trois ordres de la nation. Dès 1556 il était salué du titre de roi , sous la tutelle de sa mère (**). Notre intention ne saurait être de rap^ peler ici la série d'anecdotes qui ont cours dans tous les livres contemporains sur l'adolescence de ce monarque incapable , et sur les preuves d'inaptitude qu'il donna au début de sa carrièxe. Il est une circonstance cependant qu'on
(*) Voyez à ce sajet, oatrej'ouvrage inUtalét Catastrophe de Portugal na deponcOo del rey D. Affonso 0 sexto y \^ peUt volume publié a Amsterdam et connu sous le titre de : Relation des troubles arrivez dans la cour de Portugal en Pannes 1^7 et en l* année 1668.
[**) Le peuple, tocdours si vivement attaché à ses souverains en Portugal , semblait avoir l'instinct secret de l'avilissement où allait tomber ce malheureux prince. Lorsqu'il traversa solennellement Lisbonne entoure des grands et des ministres et se rendant à la cathédrale à la suite du couronnement , un froid silence l'accueillit, nulle voix ne sortit de la foule pour confirmer l'acclamation , et le iils de Jo&o lY devint ce Jour-là l'objet du dédam populaire, comme il l'était de la noblesse, voyez une lettre particulière écrite de Lisbonne par un témoin oculaire. Celte pièce importante fait partie d'un volume de pièces espagnoles et portugaises inédites qu'on trouve h fa Bib. roy. sous le n« 351, supp.
ne peut passer sous silence, parce qu'en attestant certains penchants du prince, elle eut une grande influence sur les destinées du pays. A l'époque où ce jeune roi de treize ans continuait, sous la direction d'un seigneur fort connu, ce qu'on voulait bien appeler des études , sa récréation favorite consistait à admettre dans une des cours du palais quelquesjeunes gens de son âge , et à les voir se former sous ses yeux en bandes séparées pour s'attaquer bientôt à coups de fronde. Les sympathies du jeune monarque s*étaient décidées pour un parti , et il manifestait hautement son approbation lorsque celui-ci restait vainqueur. Un des marchands de la place, d'origine génoise, un certain Nicolas Conti , de la famille Vintimiglia (*) , résolut de mettre à profit les goûts si prononcés du roi enfaut ; nonseulement il sut attirer sur lui ses bonnes grâces, en lui offrant journellement des frondes de soie, des couteaux dorés et mille autres bagatelles , mais il parvint à s'insinuer si avant dans l'esprit du prince qu'il devint indispensable, et qu'au mépris des avis de la reine et des représentations du gouverneur , il finit par avoir à toute heure du jour ses entrées dans le palais : quelques mois plus tard il y établit sa demeure.
Cette intimité avec un homme privé d'éducation et dont le caractère n'offrait nulle garantie de moralité eut bientôt les résultats qu'elle devait avoir, et les livres contemporains sont remplis d'anecdotes scandaleuses attestant la fougue brutale du roi [)lutôt encore que des goûts sanguinaires. Il faut avoir présentes au souvenir quelquesunes des scènes dont la minorité de Louis XIII offre parmi nous tant d'exemples pour se figurer ce qu'étaient à cette époque les courses nocturnes d' Affonso VI au sein de Lisbonne.
Environné de bravi, auxquels il avait imposé desdénominations particulières, il lui arriva plus d'une foison de commettre sa personne dans des rixes sanglantes , ou de livrer au mépris du peuple un nom qu'on eût dû respecter. ^
L'astucieux Italien, aidé de son frère ,
{*) Et non, comme on le prétendit plus tard, de l'illustre famille v énitienne des Contk
L'UNIVERS
Jean Conti , encourageait ces déportemonts, ou plutôt il disposait toutes choses pour gue les expéditions secrètes du roi lui offrissent chaque soir de grossiers plaisirs, durant lesquels sa présence était reconnue indispensable.
La noble femme qui avait su conquérir un trône à son mnri et qui voulait le conserver à son fils , cette fière dona Luisa Francisca de Gusman , dont les habitudes intérieures étaient si pleines de dignité , la reine enfin , devait souffrir plus qu'un autre d'un tel contact et d'une pareille conduite; elle usa de son autorité et fit fermer les issues secrètes du palais dans Tintention de retenir ce coureur de carrefours qu'on honorait du titre de roi ; mais cette sage précaution n'eut d'autres résultats que de rendre patents aux yeux de tous les désordres de son fils.
C'était le temps où le Portugal allait donner une reine à l'Angleterre, et durant les ouvertures diplomatiques faites à ce sujet, le crédit de Nicolas Conti s'était revêtu d'un caractère presque officiel , puisque l'ambassadeur de la cour de Londres n'avait pas craint de travailler avec lui. Nommé précédemment gentilhomme de la maison du roi, devenu titulaire d'une charge importante dans le palais, charge qu'on n'accordait ordinairement qu'à des hommes d'une naissance illustre, Conti vit bientôt, à l'empressement des courtisans, qu'il avait su conquérir un titre plus envié encore , et qu'on le reconnaissait pour le favori.
Triste monarque, pauvre favori ! la puissance éphémère de l'un ne devait guère plus durer que la grandeur de Tautre : un beau Jour, grâce à la ferme volonté de la reine , secondée de l'énergie du duc de Cadaval, Nicolas Conti fut embarqué avec son frère et quelques adhérents sur un bâtiment qu'on avait préparé dans l'intention de se débarrasser du Génois, et qui fît aussitôt voile pour le Brésil. Mais tout fut grotesque dans la manière dont s'opéra Tenièvementdu favori d'Alphonse VI, et l'on mit même complètement en oubli les formes respectueuses qu'on avait eues jusqu'alors en Portugal pour la personne du roi. Conti fut arrêté dans les appartements du palais après une lutte ridicule, et ce
qu'il y eut de curieux sans doute dans cette circonstance, c'est que l'arrestation de l'aventurier italien offrit une occasion toute particulière de réussite à celui qui devait tenir bientôt sa place et
Ïu'on devait saluer du titre de favori : iUiz de Vasconcellos e Souza , comte de Castelmelhor, premier gentilhomme de la chambre, agit pour Conti en cette occasion , et reprocha ouvertement au duc de Cadaval d'avoir porté une atteinte condamnable à la majesté royale qu'il eût dû faire respecter.
Le roi ignorait absolument le départ forcé de son compagnon de plaisirs.
Lorsqu'il en fut instruit par ordre de la reine, son mécontentement se manifesta; il laissa voir une sombre contrainte, bientôt remplacée par une froideur apparente ; mais à partir de cette époque le comte de Castelmelhor sembla prendre une influence croissante sur cet esprit irrité. Le roi ne voulut plus que lui pour le service de sa personne , et bientôt on eut la preuve qu'une volonté plus ferme et plus éclairée à la fois que celle de Conti allait présider aux affaires : une première démarche le démontra. DonAifonso, s'étantrenduà Alcantara avec quelques seigneurs, signifia de cette résidence à la noblesse et aux gouverneurs des places principales, qu'il prenait désormais les rênes de rÉtat.
La reine devina aisément, par les seules expressions de> la volonté royale , que la lutte ne s'engageait plus désormais entre elle et un prince dont l'intelligence bornée était incapable de prendre une résolution politique ; elle n'avait jamais compté sur la tendresse due à la mère, elle comprît ce qu'exigeait la dignité de reine. Et après avoir retardé par quelques démarches infructueuses un événement qu'elleredoutait, elle fit signifier au roi qu'elle était prête à déposer le pouvoir et à lui remettre les sceaux de l'État.
Ce fut à Lisbonne, en présence de la noblesse et du peuple , nue ce grand acte eut lieu ( *); il s'en fallait d'un mois que le roi n'eût atteint dix-neuf ans , et rien n'indiqua dans sa conduite, ou dans ses idées , qu'il eût compris l'importance du fardeau dont il venait de {*) Le 33 jaiQ 1602.
se charger. Il n'en était pas de même de la régente, elle sentit que tout était fini pour elle en ce monde, et qu'il ne lui serait pas même permis d'aider cette frêle intelligence de ses conseils et de sa haute perspicacité; elle songea dès lors à se retirer dans un couvent. Ce
Erojet, du reste, ne put s'effectuer que eaucoup plus tard, et avant de trouver ce repos si ardemment souhaité, il lai fallut subir, comme reine et comme mère, bien des humiliations et surtout bien des amertumes.
« Avant que le roi eust pris possession du gouvernement , » dit un auteur français de ce temps, qui paraît être bien informé, « les comtes d'Atouguia et de Castelmelhor ainsi que Sebastien César de Menezes l'avoient desja pris de son esprit. Comme la politique de ces trois favoris estoit de s'entre-louer devant le roy, il se persuada tellement qu'ils estoient remplis de rares qualitez , qu'il se reposoit sur eux de toutes les affaires de l'Ëstat. » Le plus habile des trois personnages que nous venons de désigner, c'était après tout le comte de Castelmelhor ; il le prouva bientôt; en peu de temps il sut agir avec une telle dextérité qu'il alla occujper dans le palais le logement naguère habité par le prince Theodose; il nt revivre même avec tous ses privilèges la charge d'escrioào da puriaade^ et bientôt il dirigea les affaires en ministre tout-puissant.
HABIAGEDU BOT. — INTELUGENGB DE LA JEUNE BEINE ET DE L'IN- FANT DON PEDBO. — LUTTE GONTBB l'influenge de GASTELMELHOB. — DÉPOSITION d'affonso VI. — Le comte de Castelmelhor avait un sentiment trop net de sa position réelle pour ne pas user du pouvoir, si ce n'est avec justice, avec une certaine énergie. Un homme d'un cœurardent et que son génie a placé à la tête des écrivains de son siècle , Vieira fut exilé au Brésil , non pas uniquement parce qu'il avait rédigé certaines représentations adressées au roi , mais bien sans doute parce que l'on redoutait son talent et l'appui qu'il pouvait prêter au parti de la reine (*).
(*) On sévit également contre le dac de Ca-
A l'époque où ces événements avaient lieu, un bruit sufGsamment justifié par Fétat de santé du roi , circùlait'méme parmi le peuple. Don Affonso frappé de paralysie dans son enfance, était, diton, resté impuissant, et dès lors son frère don Pedro , plus jeune que lui de quelques années , puisqu'il était né à Lisbonne le 26 avril 1648, se voyait appelé à lui succéder. Le comte de Castelmelhor ne se méprit pas sans doute dès l'origine sur les prétentions de ce prince; l'infant, de son côté, reconnut, a l'habileté du ministre, les obstacles au'il devait rencontrer dans l'exécution de ses projets : une animosité profonde sépara bientôt ces deux hommes et se manifesta par des tracasseries de cour, dont le détail, bien connu du reste, ne ferait que ralentir notre récit. Nous nous contenterons de rappeler que ce Ait au milieu des douleurs morales amendes par ces dissensions que la régente expira le 27 février 1666, dans le couvent d'Augustines où elle s'était réfugiée. Une lettre, pleine de sentiments élevés, appela le nls auprès de sa mère mourante ; mais le couvent de Xabregas était à quelques lieues de Lisbonne; grâce à des retards amenés par une lenteur habile, l'infortunée dona Francisca de Guzman ne put donner qu'une main refroidie par la mort au fils ingrat qui obéissait sans doute à l'étiquette, mais qui ne la pleurait pas.
La politique du comte de Castelmelhor exigeait que don Affooso se mariât; des négociations furent ouvertes à ce sujet, et dans l'année même où la reine mère était morte, Marie-Françoise-ÉIisabeth de Savoie, fille du duc de Nemours, fut épousée par procuration au nom du roi de Portugal le 27 juin 1666 (*); elle
daval, le grand venenr, Emmanael de Mello, le comte de Soure , et le comte de Pombeiro.
(*) Dès son début, du reste, une circonstance bien étrange de ce mariage dut faire comprendre à la princesse quef était le caractère de rbomme auquel elle allait unir son sort : voici ce que raconte à ce sujet un diplomate estimé, fort au fait des anecdotes du temps : « Enli666, Alphouse VI, roi de Portugal, épousantJa princesse Marie-Françoise-ËUsabetb de Savoie, duchesse de Nemeurs et d'Aumale, ne voulut pas souffrir que le marquis de Sande donnât la main à cette princesse dans les cérémonies des époasailles en qualité de procu^ reur , comme il se rencontre d'ordinaire en ces Circonstances , de sorte qu'il faUat que la Jeune
L'UNiVÈRS.
s^embarqua immédiatement et, le 2 août suivant, la flottille qui ramenait entra dans le port de Lisbonne.
Évidemment le marquis de Gastelmelhor avait été mal informé ou avait manqué à sa pénétration habituelle en faisant choix de cette |)rincesse pour la faire monter sur le trône. Elisabeth de Savoie était un esprit fin , résolu , énergique même au besoin , et elle le prouva bientôt ; ce fut à partir de l'époque où la jeune reine arriva à Lisbonne que le drame dont on retardait le dénoûment se compliqua d'éléments si bizarres et si inattendus qu'il n'y a peut-être pas de comédie politique plus étrange dans les annales de l'Europe.
Le fait lui-même, en le dégageant d'une foule d'épisodes bizarres, suffit pour renverser toutes les idées qu'on a pu se former touchant un siècle religieux , ou même à l'égard d'une cour héritière de l'étiquette des trois Philippe. En moins, de deux ans une jeune princesse, vouée en apparence à toutes les austérités, trouve moyen de dénoncer au monde l'impuissance d'un époux dont elle avait volontairement accei)té la main. Sans pitié pour un affaiblissement moral , .dont elle avait sans doute prévu à l'avance les conséquences , elle fait descendre son mari du trône , Rome sanctionne sa conduite , et le propre frère de la victime partage son trône avec elle (*).
reine donnât procaration au dac de Vendôme, son oncle , pour la représenter dans cette cérémonie, où, par une singalarité nouvelle, Tévêque duc de Laon maria les deux procureurs ensemble , savoir , Tambassadeur et le duc.
Voy. Mémoires hUtariques deAmelot de la Houssaye,
{*)«. Dès que ce mariage fut divolfioé, on commença, à cause de rhonnesteté publique, àdout«r s'Use pouvoit légitimement et valablement contracter et consommer sans dispense. — Comme on choisissoit plusieurs doctes personnages pour agiter cette qoesUon , M. Verjus arriva de France avec le bref de dispense , qui leva le doute et le scrupule qu'on pouvoit avoir. » Voy. Relation des troubles de Portugal en 1667 et en 1668. Il faut insister cependant sur un point : de hideuses habitudes dans sa vie intérieure faisaient d'Â.)ptionse VI un être repoussant. Nous regrettons de ne pouvoir insérer ici la lettre si pleine d'intérêt où M. de Saint- Romain raconte dans le plus grand détail Tem- {)loi que ce roi faisait de ses Journées. Voy. es Documents inédits sur l'histoire de France (succession d'Espagne), par H. Mignet, t. 2, p. 574.
Le 2 avril 1668 , tout était consommé, Alphonse VI n'était plus roi que de nom. D. Pedro allait prendre le titre de régent du royaume, et l'exil devenait le partage d'un souverain sans dignité , jouet d'une immoralité honteuse.
S'il faut en croire un écrivain portugais dont la gravité est citée généralement, D. Afionso, au moment décisif où il allait perdre la couronne , se prit à tirer des sons aigus d'un sifflet dont il faisait depuis quelque temps son jouet habituel, Le drame allait finir en effet, et les rôles allaient changer : mais le triste héros de cette comédie n'en comprenait point le dénoûment, et il ne se doutait pas qu'en abdiquant le trône il abdiquait la liberté : quelques jours plus tard, le 23 novembre 1667, déchu de son rang, abandonné de ses favoris, hormis du valet auquel il confiait le soin de ses chiens , et qu'il avait demandé lui-même pour en laire sa société , D.
Affonsose voyait proposer, poury finir ses jours , la petite île de Terceira , et on lui annonçait , sans qu'il comprît peut-être l'insolente ironie de la proposition, qu'il devait trouver dans cette solitude des plaisirs selon ses godts, un repos selon la nécessité des temps.
Avant de contracter un mariage, étrangement prévu à l'avance sans doute, D. Pedro voulut sanctionner par l'approbation des états du royaume une usurpation dont il sentait au fond la criante iniquité et qu'il n'osait consommer en prenant le titre ardemment désiré de roi. En effet, durant l'assemblée des cortès qui eut lieu le 27 janvier 1668 , il reçut le serment des états comme prince régent et comme héritier de la couronne , mais il ne prit que le titre de gouverneur du royaume; ce fut en cette qualité qu'il prêta serment aux institutions du Portugal le 9 juin 1668. A partir de cette époque, toutes les affaires furent expédiées en son nom ; le nom de l'infortuné D. Affonso ne parut plus dans les actes que pour attester un règne misérable, auquel on refusait toute valeur politique.
On comprendra sans efforts qu'après la déposition d' Affonso VI, leduc de Castelmelhor se vit complètement évincédes affaires; le ducdeCadaval, au contraire, prit une influence définitive sur l'ad-
ministration. Quelle que soit l'opinioD que Ton se soit formée sur le second roi issu de la maison de Bragance, il Y aurait de la témérité et surtout de rinjustice à juger son ministre diaprés les libelles nombreux que fit paraître à cette époque le parti de là reine, libelles auxquels les déplorables excentricités du prince ne donnaient que trop de crédit. Durant Fad ministration du comte de Castelmelhor, le peuple souriait quelquefois au récit des extravagances fort exagérées sans doute du monarque, mais il applaudissait aux talents réels du ministre et à sa louable activité. Pendant cette période le royaume vit son influence se consolider aux yeux des autres cours de TEurope , et le Portugal remporta une des victoires les plus éclatantes quMl eût encore gagnées sur ses voisins. Un diplomate anglais qu'on ne saurait accuser d'une trop grande partialité en faveur d^Affonso VI, rend pleine justice à son ministre. « Malgré les murmures des gens intéressés et de leurs amis , il conduisit si bien tout, qu'il devint en peu de temps extrêmement populaire. Il trouva r£tat sur le pencliant de sa ruine et réduit, selon les apparences, à la dernière extrémité par une guerre qui avait duré vingt-deux ans. Les Espagnols, après avoir fait la paix avec les Français, tombaient sur le Portugal avec Télite de leurs troupes, et D. Juan d'Autriche était en ce tempslà presque dans le sein du royaume et attendu chaque jour à Lisbonne à la tête d'une armée plus nombreuse qu'aucune de celles aueles Espagnols eussent eues sur pied oepuis le commencement de la guerre. Mais le Conde ne fut pas plutôt parvenu au gouvernement, qu'un souoain échec fut donné à l'ennemi (*). • Ce que le diplomate anglais exprime ici d'une manière si précise ne saurait laisser aucun doute dans l'esprit du lecteur. Ce fut sous l'administration de Castelmelhor que l'indépendance portugaise fut en réalité confirmée :
{*) Relation de la cour de Portugal sous D. Pèdre IJ, à présent régnant, traduite de l'anglais, t. I, p. 84. Cette tradacttoQ est plus ample qae roriginal. L'auteur de ce livrer Robert Southwel , était alors ambassadeur à la eour de Lisbouoe , et il se moutre assez impartial.
22' Livraison. (Portugal.)
elle le fut grâce à Thabileté incontestable du ministre, mais grâce surtout aux dispositions militaires d'un ^néral dont la France doit rappeler les titres de gloire , parce qu'ils se lient essentiellement à son histoire durant cette dernière période. Faisons ici quelques pas rétrogrades; les détails d'un rè^ne malheureux, le récit dlntrigues misérables ont détourné trop longtemps nos yeux des faits importants de l'histoire. Durant le règne d'Affonso VI , les prétentions de l'Espagne n'avaient rien perdu de leur exigence, la lutte ne s'était point calmée en se prolongeant ; et sans deux victoires qu'on place a côté de celle qui fut remportée dans les champs de Montijo, il est difficile de dire aujourd'hui ce que fut devenue la maison de Bragance. Schomberg commandait heureusement ei^ second à ces deux journées décisives.
BATAILLE d'AMEIXIAL. — SGHOM- BEBG ET LE COMTE DE YILLAFLOB. — BATAILLE DE MONTESCLABOS. -^Cette
fameuse journée d'Ameixial, qui sauva sans aucun doute la monarchie, prit son nom d'un petit village voisin d'Estremoz et eut lieu ie8juin 1663. C'était le comte de Villaflor, D. Sancho Manoel,qui commandait en chef l'armée portugaise : la bataille s'engagea au moment où celleci voulait traverser le Rio Degede.
D. Juan d'Autriche ordonna d'exécuter le même mouvement, et ce premier choc fut terrible, car les Espagnols y perdirent huit cents hommes, auxquels il faut ajouter un nombre égal de blessés. D. Juan d'Autriche s'étant retiré avec la plus grande partie de son armée sur une éminence d'un accès difficile , l'infanterie portugaise alla le déloger de cette position et le mit bientôt en fuite ; cette victoire coûta plus de quatre mille morts aux Espagnols , et l'on ne compta pas moins de six mille prisonniers après raction. Quatre cents chevaux, nuit pièces d'artillerie, un mortier, une immense quantité d'armes, plus de deux mille fourgons charps de butin , complétèrent une victoire qui prépara la reprise d'Ëvora , obtenue quelque temps après.
Ces avantages et bien d'autres que nous sommes obligé de passer sous silence furent obtenus en grande par-
LUNIVERS.
tie, comme on Ta dit précédemment, grâce à l'énergie et aux lumières du comte de Schomberg que le duc de Gastelmelhor crut devoir adjoindre à D.
Sancho Manoel.
Frédéric de Schomberg, qui fut plus tard maréchal de France , ayant passé au service de Louis XIV, reçut bientôt Tordre de passer secrètement au service de Portugal. Il se rendit dans ce pays en 1660 avec six cents officiers français, à la suite des habiles négociations du comte de Soure auprès du cardinal Mazarin, négociations ^ui excitèrent au plus haut degré l'intérêt du grand Turenne (*).
Placé à la tête des auxiliaires étrangers, qui se composaient princioalement de Français et d'Anglais, Scnombei]; sut imprimer aux troupes qu'il dirigeait des haoitudes de discipline et de célérité qui les rendirent bientôt d'une haute utilité durant cette guerre , où il fallait prendre surtout de promptes décisions. A Ameixial, Schomberg insista avec énergie auprès du comte de Yillaflor pour que Faction fût engagée sans retard , et ce fut en grande partie aux sages mesures qu'il sut prendre qu'on dut le succès d'une Journée décisive.
Après cette bataille, qui consolidait déjà sur le trône la maison deBragance, le comte de Castelmelhor retira le commandement au général portugais (**), qu'il n'aimait point, et le remit au comte de Marialva. Schomberg fut doublement irrité de cette préférence et il ne craignit pas de le dire : d'un côté, il y voyait une injustice commise envers un général qui n'avait point démérité; deTautre, il se sentait lésé dans ses propres intérêts, car il avait été convenu verbalement que le commandement lui serait dévolu , au cas où le comte de Villaflor le laisserait vaquer. Oubliant bientôt ces considérations secondaires, Schomberg servit avec le zèle qu'il avait toujours montré, et ce fut à lui qu'on dut en grande partie le gain de cette fameuse journée de Montesclaros , où les troupes portu-
(*) Voy. ÎAc]éde, Histoire de Portugal, éditiOD de Foriia d^Urban, t. IX, p I9S.
(*'*') D. Sancbo Manoel , premipr comte d« Villaflor» s*étaU distingué durant les guerres de racciamaiion , et nul ne peut lui contester une ardente bravoure; il mourut le 5 février ise? etfat enterré daxuaaoouveot d'Abrantés.
galses firent encore de si généreux étions.
Malheureux à la bataille d'Ameixial, D. Juan d'Autriche s'était vu retirer le commandement des troupes castillanes, et le marquis de Caracena avait quitté Tarmée de Flandre pour venir se mettre à la tête de celle qu'on destinait à une nouvelle invasion du Portugal.
Le marquis de Caracena, eo arrivant dans la Péninsule, s'était vanté, dit -on, de tourner tous les obstacles et, comme le duc d'Albe, de marcher droit sur Lisbonne ; mais les temps étaient bien changés, et Schomberg le lui prouva.
Legénéral es pasnol était déjà parvenu à Villa-Viçosa et il avait attaque la citadelle de cette place, lorsque le marquis de Marialva ayant Schomberg sous ses ordres, mais en réalité lui laissant le commandement, se présenta avec quinze mille hommes d'inianterie, cinq mille cinq cents chevaux et vingt pièces d'artillerie. C'était le 1 7 jui n 1 665, et la rencontre eut lieu dans une campagne désignée sous le nom de Montesclaros : le premier choc de l'armée castillane pensa être funeste aux Portugais, et Caracena atteignit même l'avant-garde des secondes lignes ; mais les bataillons rompus se reformèrent, et ils chargèrent si vigoureusement les Espagnols une la victoire fut décisive. L'armée d invasion eut quatre mille morts et laissa à la merci de l'ennemi six mille prisonniers, sans compter d'immenses bagages ; le marquis de Caracena se vit contraint de chercher son salut dans la fuite et il se retira en toute hâte sur Jurumenha.
Ce fut de cette place qu'il fit connaître les désastres de la journée à la cour de Madrid. On dit que lorsque Philippe IV reçut cette triste nouvelle , il laissa tomber la lettre qui la lui annonçait, en disant simplement: « Dieu le veut. » Dieu voulait , en effet , qu'une glorieuse nation jouît enfin de l'indépendance qu^elle avait su conquérir.
Il serait trop lone de rappeler ici, même sommairement, les afratres partielles auxquelles le comte de Schomberg prit part; il remporta encore une grande victoire sur les Castillans, commanda en chef les armées portugaises , et reçut le titre de duc. Malgré ces avantagés, qu'il obtint d ailleurs un peu tarcUTe^.