‹ PortugalChapitre 35 sur 42 · I17,IU · texte numérisé non relu

I17,IU

UN MOT SUR LISBONNE. — Si l'on a cherché, dans ce livre, à restituer à la ville du moyen âge sow véritable caractère; sMl a paru intéressant pour Thistoire de rééaifier par la pensée une cité que d'effroyables commotions bouleversèrent de fond en comble il y a près d'un siècle , il n'en saurait être de même ici de r^isbonne telle que Tont faite les pians de Pombal, et telle qu'elle s'offre au voyageur. La capitale du Portugal est maintenant une des plus belles villes de l'Europe; mais c'est aussi l'une des plus connues : nous serons bref, et nous renverrons aux touristes sans nombre qui l'ont décrite, ceux qui voudraient certains détails dont nous nous abstiendrons à dessein.

Grâce aune inscription romaine , trouvée à Lisbonne même en 1749^ on a aujourd'hui la certitude que cette cité portait le nom d'Ulyssipo, avant d'adopter celui de Félicitas Julia, qui la oésignait, sous le règne de Domitien , alors qu'on la voyait jouir des droits de municipe romain. Nous avons déjà fait voir combien son antique dénommation se modifia; nous ne reviendrons pas sur ce point, et nous rappellerons seulement aux archéologues de la vieille école , qui veulent trouver dans cette dénomination une preuve d'antiquité antéhomérique, ce que disait avec tant de sens le docte Chistophe Gellarius ( * ).

Lisbonne, telle que l'ont faite les nouveaux plans, est une cité de près de deux lieues de longueur , affectant une disposition à peu près demi-circulaire, et ne pouvant plus revendiquer le titre de ville aux sept Collines , comme elle le faisait jadis, par l'excellente raison qu'elle compte déjà un plus grand nombre d'émmences dans son enceinte fort indéterminée (** }.

On a peint mille fois l'aspect si pittoresque de Lisbonne : nous nous garde-

(*) Tlugœ aunt quœ de Olysie conditore adferuntur. Voyez à ce sntet les intéressants arUcles du Panorama. L'écrivain ludicieux que nous citons rappelle que Ton a fait venir l'antique dénomination citée plus haut, des mots phéniciens -.Mis-ubo, qui signifieraient: uoe rade agréable aux regards.

{**) Parmi ces collines, la plus élevée est celle qu^on désigne sous le nom de O Monte do Casttllo ; elle a 347 pieds de France , selon les calculs de Franzini.

rons bien d'ajouter à ces descriptions.

Quelgues mots, cependant, pleins de concision et de charme , écnappés à une plume toute poétique, en diront plus sur cette belle cité que la plupart des voyageurs. Après avoir décrit le magninc[ue panorama que présente cet amphithéâtre, l'auteur du recueil intitulé Au bord du Toqe s'exprime ainsi : « Les constructions de Lisbonne ont une blancheur qui n'est altérée que bien rarement par la fumée. Ses palais , aux murs éclatants, reflètent, comme d'ardents miroirs, la splendeur de son beau ciel; ses terrasses , ses belvédères semblent suspendus entre des touffes de lauriers, de buis gigantesques, d'autres arbres à la vive verdure ; ses pares sont embellis de pomars : c'est un nom qu'on donne aux plantations d'orangers et de citronniers, arbres charmants qu'on dispose souvent en espaliers. Quelques palais sont en partie revêtus, à l'extérieur, de terre cuite blanche et bleue. » Tout en convenant que le goût réprouve quelquefois les ornements de ces azulejos , ils plaisent, dit l'auteur, par leur nouveauté.

Cette capitale est divisée aujourd'hui en six districts , qui portent les noms suivants : Alfama^ Mouraria, Rocio , BairrO'ÂltOy SanUi'Catkarina et Belem.

Le dernier géographe dont les calculs puissent offrir quelque sécurité, Urcullu, contient, à propos de cette grande cité^ quelques chiffres que nous reproduirons ici : Lisbonne, dit-il, renferme 351 rues principales, 215 petites rues traversières, 56 chaussées, 119 impasses, 12 grandes places, 48 places d'une moindre étendue. On y compte 34 fontaines et plus 'de 2,000 réverbères.

Les tables qui accompagnent la loi du 8 octobre 1836 font monter la population de cette capitale à 220,000 âmes , calculées sur 46,520 feux. Mais , après de nouvelles enquêtes plus dignes de confiance , et en suivant les menies bases, M. J. Urcullu dit qu'on peut évaluera population totale à 265,000 âmes:

il faut bien le dire, cependant, ces calculs ne sont qu'approximatifs; ils ne se fondent, jusqu'en 1840, sur aucun recensement officiel. Tout le monde n'admet point l'accroissement que nous signalons depuis 1821 , époque à la-

L'UNIVERS

guelie écrivait Balbî. Un écrivain biea informé, dont nous avons le savant travail sous les yeux, M. César Famin, admet comme' probable le chiffre de 260,000 âmes; mais cet écrivain remar- (lue avec raison , « qu'il semble résulter des tableaux comparés des principaux objets de la consommation de Lisbonne à diverses époques que la population est tout au plus stationnaire. » Selon la remarque judicieuse du même auteur, elle n'a pu augmenter après des événements tels que rémancipation du Brésil, la guerre civile , Témigration qui en a été la conséquence, le choléra, morbus, le renversement des anciennes fortunes et d'autres circontances encore qui ont dû avoir des causes identiques.

En 1841, on comptait à Lisbonne environ 22,000 étrangers; savoir : 18,000 Espagnols (*), 1,200 Français, 1,000 Anglais et 1,800 individus appartenant à diverses nations, tels que Brésiliens, Allemands, Italiens, etc.

Lisbonne est située à peu de chose pressons le même degré de latitude que Messine et que Villa-da-Praiada Victoria dans rîle de ïercère (**). Cette population nombreuse, et qui s'accroîtra sans doute encore, trouve donc dans la douceur du climat et dans la constance des saisons un dédommagement à quelques journées de chaleur vraiment tropicales. La température moyenne de Lisbonne est évaluée , par Franzini , à 16° 5 centigr. ( presque 60° de Fahrenheit ou 13® 5 de Réaumur). Le vent du nord domine dans l'été et tourne fréquemment au nord-ouest. L'hiver est

(♦) Personne n'Ignore que cette population espagnole se compose presque entièrement de Galiciens, Galtegos. Rien de plus arbitraire que ce qui a été dit Jusqu^à ce Jour sur son chiffre réel, puisque les calculs varient de 60,000 à 40,000 .'imes. « Toutefois il résulte d'un relevé, fait réc(!mment avec beaucoup de soin, que leur nombre est de 18,000 à Lisbonne seulement. » (César Famin î ms. cité.) Tous ceux qui ont lu lËë descriptions qu'on a données de cette capitale savent que les Gallegos n'ont guère d'autres professions que celles de porteurs d'eau (agoadeiros), commissionnaires et colporteurs': Ils étaient jadis renommés pour leur probité sévère. « La longue anarchie et la guerre civile qui ont désolé l'Espagne paraissent avoir influé très-fftcheusement sur les mœurs et sur le caractère de ces montagnards. Grâce à des gains slrictemenL économisés, la seule ville de Lisbonne p tye annuellement à la Gaiice deux millions de francs. »

(**j Pat les 38" 43' de lat. et les 00» 45' de long.

en général si peu rigoureux , que Ton signale les années où il a tomoé de la ueige : 1815, 1829, 1836 furent dans ce cas. Les saisons ont une fixité que l'on ne connaît pas ici; et, dès' la seconde semaine de février , on voit, en généra!, fleurir les abricotiers, les pêchers et les cerisiers. \

L'hygiène publique a fait des progrès incontestables à Lisbonne, quoiqu'elle laisse encore à désirer. On cite déjà une amélioration sensible dans le nettoyage des rues et dans tes précautions que réclame la salubrité intérieure. Cette amélioration est surtout remarquable dans certains quartiers de la ville basse. Le pavage est mal entretenu ; et , selon les documents que nous avons sous les yeux, les tentatives faites, il y a quatre ans, par un Français, pour introduire dans cette capitale rusage de Tasphaite , auraient été sans résultats. La dépense totale pour Téclairage , le pavage et U nettoiement des rues , dit M. Famin , est annuellement de 750,000 fr.

Lesressources que-présente Talimentation à Lisbonne sont quelquefois assez restreintes, surtout en ce qui touche le peuple. La mer , cependant, fournit en abondance des poissons délicats, et principalement des sardines, dont la population d'un rang inférieur fait sa nourriture principale. Il y a, à ce propos, un fait notable qui a été constaté dernièrement, c L'habitant de Lisbonne ne consomme qu'environ 36 grammes de pain, tandis que les tableaux dressés dans la capitale de la France démontrent que le Pari sien en consomme 48 (*). Quant à la viande , on calcule que l'habitant de Lisbonne en consomme annuellement 24 ou 26 kilogrammes : ce chiffre dépasse 62 kilogrammes par tête pour le peuple parisien. »

Il se fait dans la capitale du Portugal une grande consommation de morue : la quantité qu'on en exporte annuellement

{*) On fait dans le Portugal un grand usage du mais : il est mioindre à Lisbonne que dans les campagnes. Mous donnons ici, d'après les notes de M. Famin , lè tableau des céréales qui ont été consommées dans la capitale durant l'année 1839 :

Blé 417,204 heclol.

Orge 43,370

Maïs 30,5C0

Seigle 6,283

h Lisbonne est de 80 à 90,000 quintaux , représentant une valeur d'environ deux iniJ lions de francs.

Bien que le vin forme la plus riche et la plus féconde branche de Tindustrie portugaise, il est pourtant passablement cher ; ce qui tient à la fois au défaut de communications , au prix élevé de la main-d'œuvre et à Tétat imparfait de Tagri culture. Le vin ordinaire de Lisbonne se vend en ville de 40 à 50 centimes la bouteille. Le vin de Porto et celui des Açores coûtent de 1 à 3 fr. Aussi , l'habitant de Paris boit-il dans une année 1 12 à 113 litres de vin, tandis que celui de Lisbonne en boit à peine 45 litres. Ajoutons, continue l'écrivain qui nous fournit ces détails, nue l'usage du thé est très-répandu ici, même parmi les classes pauvres. Bien des domestiques, par exemple, stipulent avant d'entrer dans une maison qu'on leur donnera du thé au moins une fois par jour.

NAVIGATION ET GOUMERGE DU POBT DE LISBONNE EN 1839. — Il ); a

toujours en station , dans le port de Lisbonne, environ 100 navires de commerce, dont 30 portugais , 30 anglais et 40 de diverses nations; la navigation de ce port, durant l'année 1839, a offert pour résultat à l'entrée 1892 navires, jaugeant ensemble 160,545 tonneaux.

Sur ce chiffre, il y avait 310 navires anglais, jaugeant 35,270 ton.; 273 portugais qui en présentaient 32,057 , et seulement 17 français, donnant un total de 1,814 tonneaux*:

Le commerce maritime, durant la même année, a présenté les chiffres suivants :

Importations. ... fr. 59,062,503 i Exportations .... fr. 12,767,683

Total du mouvement gédéral fr. 71,830,186

Les importations ont surpassé les exportations de 46,294,820 fr . , et c'est leur proportion habituelle, qui est à peu près, comme 100:22.

Nous occupons le cinquième rang sur la liste des nations qui font, avec les Portugais , des échanges commerciaux.

Nos exportât, de 1,258,936 ) ^>'-'»»^^«^ exvîédant des importations 2,210,763 f.

^otre plus forte importation com-

prend, sous le titre collectif de fabrications diverses , les produits de l'industrie parisienne, les cristaux, la quincaillerie de luxe, la parfumerie, etc., formant ensemble fr. 1,423,450 (*).

Les tissusdecoton figurent, en seconde ligne, pour la somme de fr. 540,408, et les métaux ouvrés pour celle de fr.323,900.

Les soieries, qui, en l'année 1838, étaient portées sur le tableau pour 910,000 fr., ne figurent plus, en 1839, que pour 180,000 ; il faut donner nécessairement l'explication de cette énorme différence.

En premier lien , les importations de 1837 avaient dépassé le terme moyen des années précédentes par la raison qu'il en avait été fait un grand approvisionnement avant la mise en vigueur du nouveau tarif.

En second lieu, 1 exagération des droits de douane sur cette branche de nos importations a dû diminuer considérablement la quantité de soieries apportées par le commerce avoué, et augmenter, à peu près, dans la même proportion ; celle des soieries introduites clandestinement.

En effet, le chiffre de 230,000 fr. , affecté aux soieries venues d'Angleterre, comprend certainement une assez forte

Ï)artie de tissus français; car, depuis e nouveau tarif et l'élévation des droits, le commerce paraît tenir moins à l'augmentation du fret, et il fait venir des soieries de France par la voie des paquebots anglais, et en les faisant transiter à Londres : de cette manière, les objets de mode arrivent encore dans leur primeur.

MODES ET COSTUMES — Les classcs aisées suivent les modes françaises et s'habillent avec des étoffes anglaises.

Dans le peuple, les femmes ont une manière de se vêtir uniforme et simple. Elles portent toutes la cape et le lenço. Une dame touriste, douée d'un talent

(*) Il est bon de faire remarquer qu'nn 1710 nos importations en Portugal ne s'élevaient pas au-delà de 748,000 liv. Nous recevions, à la même époque, pour 343,000 liv. de denrées diverses. Au temps où fut rédigé le voyage qu'on a si injustement attribué au duc du Chatelet, c'est-à-dire vers 1787, nous avions importe en Portugal pour la somme de près de 4 ,000 ,000 et reçu près de 10,500 ,000 fr. de ses marchandises. Voy. -i'édlt. 1. 1, p. 241.

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d'observation fort réel, yaote les ayanta* ges de ce manteaubrun, qui fut jadis porté par les femmes de la naute classe et oui conserve à Lisbonne l'avantage d'ofnrir encore une sorte de costume national. « Quand on est accoutumé à sa sombre nuance, dit mademoiselle P. de F^** en parlant de la capa^ on trouve que le manteau portugais a de la grâce et de la dignité , que ses larges plis tombent aveo noblesse. »

« Toute personne qui porte la capa porte aussi le lenço ; Fun ne va pas sans l'autre. Le lenço est un mouchoir de linon blanc très-clairet très-gommé, avec lequel les Portugaises savent se faire une charmante coiffure. Qu'on se représente une abondante cheveluse, le plus souvent d'un noir brillant comme une rivière de jais, quelquefois d'une naance plus claire, mais toujours (excepté chez les plus misérables ) soignée et ramenée artistement autour de la tête.

Au-dessus de ces nombreuses tresses, un peigne avec un bord élevé comme un diadème, et sur cette espèce de couronne un mouchoir de claire mousseline d'une blancheur éclatante, posé légèrement d'une façon tout aérienne, ne cachant pas aux regards une seule boucle de cheveux et mettant cependant le front*et les cheveux à l'abri du soleil, comme là

Ï>asse d'un chapeau, mais infiniment plus éger, plus gracieux , plus coquet : les deux bouts de ce mouchoir sont réunis sous le menton et attachés par une épingle en or. Avec cette coiffure, presque toutes les femmes semblent jolies (*). » Dans les notes précieuses qu'il a réunies, récrivain que nous avons déjà cité fait observer que les Portugaises mettent une singulière coquetterie en ce qui touche leur chaussure; aussi, depuis quelques années , le nombre des cordonniers pour femmes s'est-il si étrangement répandu à Lisbonne, que non-seulement les importations de l'étranger y sont devenues superflues , mais que la ville fournit assez de cordonnerie pour une partie du Portugal. Nous n'ajouterons plus qu'un mot à propos du costume, c'est que les figures reproduites par Kinsey donneront sur les modes de Lisbonne et de la province tous les éclaircissements dé-

(*) SilhotuUet portugaises, publ. dans la Ré' forme en 1843.

sirabies , sans en excepter ce qui regarde les anciens ordres religieux.

COUP D'OBIL général SDH LES PBO- TINGBS DU POBTOGAL.—DESCRIPTION RAPIDE DES VILLES PRIltCIPAXES*. -^î

nous nous conformions à Tordre du tableau administratif, ce serait par la province du Minho qu'il faudrait commencer cet exposé général. Nous ferons comme l'auteur qui nous sert ici de guide, nous adopterons la circonscription admise par Tusace , et décrirons d'abord l'Ëstramadure, dont Lisbonne est la car pitale. Cette province se trouve séparée de la Beira par deux fleuves, le Mondego et le Zezere ; c'est la plus occidentale de toutes celles dont se compose l'ensemble du royaume. On n'y sounre ni des chaleurs excessives de TAlem-Tejo , ni des froids piquants que Ton ressent parfois dans le pays de Beira. Nous ne dirons rien ici du Tage, qui porte la fertilité dans cette province, mais nous rappellerons que le Zezere est navisrable durant dix ou douze lieues jusq^i'à l'embouchure que l'on remarque devant Setuval. L'Estramadiire est une des provinces les plus fertiles du Portugal ; on y récolte du froment, du maïs, de l'orge, de rhuile, de la cire et du miel renommé par sa pureté; les vins y sont excellents, et l'on distingue parmi eux le Bucelas et le Carcavelos. Ce dernier, trop peu connu en France, conserve une célébrité locale qui le rend Téçal des crus les plus fameux. Casado Giraldez fait remarquer qu'il y a une telle abondance et une telle variété de poisson dans ces parages, qu'on a pu en compter jusqu'à cent espèces sur les marchés de Lisbonne. Maintenant, s'il faut mentionner rapidement les viUes principales de la province, nousrappeleronf Torres-Vedras , qui renferme environ 7,000 habitants et qui a acquis

Sarmi nous une funeste célébrité; Obios, oii sont encore des restes d'aqueduc; Caldas da Rainha, que ses bains sulfureux, préconisés ajuste titre, animent d'une population flottante; Leiria, qui se gloriue d'avoir été jadis la résidence* du roi laboureur, et qui montre avec orgueil les ruines de l'antique château où Diniz jetait les fondements d'une prospérité presque fabuleuse.

Leiria , dans sa fertile vallée , non loin

d'un petit tlenve qu'on appelle le Lis , est un évéché peu important sans doute, puisque ht ville ne renferme guère plus de 2,300 habitants, mais le souvenir du roi laboureur pare encoreces belles forêts de pins qu'il planta pour l'avenir. Marinha-Grande, qui est à trois milles, puise dans cette forêt, créée au moyen âge, le bois nécessaire à sa verrerie ; Batalha est une bourgade qui n'a pas onze cents habitants; mais son monastère, que nous décrirons plus tard, lui donne une célébrité presque européenne. Pombal, trois fois plus peuplée, a des souvenirs encore bien récents, qui ne la rendent pas moins fameuse. Alcohaça n'est remarquable que par son antique abbaye; car elle ne renferme pas |)lus de 1,353 habitants; mais ce sera toujours un lieu de pèlerinage pour ceux qui entreprennent le voyage artistique de la péninsule. Pedernéira, avec ses pêcheries; Sam- Marlinbo , qui vit jadis des vaisseaux de haut bord construits dans son port aujourd'hui comblé; Yimeiro, célèbre par une bataille qui amena la convention de Cintra; Thomar, l'antique résidence des templiers, et dont la curieuse église renferme, dit «on, des tableaux plus anciens que ceux même de l'école de Sienne; Ourem, Porto de Mos, ont aussi leurs souvenirs. Nulle d'entre ces bourgades, cependant, ne peut se comparer, souS ce rapport, à Santarem, r antique cité de 7,862 âmes, située sur la rive droite du Tage, et dont on trouvera la poétique légende dans tÂgiologe portugais, Santarem est l'ancienne 5calalnSj et conserve de curieux vestiges de l'architecture mauresque au moyen âge ; le commerce qu'elle fait avec Lisbonne est fort actif. Golegâo, Torres- Novas , Almeirim , l'ancienne résidence des rois de Portugal , qu'une erreur de date fait fonder par Joâo P% tandis que don Fernand y tient déjà sa cour, Salvaterra de Magos et Azambuja, pourraient être mentionnés parmi les localités les plus importantes, si Setubal ne se présentait pas avec ses 15,200 habitants. Sétubal n'a point le titre de cité ; c'est une simple villa , sur la rive droite du Sado, avec un port d'une entrée difQcile ; ses salines et ses fruits multiplient ses relations commerciales :

c'est la place maritime la plus active

après Lisbonne et Porto. Gezimbra, avec ses 4,300 habitants et son fort antique; Almada^ dont la population est un peu plus considérable et qui se trouve situé en face même de Lisbonne (*); Azeitâo,ou Villa-ÎSbgueira , Palmella, dont la vue est magnifique , Aldea Galle^a , la bourgade des marins , située à trois lieues de Lisbonne, puis Moita et Alcaçar do Sal, fameux par ses salines^ doivent dore cette liste après que nous aurons nommé Grandola, villa de 2,000 habitants (**).

PROYiNCE DE l'âlbh-tsjo. — Cette province est séparée de celle deBeira et del'Estremadure portugaise par le Tage.

Le Sevêr, la Caia et la Guadiana for^» ment ses limites avec l'Estremadur^ij espagnole et l'Andalousie. M. Urcullu lut assigne quarante lieues de longueur, trente-huit à trente-neuf lieues dans sa largeur la plus considérable.

L'Alem-Tejo est appelé assez communément le grenier du Portugal. L'Arabida est, pour ainsi dire, son unique chaîne de montagnes, et des plaines occupent presque toute son étendue.

Les céréales y viennent en abondance, et le géographe que nous avons cité dit que ses excellents vins , que l'on conserve dans des pots vernissés, ne peuvent supporter la mer. Les laines de l'Alem-Tejo sont mises au rang des meilleures que fournisse l'Europe, et l'industrie de ses habitants procure au reste du Portugal des poteries estimées.

Evora est la capitale de l'Alem-Tejo; c'est le siège d'un archevêque, d'un gouverneur civil et militaire; elle a été même souvent la résidence des rois.

Bâtie au milieu d'une plaine fertile en

§rains, cette villejouit d'une réelle abonance. Sa population a subi une légère augmentation. En 1822, Baibi la faisait monter à 9,052 habitants, Urcullu lui

C^) Od y a construit un hôpital pour les marins anglais.

('♦) Nous n*avons pas énuméréici les centres de population désignés spécialemeut sous la dénomination d'environs de Lisbonne. Cintra, qui est à 15 milles , fielem, qui fait partie de la capitale depuis le règne de Joseph, Oeiras, Carca vélos, Cascaes, Colares,Mafra, Queluz, Bêlas, Bemlica , Lumiar , Loures , Sacavem sont dans ce cas; et nous parlerons de quelques-unes de ces localités à propos des monuments.

LUJNIVERS.

en reconnaît 9,300. La foire qui se tient à la Saint- Jean, donne momentanément à cette antique cité Taspect d'une ville commerciale. JNul lieu, en Portugal, ne possède peut-étredes monuments plus dignes d'intérêt. L'antiquaire par excellence du Portugal, André de Resende, le prouve dès le seizième siècle, et Fonseca, en publiant son Evora iliustrée, indique combien d*hommes éminents en tout genre sont sortis de cette ville pour honorer le pays.

Estremoz , la villa célèbre par ses belles carrières de marbre , par ses alcarazas. que les rois ne dédaignaient pas jadis de faire figurer sur leur table à côté de la vaisselle d'argent n, Estremoz, dont il est si fréquemment parlé dans les chroniques du moyen âge , est aujourd'hui une petite ville renfermant 6,577 habitants ; elle expédie encore ses poteries pour une foule de marchés de la Péninsule. Monte-Mor-o-Novo , Redondo, Viana de Alem-Tejo. sont des centres de population, de 2,700 à 1,300 âmes.

Beja , la ville épiscopale, a aussi son château bâti par le roi Diniz, et ses murailles presque circulaires dressent encore orgueilleusement leurs quarante tours; un musée d'antiquités, formé par un prélat d'une haute érudition, indic^uait tout ce que son territoire peut fournir de restes précieux à l'archéologue; mais on sup-

a Evora. Beja a aujourd'hui 5,284 habitants , et son territoire fournit abondamment aux nécessités de sa po()ulation.

IVous citerons ensuite Moura , à l'est de la Guadiana, qui renferme 3,680 âmes^; Serpa, qui fait un grand commerce avec l'Espagne; Alcoutim, Yidigueira, que le grand nom de Gama a rendu célèbre , et enfin Cuba, bourgade de 2,410 âmes.

Ourique a un nom fameux dans les fastes du Portugal , mais c'est une villa de 2,400 âmes; elle est bâtie sur uneéminence qui domine la plaine , où le fils du comte souverain sut conquérir un royaume. Almodovar, Gastro-Verde , ont une population à peu près égale , tandis que Sines , la patrie de Gama, n'a que 1 ,650 habitants. Nous ne dirons rien de Yi^n-Nova de mil Fontes , de

(*) Les ambassadeurs véoiUeDS le remarquèrent, du moins au seizième siècle, à la table de don Sébastien.

Santiago de Cacem, de Messejana et d'Odemira ; néanmoins nous consacrerons quelques lignes à l'antique résî dence des ducs de Bragance.

Villa-Viçosa n'a que le titre de villa; mais ses rues sont larges, droites et propres. Au centre, dit Urcullu, on remarque une place fort régulière dcot le palais des ducs de Bragance occupe deux côté^. La ville estdéfêndue dans la direction de Test par un antique château environné de murs, ayant cinq portes et un fossé profond. G est à huit milles de là que se trouve située la Tapada, parc ferme ayant dix milles de circonférence, il faut ajouter qu'il y a dans ce lieu de plaisance un palais, et que la chasse y estsin- {^ulièrement abondante. Villa-Viçosa est echef-lieude l'ordre noble deNossa Senhora da Gonceiçâo , institué par Joâo YI en l'année 1818, c'est-à-dire lorsqu'il était encore au Brésil. Borba, Alter do Ghâo , Arrayolos , Portel , qui possède également un palais habité jadis par les ducs de Bragance , Souzel et M on forte , ne méritent qu'une mention rapide.

Elvas est une ville épiscopale, ayant un peu plus de 11,300 habitants; les beaux travaux de fortifications qui y ont été élevés sous les ordres du comte de Lippe lui ont donné une grande célébrité dans toute la Péninsule. On y remarque plusieurs édifices et notammentun aqueduc , dont nous donnons une vue exacte et qui n'a pas moins de trois milles de longueur. Bâtie sur la frontièrede l'Espagne, Elvas est la place militaire la plus forte de tout le royaume ; et le commerce qu'elle fait avec Badajoz est considérable.

Gampo-Maior, qui se trouve à trois heures et demie du chemin militaire de la ville espagnole et oui renferme 4,618 habitants ; Mourâo, dont on remarque le château, sont à peu de distance.

Terena, Ouguela, petite ville perchée sur une montagne, et Barbacena avec ses 814 habitants, figureront pour mémoire dans cette nomenclature.

Portalegre est le siège d'un évéché et compte environ 5,600 âmes de population. On y remarque, ce qui est trop rare en Portugal, une fabrique de drap qui emploie 50 métiers ; Arronches est au confluent de l'Alegrete et du Gaya; Gastelio de Yide n'a que le titre de villa et

renferme cependant presque autant d'habitants que Portalegre. On y tue annuellement de 6 à 7,000 porcs, qui approvisionnent les marchés du royaume. Quelques archéologues ont voulu retrouver dansMarvâo VHerminius minor des anciens : ce qu'il y a de certain, c'est qu'on y rencontre grand nombre de médailles et dMnscriptions. Niza avec ses 2,160 habitants , Montaivâo, qui montre avec orf;ueil son beau parc, s'élèvent non loin des routières d'Espagne; Crato fut jadis célèbre parce que c'était le siège du grand prieur de Malte : c'est une bourgade qui a un peu plus de 1 ,200 habitants Sertâo, qui revendique une bien haute antiquité, n'en a guère que 2,736. Mais les antiquaires de la province veulent que son fort ait été construit par Sertorius. Aviz porte un de ces noms célèbres qui feraient croire à une plus grande population, parce qu'on les a entendus retentir durant tout le moyen âge : c'est une villa bâtie sur le Rio- Aviz et qui n'a pas 1 ,500 habitants. L'ordre militaire qui y siégeait à partir de l'année 1211 , se sépara de celui d'Alcantara en 1381 {*), Les fortifications qu'on remarque dans ce lieu rappellent son origine guerrière, mais la bourgade est bien foin de posséder aujourd'hui les quarante commanderies dont les revenus entretenaient la splendeur de l'ordre.

Benavente, Corruche, Gabeço de Vide , sont des bourgs , ou , si on l'aime mieux , des villas , d'une population peu importante, aussi bien que Jeromenna, qui n'a nue 4Z0 habitants , mais dont les fortifications sont toutes modernes.

C'est encore à la province d'Alem-Tejo qu'appartient Evora-Monte, où fut signé , en 1834 , le traité qui pacifia le Portugal.

PBOTiNGE DA BEiBA* — Nous ne rappellerons pas ici les étymologies, plus ou moins hasardées de Castro, a propos du

C^) Et noD en II8I , comme dit Barbosa. Baa* lista de Castro , qui signale cette date, marque VanDée 1213 comme i*epoque où la séparation commença à s*opérer : il est d'accord avec M . Urcnilu, puisqu'il ajoute qu*une bulle d'Eugène IV ratilia la séparation : on trouvera dans Castro une courte biographie des grands maîtres. Foy. t. II, p. 20. Les insignes de ces haub dignitaires consistaient dans le glaive et la bannière : celle ci portait d*un côté une eOigie de la Vierge et de l'autre la croix d'Aviz , qui est de sinople flanquée de deux aigles.

nom de cette province , nous ne certifierons pas même qu'elle ait été jadis la demeure des Berones ; mais nous sui vrons la meilleure autorité en affirmant que c'est la plus grande des six provinces du royaume ; elle n'a pas moins de 15 lieues dans sa plus grande longueur sur 46 de large : elle est, pour ainsi dire, au centre du royaume, et les vieux géogra-

fihes, dans leur ancienne délimitation , ui donnaient une forme à peu près carrée. Depuis que le Brésil a proclamé son indépendance, le grince héréditaire de Portugal prend le titre de Prince de Beira.

Coïmbre est la capitale de cette province ; c'est de toutes les villes du Portugal celle qui est environnée, aux yeux des étrangers, du plus grand nombre de traditions poétiques. Il suffit d^ouvrir le yoyaqe de Kinsei/y ou mieux encore le beau livre de Landmann, pour comprendre tout ce qu'il y a de charmant et de pittoresque dans la situation de Coïmbre. L'Athènes du Portugal s'élève en amphithéâtre , sur une éminence qui domine le Mondego. Pïous sommes malheureusement contraint à reproduire ici quelques détails de pure statistique; nous parlerons autre part de quelquesuns de ses monuments. Coïmbre est aujourd'hui une ville de 13,400 habitants ; il y a quelques années Balbi lui en donnait 15,000.- Cette différence peut s'expliquer par la perturbation qu'ont subie tes études. Tout le monde sait que l'université fondée par Diniz fut transférée à Coïmbre en 1308; elle éprouva bien des vicissitudes dont on peut lire les détails dans un savant mémoire de l'Académie d'histoire. Transportée à Lisbonne , puis fixée définitivement à Coïmbre, elle occupa de -vastes bâtiments désignés sous le nom de Pacos reaes das escolas. Pombal fit sentir fà, comme partout, l'impulsion énergique de sa volonté; le système des études fut modifié; des bâtiments indispensables s*élevèrent ; on bâtit un observatoire (*), les bibliothèques se multiplièrent; des collections d'objets d'histoire naturelle purent servir aux démonstrations de quelques savants professeurs : en un mot, tout en conservant sa prééminence re*

{*) Voy. la description de cet éditice dans If Panorama.

L'UNIVERS

connue sur quelques points , Tuniversite réorganisée Ht de louables efforts pour initier ses nombreux disciples aux nouvelles exigences de la science. On ne saurait se le dissimuler, les derniers troubles politiques ont été funestes à ce mouvement intellectuel qu'on aimait à constater en parlant de la ville deCoimbre (*). Ceci est une question de chiffre; et pour acquérir la certitude des faits que nous avançons, il suflit de jeter un coup d*oeil sur les dernières statistiques portugaises.

Après avoir parlé de Goïmbre, nous désignerons à la plupart de nos lecteurs des noms bien peu connus en France en leur citant Miranda de Gorvo, avec ses 3,344 habitants; Buarcos, qui jouit de Texploitation d'une mine de charbon de terre; Figueira, dont les vins conservent une haute réputation; Louzâo, où se sont établies des papeteries; Anciâo, Penela (**), Montemor-o-Velho ; puis Tentugal, célèbre par une source qui rejette tous les objets qu'on dépose au fond de ses eaux.

Nous ne dirons rien d'Arganil, et nous ne citerons Goes, dont le nom rappelle un grand historien du seizième siècle, que pour mentionner ses 3,150 habitants, réduits on ne sait trop pourquoi à 913 par Miôano.

Aveiro a joui d'une haute réputation durant le quinzième et le seizième siècle ; on dit même que ses habitants purent armer jusqu'à 60 bâtiments pour la pèche de Terre-Neuve; malheureusement Tamoncellement des sables vint fermer son port magnifique ; et Ton vit s'éteindre graduellement cette haute prospérité , en même temps que le pays cessait d'être salubre et que la populace) Ed 1830, la bibliothèque de raDlvenUé renfermait 36 ,ooo volâmes ; celle da collège ae Sam-Bento, 16,000 il y en avait 4l,ooo au couvent de Santfr<:raz ; 14,000 à Santa Rite . et etifln 34,000 au couvent da Graça. Ces dépots considérables de livres ont été malheureusement nvis à la ville des études. Don Jozé Urcullu eut qalis ont été enlevés depoia l*extincUon des couvents.

(**) Cette peUte ville offre une preuve des changements rapides que peuvent subir certaine! popalaUons, ou même des erreurs qui peuvent se glisser dans les meilleurs calculs. Balbi lui donne 3.457 habitants, Min&no, 2J08, et Uroullu, d'après les documents du gouvernement, 7I2l

tion s'amoindrissait. Après d'immenses travaux, une nouvelle barre ftit ouverte en 1808, le pays s'assainit; mais sa po-

{mlation ne se releva pas , comme on 'espérait; elle monte aujourd'hui à un peu plus de 4,000 habitants. Aveiro, situé sur une espèce de péninsule, ayant au nord de vastes marais qui s'étendent jusqu'à 9 lieues parallèlement à la nier, Aveiro, l'antique port du moyen âge , a été quelquefois comparé à Venise, et le

{>ays qui l'entoure s'est vu désigné sous e nom de la Hollande portugaise. Le géographe qui nous fournit ces détails it que six établissements spéciaux sont destinés à la pèche de la sardine. Les terres environnantes sont prodigieusement fertiles et produisent des vins généreux réservés, pour la plupart, à l'Amérique.

Citer Ilhavo, c'est rappeler un établissement de haute utilité publique, dont nul géographe , à l'exception d'Urcullu, n'a rait mention jusqu'à présent. A la distance d'un quart de lieue decette villa, quicompteMlOhabitants, on a établi la fabrique royale de verre et de porcelaine da Ftsixi-Alegre (*). Ce bel établissement, d'une récente fondation, employait naeuère cent vingtcinq personnes des deux sexes; les apprentis destinés à fournir de nouveaux ouvriers à la manufacture suivent des cours basés sur le système de l'ensei^ement mutuel ; et l'étude de la musique occupe, dit-on, une vaste part dans cette éducation po|>ulaire. La haute direction des deux fabriques est remise aux soins de M. Auguste Ferreira Pinto Basto.

Les travaux des ouvriers sont dirigés par son frère; mais, il n'y a pas plus de cinq ou six ans , c'était un Français gui surveillait toute la partie artistique; M. Rousseau s'occupait exclusivement des procédés relatifs à la peinture et à la dorure. La taille du verre est arrivée dans cette fabrique à un tel degré de perfection, qu'on ne peut distinguer , dit-on , ses produits de ceux de la France et de l'Angleterre.

Feira, avec ses 1 ,800 habitants ; Ovar , qui n'a guère qu'une rue d'un quart

{*) Le Tratado elementar donne une lithographie qui rep

t. II, p. 90.

de qui reproduit Taspect de la fabrique. Voy.

de lieue et qui compte 10,000 âmes; Oliveira de Azemeis, sont désignés avant Viseu. Cette villeépiscop^le, construite sur une hauteur, est une des plus anciennes du Portugal ; et Ton suppose même que les deux tours de sa cathédrale sont de construction romane.

Viseu , d'après les nouveaux calculs, ne renferme pas plus de 5,140 habitants :

au mois de septembre a lieu annuellement une foire qu'on dit la plus riche du royaifme : elle consiste prmcipalement en objets de joaillerie, d'orfèvrerie , en draps et en bestiaux.

Aucun souvenir bien important ne se rapporte à Castello de Penalva, à Banho, à Youzela de Lafoes, à San- Joâo d'Areas; il n'en est pas de même de la cité, antique berceau de la monarchie , dont nous avons plus d'une fois prononcé le nom au commencement de ce livre.

Lamego est une ville épiscopale , bâtie aux bords d'un petit fleuve , que l'on appelle le Balsamâo; il est à supposer (lue dès 1144 elle offrait une certaine importance , puisque Affonso Henriquez y convoqua, dit-on, ces cortès objet d^une si vive discussion. Aujourd'hui sa population s'élève à 9,230 âmes. Tarouca est une villa de 1,690 habitants; à deux lieues de cette cité , Arouca en renferme 2,515, et se glorifiait jadis de posséder un célèbre couvent de femmes qui , par ses richesses, exerçait une grande influence sur le pays. Mondim , malgré le petit nombre de ses habitants , recueille de la soie. Sam-Martinho dos-Mouros s'élève sur la rive gauche du Douro, ainsi que Taboaço. Mezamfrio et Arne* las , à deux lieues de Porto , renfermaient autrefois les vastes entrepôts de vins de la compagnie du Douro.

Pinhel porte le titre de cité épiscopale ; mais elle ne comptait , il y a quelques années, que 1 ,988 habitants. Almei* da est une place forte , située sur une plaine tellement élevée, que, du haut de son château , on découvre les limites de douze évêchés. Trancozo est célèbre par ses antiques murailles : ses remparts affectent une forme presque circulaire, ayant 12,0Q0 pas de circonférence; le bourg n'a guère plus de 1,200 âmes.

Sam-Joâo da Pesqueira est un peu plus peuplé. Gastelo Rodrigo est mis au rang

des places d'armes, bien qu'il ne compte que 160 habitants.

Guarda s'élève sur le penchant de la Serra da Estrdla , près des sources du Mondego, et possède une population de 8,894 âmes. Govilham, qui fit jadis

Çartie de l'apanage du célèbre don lenrique, est aujourd'hui une ville manufacturière où se fabriquent des draps et qui compte près de 7,000 âmes. Manfeeigas, caché parmi les anfractuosités de l'Ëstrelia, est dans le même cas. Gouvea est aussi une ville des montagnes ; Cea et Fundâo recueillent des fruits renommés.

C'est encore la chaîne si pittoresque de l'Ëstrelia, qui laisse voir, sur un de ses flancs les plus élevés , la petite ville de Linbares, avec son château fort.

Castello Branco montre à regret le sien ; il est ruiné. Castello Braneo est cependant une cité épiscopale d'environ 7,000 habitants : elle a cela de particulier, que sa cathédrale se trouve située hors des murs. Alpedrinha, d'où les yeux découvrent toute la basse Beira, Sabugal avec sa haute tour, Monsanto aux âpres chemins, Sam- Vicente da Beira, Sortelha, termineront ce paragraphe, lorsque nous aurons cité Bussaco , dont le nom rappelle une victoire contestée , à ceux qui connaissent l'histoire de notre invasion.

PAOYIN CE d'ENTRE-DOUIIO-E-MINHO.

— Un simple coup d'œll sur la carte du Portugal suffira pour faire comprendre 1 origine de cette dénomination. La riche province que nous signalons est située entre les deux fleuves dont elle porte les noms (*). C'est la plus petite province du royaume, mais c'est aussi ta plus peuplée : elle doit son état florissant à sa situation géographique. Défendue, vers l'est , des influences d'un climat ardent , elle est rafraîchie dans les autres directions par les vents qui soufflent de la mer. Son système

{*) Le Minho la sépare au nord de la Galice; aa sud, le Douro établit sa division avec la Beira; la Serra da Cabreira , le Rio Tamega et la Serra do Mar&o forment ses limites à rest , avec le Tras-05-Montes ; à Touest elle est baignée par rOcéan. Voy. le Traité complet de cosmographie de Casado Êiraldez, 1. 1, p. 80. L»exceUent livre d'Urcullu ne donnant pas ces divisions géographiques, nous les reproduisons sans amrmer qu'elles n*ont pas subi quelques modifications.

L'UNIVERS

d'irrigation naturelle est admirable.

Casado Giraldez lui accorde 26,000 sources ou fontaines. Le dernier géographe, dont nous suivons le témoignage, ne diminue que de bien peu ce calcul»

puisqu'il en reconnait 25,000. C'est incontestablement à cette douce température aussi bien qu'à cette abondance des eaux que l'Ëntre-Douro-e-Minho doit sa prodigieuse population. Le premier, Balbi, avait fp it remarquer que , si tout le Portugal était peuplé comme cette province, il ne renfermerait pas moins de 9,681,525 habitants. Bory de Saint- Vincent présenta plus tard une observation analo|^ue ; et enûn Urculfo*, soumettant l'opinion du géographe vénitien à de nouveaux calculs, confirme ce qu'il a dit et élève même le chiffre u'il adopte (*) en le portant à près de lix millions d'âmes.

PoBTO, la capitale de l'Entre-Douroe-Minho , est sans contredit la seconde ville du royaume; mais il s'en faut bien qu'à régal de certaines villes du Portugal , elle revendique une antiquité presque fabuleuse. C'est une ville toute chrétienne, bâtie par les Suèves; on la voit figurer parmi les évéchés de la Péninsule, dès le cinquième siècle : elle est située sur la rive droite du Douro, à une petite lieue de son embouchure; elle s^élève conjme un vaste amphithéâtre sur deux collines , qui prennent les noms da Se et da Victoria. Les vallées qui s'étendent entre ces deux montagnes sont remplies par les maisons qui se prolongent jusqu'à des faubourgs étendus. Sur la rive opposée du fleuve, se trouve FiUa-Nomida Gaya , à laquelle se rattachent plusieurs curieuses traditions.

L'auteur qui nous fournit en partie ees renseignements dit que la cité de Porto est bien différente de ce qu'elle était en 1789, lorsqu'un ecclésiastique, Rebello da Costa, en donna la description complète (**). On ne voit plus aujourd'hui que quelques restes de ses

(•) Il évalue à 9,970,560 le chiffre de cette populaUoD présumée. Sans adopter précisément de telles conclusions , on peut s^assuier, par un mémoire remarquable de M. de Sylveira, ancien ministre d*£tat, que le Portugal pourrait nourrir huit millions d'habitants. Voyez le Panorama, t. Vlll, p. 413.

(*♦) Voy. Urcullu, t. II, p. 94. Voy. également p^urplus de détails \e Panorama, {. lfl,p. 281.

anciennes murailles, qui pouvaient avoir 30,000 pas de circonférence sur une trentaine de pieds de hauteur. Ces vestiges de fortincations ne sont plus aujourd'hui d'aucune utilité pour la défense de la ville, car elles sont comprises dans l'intérieur des nouvelles constructions.

La ville se partage en sept paroisses ; et l'une d'elles, selon la tradition, remonterait au sixième siècle. Sam Marti nho de Cedofeita aurait été bâti, en 559, par Théodomir, roi des Suèves; mais la saine critique rejette ces prétentions.

Ce qu'on ne sait pas généralement, c'est que le rite mosarabe a été conservé de tout temps dans cette petite église. On attribue au comte don llenrique la réédlGcation de la cathédrale. La description même sommaire des antiquités ecclésiastiques de la ville nous entraînerait plus loin que nous ne le voudrions , car Porto renfermait naguère quatorze couvents , dont le plus ancien remontait à la première moitié du treizième siècle. Parmi ces asiles religieux , on comptait cinq communautés de femmes seulement. La suppression des couvents a livré aux diverses branches de l'administration certains édiGces qui, sans cela, tomberaient en ruine; les uns sont occupés par des hôpitaux , d'autres

{)ar des bibliothèques ou des musées ; e collège da Graça sert d'asile aux orphelins; l'hospice des Capucins de la Corderie s'est vu disposé pour les enfants trouvés, dont le nombre s'élève annuellement au-dessus de 2,000. Il est juste de dire, à ce propos, qu'il y a peu de villes dans la Péninsule où les ecKiiees de bienfaisance publique soient aussi multipliés. Lorsquel'hôpital royal, maintenant en construction, sera terminé , ce sera la plus magnifique construction que l'on connaisse en ce genre dans tout le royaume.

Le dernier siège a été fatal à plusieurs édifices , qui en portaient naguère encore les traces. L'église des Clercs , avec sa haute tour, la Casa da Helacào, la chambre municipale , le théâtre , dont on vante le bon goût, la grande caserne de Saint-Ovide, où peuvent se réunir 3,000 hommes , le palais épiscopal qui se fait remarquer par un aspect grandiose , et enfin Notre-Dame de La-

8dl

pSi y OÙ Pon conserve le cœur de Tempereur don Pedro , sont les plus remarquables, en y joignant quelques églises.

INous ajouterons qu'il y a maintenant à Porto une école polytechnique, une académie médico-chirurgicale^ et une académie des beaux-arts.

Si l'on pouvait évaluer en 89 le nombre des maisons de Porto à 10,000, il faut observer que ce chiffre s'est prodigieusement ae«ru dans ces derniers temps. Grâce aux nouvelles constructions, cette place, si commerçante, compte aujourd'hui plusieurs rues spacieuses et droites, qu'elle peut opposer aux voies tortueuses de la Vieille- Cité. La rue das Flores, qui se fait remarquer par ses riches magasins, date cependant du seizième siècle, puisqu'elle fut construite par don Manoel.

Aujourd'hui un éclairage habilement ménagé concourt singulièrement à la sûreté et à l'embellissement de la ville.

Les derniers renseignements officiels <^ui nous sont parvenus sur la population de Porto , la font monter à 71,390 habitants , en y joignant la population de VillaNovaAia-Gaya; mais l'auteur auquel nous nous référons afûrme qu'on peut raisonnablement élever ce chiffre a 80,0D0 âmes. La population de Porto est industrieuse et commerçante:

ses fabriques de chapeaux, de soieries , de cotonnades , de fayence ; sa fameuse corderie, ses travaux délicats d'orfèvrerie, le prouvent; le mouvement du haut commerce est encore mieux attesté par les institutions qui se sont fondées peu à peu. La banque commerciale de Porto , la caisse filiale de la banque de Lisbonne, les compagnies contre les risques de la mer ou contre l'incendie , i association m£rcantile^ instituée depuis 184.5, et dont les excellents résultats sont incontestables, prouvent ce que nous avançons. Comme cela devait être, le mouvement commercial de Porto a été croissant depuis quelques années (*). Malgré la direction tout industrielle que les habitants de Porto aiment adonnera leurs travaux, la ville possède un musée; il a été fondé le 26 mars 1836 par don Pedro, et comptait déjà 400 tableaux , il y a une dizaine d'années.

(*) Voy. le Panorama^ t. IIF, p. 283.

Les amateurs de l'archéologie du moyen âge y trouvent aussi quelques objets précieux. La bibliothèque publique de Porto cite également comme son fondateur le duc de Bragance, et elle a été établie le 9 juillet 1833 : elle se compose, d'après le chiffre adopté par M. Urcullu, de 65,000 volumes; mais, depuis cette époque, le fonds des livres imprimés a dû s accroître. On affirme que la bibliothèque de Porto renferme des manuscrits infiniment précieux. Un étranger, M. Jean Allen , a doté récemment la ville d'un musée qui , sans être absolument spécial , répond à une foule de besoins; non-seulement on y remarque quelques tableaux d'un haut prix , mais certaines branches d'histoire naturelle y sont représentées par des collections habilement classées. Disons enfin , pour conclure avec ce chapitre, qu'un seigneur portugais, M. le vicomte de Beire, est dans l'usage d'ouvrir ses magnifiques jardins au public le dimanche de chaque semaine. Les principaux habitants de Porto ont ouvert un cercle qui , sous le titre à'Âssemblea Portuense, se fait un plaisir d'admettre les étrangers dans son sein , et se tient en communication avec le monde littéraire au moyen des revues et des journaux publiés dans les villes principales de l'Europe. Quelques-uns des environs de Porto sont remarquablement agréables; on vante entre autres, à l'embouchure du Douro,Sam-Joâo da Foz, bourgade de 3,050 âmes , extrêmement fréquentée dans la saison des bains. Le phare de Notre-Dame da Luz s'élève à peu de distance; puis vient Matozînhos etMendelo, village de 500 âmes, où débaraua don Pedro en 1832.

Ainsi que nous l'avons dit, Villa-Novada-Gaya est située précisément sur la rive opposée à Porto; cette bourgade, dont on évalue la population à 5,390 habitants, communique à la ville au moyen d'un pont de bateaux. C'est là où se trouvent les vastes entrepôts célèbres par toute l'Europe. Urcullu évalue a 80,000 pipes le nombre de tonneaux renfermés dans les magasins de Yilla- Nova-da-Gaya. Nous passerons sous silence plusieurs autres bourgs ou villages des environs; mais nous citerons néanmoins Sam-Pedro duCova^âont les mines de charbon de terre ont été ouvertes

L'UMVERS,

en 1802, et oui ex[>orte annuellement 8,000 chars ae houille.

firagaa une grande célébrité historique; son archevêque même a disputé à celui de Tolède le droit de s'intituler primat des Espagnes, C'est aujourd'hui une ville qui porte sa population à environ 16,077 âmes; elle s'élève dans une plaine, sur le petit fleuve Desta, qui baigne ses faubourgs. La ville {jossède de grandes ressources pour son irrigation ; car l'on y compte 70 fontaines. L'antique cathédrale de Braga conserve, comme celle de Tolède, le rite mosarabe. La ville, du reste, présente une réelle industrie, et l'on y rencontre des manufactures de diverses espèces; il y a même, dit-on , des orfèvres habiles. On trouve, à trois quarts de lieue de Braga, une fort belle ^lise, construite au dix-huitième siècle, et où l'on se rend en pèlerinage; c'est le sanctuaire de Bom Jésus do Monte»

Pénafiel est renommé par sa foire annuelle. Guimarâes fut jadis la capitale de la monarchie naissante. Don Affonso Henriquez y résidait; et l'on y montre encore des édifices qui remontent à cette époque vénérable. Aujourd'hui c'est une ville de 3,685 habitants. Guimarâes est renommé par ses tanneries v 28,000 cuirs préparés en sortent annuellement. Son commerce de toile de lin a été frappé d'une complète décadence , depuis le traité de 1810 avec l'Angleterre. C'est à huit lieues au sud de cette ville que sont situées les eaux minérales , désignées sous le nom de CcUdas de P^izela, déjà célèbres du temps des Romains. Amarante, qui s'élève sur le Tamega, Caldas de Jerez ou Xeres, renommée par ses bains d'eaux chaudes minérales, Viana, qui eut jadis un port plus fréquenté et qui ne compte pas moins de 6,800 habitants , sont autant de villes jouissant d'une certaine renommée, ainsi que Ponte de Lima, dont les poètes bucoliques du seizième siècle ont chanté si souvent le fleuve.

Ponte de Barca doit ar'^ter le souvenir du lecteur, grâce à un fait assez rare dans l'Europe occidentale; une femme, nommé Maria Lopes-da-Costa y vécut cent dix ans, et elle comptait cent vingt descendants, provenant des deux mariages qu'elle avait contractés. Tous les jours, dit-on, quatre-vingts d'entre ses

héritiers seprésentaientdevanteUe.Viila- Nova-da-Cerveira, Monçao , Arco-de-Valde-Vez, Santa-Marta-db-Bouro, oe se distinguent par rien de remarquable.

Barcelos , renommé par ses chasses , eut jadis une certaine célébrité historique; sa population aujourd'hui monte à 3,900 habitants. On désigne encore le petit port d'Espozende, Vitla-do-Conde^ situé vis-à-vis d'Azurara, et surtout Po- Yoa-daYarzim, qui est bâtiesur le bord de la mer; elle compte 6,200 âmes. Melgaço a une réputation toute vulgaire ; car elle lui est acquise par ses jambons.

Gastro-Lavoreiro est considéré comme un des lieux oh le froid se fait le plus sentir en Portugal ; Valença s'élève a 70 lieues de Lisbonne , vis-a-vis la ville espagnole de Tuv, et est mise au rang des places fortes au royaume; puis vient enfin Caminha avec ses salines, et la rapide nomenclature des villes de l'Entre-Douro-e-Minho est esquissée.

PBOVINGE DE TAAS-OS-UONTBS. Cette

province confine au nord avec l'ancien royaume de Galice , et sonterritoire est singulièrement montueux. La chaîne la plus étendue de la province porte le nom de Marâo. Du haut de la serra de Monchique (*), dont Télévation est plus considérable que celle de Cintra, la vue se porte à une distance prodigieuse. Ce sont ces montagnes environnant la province du Minho , comme les Alpes se prolongent à Tégard de l'Italie , qui ont fait donner à la contrée le nom sous lequel on la désigne ; ainsi que le fait observer M. Bory de Saint-Vincent, le Douro forme plus de la moitié de son pourtour. Le pays de Tras-os-Montes est abondant en vins, surtout dans le voisinage du fleuve. Le cru de la Feitoria en produit annuellement jusqu'à 70,000 pipes. Les huiles ne sont pas moins renommées; et les montagnes sont couvertes de châtaigniers qui nourrissent une partie des habitants.

Miranda porte le titre d'^vêché ; mais qu'est-ce qu'une ville épiscopale de 460 habitants? L'évéque a pris le parti, depuis longues années , d'aller résider à Bragance ; Mogadouro, Vimioso , Vinhaes^ ne dépassent guère cette faible

{*) Ou Montiao , dit Taatear de la Mapa de Portugal : od aurait donné à cette montagne le uom reproduit ici» par antiplirase.

fa

population; Moncor vo (* ) est un peu plas considérable , mais c'est une Tiile fort laide et fort mal bâtie, qui tire cependant quelques avantages commerciaux de ses récoites en soie; Freixo-d'Ëspada- Cinta, qui s'élève à une lieue du Douro, se fait remarquer par des vestiges curieux d'architecture, en même temps qu'une légende relative à Diniz explique desonnomsinjjulier : c'est une petite ville 1 ,220 âmes. Mirandella , qui compte une centaine d'habitants de plus , a, dit-on , quelque analogie avec Goîmbre ; Monte-de-Rio-Livre est renommé par son vin et par ses excellents produits agricoles. C'est Villa-Real. qui s'élève sur leRlo-Gorgo^ à ^atre lieues de Lamego,

Sie l'on considère comme la villa la . us Industrieuse et la plus commerçante de la province ; elle porte sa population à 4,080 habitants ; Pezo-da-Re- ?oa, qui n'en a pas 2,000, est célèbre par [a foire qui se tient annuellement au mois de février dans ses murs , et où tant de tran actions sur les vins ont lieu. Jadis on pouvait évaluer le chiffre de ses affaires à 10 ou 12 millions de cruzades. Les négociants ont pris la coutume , assez générale , de se rendre directement à Porto.

Bragança est admirablement situé sur les bords du Rio-Fervenza , au milieu d'une campagne fertile. C'est une ville de 3,315 âmes , qui conservele titre de duché. L'évéque de Miranda y fait sa résidence; ellea quelques manufactures de velours et de soie. Plus d'une légende, plus d'une tradition historique se rattache , du reste 9 à cette ville antique; les écrivains du seizième siècle voulaient encore qu'elle eût été bâtie par le roi Brîgus , et le Froissart des Portugais, Fernand Lopes,nous apprend que ce fut dans ses murs qu'une union bien célèbre et bien malneureuse fut contractée. L'évéqueda Guarday maria Inez à don Pedro.

(♦) AntiUon, Bory de Saint-Vincent et Mi- Dftno désigDent cette ville sous le nom de Torre de MoncorvOfCeqai n*est plus admis sans doute. Urcullu regarde cette dénomination comme une singularité: Le même géographe donne ijoo habitants à la ville, tandis qne Tnn des auteurs cités plus haut lui en accorde 1,300 en 1826. Balbi est à peu près d'accord ici avec le dernier écrivain , et fixe la population de Honcorvo à 1,629 habitants.

Chaves , bâti sur la rive droite du Tamega, montre encore avec orgueil son pont de dix-huit arches, dont la tradition fait remonter la construction jusqu'aux Romains. Montalegre est un des en* droits les plus froids du Portugal; il conserve encore son château antique.

ROYAUME DBS ÂLGABTBS.— OUS OU

voir que le pays des Algarves fut une aes dernières conquêtes des Portugais sur les Maures. Aussi , le nom qui désigne ce petit royaume est-il dérivé d'un mot purement arabe, et signifie-t-il simplement la contrée du coucharUy la partie occidentale de la Péninsule. En donnant cette étymologie du reste , F. Joâo de Souza a soin de faire remarquer que les Maures l'appliquaient jadis à l'antique Turdétanie p. Aujourd'hui l'Algarve forme la sixième province du Portugal.

Le pays compris sous ce nom est situé au sud de la province de l'Alem- Tejo, dont il est séparé par la serra de Monchique et le Rio Yasçâo ; ses côtes , depuis Seixe jusqu'à Lagos et la Guadiana , présentent une foule de petites ties sablonneuses. L'intérieur du pays est montueux. Les productions de l'Algarve sont variées; on tire de ce territoire de l'huile, des amandes, des figues, de la cire, du miel, des folioles de palmier travaillées, d'excellentes caroubes, que l'on exporte, en général , pour la Catalogne et laSardaigne, et que l'on a vu vendre jusqu'à mille réis le sac (**)• Le kermès, si précieux pour la teinture y passe de là à Gibraltar, d'où on l'expédie pour l'Angleterre et les Pays-Ras. Le poisson salé que fournissent les côtes est abondant et fort estimé. La grosse chasse offre également des ressources.

Faro est aujourd'hui la capitale de l'Algarve. C'est une ville épiscopale, situi^e à l'embouchure du Yal-Formoso ; elle compte, diaprés les derniers recensements, 7,687 habitants, pour la plupart matelots ou pécheurs : son commerce d'exportation est considérable; elle est le siège d'un gouverneur civil et militaire; on y remarque un hôpital mi-

{*) Cet orientaliste avoue qu'il n*a jamais pu découvrir où Duarte Nunez de Le&o et Biuteau ont puisé l'étymologie qu'ils adoptent Selon eui, Algarveesi un mot qui signifie terre plate» unie et fertile.

(**) Le Panorama, t. VII, p. aïO.

L'UNIVERS

litaire et un parc d'artillerie. Urcullu vante Faspect charmant de la campagne environnante. SyWes conserve le titre de cité; cVsttout ce qui lui reste d*un temps meilleur, de répoque où elle pouvait s'enorgueillir en voyant son siège épiscopal occupé par Osorio, le Cicéron chrétien, comme Ton disait au seizième siècle : elle n'a plus que 2,100 habitants et s'est vue dépouillée dès 1580 de son évéché en faveur de la capitale. Lagos compte un millier d'habitants de plus.

Tavira est la cité des traditions chevaleresques et à coup sûr Tune des villes les plus remarquables du Portugal. Située à l'embouchure du Rio Seca, elle a un port, qui donne asile à quelques bâtiments de peu d'importance. Jadis, il a reçu, dit-on, des navires de haut bord et a fait un commerce considérable. C'était dans le port de Tavira qu'allaient se réfugier les galères portugaises envoyées en course contre les Barbaresques. On vante ras|)ect singulièrement pittoresque de la ville de Tavira ; on cite son beau pont de sept arches; et la tradition, enfin, veut qu'un antique buste de pierre reproduise les traits du brave Paio Ferez Corrca , qui enleva la cité aux Maures. Le tremblement de terre de 1755 a été funeste aux vieux édifices de cette ville; et cependant l'antique église de Santa-Maria , qu'on a été obligé de reconstruire , laisse voir des preuves de son ancienne origine. C'est dans cette église qu'une pierre, portant sept croix rouges, rappelle la tradition des sept chasseurs et la dévotion du conquérant. Le gouverneur des armes habite une fort belle résidence. La population entière s'élevait naguère à 8,640 habitants. Loulé, quoique n'ayant que le titre de villa , présente une population à peu près égale. Castro-Marim , qui se trouve située presque en face d^Ayamonte, en Espagne, fut jadis le siège de l'ordredu Christ. Villa-Real-deSanto- Antonio , bâtie sur les pians les plus réguliers, à l'embouchure de la Guadiana, ne compte encore que 1,720 habitants.

Fondée en 1774, par ordre du marquis dePombal, elle offre la preuve qu'il ne suffit pas d'une volonté puissante pour édifier une ville. Lagos fut jadis le lieu aimé du grand infant; c'était à son

marché gu'accouraient les populations qui venaient se fournir des (fenrées apportées d'Afrique et mallieureusement aussi d'esclaves ; aujourd'hui , c'est une villa de 8,340 âmes, renommée par l'extrême fertilité de son territoire. Villa- Nova-de-Portimâo emprunte son nom au fleuve qui la baigne. Sagres s'enor-

gueillit d'avoir été oâtieen 1416 par on Henri que : dans l'origine, elle prit le nom de Terça-JVaval; puis elle s'appela FiUa*dO'lnfante. Ces deux dénominations se sont éteintes; il semble qu'un si glorieux passé eût dû préserver cette bourgade d'un complet anéantissement : elle n'a plus que 290 habitants. Il faut dire, cependant, qu'une

Eierre monumentale a consacré, en 1 836, is grands souvenirs qui se rattachent à Sagres. Albufeira, petit port de mer, ayant 2,670 habitants; Monchique, jolie villa , bâtie sur le penchant d*une montagne, et enfin Alvor, port renommé par ses salines, achèvent la nomenclature des lieux les plus remarquables du pays d'Algarve. Un savant distingué, le comte de Hoffmanseg, a décrit, d'accord avec Link , ses productions naturelles.

Enfin, les sites les plus remarquables de ce petit royaume sont reproduits dans le bel ouvrage de Landmann O, que l'on consulte trop peu, nous en avons la preuve, lorsqu'on s'occupe de ces contrées.

COUP b'œil sub là statistique monumentale. — On croit généralement en France, et c'est une erreur qu'il importe de rectifier, que le Portugal , si riche en poëteset en musiciens, n'a pas produit un seul peintre digne d'être placé parmi les grands maîtres. Notre intention était d'abord, à l'aide des travaux imparfaits des Taborda (**), des Cyrillo Wolkmar Machado (***),des Guarienti même (***"), de tracer succinctement un tableau des phases diverses de l'art dans cette portion de la Péninsule. Sans parler maintenant

{*) Aux personnes qui regarderaient ces indicat ons comme insuffisantes nous signalerons Touvrage portugais intitulé : Corographia d9 Reino do Algarve.

(♦*) Regras da arte da Pintura. Î8I6.

.(♦»*) CoUeccOo de Memorias relativas as vidas dos piniores porluguezes. Lisboa, 1823.

(**♦*) Abecedario Pitlorico d' Orlandi y augmenté par Guarienti, I vol. in-4", édiUon de

de ce Gran Vasco, en qui se résume, aux yeux des Portugais, le génie artistique du siècle d'Emmanuel , mais dont un critiq\ie exercé a transformé en quelque sorte Texistence, et cela tout récemment , on Terrait qu'une nation qui a produit les HoUanda, les Affonso Sanchez Coelho, les Campe]o,les deux Y ieira, et tant d'autres, ne peut pas être déshé- 1 itée sans injustice (fun de ses plus nobles privilèges. Ce qui nous a détourné de ce dessein, nous 1 avouerons franchement, c'est la certitude que la lacune signalée ici sera incessamment comblée.

L'auteur d'un livne bien connu sur l'art en Allemagne ^ M. le comte Raczynski , qu'un long séjour en Portugal a mis à même de traiter savamment cette matière difficile, va donner un ouvrage spécial sur la matière où de curieux pro-'^ blêmes seront abordés. Des dessins d'une exécution remplie de finesse et d'habileté viendront en aide à la discussion, et nous ne doutons pas que, grâce à des documents si patiemment rassemblés, l'histoire artistique de cette partie de la Péninsule ne reçoive un jour tout nouveau. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'un mouvement incontestable a lieu aujourd'hui en faveur de l'art, à Lisbonne, et que, malgré l'insuffisance des oeuvres modernes, on peut tout attendre d'une favorable impulsion. Des concours sont ouverts , des expositions publiques ont lieu ; on songe à quelques monuments nationaux. Bien évidemment le sentiment délicat et profond d'un haut personnage , qui ne s'en tient pas à la théorie , mais dont on admire les ouvrages , a réagi sur la nation , et a contribué au louable mouvement qui se manifeste. C'est ce sentiment qui a présidé à certaines constructions architectoniques dont on parle dès à présent ; c'est lui qui a mis sous la sauvegarde des lois la conservation des monuments. Les édifices que recommandent leur grand caractère architectural, ou simplement de nobles souvenirs, sont répandus plus qu'on ne le croit généralement en Portugal ; ils sont surtout variés par le caractère qu'ils tiennent , ou de leur extrême antiquité , ou des invasions diverses que le pays a dû subir, ou même des catastrophes qu'il leur a fallu essuyer; essayons d'en dire

'2S^ Livraison. (Portugal.)

un mot, pour compléter cette noticen.

STATUES PBÉSUMÉES ARTÉRIEUBES A LA nOMIIf ATIOfT GAJITHAGINOISE. —

INous ferons remarquer en passant quer vers l'année 1829, Southey vit, exposées à l'injure de l'air et précisément a l'entrée du jardin botanique» deux statues, gu'il faudrait faire remonter à la plus aute antiquité, si, comme le pense l'auteur du Journal d^un invalide, elles appartenaient à une époque antérieure à la conquête des Carthaginois : elles ont été trouvées prés de Montealegre en 1785. L'une est plus grande que l'autre; mais elles gardent la mémo attitude, et elles représentent un homme dont l'un des bras est pendant, tandis que l'autre tient un petit bouclier rond. « Évidemment trop rudes pour appartenir à un âge fort avancé en civilisation , elles sont encore supérieures aux tentatives que peut faire une époque de barbarie. » Ainsi que Southey Ta fort bien dit , ces statues ouvrent un vaste champ aux conjectures; et il eût été infiniment curieux de pouvoir leur comparer cette fameuse statue équestre dont nous avons parlé à propos de la découverte des Açores.

MONUMENTS DBUiDiQUEs. —Plusieurs de ces monuments dont l'origine n'est pas douteuse, ont été décrits par les voyageurs modernes. Hautefort, qui vit rapidement le Portugal , mais qui cite avec exactitude, Hautefort examina plusieurs Cromleh entve Pegôes et Vendas-Novas. Ils étaient rangés circulairement au nombre de douze, et une treizième pierre s'élevait au milieu du cercle. Le R. Kinsey donne après lui la représentation d'un amas régulier de roches, qu'il désigne également sous le nom de Cromleh, et qui existe près d'Arravolos. Ces monuments primitifs sont plus nombreux qu'on ne le croit généralement dans cette partie de la Péninsule, et ils sont désignés sous le

(^) Le décret da 25 octobre 1R36 marque une ère nouvelle pour la culture des beaux-arts en Portugal. Il a insUtué a Lisbonne une académie spéciale pour les arts du dessin: malbeureusement Jusqu*& présent c*est l*ancien couvent d« Sam-Francisco qui a prêté son local aux expositions , et l*on réclame de la munificence da gouvernement un édiiice plus commode et plus digne. On va même Jusqu'à se plaindre de ce que Vbumidité de certaines galeries peut endommager quelques peintures.

nom à'Jntas, Ua sarant portugais a même poblié à ce sujet un mémoire dont racadémie d*histoire a ordonné l'impression , et nous renvoyons pour plus ample informé aux renseignements gue peut fournir ce curieux travail trop ignoré (*) de nos érudits.

Il existe un antre genre de monuments parfaitement inconnus en France, mais que nous n'hésitons pas à ranger dans la même catégorie; on les remarque surtout dans la partie nord du Portugal. Les Castros ou Crastos ré-

f>andus dans un grand nombre de locaités du pays de Tras-os- Montes , sont probablement comme les Antas , d'origine ciltique. Ils consistent dans des enceintes circulaires de pierres élevées ordinairement au milieu d'une plaine, et ont été regardés par erreur comme des restes de châteaux bâtis par les chrétiens pour se défendre de Tinvasion des Maures. Don Jo«é Verea y Aguilar, dans son histoire de Galice, imprimée à Ferreol en 183d, ne laisse aucun doute à ce sujet. Les Mamoas ou Modorras peuvent être rangées dans la même classe : ce sont des élévations circulaires de terre , des tumuli , destinés à indiquer les tombes de chefs appartenant à la race des Celtes.

MONUMENTS d'ORIGINE ROMAINE. —

Il suffit de parcourir les ouvrages d'André de Resende, l'antiquaire par excellence du Portugal , et ceux de Gaspard Estaço, pour se convaincre qu'un grand nombre de monuments romains, et surtout d'inscriptions curieuses dues à la domination romaine, ont singulièremeat occupé les esprits, depuis Tépoque de la renaissance. Faria e Sotiza , Sèveriin de Faria et tant d'autres renferment des documents précieux à ce sujet. L'un nous raconte comment fut découvert au seizième siècle le tombeau du célèbre Viriate; l'autre, retenu à Évora par ses fonctions ecclésiastiques, avait réuni un grand nombre d'antiquités romaines qui furent dispersées après sa mort.

Évora, l'antique Libéra litas Ju fia, en effet» est la terre par excellence des vieux édifices. C'est a tort cependant que

(*) Voy. le Mémoire de Martim de Mendonça dePina; il est ioUtulé: Discurso sobre os ailares rudes que se acham em Portugal chamadas Antas, 1743.

Murpfay a cru reconnaître dam te célèbre aqueduc dont nous offrons la représentation exacte , une construction entièrement romaine (*). Il est bien reconnu aujourd hui que ce beau monument, désigné dans le pays sous le nom d*aqueducto daprata^ a été rebâti complètement sous le règne de JoSo III. A cette époque, les constructions fondées par Sertorius n'offraient plus que quelques vestiges.

Après que César eut accordé les droits de municipe à Évora, plusieurs temples furent édifiés; celui dont nous reproduisons l'aspect daterait de cette époque, et l'on suppose ou'il a été dédié à Diane. C'est un fort neau spécimen d'architecture antique, et les colonnes élégantes qui le soutiennent appartiennent à l'ordre corinthien. Son plan offrait un parallélogramme oblong de trente deux pieds de large. Ce bel édifice est masqué par un grand nombre de masures, et l'on trouvera à son sujet, dans le Panorama (**), des renseignements architectoniques que leur exactitude doit faire préférer à ceux de Murphy. C'est à douze toises environ de ce temple qu'est située la tour quadrilatère connue sous le nom de tcur de Sertorius. Pour complet ter la série de constructions monumentales que l'on peut attribuer aux anciens dominateurs du monde, il faut nécessairement rappeler ici les restes d'ampliithéâtre trouvés à Lisbonne et les bains de Cintra : on les désigne dans le pays néanmoins sous le nom de citerne des Maures; le savant auteur de Cintra pittoresque en donne la description , mais il n'en fait pas connaître l'origine. Murphy s'exprime d'une manière assez vague a ce sujet, sans insister néanmoins sur un caractère oriental qu'il nous est impossible de reconnaître. La salle entière, que l'on suppose avoir servi à desbains du temps des Maures, n'a pas moins de cinquante pieds de long sur dixsept de large. « Les murs sont construits de pierres de taille, et décorés de cha-

(*) Yoy. f^oyage en Portugal imu le» emnées 1789 et 179. >, uad. par LaUemaot, t. il, p. 878. L'auteur donoeaiDsi les dimeii«ioDsde l'édiûoe : « Les piles ont neuf pieds de large sur quatre et demi d'épaisseur; Tentre-deux des arches est de treize pieds six pouees , ce qui égale ia largear «t l*épaissear de ctiaque arche Jointes ensemhlA.»

(**) \oy. vol. lU, seconde séde^ p. 407.

WKTfBGAL.

qa« eAté de trois piiastm wd m lermînent en arc et rapportent la Toûte.

L'eau destinée poar tel bains a quatre pieds de profondeur, et, ce qu'il 7 a de singulier, c^est que Thiver comiiie l'été jamais elle n'augmente ni ne diminue, quoiqu'elle ne paraisse venir d'aucune source. » Cette demièrecireonstaneequelque peu merTeiileuse semble, du reste, ne (pas a?oir été adoptée par les derniers écrivains qui ont parlé du monument, et Fauteur de Cintra pittoresque signale deux anfractuosites par lesquelles pénètrent les eaux. Murpby insiste sur la légende populaire qui place sous ees ruiofs un roi maure environné de richesses et reposant dans un tombeau de bronze. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'en parlant des ruines de la région occidentale de la montagne, il se demande, avec toutes les restrictions du doute, si elles n'ont pas été élevées par les Romaias. il ne faut pas être initié bien avant dans les mystères de l'archéologie, pour reconnaître dans les bains, dont nous avons reproduit une vue, le carae* tère propre à rarchitecture romane. La ville de Vizeu renferme plusieurs ruines romaines d'un haut intérêt, parmi les»

Suelles on sit^nale la caverne de Yiriate ont il n*existe plus qu'un léger vestige*

GATHBDBALB DB BBAOA.*— TIZBU.—

Toutes les personnes, quelque peu fnml* liarisées avec les antiquités de la Péninsule, n'ignorent pas que cette cathédrale dispute a celle de Tolède son titre d'£* glise primatiale des Espagnes; la tradition veut que Bracchara /éugustadxï été la première cité où i'apdtre saint Jacques Zébédée prêcha TÉvangile dans cette colonie romaine. Braga possédait le collège des archiOamines , d'où sortaient les prêtres gentils qui se répandaient dans la Péninsule; cette même tradition nous a conservé le nom des oeuf disciples de saint Jacques, qui se convertirent immédiatement au christianisme, et qui secondèrent l'apôtre dans ses travaux (*). On sent donc aisément tout ce qui s'attache de vénéra*

(*) Nous reproduisoiw id ces noms dans Tordre adopté par le savant P. Fr Francisco de Santo-Agostinbo de Macedo : Torooatas , Ttae* tlphonni, $«>cQDd08, Indaleeias, Cecillus, Eu* pnrasias, Besicbios» Theodorus, ▲tbanasius. vid. Diatriba de advaUu tatieU Jacobi itt

tion à la vieille cathédrale de Braga.

Cette ^lise est une des plus considérables parmi celles qu'on voit encore en Portugal ; mais nous avouerons qu'aucun document positif, venu du moins à notre connaissance, ne nous indique d'une manière positive guel est ied^ré d'antiquité des constructions existant aujourd'hui.

La cathédrale de Braga est un vaste édiûce à trois nefs; dans celle du milieu on remarque un magnifique rétable en pierre, qui fut fait, dit-on, par des artistes du pays de Biscaye, aue fit venir l'arche vêqiie don Diogo de Souza, et qui , en se fixant à Bra^a , laissèrent leur nom à l'une des rues de la ville.

Dès le sixième siècle, Vizeu avait un évêque suffragant de celui de Braga; mais il paraît qu'il avait fixé son siège à Sam Miguel de Fetal extra muros , où une tradition mensongère devait bientôt

eacer la tombe du dernier roi desGoths. I cathédrale de Vizeu , qu'on montre aujourd'hui avec respect, fut fondée, dit-on, par le comte D. Uenrique et par son épouse Thareja : les curieuses peintures de cette église , attribuées à Gran Vasco , sont aujourd'hui l'objet d'une intéressante discussion.

CA.THBDBALB DB COIMBBB (SAU-

CBBiSTOVAif). — On peut connaître aisément toutes les traditions religieuses oui se rattachent à l'antique monument oont nous reproduisons ici une vue exacte , en consultant VJgiologio lusitano.

Aussi renvoyons-nous te lecteur curieux de ces sortes de discussions au savant ouvrage de Cardoso. Quant à Timportance de l'édifice sous le rapport de 1 art, elle ne saurait être douteuse , puisque c'est peut-être la seule construction religieuse de quelque importance oui remonte en Portugal au temps des Goths. Ainsi gue le fait très-bien observer un écrivain national , ses murailles, vues extérieurement, ressemblent à ce! les d'un vieux château, et c'est probablement d'ailleurs tout ce qui reste des premiers temps; il paraît même certain qu'un écrivain moderne s'est complètement trompé, eu attribuant aux Goths les travaux architectoniques de la porte latérale du temple. Il suffit de les voir, pour reconnaître immédiatement qu'ils appartiennent au treizième ou bîeo même au quatorzième siècle.

L UNIVERS

L'intérieur de cette vénérable église a subi des modifications d'une époque bien autrement récente. M. W. H. Harrisson dit que son revêtement de tuiles éjnaillées {azui£Jos) , qu'il croit fabriquéesen Flandre, lait un curieux effet C)\ nous préférerions, pour notre part, les vieilles murailles, telles que put les contempler dans leur majesté Témir Eujuni, lorsqu'il entra à Coïmbre, en 1136, h la tête des 300,000 musulmans que lui donnent peut-être un peu libéralement les cbronfques.

l'église de gedofeità. — Après l'église niétropolitaibe de Braga, le petit temple de Cedofeita est, sans contredit, le monument religieux le plus ancien du Portugal; mais il ne faut nullement croire, comme TafGrme le P. Rebello, que ce vieil édifice n'ait subi aucune altération notable depuis douze cents ans. L'église de Cedotéita est aujourd'hui une des paroisses de Porto ; et si l'on ne peut pas dire qu'elle se distingue par aucun caractère de grandeur ou d originalité , il y a peu de monuments en Portugal qui offrent autant de souvenirs curieux qne celui-ci. Selon les uns, sa première origine remonterait au roi goth Reciaire, qui régnait en Galice et qui avait adopté le catholicisme, après avoir été élevé dans Terreur d'Arius. D'après les documents fournis par le P. Rebello ^ Cedofeita aurait été fondée par le roi suève Théo* demir , en 656, et aurait succédé à une église plus ancienne. Dans la première hypothèse , son nom viendrait de la rapidité avec laquelle s'effectua sa construction ; Reciaire , craignant pour la santé d'une fille bien-aimée , envoya , dit-on , chercher en France une précieuse relique de saint Martin de Tours, et y au moment où partirent ses messagers, fit commencer l'édifice. Or, les reliques désirées ne furent pas plutôt arrivées en Portugal, que l'église nouvelle se trouva être terminée : on l'appela , en conséquence, Cito/acta on Cedofeita (la bientôt faite). C'est en effet un édifice de peu d'importance et qui ne coûta pas de grands frais d'architecture

(*) The tourtst in Portugal illustrated from 9aintinffi btf Jamei Holland» London, 1839; I vol. iu-I2.

à son fondateur; elle se iTecommande surtout par ses souvenirs.

Bien ^ue sa première origine soit un peu moms ancienne, la cathédrale de Porto remonte , dit-on , également au sixième siècle; mais la construction actuelleest due au comte don flenrique et à sa femme dona Thareja, qui la réédifièrent complètement. On sait que le comte s'empara de la ville en 1093, et qu'il résida dans cette ville mauresque à plusieurs reprises. La reine avait fait construire un palais dans le voisinage, et cette résidence souveraine communiquait avec la cathédrale; un escalier désigné encore aujourd'hui sous le nom d'escadada Rainha, atteste la tradition rappelée ici.

LE CHATEAU DA FBIBA. — Il y a , à

quelque distance d'une petite ville de dix-huit cents âmes qu'on daigne sous le nom de villa da Feira , un antique château dont on attribue la construction tour à tour aux Romains , aux Goths et aux Maures. Au milieu de ces opinions si divergentes, ce qu'il y a de plus positif, c'est l'extrême antiquité de l'édifice. Selon l'écrivain portugais qui nous sert de guide , ce monument, qui a l'aspect d'un temple mauresque, est en réalité un alcaçar; c'est ce qu'on reconnaît parfaitement, dit-on, en observant la structure des murailles, toutes bâties en granit; au-dessus de la voûte de cette construction se trouve une plate-forme, de la superficie de laquelle s'élèvent quatre tours; ces tours, outre leur plancher, qui est parallèle à la plate-forme, en avaient reçu un plus élevé et fort rapproché du donjon, d'où l'on pouvait découvrir la mer, depuis le sud de Mira Gaya jusqu'à l'embouchure du Douro.

Les donjons des quatre tours sont de forme pvramidale; lesaneles,au lieu de pyramidîes de pierre, ottrent d'autres petits donjons de granit massifs ; les uns et les autres sont terminés par des espèces de tulipes sculptées également dans le granit, et dont l'aspect est fort étrange. La plate-forme, du reste, est taillée en dos d'âne , de manière à ce que les pluies ne puissent pas y séjourner; les eaux jadis étaient recueillies, à leur extrémité, par des rigoles qui alimentaient par des conduits une grande citerne construite dans l'intérieur de l'édifice.

Il y a en outre un parapet saittant à h partie extérieure, aans la directiou du levant et du nord , avec deux ouvertures circulaires propres à lancer des combustQ)les et d*autres objets eapables d'inquiéter l'ennemi oui aurait voulu s'emparer des portes oe l'alcaçar.

Une sorte d'oratoire garni de deux petites colonnes gothiques , une espèce de trône auquel on monte par des d^és de granit, sont autant d'objets dont on n'a pu encore bien spécifier le caractère; mais un des ouvrages les plus singuliers de ce monument, est un puits carré , auquel on attribue une extrême profondeur. Il est revêtu intérieurement de pierres de taille, et Ton y descend par un escalier en colimaçon ménagé dans une des parties latérales ; cet escalier est garni de grandes fenêtres aux extrémités aiguës. On pense qu'il aboutissait à une route souterraine , ou bien même à un aqueduc caché. Certain<3s portions du château de Feira présentent encore une solidité remarquable , et il suffirait de quelques réparations habilement ménagées pour le faire durer des siècles.

M. Kinsey parle avec quelque détail d'une église située non loin de Nossa Senhora daLapa, au nord-ouest de Porto, et qui a tous les caractères de l'architecture mauresque; on la désigne même sous le nom de Mesquita, comme la chapelle de Gedofeita; les arceaux , les chapiteaux, d'un style original, qu'on y remarque , sont d'un réel intérêt et ne laissent pas de doute sur leur origine sarrasine. Ce curieux monument n'a ce-

Ï rendant pas été fondé primitivement par es musulmans; il est du nombre des églises que les Goths, dit-on, avaient édifiées, et que les conquérants appro*

Ïirièrentà leur culte; une inscription que 'on peut lire dans son étendue, en consultant Rebelle da Costa et le voyageur anglais, atteste qu'ellefut fondée, en 559, par Théodomire, roi des Suèves.

CHAPELLE DES TEMPLIERS DE POH- BÀ.L. -- VESTIGES d'ABCHITECTUBE

SABBASINE. — Le uom de Pombal a un tel retentissement politique , qu'il semble étrange, au premier abord, de le voir lié à des souvenirs légués par le moyen âge. Cette bourgade, qui a impose son nom au grand ministre, est cependant fertile en traditions de ce genre ;

lorsqu'il passa par villa de Pombal, il y a quelques années, M. le baron Tavlor examina les vestiges de ruines qu'on y remarque encore, et, sans assigner une date précise à ces monuments, il a fait comprendre, avec le tact qui le caractérise, ce qu'il y a de curieux pour l'archéologue dans l'alliance de deux styles bien différents que rappelle la petite église des Templiers. « Ces chapiteaux, ces voûtes romanes, dit-il, donnent à ce monument une assez haute antiquité , et il est curieux d'y voir aussi la trace du séjour des Maures , qui ont taillé et transformé l'arc plein cintre de la porte en forme orientale, du genre de celles que l'on retrouve à Ourfa et à Koniah. Cette chapelle a été tour à tour église et mosquée, moins splendide et moins célèbre sans doute que Sainte-Sophie de Constantinople, tout en subissant cependant les mêmes changements, v

Pombal renferme un autre monument du même genre, et qui a dû recevoir une modification anafogue à celle que nous venons de signaler : ce sont les ruines du château çue l'on voyait encore, il y a une vingtaine d'années, à l'entrée de la ville, et dont M. Taylor a donné également une exacte représentation.

« Les ruines que nous décrivons ont été la demeure du châtelain de Pombal, d'un Maure , qui en prit possession par les droits de la guerre, puis des chevaliers du temple. Tour à tour aux musulmans et aux chrétiens, son donjon a servi de harem et de cellule; ses appartements ont vu reposer un Arabe au milieu de ses odalisques, et le chevalier portugais qui vouait sa vie à Tamour d'une seule femme (*) . »■

CHATEAU d'algobaça. Il faut mettre encore au nombre des constructions sarrasines dont il reste des vestiges en Portugal , les ruines qu'on voit sur une colline, non lotnd'Alcobaça, et dont M. Taylor a conservé une vue si pittoresque. Ne pouvant reproduire la gravure qu'il en a donnée, nous emprunterons au moins au voyageur sa description. « Le château d'Alcobaça, comme la forteresse de Grenade, est le produit des arts des Arabes au dixième siècle; il

(♦}J. Taylor, Foyage pittoresque en Espagne, en Portugal et sur la côte d* Afrique. Paris, Gidelils, 1826; I vol. in-4^

LUNIVERS.

est situé sur Je plateau d'une petite montagne qui domine la ville, et sur ses créneaux Ton découvre tout le plan du vaste monastère d'AJçobaça. Comme

Sartout en Europe oùr Ton rencontre es ruines, celles-ci frappent vivement Fimagination des paysans. Assis sur le bord de la route et pendant que je dessinais, une vieille fVmme me racontait que l'ancien chef arabe , seigneur qui obligeait les habitants de la contrée à lui livrer chaque année un tribut dé douze jeunes GUes , revient chaque nuit faire son sabbat pour obtenir encore quelques vierges ; elle ajouta : « C'est presque sans danger maintenant, parce que les frères du couvent ne le permettraient pas ; cependant , malheur à la jeune femme qui visite Talcazar, elle en sort rêveuse et mélancolique ; quelquefois, heureusement c'est assez rare , elle man(]ue d'en mourir. »

Cette tradition du tribut des jeunes filles, pour le dire en passant, se rattache dans la Péninsule à un grana nombre de localités. En Espagne, elle a fourni au Romancero gênerai une de ses plus belles romances héroïques ; en Portugal, elle a donné lieu à un chant qu'on a voulu faire remonter au douzième siècle, mais auquel il faut assigner une date certainement plus récente (*). Il est curieux, du reste , de voir ici les vieux monuments d'accord avec le souvenir historique; c'est ce qui prouve Tindispensable nécessité de recueillir, pendant qu'il en est temps encore, les traditions populaires qui vont bientôt s'évanouir.

EAMITAGE D£ If. S. DU SBCOUfiS.

— La petite église qui porte ce nom, et qui est située à un quart de lieue au sud de Trocifal , à environ six lieues et demie nord-ouest de Lisbonne , est du petit nombre des monuments qui rapellent la lutte des Portugais contre les Maures; le pont du Sang qui traverse le Rio Sisandro, atteste, en elfet, qu'une grande bataille se livra dans ces parages. P^ous laisserons de côté les autres traditions, pour dire que si le toit ogival de l'église indique une reconstruction, les colonnettes qui le soutiennent appartiennent à l'architecture sarrasine. On voit à peu de distance de

Nojknteiral ûçuêii a 110 figueiral entrt

erUrwy,tle,

cette curieuse .^ise, l« Pmféto €ié the^ saura t la roche du trésor; die sert à attester la durée d'uii« tradition merveilleuse qui veut que tous les lieux habités jadis par les Arabes soient riches de leurs dépouilles, enfouies au moment de la fuite. Rien de si eommun , imu9 favons dit, aue ces trésors gardés à rinstigation des Maures par l'esprit des ténèbres. Telle fut ici jadis l'activité des reaberches,que l'autorité se vit contrainte d'agir et d'arrêter dans leurs perquisitions ruineuses ceux ^ui espéraient s'enrichir par ces fouill^St tardives.

GASTBLU» OS cftAM,— il faut également faire remonter au berceau de la monarchie cet antique cli^eau de Cliaiii, qui s'élève à dix lieues de Porto dans une afîreste solitude et qui fut le solar ne la famille des Pinto. Resende, dans le premier livre de ses Antiquités, le désigne sous le nom. de Monte de Muro ; il a été construit sur les bords d'un ruisseau que l'on appelle Rio de Bestança^ et tel est l'aspect sauvage du pays qui l'environne qu'il semble plutôt fait pour servir de repaire à des nétes sauvages que de retraite à Thomme. « Édifié au milien de la colline, sur la rive droite du Restança, dit M. Joaquim de Sauta- Clara Souza-Pinto, il a pour base une roche etforme, pour ainsi dire, un carré parfait On lui donne environ vingt palmes de long sur chaque faceet il conserve sept créneaux aux deux côtés du couchant. » Cet antique manoir, qui présente tous les caractères de la période romane, a subi déjà plusd'une altération. Il est fait mention avec éloge de don Mendo de Gondar, souche de la famille des Pinto , dans le nobiliaire du comte de Rarcellos ; ce Mendo venait des Asturies et avait accompagné le comte don Henrique en Portugal.

MONUilENTS CONTEMPORAINS BU F0NDAT£UB DE LA MON ABCHIS.— TBÀ' DITION QUI s'y BAPPOETB. — ÉGLISE DE NQSSA 8ENH0BA ]>'ALMAGàVA. —

L'ancienne église de Lamego, où la tradition plaçait l'acte le plus imposant de la monarchie naissante, est encore debout selon les uns; selon d'autres, le monument religieux qui réunit dans soft sein les trois ordres du royaume (*), a été

(*) Me permettra-t-OD, à propos de ce véDérable édifice, de rappeler une grande tradition liis-

PCmTUGAL.

reavefset et U a» faut pas )e confondre avec^ l'église ^ui existe maintenant.

Voici ee que dit, touchant cet édifice, Jorse Cardoso : « C'est un bruit avéré que l^église de Iiîotre-Danie d*Almacava était une mosquée; elle fut purifiée im« médiatement selon )a louable coutume de cette époque et devint l'antique cathédrale. La moderne église^ selon ce que nous affirme Ruy de Pina , dans sa chronique du comte don Henrique , fut édifiée et consacrée par don Bernard, évéque de Tolède, »

Rien ne serait plus curieux, du reste, pour Fhistoire de l'art que les études sérieuses et suivies sur le petit nombre d'édifices qui appartiennent au berceau de la monarchie : tels sont, par exemple, ces vestiges du palais de don Henrique, que Ton voit encore a Guimaraens, et où naquit le premier roi.

MON ASTÈBE d'âLCORAÇ A. — DC tOUS

les monuments du Portugal il n'y en a pas, avec Batalha, qui jouisse d'une renommée plus populaire que celui-ci.

Archéologues, touristes , voyageurs

Î préoccupes des poétiques légendes, tout e monde en parle, mais tout le monde ne donne pas des détails précis sur son érection et ne reproduit pas des dates certaines. Nous écarterons cette fois la

Question d'art pour ne nous occuper que e certains faits qu*il est nécessaire de rappeler. On a déjà vu dans la pre* mière partie de cette notice à quelle circonstance fut due la construction de ce vaste monastère. Il s'élève dans une vallée étroite, mais d'un aspect charmant, où coulent deux petites rivières:

V^icôaet la Baça, dont les deux noms réunis imposent à la villa construite à peu de distance la dénomination qui fa désigne. Cet ancien couvent est à dixhuit lieues portugaises au nord de Lis-

torique? Personne n'a suivi avec pins dlntérét

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tique qui s'est élevée surtout en Portugal au sujet des cortès de Lamego; oui oe ■. '

professe plus d'estime

nentsqui ont nie leur existence; mais il Tavoue franchement ici, il attribue à la tradition plus de valeur qu'on ne lui en accorde dans ces derniers temps, il croit avec l'autorité admise par le savant et consciencieux Scliefrer,c que les documents qui nous sont parvenus à ce sï^^i °® conUennent rien en eux-mêmes qui puisse Taire douter de leur auttientidlé. » Yor. pour l'opinion contraire le iavant etM< deM. Coellio da Roctia.

bonne. La 'première pierre de l'édifiée fut posée le 2 février 1146; son premier abbé fotRanulphe, qui avait été envoyé en Portugal par saint Bernard* L'église, néanmoins, ne fut achevée et le couvent ne commença à être habitable qu'en 1222. «Le monastère d'Aïcobaça, dit un écrivain portugais, ne peut être offert comme type d'architecture des temps anciens , iiijbsi que cela a lieu à l'égard de Batalha, mais il est remarquable par sa vaste étendue.... Le temple, construit entièrement de belles pierres de taille, est d'un aspect grandiose ; il est dédié à Notre-Dame de l'Assomption, et se compose de trois nefs d'une hauteur égale. 11 enestdemémeduCruzeiro et de la grande chapelle; les autres chapelles qui ont été construites derrière celles-ci, sont plus basses. Les dalles du parvis sont de la noéme nature que les matériaux qui ont servi à élever les murailles. La voûte est faite d'une espèce de pierre légère ( qu'on désigne dans le pays sous le nom de Tv/o). L'église dans toute sa longueur a quatre cent soixante-dix-neuf palmes. (*) »

Bien, peu d'églises offraient jadis autant de magnificences que celle-ci; la suppression des ordres monastiques a nécessairement porté un coup funeste à tout le monument : il n'en est pas un seul |)eut-étrequi mérite au même degré d^éveiller la sollicitude cki gouvernement— Comment laisser tomber en ruine Tasile ^vénérable de toutes les grandes traditions de la monarchie?

Non-seulement c'est là que repose don Fr. Pedro Affonso, le frère du premier roi de Portucal, mais on v voit encore les tombes dUffonso II, df' Affonso III, et de leurs épouses dona Urraca et dona Brites. Personne n'ignore que c'est à Alcobaça qu'on peut visiter deux autres tombeaux, objets continuels det plus poétiaues souvenirs. Inezde Castro et don Peciro ne reposent pas côte à côte sous la même voûte; celle gui ne fut reine qu'après sa mort, comme dit le poète castillan , fut déposée dans son cercueil , de telle sorte qu'au jour de la résurrection, et en se levant au bruit de la trompette sacrée, le premier regard

{*) Voy. le Panorafna, t lY, p. II4. On trou* ycra dans cet article les diverses mesures de rédifioe et une vue de sa façade extérleore.

des deux époax pût être an regard d'éternel amour (*).

Le portail du temple est malheureusement bien inférieur par le style de son architecture à la vaste nef qu'animent tant de grands souvenirs. Elle esc infiniment postérieure à la fondation primitive^ et elle n'offre dans sa vaste étendue qu'un style gothique déOguré.

Pour donner une idée complète de ce curieux monastère, des volumes ne seraient pas de trop : nous dirons seulement qu'il y a cinq cloîtres, et qu'à une certaine époque le couvent a renfermé jusqu'à neuf cents religieux. 11 est bon de rappeler que ces moines , de l'ordre de Saint-Bernard, furent les premiers qui, le 11 janvier 1269, ouvrirent des cours publics d'études en Portugal. Les abbés d'Alcobaça étaient des espèces de potentats, pourvus de revenus énormes, et n'avant pas moins de treize ou quatorze villas, avec leurs dépendances, sous leur pouvoir immédiat.

SANTA-GBUZ DB COIMBBB. — SES

CLOiTBES. — Il faut compter également au nombre des monuments célèbres de cette période , l'ancien couvent de Santa-Cruz de Coïmbre, qui a tant souffert des dévastations de 1834. Il remonte à l'origine de la monarchie et fut fondé par D. Tello , <]ui , ayant admiré à Jé^ rusalem l'institut des chanoines du Saint-Sépulcre, voulut constituer un établissement pareil dans son pays, « afin , dit un écrivain portugais , d'y établir une sorte de pépinière^ d'où sortiraient les prédicateurs de la foi dont le royaume manquait essentiellement. » Le prélat choisit, pour fonder ce pieux monument, qu'on pourrait à la rigueur considérer comme l'origine des établissements universitaires en Portugal, un faubourg de Coïmbre, désigné sous le nom des fiains de la Reine, Banhos da Rain- Âa , où il y avait déjà une église sous l'invocation de Santa-Cruz^ ou de la Sainte-Croix. Ce fut là qu'il vint s'établir avec ses compagnons le 24 février 1132. Il adopta la règle de Saint-Augustin. On fait observer avec raison

f*') On pcat lire dans le récent voyage du prince Lichriowsky une description fort détaillée et fort intéressante de ces deux tombeaux. Ce livre, écrit en allemand, aété traduit en portugais des 18 ii.

qu'une des gloires principales de D.

Tellofutd'avoirété le maîtrede D.Theotonio, premier prieur de Santa-Cruz de Coïmbre. Affonso Henriquez avait pris en une affection singulière les religieux chanoines, il porta leur nombre à soixante-douze. Mais ce fut surtout le magnifique D. Manoel qui augmenta les édifices religieux qu'on admire encore aujourd'hui. Les somptueux mausolées qui remplacèrent les tombes modestes d' Affonso Henriquez et de D. Sancbel*'^^ furent élevés par ordre de ce monarque, lorsqu'il eut l'intention de fonder l'église splendide qui devait remplacer la chapelle édifiée par D. Tello. D. Maiioel ne négligea rien de ce qui pouvait augmenter sa richesse , et il fit même venir des pays étrangers certains objets d'art que ne pouvait offrir alors le Portugal ; telles furent ces stalles en bois sculptées que lui fournit l'Allemagne.

Santa-Cruz de Coïmbre est malheureusement construite avec la pierre à^Ancaà^ qui se délite facilement sous l'influence de l'atmosphère extérieure, comme la

Eierre dont est construite l'une des plus elles églises de Kouen.

Les cloîtres de Santa-Cruz ne sont pas la partie la moins intéressante de cet édifice religieux ; dans celui qui vient immédiatement après l'église, on remarque, entre autres ornements, un vaste bassin de marbre. Après le parloir se présente le clottre principal ; il est carré, soutenu par des pilastres et orné de quatre chapelles. C'est dans les bâtiments du chapitre qu'a été élevée la tombe de D. Théotonio ; elle est due à Thomé Yelho , fameux architecte de ce temps.

Le clottre désigné sous le nom da Manga est célèbre par unecirconstance assez curieuse : lorsque Joào III fit continuer les travaux de son prédécesseur, en 1527, Il dessina sur sa manche rovale le plan de cette portion de l'édifice dont on admire le caractère particulier. Depuis dix ans environ, l'administration s'est emparée de ces vastes bâtiments : le temple sert d'église paroissiale , et la municipalité de Coïmore tient ses séances dans les salles de la bibliothèque ; il en est ainsi du reste de l'édifice. Le beau parc du monastère a été vendu déjà deux fois.

Après avoir souffert d'irréparables dommages, il est tombé enfin entre les mains

d*un Dégodant bOAorable,qui comprend les grands souvenirs historiques se rattachant à son existence.

Coîmbre renferme encore un monument d'un fprand intérêt : c'est le couvent de Santa-Clara; celui qui portait jadis ce nom et qui avait pour fondatrice la reine Isabelle, est depuis longtemps enseveli sous les sables. Santa-Giara, dont Taspect est si remarquable, a été bâti au temps de Manoel.

QUINTA DAS LAGfilMABS BT FON- TAINE DES AMOUBS. — Il faut mettre nécessairement ce jardin au nombre des plus nobles monuments que nous ait laissés le moyen âge; il dit encore les plus touchants souvenirs ; il rappelle la plus poétique tradition; mais, s il faut en croire un voyageur moderne, rien n'a été fait jusque ce jour pour le préserver d'une ruiùe irréparable. « Le jardin des Larmes, dit Kinsey, servait de résidence aux ancêtres de dona Inez; mais leurs descendants se sont fort peu mis en peine de préserver des rudes atteintes du temps ce précieux reste d'antiquité; et, si ce n'eut été rattachement des étudiants de Coîmbre, ou, pour mieux dire, leur respect pour le culte du lieu , la fontaine des Amours elle-même eût disparu avec les cyprès ombreux dont elle est environnée. Les cyi^rès du Portugal sont magnifiques, et à distance ils peuvent être comparés aux cèdres du Liban. Ces beaux arbres , une table de pierre placée à l'origine de la source et sur laquelle on a gravé la stance des Lusiades qui fait allusion au nom de la fontaine, voilà tout ce qui rappelle au vovageur le trépas dUnez et son amour. » Ce petit monument a été placé là par les ordres du général Trant ; et il est problable que le nouvel acquéreur de la Quinta dos LagrimarSf qu'on dit plein de respect pour les vieilles traditions, l'aura conservé. L'eau de la fontaine des Amours coule sur un quartz blanc tacheté de rouge. Le peuple croit y reconnaître les marques sanglantes attestant encore le supplice d'Inez. Un vieil écrivain, qui recueillit avec un soin religieux toutes les traditions poétiques conservées encore de son temps , Faria e Souza, prétend que les flots échappés de la fontaine des Amours servirent plus d'une fois de messager aux deux amants.

Les lettres que don Pedro voulait faire parvenir à son amante étaient confiées par le prince au ruisseau rapide, qui les lui portait bientôt. Il faut que cette tradition , ignorée de M. Kinsey et de plusieurs autres voyageurs, ait eu eours dans le seizième et le dix*septième siècle ; car c'est uniquement à l'aide de son souvenir qu'on peut expliquer une des stances bien connues des Lusiades (*).

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